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The Crippled God

Tome 10 du cycle : Le Livre malazéen des glorieux défunts
ISBN : 978-055382560-2
Catégorie : Aucune
Auteur : Steven Erikson

Les Bonehunters sont en marche vers Kolanse et vers un destin inconnu. Ils sont épuisés, une armée au bord de la mutinerie. Mais leur commandant ne s’arrêtera pas. Si elle parvient à maintenir ses forces et ses fragiles alliances en place, l’Adjointe Tavore Paran compte bien défier les dieux.
Face à Tavore et ses alliés se trouvent les Forkrul Assail et leur désir de purifier le monde – d’éradiquer toutes les civilisations, d’exterminer tous les humains – pour tout recommencer à zéro.
A l’extérieur de la cité abandonnée de Kharkanas, ils sont des milliers à s’être rassemblés sur le Premier Rivage. Avec à leur tête Yedan Derryg, ils se préparent à affronter les Tiste Liosan, dans une bataille qu’ils ne peuvent gagner.
Tout le monde sait depuis longtemps qu’un règlement de compte est inévitable, mais personne ne peut s’attendre à la terrifiante proportion de ce qui est sur le point de se dérouler. Car les Anciens Dieux cherchent à briser les chaînes d’une force de destruction pure. Il semblerait que, une nouvelle fois, les dragons vont parcourir le monde.

Critique

Par Merwin Tonnel, le 27/04/2012

Existe-t-il exercice plus difficile que de conclure de manière satisfaisante une saga dont le nombre de tomes s’exprime avec deux chiffres et dont les lecteurs attendent la fin depuis un nombre tout aussi important d’années ?
C’est peu probable, surtout quand la saga en question fait intervenir plusieurs centaines de personnages, dispersés sur plusieurs continents, et propose des intrigues dont les origines peuvent remonter à des milliers d’années avant le récit en question. En attendant de voir ce que Brandon Sanderson fera de la Roue du Temps, penchons-nous donc sur The Crippled God, qui conclut une série dont l’écriture ne s’est étalée que sur douze années.
La question principale que l’on se pose en attaquant un tome final comme celui-ci est de savoir si l’auteur réussit à répondre à toutes les questions qu’il a soulevées dans les livres précédents et s’il arrive à clore de manière satisfaisante les nombreuses intrigues du monde malazéen. Quand on sait que Steven Erikson avait planifié les évènements des dix tomes avec son collègue Ian C. Esslemont en amont du travail d’écriture, il est évident que le risque était minime. Ainsi, effectivement, tous les grands arcs narratifs ont le droit à une fin plus ou moins définitive même si certains fils d’intrigue se terminent plutôt abruptement et que les réponses ne sont jamais données de manière claire, nette et précise. Les lecteurs d’Erikson y sont depuis le temps habitués. Cependant, il ne faut pas non plus s’attendre à un roman débordant de révélations fracassantes. Tout d’abord parce que le mystère est un des principaux charmes du Livre malazéen, mais aussi et surtout parce que l’histoire de l’univers ne se termine pas là. En plus des romans d’Esslemont qui apportent leurs lots de réponses et dont certains se dérouleront après les évènements de The Crippled God, il est bon de garder en tête qu’Erikson prévoit d’écrire de son côté une trilogie préquelle mais surtout une trilogie qui fera, en quelque sorte, office d’épilogue au Livre malazéen. Certaines informations, comme l’identité secrète de personnages importants, sont ainsi gardées sous le coude pour de futurs romans.
Mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : le Livre malazéen des glorieux défunts est terminé, complet, bouclé, refermé. Steven Erikson est allé au bout de sa réflexion et les dix tomes forment un tout cohérent qui n’a pas besoin de livres supplémentaires pour exister et faire sens.
Il n’est pas rare de voir le Livre Malazéen classé en dark fantasy. L’influence de Glen Cook sur Steven Erikson n’y est pas pour rien. Pourtant, c’est en tournant la dernière page du roman que l’on se rend compte que ce classement est en grande partie erroné. Alors que le cynisme est ce qui définit le mieux les romans de Cook et le nihilisme ceux d’Abercrombie ou de Bakker (pour citer d’autres grands noms de la dark fantasy), le thème sous-jacent du Livre malazéen est la compassion. On pourrait même résumer la saga – de façon un peu grossière, certes – par la déclaration suivante : l’empathie est le chemin le plus court pour que l’Humain s’élève au-dessus de sa situation et le sacrifice désintéressé la plus belle preuve de sa grandeur d’âme. Difficile de faire moins pessimiste sur les qualités de l’être humain.
Bien entendu, loin de moi l’idée d’oublier que le Livre malazéen est avant tout une épopée tragique, mais elle est tellement emprunte d’optimisme que s’arrêter au qualificatif de dark fantasy serait bien trop réducteur. D’ailleurs, si mes larmes ont souvent coulé à la lecture de The Crippled God, elles ne l’ont été qu’une seule fois de tristesse et bien plus souvent de joie ou devant la beauté d’un geste de respect, la force d’une amitié indéfectible et le soulagement d’une souffrance qui se termine enfin.
Je conseillais dans ma critique de Dust of Dreams de lire le roman comme tous les autres tomes de la saga et de ne pas se répéter continuellement « C’est la fin, c’est la fin » sous peine d’être troublé par un rythme qui n’est pas effréné pendant 1200 pages. C’est aussi le cas pour The Crippled God. La convergence ultime est là, le feu d’artifice final aussi, et aucun des deux ne déçoit, mais la grande explosion ne survient « qu’à » 200 ou 300 pages de la fin. Le reste n’est pas du remplissage, loin de là, mais entre la remise en place des pièces du puzzle après le cliffhanger du tome précédent, la dernière épreuve avant l’affrontement final et les habituelles réflexions philosophiques et ethnologiques de Steven Erikson, un lecteur s’attendant à de l’action de A à Z et à un enchaînement de batailles pourrait ne pas y trouver son compte. Mais Erikson a tellement d’autres choses à proposer, des choses que l’on a déjà longuement explicitées dans les critiques précédentes, qu’entamer le roman dans cet état d’esprit serait vraiment dommage.
Ceci dit, la dernière partie de The Crippled God devrait mettre tout le monde d’accord. Si le dénouement en lui-même n’est pas aussi spectaculaire que celui d’un Memories of Ice, par exemple, il est bien assez chargé en enjeux et en action pour figurer dans le haut du panier des meilleures fins de la saga. Le côté définitif du tome, avec ses deux épilogues, exacerbe par ailleurs les émotions que l’on peut ressentir et lui donne une saveur douce-amère toute particulière. Des sensations qui pourraient même marquer beaucoup plus le lecteur que la bataille finale.
Arrive enfin le moment où, après l’auteur, c’est au tour du critique de conclure. Une tâche ardue si l’on veut se hisser au niveau de la conclusion de Steven Erikson. Comment rendre un dernier hommage à un cycle aussi ambitieux ? Peut-être en rappelant que c’est une saga à nulle autre pareille et que nous ne sommes pas près d’en voir une semblable ? En soulignant le côté profondément humaniste de l’œuvre, son discours intelligent et l’invitation à l’ouverture d’esprit qu’elle représente ? En comptabilisant les éclats de rire et les larmes, les frissons provoqués par un sens de l’épique que peu d’auteurs de fantasy maîtrisent aussi bien ? Ou alors en saluant son scénario complexe et vertigineux qui tient ses promesses de bout en bout ?
La meilleure solution reste finalement d’offrir le plus beau cadeau que l’on peut faire à un auteur : inviter le plus grand nombre de personnes à venir tenter l’aventure en criant haut et fort pour une dernière fois « Lisez le Livre malazéen des glorieux défunts ».
Il y a un avant et un après.

9.5/10

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