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L'Eternel

ISBN : 978-222624685-1
Catégorie : Aucune
Auteur : Joann Sfar

« Les vampires, ça n’existe pas.
La psychanalyse, ça ne marche pas.
On était vraiment faits pour se rencontrer. »
Pour son malheur, Ionas, violoniste juif ukrainien, doux-rêveur mort au combat en 1917, ressuscite sous la forme d’un vampire. Il n’a qu’une obsession : retrouver sa fiancée Hiéléna, fille d’un luthier d’Odessa. Mais pour « vivre », il doit boire du sang, ce qui le plonge dans des affres de culpabilité. Il passe outre tout ce que sa douceur naturelle lui interdit et, rongé par sa mauvaise conscience, finit par découvrir que son frère Caïn et sa belle ont convolé en justes noces et attendent un enfant…
Près d’un siècle et quelques pogroms plus tard, Ionas, qui a élu domicile à New York, essaie de trouver auprès de la très sexy Rebecka Streisand, psychanalyste tout juste veuve d’une célèbre rock star, un recours pour vaincre sa culpabilité et vivre en harmonie avec ses démons.

Critique

Par Gillossen, le 19/04/2013

Premier roman de Joann Sfar (si l’on veut bien mettre de côté le génial Homme-Arbre, dont les deux tomes contenaient leur lot d’illustrations…), L’Éternel le voit en tout cas retrouver une figure que l’artiste connaît bien et depuis longtemps : le vampire.
Ce n’est d’ailleurs pas la seule “obsession” de Sfar à répondre présent au fil de ces 450 pages. Il suffit en effet de quelques pages, voire de quelques paragraphes seulement, pour reconnaître la patte inimitable de l’auteur. Une patte d’ailleurs bien sombre au cours du premier tiers du roman, qui enchaîne les scènes marquantes, voire tout bonnement éprouvantes parfois.
Mais la guerre n’est évidemment pas une bagatelle à traiter par-dessus la jambe et les “éclats de scène” que nous propose Sfar ont de quoi marquer. L’auteur ne nous épargne rien. Pendant un temps, il n’est point question de mélancolie mais bien de colère et de rage. Ce qui n’empêche pas quelques touches d’humour acerbe ici ou là, non pas pour relâcher la pression, mais davantage pour l’accompagner, tout simplement.
Par la suite, comme pour aborder la transition qui nous conduira au dernier tiers du roman, on retrouve un Sfar plus léger, à l’image des relations entre son héros vampire et le chien Pantoufle, entre autres passages anecdotiques, certes, mais à même de nous arracher un sourire, alors que Ionas s’interroge sur sa nature profonde et ressasse son passé.
Mais c’est bien l’arrivée du personnage de Rebecka Streisand qui fait basculer le roman dans un joyeux délire, où l’on retrouve cette fois un Sfar plus classique - ou en tout cas plus conforme à nos souvenirs de lecture passés - mais qui met en scène non sans brio des dialogues débridés selon un rythme de plus en plus soutenu et le tout sans sacrifier quelques beaux moments d’émotion. On voit évidemment venir la fin de loin, mais peu importe ! Elle n’en est pas moins réussie et fait sens.
Outre quelques trouvailles bien senties ici ou là, vous l’aurez peut-être deviné, le ton du roman est volontiers cru, notamment au travers de ses dialogues. Mais, là encore, c’est la vie, n’est-ce pas ? Avec Joann Sfar, la poésie se niche souvent au détour d’une image parfois assez spéciale.
Au bout du compte, qu’apporte ce passage au “pur” roman pour l’auteur/cinéaste/etc./etc. ? On pourrait penser que le lecteur se représente de page en page des cases de BD au fil de sa lecture, mais même pas ; si le style Sfar se reconnaît au premier coup d’œil, sa plume possède une vraie constance, un talent qui ne s’essouffle pas mais s’impose sur la longueur. Bref, il n’est pas simplement question de bons dialogues.
Si L’Éternel n’a finalement pas grand-chose d’original sur le fond ni même sur la forme, en tout cas, pour un auteur tel que Sfar, l’histoire n’en est pas moins jolie, et, souvent, magique. On peut être un vampire et aimer les chats !

7.5/10

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