Henri
Loevenbruck a eu la gentillesse et la courtoisie
de bien vouloir nous accorder une interview !
Ni plus ni moins ! C'est dire si nous sommes heureux
de pouvoir vous proposer une pareille exclusivité
! Voici donc le résultat de cette première,
menée à coup de questions au tac
au tac.

Gillossen
: Le cadre général de votre roman n'est pas sans
rappeler Lyonesse de Jack Vance : une trilogie,
un monde celtique imaginaire, où le christianisme
a pris pied. De même que dans le ton, des personnages
haut en couleur, une ambiance picaresque. Est-ce
une référence que vous revendiquez ?
Henri Loevenbruck
: Non. Je dois avouer humblement que je n'ai même
pas lu Lyonesse... Je ne suis pas trop fan de
Jack Vance, même si je lui reconnais de grands
talents. Par exemple, il est à la SF ce que Chabrol
est au cinéma français : les scènes de bouffe
sont incontournables :-)
G : Passer
un an à étudier les loups a-t-il contenté votre
soif de connaissance vis-à-vis de cet animal,
ou bien y a-t-il toujours quelque chose de nouveau
à apprendre, sur lui, ou bien de lui ?
HL : J'ai
encore beaucoup de travail (ne serait-ce que pour
l'écriture des autres tomes que j'ai déjà commencés...).
Je crois qu'il faut au moins une vie pour connaître
vraiment cet animal discret... En outre, je ne
vis pas dans le pays idéal pour étudier les loups.
Heureusement, il y a le Parc du Gévaudan tenu
par Anne Ménatory. Je n'ai pas pu y passer autant
de temps que je l'aurais voulu (j'habite dans
la région parisienne), mais cela m'a au moins
permis de voir les loups de très près et de mieux
comprendre tout ce que j'ai pu lire dans les bibliothèques...
G : L'amitié
existant entre vos deux héroïnes sera-t-elle un
jour possible à plus grande échelle, alors que
périodiquement nous entendons des bergers se plaindre
du retour du loup ? J'imagine que c'est une situation
qui vous tient à coeur du fait de votre passion...
HL : Il faudra
bien que l'un ou l'autre cède : soit les loups
céderont, ce qui dans leur cas signifie mourir,
soit les bergers cèderont, ce qui dans leur cas
signifie apprendre à vivre avec les loups, comme
le font les bergers italiens par exemple... Je
ne sais pas pour vous, mais j'aimerais mieux la
deuxième solution ! Les bergers français (tout
au moins ceux qui ralent, il ne faut pas généraliser...)
en sont-il capables, en auront-ils envie ? Je
ne peux pas en être sûr, mais je crois qu'il faut
lutter contre la désinformation et rendre à cet
animal une image beaucopup plus positive en prenant
l'exemple sur nos voisins transalpins.
G : La Fantasy
est-elle un genre naturel pour vous ? Y-a-t-il
des limites aux libertés qu'elle peut offrir ?
HL : En tant
que lecteur, la Fantasy est l'un des genres qui
m'a le plus satisfait... En tant qu'écrivain,
je pencherais plus naturellement vers le thriller
investigatif, et pourtant je prends un vrai plaisir
dans cette trilogie, car non, il n'y a pas de
limite aux liberté qu'offre la Fantasy ! Avant
cela, j'ai écris de la SF et du polar, et la Fantasy
est beaucoup plus... permissive ! Mais attention,
le lecteur de Fantasy en revanche est de plus
en plus éxigeant (il y a eu tellement de mauvais
livres...), alors la liberté, c'est bien, mais
pas pour dire n'importe quoi. Parfois, la liberté
est une prison : certains auteurs se perdent dans
l'imaginaire trop débridé que leur inspire la
Fantasy et ne parviennent pas à déployer une histoire
satisfaisante... Car tout cela n'est que du détail,
en réalité, je ne crois qu'en deux choses, en
littérature : l'intrigue, et les personnages.
Le reste, c'est du décor ! (y'en a qui vont hurler
:-) )
G : Mis à
part Tolkien, quel est l'auteur qui vous a le
plus marqué, ces derniers temps, disons ?
HL : L'auteur
qui m'a le plus marqué ? Ces derniers temps, c'est
Jonathan Lethem et James Ellroy. En général, c'est
Stephen King, Jacques Laurent et Alexandre Dumas
(bref, rien à voir !)... Henry James aussi. Et
puis à côté de ça, j'ai une grande estime pour
des auteurs populaires français qui me donnent
envie d'écrire simplement, Joël Houssin, Bernard
Werber, Pierre Pelot...
G : Quand
vous entendez dire par des gens qui n'en ont probablement
jamais lu que la Fantasy, ce sont des bouquins
pour les gamins, avec des farfadets et des méchantes
sorcières... Quelle est votre réaction ? Plutôt
d'en rire ou d'en pleurer ?
HL : Je leur
dis qu'ils ont raison, et que moi je suis un grand
gamin qui adore les farfadets et les sorcières
!
G : N'est-ce
pas tout de même un peu agaçant ?
HL : Disons
que c'est un moyen détourné de ne pas donner satisfaction
à nos détracteurs en assumant ce qu'ils pensaient
nous reprocher. Mieux vaut leur dire "oui, c'est
vrai, et en plus on aime ca" que d'entrer dans
un débat stérile dans lequel il n'apprendront
rien, car les témoins du débat peuvent ainsi voir
que nous préférons répondre avec sourire...
G : Et enfin,
un petit mot sur le Pacte des Loups, qui met le
canis lupus à l'honneur lui aussi ? ;-)
HL : Pas vraiment
en fait, c'est davantage un film fantastique (tout
à fait correct) qu'un film sur les loups... Non,
pour ce qui est de Canis Lupus, il vaut mieux
se tourner vers un film excellent des années 80,
intitulé Un Homme parmi les loups, de Caroll Ballard,
qui était bourré d'humour et d'émotion...
G : Les loups
étaient tout de même présentés sous un jour
favorable, même si on ne les voit pas beaucoup.
HL : C'est
vrai ! Mais c'était encore mieux dans Un Homme
parmi les loups :-)
Propos recueillis
par Gillossen
le 9 Février 2001
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