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Hep le petit au fond de la classe,
enlève les doigts de ton nez. Tiens, et pour t'apprendre
tu me feras la critique de « l'ombre du bourreau
» de Gene Wolfe. Non, l'auto-mutilation ne te
dispensera pas de ta tâche, n'y pense même pas.
Coincé.
L'ombre du bourreau... Autrefois, 4 tomes chez
Denoël, aujourd'hui réédité en deux tomes de mille
pages chez Lunes d'encre, édition revue, corrigée
et augmentée. Ecriture serrée, dense, foisonnante
et incroyablement riche. Dix fois relue et dix
fois redécouverte. C'est une oeuvre de Fantasy
qui contient nombre d'éléments de science fiction.
Mais ce n'est ni l'un, ni l'autre, c'est tout
simplement un monument de la littérature qui transcende
la majorité de tout ce qui a pu être édité dans
les genres sus-cités.
Seulement voilà, l'excellence se mérite et les
souvenirs de Sévérian le bourreau ne sont pas
facilement accessibles, surtout sur deux milles
pages. Même si l'ouvrage ne se partage finalement
qu'entre deux acteurs : Sévérian, ex-bourreau
déchu et Teur, une si belle planète en fin de
vie, qui compte les artefact technologiques de
son glorieux passé, rides d'une dame qui refuse
de basculer dans le néant de l'oubli. Jack Vance
revisité par Borges.
C'est fou, le nombre de termes que peut comporter
une langue. Il est linguiste, Monsieur Wolfe ?
Ami lecteur, ne fuis pas, nous allons maintenant
te narrer quelques éléments de l'étrange histoire
de Sévérian. Approche toi du feu, pose ton os
et écoute attentivement.
Sévérian, tout petit, fut destiné à devenir artiste
bourreau dans un monde décadent, à mi chemin entre
le rêve Steampunk et la barbarie. Sur le point
d'accéder à son poste légitime, Séverian commet
l'impardonnable faute de s'éprendre d'une de ses
clientes et de lui permettre de se supprimer.
Vraiment moche, après un conditionnement aussi
intensif. Pas de repêchage pour Sévérian, donc,
celui-ci est immédiatement exilé, excommunié pourrait
on dire, tellement la guilde des bourreaux parait
ressembler à un ordre ecclésiastique que je ne
citerais pas. Commence alors réellement l'histoire
de Sévérian et celle de Teur, la planète mourante.
Tous les auteurs parlent de parcours initiatique.
Nous avons ici le fin du fin du fin en la matière.
Le pèlerin déchu prend la route et croise une
galerie de personnages hors du commun. L'homme
qui doute et qui se souvient, vit moult situation
critiques et certains choix de Sévérian n'obéissent
pas forcément aux règles étroites de l'honneur
et de la dignité. Et oui, ce n'est qu'un homme
! Comme dans tout bon roman, Sévérian possède
quelques avantages, tels une épée "Terminus Est"
et un bijou/artefact étrange "La griffe".
Et Teur est un monde brutal, il faut se battre
pour survivre. A priori, Sévérian est bien adapté
à son monde... Tromperies, batailles, traquenards,
ma foi, l'ouvrage n'est pas qu'introspection,
l'action est omniprésente. Le nombre de seconds
rôles et leur originalité sont proprement effarants.
J'ai parfois l'impression que l'auteur passe de
la chanson de Geste à l'écriture de l'Edda en
quelques chapitres tout en donnant une quantité
invraisemblable de détails concernant l'environnement.
Sans compter une touche "compagnies franches"
à l'italienne que ne renierait pas Glen Cook.
C'est d'ailleurs cette densité narrative et cette
navigation stylistique qui ne nous permettent
pas d'embrasser l'ensemble de l'oeuvre en une
seule lecture.
Les situations sont variées et parfois très romanesques,
mais il faut se rappeler que c'est Sévérian lui-même
qui conte son histoire. N'est elle pas très subjective
? Un malin, ce Wolfe...
Bien sur, la fin se termine en apothéose mais
n'est pas exempte de surprise, que je vous laisse
découvrir.
Ce n'est pas un livre. C'est une oeuvre. Majeure.
J'en profite pour proposer un mariage Mary Gentle/Gene
Wolfe. Ou Cendres et Sévérian. (C'est Gilles Dumay
qui paye, évidement.)

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