Crépusculaire... C'est peut-être le mot qui cerne le mieux le Règne du Feu. Ne vous fiez pas à l'affiche qui met en avant des dragons dévastant Londres transformé en un gigantesque brasier. Il ne s'agit pas ici d'une reprise du London's burning des Clash. Autrement dit, si vous êtes attirés par ce côté destruction massive, combats de titants entre une horde de dragons et des armées jouant le tout pour le tout dans des affrontements urbains mettant les grandes villes du monde entier à feu et à sang, passez votre chemin.
Il n'y a pas de guerre de ce genre dans le Règne du Feu. Les dragons ont déjà gagné, ainsi que l'indique le titre. L'espèce humaine a beau toujours se rengorger un peu plus, elle a trouvé ses maîtres. Voilà l'amer constat qu'il faut encaisser dès le début de ce film. On retrouve le "héros", Quinn, qui tente de veiller pour le mieux sur la petite communauté dont il a la charge, tout en sachant que trop bien qu'ils ne sont pas à l'abri d'une nouvelle attaque, à chaque fois plus meurtrière. Il essaie aussi de transmettre les valeurs qui avaient fait la force d'une humanité aujourd'hui décimée, même les plus farfelues, et c'est un aspect très intéressant qui est alors développé en début de métrage. Quinn porte l'espoir chevillé au corps, mais sans tomber dans la figure du chevalier au grand coeur, sans peur et sans reproche.
Arrivent soudain Denton Van Zan et ses hommes, bien décidés à rendre la monnaie de leur pièce aux cracheurs de feu. Van Zan joue de son charisme à la fois martial et animal, lutte en permanence avec tous ceux qui lui font face pour imposer sa présence. Il se plait à croire qu'il est le dragon des dragons, que eux ont peur de lui, le craignent. Il a besoin de Quinn. On peut alors penser que l'on va tomber dans le film d'action classique : deux hommes que tout oppose vont devoir coopérer contre un ami plus féroce encore qu'ils peuvent l'être l'un pour l'autre, et au passage, le gentil protecteur des enfants va tomber amoureux de la belle pilote d'hélicoptère qui accompagne celui qui pourrait aussi être un rival pour son coeur. Eh bien, non. Bien que Quinn et Denton s'allient, il est difficile de dire qu'ils deviennent pour autant amis ou bien qu'ils comprenent vraiment le point de vue de l'autre. De même, peut-on vraiment parler de romance ou de triangle amoureux avec Alex ? Il y a beaucoup trop de non-dits pour cela, bien que certaines choses soient évidentes.
Les dragons eux-mêmes sont plus subtils que ce que l'on pourrait imaginer. Leur menace est le plus souvent masquée, à peine palpable... Une inspiration en ligne droite d'Alien ou les Dents de la Mer. Leurs apparitions n'en sont que plus fracassantes et rendues plus impressionnantes que tout ce que vous avez pu déjà voir dans ce domaine par la magie d'effets spéciaux tout simplement renversants. A retenir en particulier à ce niveau, la séquence des "Archangels" et le final dans un Londres en ruines où Big Ben se dresse comme le symbole de la non-résignation de la race humaine. Le Règne du Feu est-il alors une réussite complète ? Non, malheureusement ! Mais son seul défaut est de ne pas tout à fait avoir eu semblent-il les moyens de ses ambitions : il manque parfois une petite étincelle, un comble pour un film avec des dragons, et certaines scènes manquent quelque peu de liant. Mais on ne peut blâmer pour cela ni le réalisateur, ni les acteurs, qui ne commettent aucune faute de goût et nous convie à un blockbuster qui tranche singulièrement avec ses collègues estivaux, aussi bien par le sujet que par le traitement de celui-ci.

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