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L'Epée brisée

Titre VO: The Broken Sword

ISBN : 978-284344129-5
Catégorie : Aucune
Auteur/Autrice : Poul Anderson

Voici l’histoire d’une épée qu’on dit capable de trancher jusqu’aux racines mêmes d’Yggdrasil, l’Arbre du Monde. Une épée dont on dit qu’elle fut brisée par Thor en personne. Maléfique. Forgée dans le Jotunheim par le géant Bölverk, et appelée à l’être à nouveau. Une épée qui, une fois dégainée, ne peut regagner son fourreau sans avoir tué. Voici l’histoire d’une vengeance porteuse de guerre par-delà le territoire des hommes. Un récit d’amours incestueuses. De haine. De mort. Une histoire de destinées inscrites dans les runes sanglantes martelées par les dieux, chuchotées par les Nornes. Une histoire de passions. Une histoire de vie…

Critique

Par Belgarion, le 07/03/2005

The Broken Sword de Poul Anderson est paru la même année que le Seiqneur des Anneaux, en 1954, et a remporté un succès retentissant outre-Atlantique, où il est considéré comme un classique du genre. Si Tolkien a repris avec brio les légendes anglo-saxonnes en plantant un décor très riche mais souvent vu comme manichéen, Poul Anderson a choisi de ne pas suivre le cadre classique des romans de l’époque, en créant un monde ambigu et violent qui s’inspire directement de l’époque sauvage des invasions vikings du Xe et XIe siècle sur l’île d’Albion. Par ce roman atypique et tragique qui sort définitivement des sentiers battus tout en s’inspirant des légendes scandinaves, Poul Anderson a été le chef de file d’une fantasy alternative et résolument originale qui a compté dans ses rangs, parfois des décennies plus tard, les auteurs à succès tels que Philip Pullman ou encore China Miéville. Michael Moorcock s’est lui aussi beaucoup inspiré de ce roman avec notamment l’idée d’une épée noire maléfique rendant fou son possesseur.
Mais outre le décor historique dans le monde de la fantasy, le roman en lui-même m’a beaucoup touché en mettant en avant de nombreux sentiments mêlés, qui ne peuvent laisser personne indifférent.
Tout d’abord, la grandeur tragique des héros n’est pas sans rappeler les grandes sagas islandaises d’Erik le Rouge ou d’Harald le Sévère. Chacun a une grande part d’ombre en lui avec des étincelles de bonté et d’espoir, qui apparaissent parfois pour rendre plus complexe le caractère affirmé des héros. L’un des deux personnages principaux, le demi-humain et changelin Valgard, est notamment très éloigné des héros classiques car il a commis de nombreux viols et autres crimes, dont celui de son père et de son frère, et son évolution au fil du roman est très comparable à une descente aux enfers. Je me suis surpris plus d’une fois à lire des chapitres du livre d’une traite malgré la langue anglaise pour connaître la suite de ses péripéties et de ses complots tortueux. Le monde en lui-même est très sombre lui aussi et plein de fureur. Les derniers dieux vikings conspirent pour subsister face à la foi chrétienne à l’instar du rusé roi des elfes qui cherche à faire survivre son peuple face aux trolls guerriers et aux humains du Danelaw (terre des vikings danois installés au sud-est de l’Angleterre du IXe au XIIe siècle). Les hommes ont peur de tout et rejettent tous ceux qui sont différents d’une poigne de fer.
Le monde de
The Broken Sword sombre lentement dans le chaos alors que se joue la course à la conquête de l’épée Tyrfing, capable de le sauver mais aussi d’amener le Ragnarök, la destruction de la terre et des cieux synonyme de fin du monde. Sans fausse pudeur, Poul Anderson nous sert un scénario tortueux et passionnant à souhait où la violence, l’amour, les grandes batailles, l’inceste et la mythologie tiennent le haut du pavé. Les évènements s’enchaînent sans discontinuer pour aboutir à une fin surprenante et tragique mais parfaitement menée par ce maître romancier.
Certains pourraient trouver à redire au style quelque peu daté du roman, étant donné son grand âge, mais personnellement je trouve qu’il convient parfaitement au ton du récit qui s’apparente parfois plus à une épopée féerique et fiévreuse qu’à un récit linéaire. Le style vif et coloré de l’auteur entretient le suspense de bout en bout, nous faisant parfois rire à quelques jeux de mots ou encore trembler de rage et de frustration face à la mise en place d’une trahison machiavélique. Plusieurs passages d’une grande intensité au niveau des sentiments et du scénario nous trottent encore dans la tête après plusieurs années.
Au final, je clame haut et fort qu’il s’agit vraisemblablement d’un des dix meilleurs romans de Fantasy qu’il m’ait été donné de lire
. The Broken Sword mérite largement une meilleure diffusion en France, pour qu’il acquière ici aussi un statut de classique de la Fantasy. N’hésitez pas à plonger dans le monde de Skafloc et Valgard où les dieux côtoient sans pudeur les trolls, les elfes, les humains et d’autres créatures mystérieuses et marquantes…
A noter enfin qu’en 1971, l’auteur avait révisé son œuvre, pas forcément pour le meilleur. Heureusement, la dernière réédition en date, en 2002 chez Gollancz, reprend la version originelle de 1954 !

Mise à jour du 24/11/2014 : remise en avant de cette chronique à l’occasion de la parution du roman pour la première fois en français chez Le Bélial’.

9.0/10

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