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A lire ce résumé et
à voir la couverture aguicheuse du premier tome, ce
manga de
Youn In-Wan au scénario et Yang Kyung-Il aux dessins aurait
pu en rebuter certains, qui pourraient s'attendre à une
histoire sans originalité et racoleuse.
Eh bien, cela aurait été fort dommage, et une
belle erreur ! Car Le nouvel Angyo Onshi est une
surprise plus que sympathique ! Explorant un temps les
légendes coréennes - qui trouvent tout de
même des correspondances au Japon ou ailleurs - l'oeuvre nous
place sur le chemin de Mun-Su, le seul Angyo Onshi qui n'ait pas
renoncé à sa tâche, avant tout pour
tenir une vieille promesse faite à un ami. Mais pour se
faire, notre " héros " n'hésite pas à
employer des manières bien peu orthodoxes ! Et à
peine commence-t-on à croire qu'il s'agit en fait d'un " dur
au coeur tendre ", pas si froid que ça, qu'il nous
démontre une fois de plus qu'il n'en ait rien.
De plus, les rebondissements et surprises sont légion, et
ce, dès le premier tome. Bref, du point de vue du
scénario, c'est solide, et très loin de la
moyenne des oeuvres du genre. Il faut bien considérer que
nous avons affaire à un récit plus adulte. Pour
preuve, des personnages introduits en quelques pages (telle que la
charmante et décidée Chun-Hyang)
acquièrent immédiatement une réelle
profondeur, alors que d'autres auteurs mettraient plusieurs tomes
à en proposer une équivalente.
L'univers quant à lui rappelle un peu Berserk,
bien que le contexte médiéval n'ait rien
à voir avec l'Europe, évidemment ! Mais sa
dureté, son " réalisme ", et sa violence, ne sont
pas sans point commun, de même que l'irruption soudaine de
monstres ou autres démons.
Du point de vue du dessin, c'est splendide, rien à redire !
Une fois encore, bien au-dessus de la moyenne. Le trait et le
découpage sont de grande qualité, et le dessin
sait se faire souple, travaillé, bien loin de la caricature.
Sans aucun doute l'apport coréen, même si les
influences principales demeurent japonaises. (C'est au Japon que cette
BD a été tout d'abord publiée.)
Pour ce qui est de l'édition française, c'est de
très bonne qualité, Pika nous
propose une version à la traduction soignée, qui
conserve même ses pages couleur ! Le papier est de bonne
qualité, et plusieurs pages de notes s'attardent plus en
profondeur sur certains points obscurs de l'histoire.
Après 6 tomes, ces constatations demeurent parfaitement
valables, et même plus. La noirceur du récit - ou
de Mun-Su - ne s'est pas dissipée. Et la
mécanique du scénario s'affirme, tandis que se
révèle peu à peu une intrigue plus
globale, qui introduit son lot de personnages toujours fascinants. A
noter que Chun-Hyang a la part belle au cours du troisième
tome, en décidant d'aller de l'avant. Si le 4eme propose une
approche plus classique notamment du duel, les surprises sont toujours
de rigueur, et la némésis de Mun-Su nous intrigue
toujours autant...
Avec le cinquième
tome, on retrouve en partie le format
histoires courtes, toujours inspirées de légendes
coréennes, notamment cette fois celle du
frère-tigre. Toujours aussi bien
maîtrisé, on suit un récit et ses
non-dits, qui n'oublie pas pour autant l'intrigue principale
dévoilée depuis le 3eme. Question dessin, il
conserve toute sa tenue, de grande classe ! Le 6 nous
entraîne à nouveau à la
découverte de certains éléments du
passé de Mun-Su, (l'un des éléments
moteur de l'intrigue) tout en prenant appui sur l'histoire
déchirante de deux amants... L'ambiance et la
densité du récit sont tout bonnement
magnifiquement éprouvantes, allégées
par quelques touches d'humour. Un humour que l'on retrouve dans le
volume suivant, de façon beaucoup plus marqué que
précédemment.
Ce qui étonne plutôt, d'autant que le rythme de ce
7eme
tome est des plus échevelés, avec de
nouvelles révélations, des personnages qui
apparaissent ou réapparaissent, et un cliffhanger de plus en
conclusion. On peut être certain en tous cas que les auteurs
n'oublient pas ce qu'ils ont établis
précédemment, et ne se contente pas d'une fuite
en avant, comme dans nombre de shônen. Ce qui se confirme
à la lecture du suivant, où le voile est enfin
levé sur le grand amour de Mun-Su, tandis que l'absence de
Sando se fait cruellement sentir.
Le
9, qui fut attendu plusieurs mois pour cause de parution
japonaise
rattrapée, est dans la ligne droite du
précédent, sans apporter de conclusion
à cet arc de l'histoire, loin de là ! A
présent, les auteurs manipulent la
réalité de leurs personnages et celles de leur
lecteur, tout en explorant le passé si nébuleux
de Mun-Su dans les premiers tomes...
A ce titre, le 12 représente sans doute un virage important,
avec le début d'un arc se recentrant sur les conflits
principaux et ménageant son lot de
révélations avec une véritable
aposée dans le 14, sans même parler du suspense
!
Enfin, le 15ème volume amorce la fin de la série,
programmée au Japon, sans jamais se départir de
ses qualités.
Quant à l'édition de Pika,
elle conserve son niveau d'excellence, avec toujours ses pages
couleurs, sa traduction précise bien sûr, ou ses
rappels historiques.
Dernier tome : Difficile de conclure une histoire, et
peut-être encore plus dans le cadre des mangas,
où, pour peu qu’une série marche bien,
la voilà souvent rallongée, parfois contre la
volonté de ou des auteur(s) !
Ce ne sera pas le cas ici. Après moins de 20 tomes, les
aventures de Mun-Su touchent donc à leurs fins, et le moins
que l’on puisse dire, c’est qu’il
s’agit d’une sortie de scène magistrale,
à tous points de vue.
Impossible de ne pas vivre ce dernier volume, soufflé par
l’émotion – jamais bon marché
– et magnifié une dernière fois par les
dessins. Les auteurs ont vraiment soigné leur sortie
jusqu’à la toute dernière page, sans
concession.
Une réussite totale.

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