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Le Bûcher d’un roi

Titre VO: A Dance with Dragons

Tome 13 du cycle : Le Trône de Fer
Partie 1 de "A Dance with Dragons"
ISBN : 978-275640586-5
Catégorie : Aucune
Auteur : George R. R. Martin

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable de parricide. Au nord, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur,. y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…

Critique

Par Gillossen, le 18/07/2012

A Dance with Dragons fait partie de ces romans hors-normes qui défraient la chronique et créent un véritable feuilleton autour de leur sortie des mois (des années ?) à l’avance, y compris en dehors du seul cercle des fans de fantasy, du moins, outre-Atlantique (merci HBO). Le genre de roman phénomène dont on suit l’arrivée de l’illustration de couverture, dont on décortique le synopsis, dont on connaît le tirage précis, dont on traque les premières chroniques sur la toile…
Évidemment, un an après sa publication estivale en 2011, l’engouement n’est plus forcément tout à fait le même. Pour tout vous dire, dévoré l’été dernier, le roman aurait pu rejoindre nos colonnes depuis longtemps. Et puis, une chose en entraînant une autre… Bref. Cette analyse à froid nous permettra, peut-être, d’afficher un peu plus de recul. Éreinté par une frange de son lectorat, l’auteur a su résister à la pression pour mieux dominer les listes de best-sellers. Mais nous ne sommes pas là pour juger des conditions d’écriture d’un roman ou de sa réussite commerciale.
Brocardé pour un A Feast for Crows longuet et privé de nombreux personnages favoris des fans, George R.R. Martin a-t-il repris les rênes de son récit ? Oui et non. Une fois encore, la structure de son roman représente un léger handicap au moment d’aborder certains passages. Ainsi, on ne peut pas dire que l’intrigue globale du cycle ait au final réellement avancé au bout de 1000 nouvelles pages. Mais pouvait-on vraiment s’y attendre, étant donné les caractéristiques chronologiques de ce tome 5 ? L’auteur se rattrape en faisant intervenir les personnages préférés de bon nombre de ses lecteurs, avec en premier lieu Jon Snow ou Tyrion Lannister. C’est d’ailleurs avant tout le destin du premier qui donne l’impression cette fois que Martin cède au cliffhanger pour le plaisir du cliffhanger en lui-même. Un schéma qui fonctionne parfaitement entre deux saisons d’une série TV mais qui commence à sentir le réchauffé dans le cas présent, nonobstant l’attente qui devrait nous séparer de The Winds of Winter, espéré au mieux pour 2014.
Porteur d’attentes démultipliées par le succès de Game of Thrones et l’écho qu’offre la toile aux moindres desiderata des fans, A Dance with Dragons ne pouvait dès lors que décevoir, comme à chaque fois qu’un roman à paraître est considéré comme le messie de la fantasy. Oui et non là encore. Ce cinquième tome fait preuve d’un souffle qui renoue dans ses meilleurs passages avec la brutalité crasse de A Storm of Swords, mais pèche une nouvelle fois par des longueurs inutiles et la propension de Martin à décrire de plus en plus de choses au détriment de la place accordée à l’imagination des lecteurs. Cela étant, nous n’en sommes pas non plus aux descriptions de robes et de tissus façon Robert Jordan, encore que. Dans le même temps, Martin accentue encore la dimension fantasy de son cycle, avec des personnages comme Ser Robert Strong ou l’intervention de Three-eyed Crow.
Et c’est bien l’univers de Westeros qui fait le sel de ce tome, de même que son casting. Sur le fond, A Dance with Dragons reste la seconde moitié de A Feast for Crows, avec tout ce que cela implique de statu quo et de surplace, plutôt que le prolongement naturel de A Song of Ice and Fire. Fatalement, les pièces continuent de se mettre en place sur cet échiquier où chaque tour peut s’avérer mortel et les destins parallèles de Daenerys et Jon Snow illustrent bien les choix que chacun peut faire selon sa nature, mais surtout leurs conséquences. Placés devant des dilemmes similaires, ce sont bien leurs actes qui vont peser sur l’avenir de ces terres. Mais le procédé illustre également un changement de fusil d’épaule chez Martin : désormais, ce ne sont plus des évènements dramatiques, qui ne manquent pas pour autant, qui se révèlent à l’origine de l’évolution de tel ou tel personnage. Ici, ceux-ci évoluent peu à peu, au gré de questionnements intérieurs qui sont généralement bien menés mais pourront lasser. Martin n’est en effet pas avare de répétitions soulignant son propos de façon parfois inutile.
Difficile de ne pas devoir composer avec quelques scories avec un roman aussi énorme, dans tous les sens du terme. Des scories bien présentes. Personne n’affirmera que Martin a livré là un roman “définitif” ou redéfinissant le genre à lui tout seul, ne serait-ce que par sa nature de volume intermédiaire. Pour les fans (relativement) attentifs, A Dance with Dragons n’aura pas apporté de surprises renversantes ou de révélations fracassantes, devenues ces dernières années les enjeux de tant de débats sur la toile. Mais ce ne sont pas les théories et les suppositions des lecteurs que l’on retrouve dans le roman, c’est bien la prose de Martin et l’histoire qu’il a décidé de nous conter.
Et les forces vives de Martin sont toujours évidentes : sa façon de poser une ambiance, son sens des dialogues, ses développements sans concession… Désormais libéré de son fameux “meereenese knot”, on peut espérer que l’auteur retrouve son second souffle en même temps que sa vitesse de croisière. On aurait apprécié quelques conclusions (temporaires) de plus, un peu plus de liant, voire d’allant, un rythme mieux maîtrisé mais surtout plus soutenu. En somme, tout ce qui a également contribué au succès du Trône de fer par le passé. Par moments, notamment dans la première moitié du livre, nous n’en sommes vraiment pas loin…
Au final, que retenir de A Dance with Dragons ? Une chose est sûre, on ne tombera pas dans le piège du “grand roman malade”. Ce cinquième tome n’est ni un grand roman, ni malade. C’est un cinquième tome, tout simplement, parfois frustrant, souvent emballant, à la fois solide et fragile. On râle en songeant à son potentiel, en se disant que Martin se repose tout de même un peu trop sur ses personnages charismatiques et un univers âpre que l’on a appris à aimer. On savoure certains chapitres parmi les plus enlevés du cycle, on salive en songeant à ce qui nous attend par la suite…
Car le frisson est toujours là, malgré quelques doutes. Et tant que l’on ne s’interrogera pas sur le destin d’un tel ou d’un tel par pure politesse, mais bien parce que le sort du personnage en question nous intéresse sincèrement, Martin aura encore de la marge. Espérons simplement qu’il ne se contente pas d’un capital sympathie hérité des “épisodes précédents”, pour poursuivre le parallèle avec la déclinaison télévisée de son cycle.
Les attentes étaient parmi les plus élevées qui soient depuis longtemps et l’auteur a fait de son mieux pour les combler. Souvent avec un vrai talent - l’arc de Reek… - et parfois en cédant à la facilité. Si le roman n’atteint donc pas les sommets passés du cycle, il reste fort agréable à lire et rebat suffisamment les cartes pour laisser penser que les deux (trois ?) derniers volumes repartiront du bon pied vers de nouvelles hauteurs afin de signer le final que l’on est en droit d’attendre d’un écrivain aussi expérimenté et passionné qu’un George R.R. Martin.  
A Dance with Dragons navigue tout de même bien loin du tout-venant de la fantasy épique.

8.0/10



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