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Commençons cette
critique en tirant un coup de chapeau à Bragelonne, qui publie
cette traduction, à peine quelques mois après la parution
en langue anglaise. Et encore, quelques mois… On pourrait
presque dire quelques semaines !
On retrouve donc l’univers sympathique et élégant développé par Sarah Ash,
non pas pour une suite à sa trilogie, mais une préquelle
! Une préquelle qui met en scène bon nombre des
personnages vus précédemment, que ce soit dans leur
jeunesse, ou bien après déjà plus de cent ans
d’existence...
Après quelques pages de mise en route, on se laisse tout de
suite happé par un récit parfaitement bien construit, au
déroulement très classique, mais parsemé de
petites touches d’originalité (notamment autour du
personnage de Rieuk, qui au départ pourrait paraître bien
agaçant, et qui va peu à peu devenir lui-même bien
plus retors qu’on n’aurait pu l’imaginer de prime
abord). Le deuxième tiers du roman constitue cependant une
petite déception, avec toute une série de «
nouveaux » personnages introduits à la suite, et un
certain ralentissement des enjeux du fait de la poursuite de la mise en
place de la série. Il permet toutefois de creuser un peu plus
encore la question de la magie, habilement gérée et
d’une logique à toute épreuve, de même que ce
cadre justement, et cette Europe alternative. On aurait de fait pu
craindre que le roman soit rattrapé là par sa nature :
illustrer la jeunesse et la vengeance de Célestine de
Joyeuse… cela demandait-il vraiment deux tomes ?
Mais le dernier tiers lève toute ambiguïté :
parfaitement mené, entremêlant les différents fils
de l’intrigue avec péripéties «
feuilletonesques » et une certaine dose d’amertume,
l’auteur justifie pleinement son choix de deux romans. La route
de Célestine est encore longue, et assurément
semée d’embûches...
Cette mise en perspective par rapport aux Larmes d’Artamon
et notamment le rôle et la place de la Francia nous offre un
nouvel angle de lecture et démontre un amour sincère de
Sarah Ash pour notre beau pays, et surtout sa
littérature… Evidemment, on pense bien sûr à
Alexandre Dumas, ce qui ne manquera pas de plaire à son
éditeur, qui le cite d’ailleurs en quatrième de
couverture.
Le tout sans oublier une touche toute anglaise quant à la
sensibilité – et non pas sensiblerie – des
personnages féminins et aux tourments intérieurs de ses
personnages, dominés par la figure toujours aussi
inquiétante, et réussie, de Kaspar Linnaius, le genre de
protagoniste que l’on adore détester.

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