Vous êtes ici : Page d'accueil > Fantasy > Romans Fantasy > You


You

ISBN : 978-031619853-0
Catégorie : Aucune
Auteur : Austin Grossman (Proposer une Biographie)

Russell, Lisa, Darren and Simon created the Realms as teenagers in the eighties - hacking together a video game at a time when no one really knew what that meant.
Years later, Lisa and Darren still work at Black Arts, where the original game has expanded into a dozen spin-off hits. Russell attempted a more conventional career path. And Simon is dead.

Critique

Par Gillossen, le 15/05/2013

Comme Mr. Penumbra’s 24-Hour Bookstore chroniqué il y a quelques semaines maintenant, You n’est pas à proprement parler un roman “de” fantasy. Mais un roman sur la fantasy elle-même ou sur comment l’imaginaire peut façonner notre quotidien, certainement.
Et c’est à ce titre que l’ouvrage d’Austin Grossman, l’auteur de Un jour, je serai invincible, paru dans feue la collection Interstices, a toute sa place ici.
Lorsque Russell réintègre la boîte de jeux vidéo qu’il a contribué à lancer dans les années 80, le monde a bien changé. Le monde lui-même et l’univers des jeux vidéo. L’ère de la 3D a débuté, sans parler de la mode grandissante des FPS et autres luttes diverses entre moteurs et studios. A ce titre, le roman est littéralement bourré de clins d’œil à cette période de transition, toujours très bien placés. De quoi évidemment nous démontrer la grande connaissance de l’auteur dans ce domaine, Austin Grossman travaillant d’ailleurs pour le moment chez Arkane Studios.
Mais You n’est pas que l’évocation d’une époque révolue. A travers la conception d’un nouveau volet d’un jeu de rôle fantasy fictif mais présenté comme culte, l’auteur nous entraîne dans les méandres de l’imagination. Quelle part de nous-même investissons-nous dans notre avatar ? Où placer le curseur entre fiction et réalité ? Comment réagir quand le virtuel semble prendre tout à coup le pas sur le réel ? Quelles répercussions quelques lignes de code peuvent-elles avoir sur une vie ? En revenant sur son passé tout en se projetant dans son avenir, le narrateur vit comme une double quête, l’univers des jeux vidéo se révélant souvent tout aussi déstabilisant, voire dangereux, que celui d’un cadre que l’on crée de A à Z (Ici, les programmeurs et les designers se détestent comme les elfes et les nains d’un monde de fantasy). Austin Grossman lève au passage le voile sur ce processus créatif qui se retrouve finalement au cœur de toute histoire, épique ou plus intime.
Plusieurs chapitres nous propulsent en effet directement au cœur des jeux vidéo créés par ce studio fictif, à travers les yeux de Russell. Potentiellement rébarbatives, ces séquences se retrouvent au contraire imbriquées dans l’intrigue principale, pour mieux résonner. Et si l’on parlait de références un peu plus tôt, le jeu vidéo est loin d’être le seul domaine abordé : la SF mais surtout la Fantasy (et même de façon prépondérante Michael Moorcock) reviennent régulièrement faire office de madeleine de Proust.
L’auteur réussit d’ailleurs au passage à éviter quelques pièges classiques que l’on pensait pourtant deviner au bout de quelques chapitres, notamment concernant les interactions entre ses personnages. Le temps a passé et nos héros ne sont plus des adolescents bercés de rêves, si tant est qu’ils le furent un jour, pour certains d’entre eux.
Bâti comme une quête, le roman déroule son schéma jusqu’au bout, soigneusement structuré, si l’on veut bien mettre de côté quelques longueurs. Et malgré l’univers présenté au premier abord, il n’est question ici d’une narration froide ou sans empathie, bien au contraire. La vie d’un studio de développement, bien que narrée avec un certain réalisme, n’en demeure pas moins une aventure avant tout humaine.
Car, après tout, en fin de compte, il y a toujours un peu de nous dans ces amas de pixels ou de polygones que l’on dirige du bout des doigts, quand bien même leurs démiurges leur ont déjà concocté une existence propre… Et il n’est pas forcément nécessaire pour y croire de compter sur une réalisation à couper le souffle mais bien de vouloir se projeter soi-même dans un univers qui nous attire et sait nous retenir.

8.0/10

Discuter de You sur le forum.



Dernières critiques

Derniers articles

Plus

Dernières interviews

Plus

Le héros de la semaine

Retrouvez-nous aussi sur :