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Il y a des romans
dont on sait que l'on va se retrouver littéralement
transporté à la lecture, et plus
encore une fois celle-ci achevée, ce qui
se révèle peut-être bien plus
rare... C'est le cas ici. Car, autant le clamer
sans attendre, voici sans nul doute l'un des meilleurs
ouvrages de l'année, tous genres littéraires
confondus ! Une affirmation qui pourra très
certainement servir en 2005 également,
en tenant compte de la traduction française
prévue chez Laffont.
C'est tout un univers qui s'ouvre au lecteur,
une Angleterre de rêve et de magie, terre
de brumes et de mystères. Avec Londres
évidemment, et ses rues façon Dickens,
mais sans oublier ses personnages, qui ne font
pas que se fondre dans le décor, loin de
là, mais s'y imposent tout autant.
L'influence d'auteurs du XIXeme siècle
telle que Jane Austen, parmi les préférés
de Susanna Clarke, devient alors évidente.
Protagonistes principaux ou plus anonymes, tous
sont façonnés avec grand soin, entre
retenue et humour, "à l'anglaise",
serait-on tenté de dire une fois de plus...
Une véritable essence victorienne qui imprègne
d'ailleurs chaque aspect du roman, une patine
savoureuse - on osera sans heurt parler de savoir-faire
- une maîtrise qui n'a rien de poussiéreuse
! Quand bien même l'auteur parfois prend
son temps...
Il faut bien reconnaître pour l'occasion
que si certains chefs-d'oeuvre ont été
couchés sur le papier en une poignée
de semaines, les dix ans passés sur ce
roman pèsent leur poids ! Et bien sûr,
de façon plus que positive. Un travail
d'orfèvre policé, savemment et patiemment
orchestré, mais sans pour autant que la
passion en pâtisse une seule fois !
A chaque chapitre, phrase, ou même mot,
Susanna Clarke nous régale, sans jamais
nous rassasier, entremêlant tour à
tour fresque intimiste et épique avec le
même bonheur, avec ses hommes et ses femmes
victimes ou acteurs de l'Histoire. Une Histoire
évidemment revisitée, on s'en doute,
mais là encore avec subtilité et
élégance. (On y croise notamment
Lord Byron, ou le duc de Wellington...)
Mais quoi qu'il en soit, votre serviteur aura
beau multiplier les commentaires et les compliments,
difficile de concevoir une critique ou chronique
pouvant réellement rendre justice à
cet ébouriffant bijou de près de
800 pages. Voilà donc un roman tout simplement
aussi admirable qu'enchanteur, à déguster
assis dans un bon fauteuil, devant un feu de cheminée
ronflant paisiblement, avec une tasse de thé
et des biscuits à portée de mains...
Ou bien n'importe où ailleurs !
Une dernière chose néanmoins, puisqu'il
s'agit là d'une lecture en anglais : le
niveau n'est pas particulièrement compliqué,
mais l'auteur use souvent de formules et autres
tournures vieillies, comme doubtfully
au lieu de perhaps. Il faut le temps
de s'y habituer, mais ce petit moment d'adaptation
n'a rien d'un défaut... Isn't it
?

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