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On ne sait où commencer tant
l’œuvre est impressionnante d’envergure.
Il est ardu de définir cet ouvrage, aussi
aucun épithète ne pourra lui rendre
justice. C’est une œuvre aux proportions
aussi gigantesques que ne l’est le château
dont il est ici question.
Titus d’Enfer, le premier opus
de la trilogie de Gormenghast narre la lente décadence
de la dynastie régnante et la rapide ascension
d’un jeune arriviste. Mais tout ceci prend
des proportions inaccoutumées. Tout l’univers
créé par l’auteur, Mervyn
Peake, est colossal. D’abord le château
– Gormenghast –, véritable
forteresse inextricable, énorme, où
places, tours, souterrains et couloirs se succèdent
; les personnages ensuite comme le maître
queue Lenflure, véritable clone de Gargantua
ou le valet Craclosse qui ferait paraître
un phasme presque mafflu ; l’impression
enfin qui se dégage de ce livre est proprement
démesurée. Cette ampleur impressionnante
au lieu de peut-être nous accabler nous
libère complètement. Notre imagination
vagabonde allégrement.
Le style est à la fois alerte et sûr,
tantôt imagé tantôt horriblement
cru. L’auteur étant un artiste accompli
(il est d’abord illustrateur), chaque mot
est autant de menus coups de pinceaux dans une
toile impressionniste, sans donc jamais nous imposer
une seule vision.
Le propos mêle humour et horreur, grâce
et grotesque. Les personnages sont pleins de ces
contradictions. Il suffit d’un déclenchement
même minime pour que se déchaînent
la haine comme l’amour, pour que le fantastique
prenne le pas sur une routine insupportable. L’épilogue
du roman cristallise tout cela. C’est sans
doute le moment le plus onirique jusqu'alors.
Nous montons petit à petit au pinacle d’une
tragédie aux dimensions pantagruélique.
On ne saurait que trop vous conseiller la lecture
de ce véritable chef d’œuvre,
ce monument énorme de la littérature
anglaise.
Un petit mot enfin pour vous parler de cette édition
qui est un véritable elzévir. L’ouvrage
est émaillé des croquis de l’auteur
et la préface - d’André Dhôtel
- est passionnante. La qualité du papier
est exceptionnelle de même que la typographie.
Bref, un excellent livre à tous les points
de vues !

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