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Même pas mort

Tome 1 du cycle : Rois du monde
ISBN : 978-236183100-4
Catégorie : Aucune
Auteur : Jean-Philippe Jaworski

Prix Imaginales 2014 - Meilleur roman francophone

Je m’appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, fils de Belinos. Pendant la Guerre des Sangliers, mon oncle Ambigat a tué mon père. Entre beaux-frères, ce sont des choses qui arrivent. Surtout quand il s’agit de rois de tribus rivales… Ma mère, mon frère et moi, nous avons été exilés au fond du royaume biturige. Parce que nous étions de son sang, parce qu’il n’est guère glorieux de tuer des enfants, Ambigat nous a épargnés.

Là-dessus, le temps a suivi son cours. Nous avons grandi. Alors mon oncle s’est souvenu de nous. Il a voulu régler ce vieux problème : mon frère et moi, il nous a envoyés guerroyer contre les Ambrones. Il misait sur notre témérité et notre inexpérience, ainsi que sur la vaillance des Ambrones. Il avait raison : dès le début des combats, nous nous sommes jetés au milieu du péril. Comme prévu, je suis tombé dans un fourré de lances. Mais il est arrivé un accident. Je ne suis pas mort.

Critique

Par Gillossen, le 07/08/2013

Dire que le nouveau roman de Jean-Philippe Jaworski, premier acte d’une trilogie, est attendu relève évidemment de l’euphémisme. Couronné d’un succès aussi critique que public, l’auteur a su creuser son sillon, sans changer de direction, le temps d’un recueil de nouvelles et d’un roman. On a déjà connu parcours moins limpide ! Et cela faisait des mois déjà que cette « Première branche » faisait savamment parler d’elle, attisant notre curiosité.
Premier constat : le roman est court et se lit très vite. Mais on se dit surtout très vite que l’auteur n’a pas perdu sa plume. On retrouve ainsi dès les premières pages ce mélange de gouaille et d’érudition parfaitement équilibré et qui ne pèse jamais sur le rythme de l’histoire. Non pas que l’on imaginait Jaworski subir cet écueil, mais la frontière est parfois mince entre verve et verbiage. Ici, le style de l’auteur reste toujours au service de son récit, mais jamais en retrait pour autant. Et il n’est pas interdit de lire certains passages à haute voix pour se rendre pleinement compte de leur portée, tel un conteur justement.
Il contribue à donner vie à ce nouveau cadre, plongeant le lecteur dans un univers celte bien loin des clichés mais toujours empreint d’une certaine violence qui n’empêche pas des moments plus légers - notamment dans la deuxième moitié du roman - et surtout la mise en avant d’une mythologie aussi dangereuse que mystérieuse. 
Et des mystères, il en reste en effet beaucoup, dans les pas d’un vieux chef de clan qui décide de raconter sa vie à un conteur afin de marquer les générations après lui. Mais, de fait, si le lecteur s’attendait à un récit linéaire, il sera surpris. Jaworski n’hésite pas à bousculer son histoire, à éclater sa narration, à remettre en questions nos certitudes, nous entraînant par exemple à la découverte de la jeunesse de son héros, en compagnie de sa mère, son frère ou bien encore Suobnos, sans doute l’un des personnages les plus réussis du lot, vieux vagabond qui ne divague pas autant qu’on le croit (À moins que…). Ce retour en arrière représente d’ailleurs une (longue) respiration bienvenue, permettant de s’attacher à Bellovèse et son frère.
C’est une précision à souligner, car sans vouloir comparer deux personnages finalement bien différents, aussi bien dans le caractère que dans leur parcours, Bellovèse n’a pas la flamboyance d’un Benvenuto, ni le charisme. Plein de volonté, le personnage se débat avec son destin mais reste pour l’instant (le plus souvent) balloté par les évènements, une sensation cela dit nettement moins perceptible dans la seconde moitié du roman. Mais sans doute faut-il aussi en passer par là pour mieux le comprendre.
Cela dit, l’une des forces de l’auteur demeure liée à ses personnages : chacun porte le poids de ses doutes, de ses actes passés et de ses choix, ce qui leur donne un vrai cachet et une dimension humaine palpable. Mais ce sont surtout les femmes qui sont à l’honneur dans ce volume. Leurs différentes figures (la mère, l’amante, etc.) s’inscrivent en filigrane tout au long du livre, pour mieux marquer les esprits et poser leurs marques sur le destin des héros, étroitement concernés.
Des personnages solides, une plume évocatrice qui nous donne l’impression d’assister à un banquet ou bien de fouler l’herbe couverte de rosée d’un sous-bois à la poursuite d’un rêve, une intrigue qui ne prend pas par la main son lecteur et lui demande quelques efforts d’immersion pour mieux parcourir ce monde, entre histoire et fantasy onirique… Les satisfactions se révèlent nombreuses, aucun doute là-dessus. Celles et ceux qui redoutaient peut-être cette nouvelle étape dans un parcours sans faute peuvent relâcher leur souffle. Alors, certes, le roman est court, on l’a déjà dit, mais notons qu’il est avant tout d’une grande cohérence et qu’il n’est pas nécessaire de broder sur 800 pages pour réussir à créer une trame de grande ampleur.
On se montrera un peu plus réservé sur Bellovèse et sur la teneur même de son histoire, plaisante, mais encore trop peu fascinante, la faute sans doute aux mystères évoqués un peu plus haut. Dès lors, si la lecture de ce nouveau Jaworski s’avère souvent gratifiante et plane cent coudées au-dessus de la masse des parutions du genre, françaises ou étrangères, ce n’est, pour le moment et si l’on s’en tient à cette seule branche, pas une claque. Mais difficile d’exiger d’un auteur qu’il nous marque chaque fois comme lors de son arrivée « coup de poing » dans le paysage. Ce constat n’enlève d’ailleurs rien aux mérites du roman.
Le deuxième volet de cette trilogie, intitulé Chasse royale, est quant à lui prévu pour l’année prochaine tandis que le troisième, La Grande Jument, est attendu pour 2015. Un mot également pour souligner l’excellent travail éditorial des Moutons électriques, qui propose aux lecteurs un ouvrage relié, toilé et cousu sous jaquette couleur, qui justifie pleinement son prix.
Mais, au-delà de ces considérations éditoriales, il ne nous reste donc plus qu’à attendre la suite. La suite d’un très bon roman. Ce qui est déjà beaucoup.

8.0/10

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