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Le Dernier Loup-garou

Titre VO: The Last Werewolf

ISBN : 978-220711044-7
Catégorie : Aucune
Auteur : Glen Duncan

Jake Marlowe est le dernier de sa race.
Pourchassé par des tueurs fanatiques qui ont juré de lui trancher la tête, protégé contre son gré par une organisation secrète désireuse de vivre au grand jour, Jake a décidé d’arrêter de fuir. La prochaine pleine lune sera sa dernière.
«Va où tu peux, meurs où tu dois.»
Mais pour le vieux loup-garou suicidaire et blasé, rien ne va se dérouler comme prévue.
Par définition, l’amour est imprévisible.

Critique

Par Gillossen, le 31/12/2012

En 2011, Glen Duncan s’était fait remarquer par le ton volontiers âpre, ironique et désabusé de son Moi, Lucifer. Tout n’était pas parfait dans ce roman (le troisième de l’auteur), mais difficile d’ignorer cette voix bien particulière que l’on découvrait à cette occasion.
Le mois prochain, Glen Duncan revient dans la collection Lunes d’encre, avec son très attendu Le dernier Loup-garou, paru originellement en 2011, soit près de dix ans et quatre romans après Moi, Lucifer. Que le temps écoulé lui ait permis de gagner en expérience ou que cela soit simplement en phase avec son présent sujet, toujours est-il que l’auteur a su abandonner la plupart de ses tics pour se concentrer sur la moelle de son récit.
Jake Marlowe est le dernier loup-garou encore vivant à arpenter la terre les nuits de pleine lune et notre homme flirte avec les deux cents ans. Mais il n’a pas plus la volonté de se battre et nous confie les “leçons de vie” qu’il a pu tirer de son existence au gré d’anecdotes ou de souvenirs plus ou moins intimes livrés en pâture au lecteur. On retrouve donc les mécanismes de Moi, Lucifer : une narration à la première personne, au plus près des états d’âme souvent cyniques du personnage. Mais Duncan nous épargne longueurs et atermoiements qui finissaient par parasiter son “précédent” roman. A force de digressions, même joliment troussées, Moi, Lucifer en devenait presque ennuyeux par moments.
Ce n’est absolument pas le cas cette fois. Dans les pas de Jake Marlowe, pas le temps de souffler. L’auteur alterne scènes marquantes issues du passé de son “héros” (la première transformation, la mort de sa femme, sa rencontre avec un vieil ami, etc, etc…) - exerçant souvent une fascination repoussante aux yeux du lecteur pris à témoin - et le suspense autour de l’ultime traque le concernant au premier chef de nos jours, le tout selon trois actes bien distincts.
La plume de l’auteur se montre toujours aussi affutée, multipliant les formules choc, souvent étrangement poétiques, même lorsqu’il peut être question de fange ou d’actes crus décrits sans fard, sans mauvais jeu de mots. Oui, Jake est un être (humain) qui a connu trop d’épreuves pour ne pas avoir une vision de l’existence biaisée, cabossée, fracassée, à son image. Mais homme et loup sont encore, l’un comme l’autre, l’un pour l’autre serait-on tenté de dire, capables d’éprouver des émotions oubliées, enfouies au plus profond de leur être.
Pour autant, jamais Jake ne se dépeint ou n’est dépeint comme un héros, d’où les guillemets employés quelques lignes plus tôt. Ce qui n’empêche pas Glen Duncan de réussir à le rendre attachant, à défaut de réellement sympathique. Là n’est de toute façon pas son but. L’auteur nous livre, brut, le témoignage d’une vie, ô combien singulière.
Mais, contrairement à Moi, Lucifer là encore, on peut aussi lire Le dernier Loup-garou pour sa dimension fantasy nettement plus marquée à travers l’univers de la Chasse que l’on ne fait qu’effleurer, tout comme pour son scénario (de prime abord) de série B nerveuse. Parsemé de personnages atypiques oscillant entre le cliché - Grainer, Jacqueline Delon… - et la folie - Ellis… -, le roman emporte le lecteur dans un véritable tourbillon d’émotions nues, en particulier dans son troisième acte incertain se concentrant avant tout sur l’instant présent, comme si le texte lui-même avait finalement achevé sa transformation, dans le sang et les larmes.
Et si certains retournements de situation se révèlent plutôt faciles à anticiper, et non des moindres, le savoir-faire de l’auteur est ailleurs ; dans sa capacité à nous dévoiler l’intimité d’une telle créature avec une authenticité quasi-palpable, dans son talent pour faire naître la beauté là où l’on ne l’attend pas, dans cette rage et cette soif d’espoir habitant la plupart de ses personnages, dans cette vision des choses de la vie capable de vous croquer en trois phrases, dans ce formidable et fiévreux torrent de sensations sourdes et viscérales, au sens premier du terme, qui s’abat sur nous.
Et l’on pourrait continuer encore longtemps, mais évitons de trop en dire, si ce n’est déjà fait… En tout cas, voilà pour vous un constat dépourvu de tout spoiler : 2013 commence très fort et le texte de Glen Duncan démontre sans détour que l’on est finalement encore très loin d’avoir tout dit sur une figure aussi mythique que celle du loup-garou… et celui ou celle qui se cache sous la bête. 

8.0/10

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