Dix-neuvième ouvrage des annales du Disque-monde, Pieds d'argile est également le troisième livre consacré au guet d'Ankh-Morpork, après Au guet et le Guet des orfèvres. La troupe d'agents, désormais des plus hétéroclites -malgré les réticences premières du commissaire Vimaire- se retrouve ici confrontée au meurtres de vieillards a priori sans histoires, ainsi qu'à un empoisonnement du Patricien dont la disparition potentielle, ou tout au moins l'inaptitude éventuelle à exercer ses fonctions, attise les convoitises.
Si le scénario résumé ainsi présente toutes les caractéristiques d'une intrigue policière somme toute assez banale, il ne saurait être question de banalité, quand, Pratchett oblige, celle-ci se retrouve menée par des nains, loups-garou, trolls, gargouilles, humains et le caporal Chicque. Ce dernier, bien qu'apparaissant relativement peu, s'avérera d'ailleurs un des éléments marquants de l'intrigue avec une soirée en riche compagnie qui ne laissera pas le lecteur indifférent, permettant à Pratchett une fois de plus de critiquer, outre la monarchie, tous les biens-nés possédant richesse et puissance. Comme à son habitude, l'auteur utilise en effet ce volume des Annales pour aborder différentes questions et c'est par une interprétation du mythe du golem qu'il interroge ici sur la définition même d'un être vivant, les notions de conscience, de libre-arbitre mais également de travail et d'exploitation, offrant parfois d'un trait de plume, entre deux péripéties, des passages émouvants rappelant une nouvelle fois que cet écrivain était avant tout un homme en colère.
C'est en tout cas avec un plaisir non dissimulé que nous retrouvons donc durant les 400 pages de l'ouvrage toute la fine troupe du guet renforcée par quelques nouveaux éléments. Ce livre voit ainsi l'apparition notable de Petitcul Hilare, alchimiste nain désirant contre toute tradition que son apparence reflète réellement ce qu'elle est, permettant à l'auteur d'aborder par un biais inattendu la question du genre. Samuel Vimaire, ici bien plus mis en avant que dans le Guet des orfèvres, gagne quant à lui une nouvelle fois en profondeur. Son entretien final avec Veterini montre toute l'ampleur prise non seulement par celui qui s'avère être un des personnages favoris -et des plus réussis- de Terry Pratchett, mais également par le Guet dans son ensemble, dont l'importance au sein d'Ankh-Morpork va croissante, bien éloignée de celle qui était la sienne en début de cycle.
Une lecture tout à fait recommandable.
— K