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L'Epée de l'hiver

ISBN : 978-236183253-7
Catégorie : Aucune
Auteur : Randall Marta

En mai 2018, parution d’une version poche, chez Folio SF

Dans le pays glacé de Cherek, lord Gambin de Jentesi va mourir et le chaos menace.
Durant les quatre décennies de sa toute-puissance, Gambin a tenu sa province d’une main de fer. Tandis que complotent ses quatre héritiers possibles, le peuple de Cherek observe avec inquiétude les péripéties de la passation de pouvoir. Car si la puissance de Gambin passe tout entière à ses héritiers, Cherek risque de voir compromises les promesses d’un avenir meilleur et de retomber dans l’obscurantisme. Dans cette atmosphère empoisonnée, un tissu d’intrigues se tisse autour de Lyeth, femme lige du seigneur de Jentesi, qui déteste l’homme cruel qu’elle a servi.

Critique

Par Saffron, le 26/05/2016

À l’heure où les nouveautés fantasy se comptent par palettes entières, les Moutons électriques font le pari de « l’ancien », avec cette réédition d’un roman de Marta Randall paru en anglais en 1983 et sorti une première fois aux éditions OPTA en 1986. Un dépoussiérage mérité pour un livre qui n’a pas volé sa place dans la PAL des amateurs de fantasy cuvée 2016.
Le seigneur Gambin agonise, et Lyeth, cavalière à son service depuis quatre ans, s’en réjouirait presque si le château de Jentesi n’était pas devenu un nid d’intrigues et de manigances. Les héritiers potentiels s’écharpent sans se soucier du monde extérieur et, comme si cela ne suffisait pas, Lyeth doit composer avec un gamin regimbeur et malpoli à la recherche de ses origines. Objectif : survivre aux complots des uns et aux sautes d’humeur de l’autre.
La mise en place prend son temps et l’intrigue ne commence véritablement à prendre son essor qu’à la moitié du roman. Cela peut paraître curieux pour un one-shot, mais l’ambiance (glacée, dans l’expectative), l’univers et les personnages jouent finalement un rôle plus important que les machinations politiques et les meurtres. Dans ce genre de fantasy « à papa », on ne joue pas à qui aura la plus grosse carte ou la plus grosse magie (d’ailleurs, point de magie ici). L’essentiel est ailleurs.
Le Cherek que décrit l’auteur est une civilisation coincée entre deux mondes, enraciné dans un passé médiéval mais à l’aube d’une révolution industrielle : la guilde des cavaliers, qui achemine les nouvelles d’un village à l’autre, voit son rôle décliner au fur et à mesure de l’avancée du télégraphe ; épées et dagues restent de mise, mais les incursions des Piégeurs dans le nord rendent l’utilisation des armes à feu indispensable ; quant au train, il fait des débuts timides, mais la guilde des forgerons travaille d’arrache-pied à son amélioration. La mort de Gambin marquera également la mort d’une époque, et l’angoisse qui habite tous les personnages semble liée à l’incertitude de la succession tout autant qu’à cette ère nouvelle qui s’ouvre.
Comme Cherek, le roman lui-même est écartelé entre une première partie d’exposition se déroulant au grand air, et une deuxième partie en quasi huis-clos dans le château de Jentesi menée tambour battant. Le début peut dérouter, surtout après lecture de la quatrième de couverture, mais la belle maîtrise de l’auteur et les personnages de Lyeth et Emris, tous deux complètement bipolaires mais attachants, fait tourner les pages encore et encore.
Pour ne rien gâcher, le roman est bien écrit, ou en tous cas bien traduit. Certaines grossièretés tombent parfois comme un cheveu sur la soupe, mais les descriptions poétiques d’un monde figé par l’hiver et par la mort à venir d’un seigneur détesté font largement passer ce défaut. La scène d’ouverture, par exemple, est une garantie d’immersion immédiate et donne le ton de tout le reste du roman. Marta Randall exploite à merveille le principe du « show, don’t tell » : toutes les informations nécessaires sont distillées au fur et à mesure des besoins, sans excès. Le passé de Lyeth et l’histoire mouvementée de Cherek sont bien là, il suffit d’attendre le moment opportun pour les découvrir.
Difficile, en 2016, de ne pas trouver le scénario très prévisible, voire réchauffé, mais il faut remettre L’Épée de l’hiver dans son contexte d’écriture. Et encore une fois, ce n’est de toute façon pas le plus important : une fois happé par les personnages et la froideur de Cherek, difficile de ne pas poursuivre le voyage jusqu’à son terme pour découvrir qui prendra la place de Gambin.

7.0/10

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