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1 / Tout d'abord, laisse-moi
te dire que j'ai beaucoup apprécié
ce deuxième tome de la Moïra, notamment
les cent dernières pages, vraiment enlevées.
J'espère donc que l'accueil du public est
en conséquence. A ce sujet, que penses-tu
pour le moment du succès de la Louve et
l'Enfant, puis du bon démarrage de celui-ci.
J'ai vu que tu remerciais tes lecteurs, à
la fin du roman.
Mon éditeur
et moi-même avons été très
agréablement surpris par l'accueil que
les lecteurs ont réservé à
la Moïra. D'ailleurs, merci ! On ne pensait
pas qu'un roman de pure Fantasy francophone pouvait
avoir ce succès en grand format. Cela prouve
déjà que contrairement à
ce que l'on pense, les gens n'achètent
pas de la Fantasy uniquement parce qu'il y a un
nom américain sur la couverture... Ce qui
est bien, c'est que "Loevenbruck", les
gens ne savent pas trop ce que c'est. On me prend
parfois pour un belge, un allemand, un hollandais...
En réalité, c'est lorrain ! Je sais
aussi que je dois beaucoup aux libraires dont
certains m'ont réellement soutenu, voire
appuyé ! L'accueil en librairie a été
extraordinaire, je ne sais pas pourquoi... Peut-être
parce que je suis un des premiers français
à s'être vraiment lâchés
en Fantasy depuis longtemps. J'ai voulu faire
de l'aventure, sans complexe, plutôt que
chercher absolument à me démarquer
en tant qu'auteur francophone. Ce qui m'a interessé
sur la Moira n'était pas de revendiquer
ma spécificité d'auteur francais,
mais simplement de me donner du plaisir pour en
donner aussi aux lecteurs. Je reçois encore
plus de réactions positives avec le deuxième
tome, sans doute justement parce que, maintenant
que l'univers est installé et que les personnages
sont en place, c'est l'aventure qui prime. Je
me suis encore plus laché sur celui-là,
et pour le troisième tome, ca va chier
!!!
2/ Une chose
frappante, c'est la façon dont on entre
dans le monde de Gaelia, ou alors, dont on le
retrouve. On est transporté dès
les premières pages. Est-ce que cela se
fait aussi naturellement pour toi que pour le
lecteur ? Lorsque tu t'attelles à un nouveau
chapitre par exemple, est-ce facile de plonger
dans ton monde, hors de la réalité
?
J'ai particulièrement
travaillé là-dessus. J'ai voulu
éviter au maximum aux lecteurs d'avoir
besoin de relire le premier tome, parce que je
sais que c'est très désagréable
d'être complètement perdu au début
d'un roman. Mais il y a sûrement encore
quelques moments où l'on ne se souvient
pas de tout ce qui s'est passé, de tous
les personnages. Il y en a tellement ! Toutefois,
l'un des correcteurs de La Guerre des Loups n'avait
pas lu le
> premier tome et en très peu de pages
il a compris l'intrigue et la position des personnages
!!! Faut dire, c'est un docteur en lettres, il
est balaise ! Ceci dit, je déconseille
fortement aux gens qui n'ont pas lu le premier
de commencer directement par le second. C'est
véritablement une suite, cela pourrait
presque être un seul roman. Quant à
savoir si j'ai du mal à me replonger dans
le monde de la Moïra, non, au contraire,
c'est un véritable plaisir ! Les personnages
ont vraiment pris vie. Jamais je n'aurais imaginé
que je puisse un jour dire ça, mais c'est
vrai, mes personnages me font parfois des surprises
!!! Amine, par exemple. C'est difficile à
expliquer, mais au cours de l'écriture,
je l'ai laissée parler, et elle m'a entraîné
plus loin que je ne l'avais prévu !
3/ Ton style
a à mon avis lui aussi son importance.
Il est à la fois simple, et pourtant porté
par une touche, une patte assez marquée.
J'essaie d'être
clair, précis, et surtout pas trop maniéré.
Je ne suis pas un puriste du style, même
si je me régale en lisant les auteurs qui
en ont. J'ai passé de nombreuses années
à étudier la littérature
et je sais apprécier un auteur qui a du
style. Pour l'instant, mon objectif n'est pas
d'avoir un style, mais de divertir. L'autre jour
un professeur de français m'a fait remarquer
qu'il y avait des maladresses de style dans la
Moïra... Bon. Si déjà les lecteurs
s'éclatent, je suis bien content. J'ai
29 ans, j'ai encore le temps de réfléchir
au style ! Je ne suis pas sûr qu'un excès
de style soit toujours au service du roman. Mais
pfff, c'est un débat dans lequel on va
éviter d'entrer... En revanche je suis
un puriste de la clarté. Mon angoisse est
toujours qu'un lecteur puisse ne pas me comprendre.
Alors j'essaie d'être clair. Ma deuxième
angoisse est qu'un lecteur puisse s'ennuyer. Alors
j'essaie d'être fluide... J'essaie en tout
cas. Mais ceux qui voient comment je m'habille
savent que le style n'est pas mon premier soucis,
hahaha !
4/ Le monde de
la Moïra est bercé d'une multitude
d'influences, aussi bien directement celtiques,
que d'autres. Est-ce facile de les retranscrire
en un tout uniforme sans avoir l'air de les agglutiner
simplement pour faire... couleur locale ?
C'est un
peu compliqué parfois, je dois l'avouer
! Mais encore une fois, cet univers a fini par
exister par lui-même, il a sa propre cohérence,
ses propres contradictions. Finalement, il est
aussi uniforme que peut l'être un monde
réel, c'est-à-dire pas tellement
!! Quand on regarde un pays, que de diversités
! Que de contradictions ! Que de mélanges
!
5/ Tu as
assumé de nombreuses fonctions et métiers.
Et même encore maintenant, tu as plusieurs
projets en chantier. Si tu devais ne retenir qu'une
seule activité, quelle serait-elle ? Le
métier d'écrivain ? Qu'est-ce qui
t'apporté le plus de satisfactions pour
le moment ?
Si je ne
devais en retenir qu'une seule, ce serait bien
sûr l'écriture. Mais toutes mes activités
m'ont apporté beaucoup de satisfactions.
Quand je suis prof d'anglais, je me régale.
Quand je suis journaliste aussi... Très
bizarrement, alors que j'étais un gros
paresseux jusqu'en terminale, voire plus, je suis
devenu un gros bosseur. Parce que quand un boulot
me plait, je me donne à fond... Et j'ai
eu l'extreme chance de ne faire quasimment que
des boulots qui me passionnaient. Mais rien ne
vaut le plaisir d'écrire et d'être
lu...
6/ Un personnage
que j'ai pour ma part beaucoup apprécié,
c'est Samael. Par certains côtés,
on dirait une sorte de Saroumane survolté,
pour plaisanter un peu. Comment s'est-il imposé
à toi ?
C'est un
personnage ambigu. C'est une ordure, mais une
ordure qui a des raisons de l'être (des
raisons, pas des excuses), et qui a été
faite par les gens qui aujourd'hui lui reprochent
d'en être une... Tiens, ca me rappelle quelque
chose de très très actuel... En
gros, disons que les druides de la Moira et la
CIA ont ceci en commun : ils ont quand meme fait
beaucoup de conneries qui leur retombent dessus
!
7/ Bien entendu,
une autre figure marquante de ce roman, est Dermod
Cahl, le nouveau général des armées
de Maolmordha. Son charisme est vraiment imposant.
Je me demandais si la personnification de la mort
dans le folklore breton avait eu son importance
quant à son apparence ? Et sinon, est-ce
que le fait que l'on se doute très vite
de son identité véritable est voulu,
afin de faire naître le malaise dans l'esprit
du lecteur qui sait avant Aléa ?
Je n'ai pas directement
pensé au folklore breton pour Dermod Cahl.
Pas consciemment en tout cas. Disons que j'ai
voulu faire un mort-vivant d'envergure, et le
personnage s'est imposé très vite.
Euh, même à moi, il me fait peur
! Quant à sa véritable identité,
oui, le lecteur la découvre plus vite qu'Aléa,
et c'est un effet voulu, bien sûr. C'est
amusant, ca me fait penser à la fin du
film Seven. On sait très bien ce qu'il
y a dans la boite que le personnage de Brad Pitt
va ouvrir. On sait très bien, et pourtant
on est horrifié...
8/ Pour en venir
au personnage de l'héroïne, Aléa,
elle mûrit beaucoup durant le roman. Elle
se montre même parfois très dure.
Etait-ce ardu justement de ton côté
de démontrer que c'était le cours
de l'Histoire qui lui imposait cela, et non pas
la volonté de l'écrivain pour les
besoins de son récit ?
Je me répète,
mais vraiment, les personnages sont lancés
de telle sorte que leurs trajectoires s'imposent
d'elles mêmes. Aléa n'a pas d'autre
choix. Et puis elle a aussi un passé qui
l'a préparée à murir un peu
plus vite que la moyenne... Les expériences
qu'elle vit l'ont fait bien sûr murir. Et
pourtant, par moment, elle reste petite fille.
Aléa aussi a ses contradictions. C'est
tantôt une petite fille adorable, tantôt
une petite chieuse, tantôt un leader intelligent,
tantôt une folle furieuse. Bref, c'est un
être humain, non ?
9/ Arrêtons-là
les titillages ! Quelque chose que j'adore chez
toi, c'est la façon dont tu arrives à
conserver la flamme d'un conteur des anciens temps,
tout en apportant une note moderne dans ton approche
de Fantasy. Encore une fois, est-ce une démarche
pensée, ou bien, chose que personnellement
je crois, le monde que tu as inventé finit
par acquérir une vie propre et influer
sur ta manière de l'aborder ?
D'abord merci.
J'adore l'idée d'être comparé
à un conteur plutôt qu'à un
écrivain. C'est tout à fait mon
ambition. J'adore raconter des histoires. Je commence
d'ailleurs mes romans à la façon
d'un conte. Et la présence des loups aussi
s'ajoute à cela... Quant à moderniser
le discours habituel de la Fantasy, je ne sais
pas si j'y suis parvenu, mais c'était aussi
un souhait. J'ai voulu faire des personnages qui
se posent des vraies questions, j'ai voulu faire
des vrais personnages féminins, des vrais
personnages ambigus, et peut-être cela sort
un peu d'une Fantasy trop classique. Mais je n'ai
pas non plus voulu faire un roman trop "prise
de tête". Cela reste un roman d'aventure.
D'evasion...
10/ Enfin, si
je te dis que tu me fais plus penser à
Eddings qu'à Tolkien, la comparaison te
convient-elle toujours ?
Disons que si
tu me disais que je te fais penser à Tolkien
le pauvre J.R.R. se retournerait dans sa tombe
en te demandant de ne pas exagérer !!!
Quant à Eddings, je ne pense pas lui arriver
à la cheville non plus. La grande différence,
c'est que j'ai lu Tolkien, et, oserais-je l'avouer,
je n'ai pas lu Eddings (très peu en tout
cas) !!! En revanche, j'ai lu Robert Jordan, et
on me reproche souvent que la Moira ressemble
à son oeuvre, ce que je ne peux nier. D'abord
parce que nous puisons dans les mêmes références
culturelles, mais aussi parce que l'oeuvre de
Jordan est excellente, et donc envahissante !
J'espere toutefois avoir apporté une petite
touche personnelle, ne serait-ce que par le personnage
d'Aléa. Ni Eddings, ni Tolkien ni Jordan
n'ont fait du "messie" un personnage
féminin... Na !
Propos recueillis
par Gillossen
le 13 Septembre 2001
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