|
Le retour de Tad
Williams à la Fantasy était attendu
! Et loin d'entamer un nouveau cycle ou même
une suite à l'Arcane des Epées,
il nous propose là une histoire complète
en un seul tome de près de 700 pages. (Gageons
cependant que la VF sera coupée en deux...)
Et c'est largement suffisant pour mettre en scène
un monde et des personnages parfaitement crédibles.
S'il faut près de 100 pages avant de basculer
dans un roman " réellement "
fantasy, cette première partie est une
réussite. Une réussite souvent douloureuse,
tant Williams parvient à nous faire ressentir
les épreuves endurées par Theo avec
justesse. Tout en ne tombant jamais dans le misérabilisme
et le pathétique, (Et pourtant, ce serait
aisé étant donné les circonstances
!) l'auteur fait preuve d'une émotion poignante
et amère. 100 pages qui suffisent à
démontrer le talent d'écrivain de
Tad Williams.
Puis, arrive la fée Applecore et le départ
pour un autre monde. Un monde souvent mirroir
du nôtre, dans ses travers. Une fois l'effet
de surprise (en partie) évacué,
Theo va plus d'une fois réaliser que les
fées ne reprennent que les mauvais côtés
de ce qu'ils savent des humains. L'auteur en profite
d'ailleurs pour dresser un portrait assez acerbe
de notre société occidentale.
Pour autant, il ne faudrait pas croire que le
ton du roman soit aussi sombre qu'il y paraît.
L'humour tient également une bonne place,
entre les réparties cyniques de Theo, les
références à notre monde
ou à la pop-culture, et, bien évidemment,
le langage " fleuri " d'Applecore !
Une fée peu banale ! De vrais moments de
fous-rires côtoient des instants plus dramatiques.
Le monde de Féerie quant à lui parvient
à conserver une part agréable de
mystère, tout en paraissant tout à
fait cohérent. Le fonctionnement de la
société, les classes, les peuples
réunis, la Cité dominant tout, l'aristocratie
des Fleurs, les inventions technologiques, les
règles de fonctionnement de la Magie...
Pour autant, il ne s'agit pas d'un séjour
touristique, et le roman ne se perd pas dans des
notions de cet ordre-là. L'histoire avance
dans chaque chapitre, et le moins que l'on puisse
dire, c'est qu'elle demeure passionnante et finement
ciselée jusqu'à la fin. Une conclusion
qui bien sûr a un parfum de conte de fées,
tout en ne cédant pas vraiment à
la facilité.
Une bonne histoire, des personnages profonds,
un univers proche et lointain à la fois,
le tout allié à un style sûr
et pertinent. Voilà ce qui nous assure
d'un roman parmi les plus aboutis depuis longtemps.

|