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Adaptation à grand spectacle d'un mythe qui
ne l'est pas moins, on attendait avec impatience de poser la main sur
le premier tome de la série signée du tandem Blondel/Brion. Un tel
point de départ pouvait passer pour une sécurité pour Soleil : après
tout, quoi de plus classique qu'un récit de fantasy épique ?
La note d'intention est claire : ici, c'est précisément l'angle
mythique/mythologique que les auteurs ont retenu, alors que le héros
mésopotamien a finalement été souvent revisité ces dernières années.
Batailles dantesques, cités gigantesques, magie, dieux, et, bien sûr,
femmes (souvent dénudées)... Les auteurs se disent fans de Frazetta
(difficile de ne pas penser à celui-ci notamment au niveau des
personnages féminins...) et Conan, et cela se sent. Ils ne prétendent
pas réinventer le personnage ou apporter quelque chose de véritablement
neuf après les travaux de pointures tels que Robert Silverberg ou Jean
Bottéro dans leur domaine respectif. Mais « simplement » tenter
d'approcher la légende telle qu'on la racontait à l'époque, pourquoi
pas...
Ce qui ne signifie pas pour autant négliger un sérieux travail de
documentation ou un traitement pourquoi pas à la limite de la parodie.
Non, le récit demeure très 1er degré du début à la fin. Les amateurs de
dimension épique seront probablement aux anges, et ce dès les premières
planches. Le personnage de Gilgamesh est fidèle à son image et se
révèle attachant malgré ses mauvais côtés d'enfant gâté. Dommage
toutefois, pour l'instant en tout cas, que les personnages secondaires
restent à ce point en retrait, y compris Enkidu. On espère
que les tomes suivants permettront de faire évoluer les choses sur ce
plan-là.
Pleine de bruit et de fureur, cette transposition laisse donc de côté
toute émotion « superflue », pour se concentrer sur les étapes les plus
marquantes de la jeunesse du personnage, que l'on découvre déjà jeune
homme avide de gloire. Plus subtil qu'il n'y paraît à certains égards,
le récit ne laisse cependant pas une grande place à la réflexion,
emportant le lecteur dans un véritable tourbillon de sensations. Là
aussi, le prochain album laissera peut-être le temps aux auteurs de
travailler cet aspect-là, sans renier bien entendu l'angle d'attaque
qu'ils ont adopté.
Puisque l'on en parle des auteurs, Alain Brion mérite tout autant
d'être distingué. Connu pour ses couvertures de romans souvent
somptueuses, ce n'est pas la première expérience de l'artiste dans le
domaine de la bande dessinée, mais sans doute la plus aboutie. Chaque
case est un véritable tableau, soutenu par une mise en couleurs tout
aussi réussie, dans une pluie de tons mordorés qui colle parfaitement à
l'ambiance et à l'atmosphère de cet album. Les dessins contribuent donc
grandement à nous faire pénétrer immédiatement dans cette
Mésopotamie mythique, loin des canons de l'immense majorité de
la production Soleil.
Du début à la fin, c'est un véritable sans faute, voire un régal.
Au final, la combinaison fonctionne parfaitement et on a vraiment hâte
de connaître la suite. Voilà en tout cas une belle réussite qui remet
en lumière un personnage fondateur qu'il ne faudrait pas oublier à
l'aune de créations modernes.
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