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Si les livres sont comme des rencontres,
certaines rencontres sont plus inattendues que
d'autres : ce livre, par exemple, édité
dans la très sérieuse maison du
Seuil, sans aucun des signaux tape-à-l'oeil
dont les éditeurs spécialisés
« Fantasy » jugent nécessaire
de parer leurs volumes, m'est tombé dessus
par hasard : je fouinais dans une librairie de
quartier d'où je pensais bien revenir bredouille.
C'est d'abord la très belle illustration
de couverture qui m'a attiré, puis le résumé
peut-être un peu « lovecraftien ».
Ce n'est qu'au fil de la lecture que l'on découvre
que ce livre avait été écrit
pour un jeune public : les chapitres sont courts,
l'écriture est simple et fluide, et surtout
le personnage principal est une pré-adolescente
qui, quoique très particulière,
n'en est pas moins une figure d'identification
pour jeunes lectrices. La forme proche du journal
intime, le côté « seule au
monde, personne ne peux me comprendre »
et les premiers émois vaguement amoureux
renforcent cette impression.
Pourtant, aucune niaiserie ne vient brouiller
le plaisir, aucune référence facile
a des préoccupations enfantines, et le
lecteur mâle adulte que je suis a été
comblé par cette histoire initiatique,
ésotérique et pleine de mystère.
Si c'est un journal intime, c'est aussi un journal
de bord du Gardien des Créatures, donc
certains passages sont éminemment pragmatiques.
Si la narratrice est parfois enfantine, elle fait
preuve le plus souvent d'une maturité inquiétante,
celle des enfants qui ont mûri trop tôt.
Et si un certain romantisme flotte parfois, il
n'empiète jamais sur le propos essentiel
du livre, le mystère de cette petite Corinna...
et des personnages presque aussi énigmatiques
qui l'entourent.
Personnellement, je tends à rapprocher
ce livre de Coraline
de Neil Gaiman, ou encore – de façon
sans doute plus ténue – de la
Forêt des Mythagos, de Robert Holdstock.
Références de marque, direz vous,
mais même si Franny Billingsley n'a pas
l'aspect universel du premier ni l'ambition du
second, le Gardien des Créatures
ne déméritera pas dans votre bibliothèque.
Si vous aimez les ambiances à la fois britanniques
et mystiques, vous aimerez sans doute le Gardien
des Créatures.

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