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Féerie pour les ténèbres, intégrale 1

Tome 1 du cycle : Féerie pour les ténèbres
ISBN : 978-284344108-0
Catégorie : Aucune
Auteur : Jérôme Noirez (Proposer une Biographie)

De partout, l’En-Dessous vomit la Technole. Sans que l’on sache pourquoi, sourd cette bouillie toxique et nauséabonde qui, en un autre temps, dans un univers bien différent, fit la fierté des hommes, le symbole même de leur domination sur le monde. Des hommes qui, aujourd’hui, exploitent les rebuts de cet univers disparu, mythique, dans des gisements à ciel ouvert aux allures de décharges en quête des oripeaux d’une gloire révolue…
Dans les rues de Caquehan la noire, capitale tentaculaire du royaume, Obicion enquête. Et l’officieur de justice a fort à faire. Le crime est odieux. Une jeune fille. Une adolescente. énucléée. Gorge tranchée ouverte en croix. Là où, précisément, pour la première fois, la Technole fit son apparition… Et à l’horreur s’ajoute l’étrangeté la plus absolue car très vite, il s’avère que les os de la victime sont en… plastique.

Critique

Par Atanaheim, le 30/05/2012

Voilà une belle surprise en cette première partie d’année 2012 !
Pourtant il s’agit d’une réédition. En effet, avant de paraître sous forme d’intégrale en deux volumes, Le cycle Féérie pour les ténèbres existait sous la forme de trois romans séparés, autour desquels gravitaient quelques nouvelles.
L’œuvre nous revient aujourd’hui dans une magnifique édition. Les très belles illustrations (que l’on peut juxtaposer pour reconstituer une fresque plus vaste) donnent le ton. Le titre ne semble pas mentir, on va avoir droit à un peu de magie et à pas mal de noirceur. Un univers sombre, un peu glauque mais carrément barré.
On se retrouve dans les cauchemars d’Alice et ils ne prennent pas corps dans le pays des merveilles ! Sachant que Noirez a écrit Leçon du monde fluctuant par la suite, on ne s’étonne plus et on comprend la filiation.
Cet aspect “merveilleux décadent” est très réussi. On a parfois l’impression de rencontrer les mutants du mythique Gandahar de Jean-Pierre Andrevon ou encore de se promener dans les décors de Beetlejuice. J’ai d’ailleurs idée que si Disney ne s’était pas mêlé à l’affaire, la version d’Alice livrée par Tim Burton aurait pu ressembler à ça. Tout y est ou presque. Les enfants qui tombent dans un trou et y découvrent un monde nouveau, un peu fou, des personnages qui semblent agir de façon étrange, selon un mode de pensée unique, qui leur est propre, un peu de magie (crade ici), des créatures bizarres, parfois écœurantes, parfois attachantes, etc.
Mais surtout, le tout est lié par un humour, noir, bien sûr, très bien senti, ce qui permet à l’auteur de se détacher de la vision gore du conte de Lewis Caroll donnée par American McGee dans son célèbre jeu vidéo. Pourtant telle une œuvre vidéo-ludique, la plume de Noirez sait susciter plus que des images. Féerie pour les ténèbres est également une œuvre sonore. Des bruits scabreux parfois mais plus souvent une vraie musicalité, des contrepèteries, des allitérations, moult assonances, et nombre d’homéotéleutes (si si c’est possible) parsèment ce premier tome. Mais les sons les plus raffinés ou harmonieux, les jeux de phonèmes les plus élégants ne sont pas les seules choses que l’on souhaite nous faire entendre ici. Noirez adore les sons. Tous les sons. Aussi a-t-on souvent droit à des concerts de hurlements. De colère, de douleur, de plaisir, bref de tout ce qui prête à donner de la voix. L’auteur joue aussi beaucoup de néologismes, de mots rares ou peu usités. Et on le soupçonne de le faire surtout parce que la façon dont ces mots sonnent lui plaît beaucoup. De plus, ils participent aussi grandement à rendre le royaume de Caquehan très baroque alors qu’en réalité il n’est pas si éloigné que ça du nôtre.
C’est avant tout cet univers à la fois sombre et drôle qui constitue le grand tour de force de l’auteur. Non pas que ses personnages soient insipides mais ils ne font pas le poids face à ce monde “merveilleux”, petit à petit envahi par les objets de notre quotidien. Pourtant, on n’a pas le temps de demander à Noirez de creuser la psychologie de ses acteurs. On préfère continuer à avancer dans leur quête, parfois farfelue, et ainsi continuer à découvrir les endroits les plus insolites qu’ils vont visiter.
Et si ce monde rappelle beaucoup le nôtre, sous une épaisse couche de crasse, c’est surtout parce qu’il est prétexte à dénoncer nos pire travers. Libéré des contraintes du réalisme, l’auteur peut plus facilement mettre le doigt sur les mauvaises habitudes du genre humain (violence, avidité, consumérisme outrancier, etc…). N’est-ce pas là le propre du conte ou de la fable ?
Toutefois, le livre connaît de très menus défauts, en premier lieu desquels une narration pèche un peu. Il y a bien une intrigue globale, c’est amusant, parfois touchant, les situations sont bien rendues, le style est remarquable. Bref, c’est bien écrit. Mais, l’histoire ne va pas très loin et les révélations ne sont pas “à couper le souffle”.
Cela dit, j’ai en tête un autre auteur qui a su créer un univers complet et qui se voulait assez drôle : Terry Pratchett. Attention, les univers de ces deux écrivains sont très différents, mais on retrouve quand même une démarche commune : partir de bases bien établies, high fantasy pour l’un, conte pour l’autre, et en faire autre chose, si possible avec humour. Les fans vont pouvoir me lancer des cailloux, mais pour moi, Noirez est plus drôle car moins grand-guignolesque et les premières histoires du Disque-Monde étaient bien plus fades que celles de Féerie pour les ténèbres. Sachant que les histoires de Pratchett s’améliorent par la suite dans son célèbre cycle, je n’ai qu’une envie : voir ce que Jérôme Noirez va faire de son univers dans le second tome de cette intégrale. On n’était déjà pas loin de la très très grande réussite alors s’il peut faire encore mieux, j’aimerais le lire !

8.0/10

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