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La collection Interstices de
Calmann-Lévy, censé séduire
les amateurs de littérature générale,
commence très fort, avec l'une des sensations
de l'imaginaire actuel, Jeff VanderMeer, et sa
cité des saints et des fous !
Et encore une cité en point de mire et
pivot central de toutes ces histoires, après
le retour au premier plan de Lankhmar
et Locke
Lomora et sa Camorr. Toutefois, VanderMeer
chasse sur un autre territoire. Entrelacs de récits
tentaculaires souvent liés les uns aux
autres, avec des annexes (et quel glossaire !)
rivalisant à part entière avec les
quatre nouvelles en tant que telles, la Cité
des Saints et des Fous, alias Ambregris, ne manque
pas de charme.
Un charme parfois à la lisière de
la folie, s'appuyant souvent sur la dérision
- Ah, le festival du calmar d'eau douce...), ou
tout comme ses personnages, fantasques, charmeurs,
perdus... VanderMeer agence ses pions avec une
science consommée de l'absurde ou du tragi-comique
: il n'y a qu'à lire les annales de la
ville rédigées par un célèbre
historien local, avec ses notes de bas de page
caustiques et ses prises de bec avec ses soi-disants
confrères... Pour autant, le drame n'est
jamais loin : l'évènement nommé
Silence, ou bien encore le destin du peintre Martin
Lac, et le pourquoi de l'explosion de son talent...
L'auteur prend plaisir à mettre en scène
cette cité, quand ce n'est pas d'ailleurs
lui-même ! Disgressions, pistes sinueuses,
biographie fantasmée, chaque nouvelle ou
segment nous entraînent un peu plus loin
en Ambregris. Trop loin ? Nul doute que certains
n'apprécieront pas ce qu'ils qualifieront
de longueurs, à travers par exemple des
pages et des pages de fausse bibliographie...)
Le tout porté par une plume alerte et joueuse,
soutenue par une traduction qui rend honneur au
texte originel. Du premier au dernier mot, tout
semble particulièrement étudié,
soigné, orienté. Le souci du détail
de la présentation de l'ouvrage, là
encore reprenant scrupuleusement la version originale,
ne peut que renforcer nos certitudes sur ce plan.
Evoquant parfois Borges (une célèbre
librairie en ville ne porte-t-elle pas son nom
?) et appartenant de plein pied au réalisme
magique, voilà une oeuvre qui en tout
cas ne devrait pas laisser indifférent
les lecteurs, habitués ou pas d'une autre
fantasy !

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