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Près de 750 pages, 29 euros,
l'ouvrage inspire le respect. Surtout quand il
s'agit du dernier Lunes d'encre sorti.
Une fois l'ouvrage en main, surprise, là où on
s'attend à trouver un poids lourd anglo-saxon,
l'on découvre un jeune auteur français, Laurent
Kloetzer, qui, s'il n'est pas un inconnu, n'a
pas spécialement défrayé le microcosme avec ses
trois précédents ouvrages.
Monsieur Dumay continue donc de nous surprendre.
Mais dans quel sens ? A nous de le voir maintenant,
tentons l'aventure !
Le monde se partage en deux. A l'ouest la fabuleuse
Atlantide, empire moyenâgeux finissant, conquérant
d'une grande partie du monde connu, aujourd'hui
géant un peu assoupi, maintenant la Pax Romana
sur l'ensemble de ses possessions. A l'est, une
mosaïque d'états barbares qui s'étend largement
au-delà de l'Oural formant un ensemble culturel
celte réuni sous la dénominations de 'Keltes'.
Au sud, quelques états et empires mal définis
ou seules émergent réellement les franges mésopotamiennes.
Au nord les inaltérables pictes.
Deux petites cartes ouvrent le roman et elles
ne sont pas de trop pour situer les pérégrinations
des différents acteurs, même quand on se moque
de la géographie. Ah, j'oubliais de parler d'un
protagoniste important, les Thiléens, Tsiganes
apatrides arpentant les fleuves comme autant de
chemins.
A l'ouest, donc, un peuple sur le chemin de la
Renaissance, à l'est une bande de braillards,
entre la bière la cuisse et l'honneur, comme il
se doit pour tout celte normalement constitué.
Le décor est posé. La lumière décroît. Les héros
s'avancent sur la scène, et sur sept cent pages
le barde va vous expliquer comment le père et
le fils s'élèveront vers les faîtes de la gloire,
dans un bain de sang et une fuite perpétuelle,
avant de ... Mais ceci est dans l'histoire ! Ce
n'est pas à moi de la livrer.
Les évènements sont narrés par une troisième personne,
dont l'identité se forge au cours du récit pour
donner naissance au chroniqueur. Celui ci suit
la piste d'Eylir (le Héros) et relève toujours
les faits, au cours de la première moitié du livre,
d'une tierce personne, ce qui fournit l'occasion
d'avoir une histoire dans l'histoire. L'équilibre
est bien maîtrisé, le récit agréable. L'histoire
devient d'ailleurs plus confuse lorsque le conteur
rencontre son héros et le récit perd de son sens
épique pour gagner en aventure, ce qui, dans le
contexte, ne me paraissait pas souhaitable. Mais
bon, je suis le lecteur, pas l'écrivain. Quant
à la fin... Logique, nous dirons, logique. Un
petit effort aurait été bienvenu, Monsieur Kloetzer
!
Alors que reste-t-il du livre une fois fini ?
Le cadre ? Non, il est banal. Les références ?
Pas vraiment, l'auteur s'est juste fait plaisir
en intégrant des références directes sur Howard,
Tolkien
et autres. Le scénario? Non plus, plaies, bosses,
bières et filles plus ou moins faciles (dures
chez les celtes, douces et cultivées chez les
atlantes, de feu chez les Thiléens, bref tout
le monde à sa place comme il se doit, vive les
mariages mixtes).
Alors ? Et bien il reste l'essentiel. L'âme. Le
sens of wonder, le feeling, comme vous le nommez,
je n'en sais rien. La marque du destin, le ciel
sombre qui donne les couleurs de la nuit à la
roche. La lande, la mer, les ombres du souvenir,
les amours impossibles, la pluie, bref toute la
panoplie. Même quant on suit notre petit monde
dans le désert, on a l'impression de voir l'enclume
du destin en toile de fond. Ainsi qu'un ciel gris.
Le comble, non ?
Peut-être que natif de notre belle façade maritime
bien humide (on craint pas l'eau chez nous, on
craint la soif ; Celte on vous dit.) et ayant
passé plus de temps dans des coins très variés
en nuances de gris et très ventés que sous les
cocotiers, je suis programmé pour bien ressentir
ces émotions. Peut-être. Mais j'ai quand même
bien le sentiment que le souffle passe dans le
livre. Le grand beau souffle de l'Epique. Quand
même servis, par une bonne galerie de personnages
intéressants.
Voilà. Vous pouvez passer commande à votre bibliothèque.
Si, un dernier conseil, si je peux me permettre.
Lecture un peu déconseillée aux dépressifs, les
détours de l'âme celte sont traditionnellement
assez éloignés des figures comiques classiques.

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