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Contes de la Tisseuse

ISBN : 979-109490201-1
Catégorie : Aucune
Auteur : Léa Silhol

Le Temps et l’eau filent. Ils ont ceci de semblable au sort des hommes qu’ils obéissent aux marées des ères, saisons et cycles.
C’est là une horloge fatale, dont rien ne saurait – croit-on – briser le tempo. L’eau et le temps donnent la mesure, filant, filant…
Et sur le fil de cette course, les Moires, maîtresses du Destin, se dressent, allouant à chacun son Sort : ses grandeurs et ses chutes, et l’impitoyable rétribution de ses démesures. C’est à elles, auxquelles mêmes les dieux doivent se soumettre, que la mythologie accorde toujours le dernier mot.
C’est sous leur égide terrible que l’auteur expose ici les destinées des hommes, anges, fées et dieux, des élus et des damnés, des monstres et les saints, pris dans la nasse de ces fils tendus. D’Orient en Occident, de la Grèce antique aux autoroutes américaines, entre Fantasy mythique et urbaine, et toujours sous le signe de l’eau.

Critique

Par Luigi Brosse, le 21/02/2016

Contes de la Tisseuse est paru initialement en 2000 aux éditions Nestivqnen avec comme sous titre : Cinq saisons et un élément. Une édition révisée et augmentée a ensuite été publiée en 2004 chez l’Oxymore, La Tisseuse, Contes de fées, contes de failles. Cette nouvelle édition diffère de la première par le remplacement des trois nouvelles dédiées au temps (également appelé Triptyque du millénaire) au profit d’une longue novella, symbolisant l’éternité. S’y ajoute une introduction de l’auteur, ainsi qu’une nouvelle postface de Natacha Giordano. En 2015, Léa Silhol republie la version originale (avec un corpus identique à l’original et une bibliographie de l’auteur) en tant que livre à la demande (chez BoD) pour éviter ReLIRE. Quelques mois plus tard, une version « collector » voit le jour en format relié, incluant quelques illustrations et une suite de courts textes inédits, prévus initialement pour la radio : Voix de fées. Cette critique est basée sur la version collector, la plus complète à ce jour, même si Voix de fées n’a d’intérêt réel que pour le collectionneur.
Contes de la Tisseuse est le premier recueil de nouvelles de Léa Silhol, un format finalement assez rare en fantasy. Le livre est composé pour un tiers de nouvelles parues entre 99 et 2000 dans différentes supports et pour le reste d’inédits. Ce qui frappe en premier lieu en analysant le sommaire, c’est l’organisation des textes. A l’instar d’anthologies thématiques, Léa Silhol utilise l’élément aqueux comme fil rouge du livre. L’eau relie ainsi les premiers mots d’introduction à la postface intitulée Au Fil de l’eau, en passant par les quatre saisons, contenant chacune trois nouvelles et en terminant par le temps, lui aussi divisé en trois.
S’il est important d’insister sur ce symbole, qui donne le ton et s’incarne d’une façon différente dans chacune des nouvelles, c’est parce que peu de choses sont laissées au hasard dans les récits de l’auteur. La symbolique est un élément clé de la patte Silhol, de son style et il est donc intéressant, voire nécessaire, d’affiner un peu sa grille de lecture pour mieux apprécier sa prose.
De même que l’eau, on peut ainsi noter la féminité (voire le féminisme) de l’ouvrage. Sur les seize textes de l’ouvrage, quatre sont narrés à la première personne par une femme, un choix qui ne peut qu’interpeller en fantasy tant il sort de l’ordinaire. Le lecteur est pris à parti, impliqué directement par ses héroïnes affirmant fortement leur nature. Les autres récits ne sont pas en reste puisque la vaste majorité met en scène un (ou plusieurs) personnage féminin, central à l’intrigue.
Ces femmes sont à de nombreuses reprises apparentée aux fées, fata, parques et autres moires, qui s’occupent de tisser le destin. Ce qui fait évidemment écho avec le titre du livre (et avec le surnom de l’auteur). Mais cela évoque également le temps, fleuve mouvant qui passe et met fin à toute chose. Il se dégage ainsi une certaine fatalité de l’ouvrage, de nombreuses nouvelles se terminant par une chute mortelle. Le ton de l’ouvrage dans son ensemble est ainsi assez sombre.
Le dernier élément que l’on peut noter dans ce recueil est ce qui est appelé « hard fantasy » dans la postface. En parallèle avec la hard science qui s’appuie sur des considérations aussi scientifiques que possible pour construire un récit de science fiction, la hard fantasy puiserait au cœur des mythes et du folklore pour bâtir une œuvre de fantasy. A ce jeu, Léa Silhol fait preuve d’une excellente connaissance du matériau originel. Elle reprend des figures légendaires, immédiatement familières au lecteur, et qui rendent donc son immersion immédiate. Cette technique fonctionne particulièrement bien dans le cas de nouvelles, permettant à l’auteur de se focaliser rapidement sur la réflexion qu’elle souhaite susciter, gagnant ainsi en dynamisme.
Néanmoins, c’est lorsqu’elle sort de ce schéma (ou de cet exercice de style, au choix) et qu’elle pose les bases de ce que seront les cycles de Vertigen et de Frontier que l’auteur laisse entrevoir l’étendue de son originalité. On pressent l’immensité des univers et on ne peut que vouloir y retourner. Cette attente contribue d’ailleurs a exacerbé la saveur de ses nouvelles, a contrario des autres, qui par leur finalité, ne laissent pas forcément la même empreinte.
Ces Contes de la Tisseuse constituent donc une très bonne porte d’entrée dans la trame de Léa Silhol, historiquement (c’est son premier ouvrage) mais aussi thématiquement (des nouvelles sans attaches et d’autres introduisant des univers repris plus tard) et stylistiquement. La patte de l’auteur y est déjà bien présente, avec ses tournures à la limite de l’ampoulé et son amour des adjectifs. Il suffira de quelques lignes au lecteur potentiel pour savoir si cela lui conviendra ou non, sachant que le reste du corpus de l’auteur est à l’avenant. L’ensemble des nouvelles est assez uniforme de part sa qualité, même si les romans successifs, ainsi que les recueils de nouvelles dédiés à Vertigen ou à Frontier placeront la barre plus haute.

7.0/10

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