|
| |
 |
| 
| |
La tyrannie de la Nuit :
Dans un monde agité de convulsions sismiques, où chaque souverain magouille de son
côté pour acquérir la suprématie, où les espions pullulent et où royaumes, empires,
provinces et principautés ne cessent de guerroyer, Else Tage, sha-lug et espion de
Gordimer le Lion, est chargé par son suzerain et maître d'infiltrer les plus hautes
instances de la Rome médiévale de cet univers-là : Brothe. Intelligent, courageux
et fondamentalement humain, il y réussirait presque avec les moyens du bord si la
sorcellerie ne s'en mêlait pas. Car le pouvoir magique qui jaillit des puits d'Ihrian,
dans les Terres saintes, et empêchait jusque-là les glaces polaires de recouvrir
le monde, vient à se tarir...
|
 |
|
|
|

| |
|
Le retour de Glen Cook sur le
devant de la scène après le succès des séries de la Compagnie noire
et de Garett, détective privé était attendu avec impatience par
ses fans. Après lecture des Instrumentalités de la nuit, le moins que l'on puisse dire
c'est que le niveau de qualité du roman est à la hauteur des attentes importantes suscitées par le
projet.
C'est avec un grand plaisir qu'on retrouve le ton noir et cynique de Glen Cook qui retrouve ici toute
sa force à travers les péripéties de différents personnages à la morale très "terre à terre". Le capitaine
Tage par exemple est un personnage complexe : espion doublé d'un guerrier, il éprouve des sentiments ambigus
à l'égard de ceux à l'encontre de qui il agit au point de le faire douter quant à son véritable rôle dans cette
gigantesque tragédie. A l'inverse, le frère Chandelle présente une vision moins violente et plus idéaliste du
monde qui renforce le contraste avec la noirceur de la réalité.
Preuve de l'originalité de l'auteur qui ne se cantonne pas à un seul genre, l'histoire se rapproche plus ici
de l'uchronie avec la reprise de manière lointaine de l'Europe des Croisades au XIIIème siècle. Le mélange entre
les cultures brothiennes et pramanes (entendues chrétiennes et musulmanes) et entre les divinités peut étonner
dans un premier temps, mais très rapidement la richesse de l'intrigue et de l'ambiance l'emportent sur le malaise.
Le lecteur se trouve plongé dans un chatoiement de couleurs, de sentiments... et de sang.
Néanmoins, un livre parfait n'existe pas et certains défauts rédhibitoires peuvent être soulignés. En dépit de ces
qualités, le décalage avec le monde familier de la Compagnie noire est important et certains pourraient
regretter cet esprit si particulier de fraternité qui est peu développé ici : l'alchimie prend moins. De plus, l'abondance
d'intervenants et de lieux rendent les deux cent premières pages difficiles à digérer à l'instar d'un livre de
Steven Erikson. Les intrigues sont complexes, les changements de point de
vue fréquents, et parfois on doit se concentrer pleinement pour ne pas être décroché. C'est pourquoi on peut regretter
notamment de ne pas pouvoir bénéficier d'une carte sur laquelle s'appuyer.
La conclusion reste malgré tout largement optimiste car cet imposant premier volume s'est avéré des plus réjouissants
à suivre avec l'esprit si caractéristique de Glen Cook. Pour le prix d'un investissement important dans la lecture,
vous pourrez ainsi découvrir un livre qui en vaut vraiment la peine avec une qualité indéniable et surtout une suite
des plus prometteuses qui s'annonce aussi sombre que mouvementée.

|
|
 |
|


|
|