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Gillossen Et voilà,
les
Chroniques des Féals sont achevées.
Que ressentez-vous lorsque vous terminez l'une
de vos histoires ? La portez-vous encore longtemps
en vous après avoir écrit la dernière
page ? Ou bien, allez-vous immédiatement
de l'avant ?
Mathieu Gaborit
: Je ne m'attarde jamais sur une histoire. Je
suis un affamé en terme d'imaginaire et
j'ai très souvent d'autres projets en tête
sur lesquels je me jette dès qu'un bouquin
se termine. Restent les souvenirs, les images,
quelques scènes qui vous hantent parce
qu'elles n'étaient pas à la hauteur
de ce que vous espériez. D'un roman achevé,
il me reste toujours des regrets. Sans doute est-ce
pour cela que je continue à écrire
G : Personnellement,
le Roi des Cendres est mon tome préféré
de cette trilogie. J'ai particulièrement
apprécié que toute l'action ne tourne
pas perpétuellement autour de Januel. Mais
certains le trouveront peut-être trop en
retrait. Est-ce que cela a été difficile
d' " écarter " ainsi son héros
?
MG : Non, pas
le moins du monde. Au contraire. Januel n'a jamais
été pour moi un personnage fondamental
tel que Agone, par exemple. Les Chroniques
des Féals résumaient bien plus
le combat d'un petit nombre, les Ondes en l'occurrence,
que le destin de Januel. Même s'il était
l'axe de la quête, il ne résumait
pas l'essence même du combat qui se jouait
entre les Ondes et le Fiel. J'ai toujours vu ce
cycle comme l'accomplissement d'une lutte à
mort entre Bien et Mal et la manière dont
un petit nombre d'individus pouvait peser sur
le destin d'un monde.
G : Dans le même
ordre d'idée, et bien évidemment
sans vouloir la trahir pour ceux qui n'auraient
pas encore lu votre roman - les inconscients !
;-) - la fin est
assez surprenante, même
si on la sent poindre sans vouloir vraiment y
croire. L'aviez-vous toujours vue ainsi ?
MG : Oh oui !
J'ai eu la fin en tête avant même
d'écrire la première ligne de "
Cur de Phénix ". Autant l'histoire
a-t-elle pu dévier en cours de route sur
des aspects secondaires, autant la trame principale
était pour moi très claire dès
le début. C'est important de savoir ce
vers quoi tend un cycle. On ne peut jamais être
sûr de son plan, de la construction de ces
chapitres mais on doit savoir comment tout cela
doit s'achever. C'est un sentier de l'imaginaire
qui sait où il va mais qui ne connaît
pas forcément tous les obstacles dressés
sur sa route. Je ne m'écarte jamais de
la trame principale mais je me laisse toujours
des espaces pour improviser. Sans cela, je risquerais
de m'ennuyer.
G : Y a-t-il donc
une satisfaction particulièrement à
" contourner " les attentes logiques
des lecteurs face à la figure représentée
par Januel dans les deux premiers romans ?
MG : Bien sûr.
L'enjeu est de ne pas verser dans la facilité
et d'avoir en tête la seule perspective
de surprendre. Surprendre pour surprendre, c'est
assez facile mais cela n'a aucun intérêt.
En revanche, surprendre lorsque vous savez exactement
pourquoi, voilà un aspect très agréable
d'une heoric fantasy " détournée
".
G : Je trouve
que vous conservez admirablement une certaine
âpreté au fil des pages, celle du
poids de la vérité par exemple.
Est-ce quelque chose que vous tenez vraiment à
faire passer ou qui vient de toute façon
naturellement pour vous ?
MG : Un peu des
deux sans doute. Un romancier ressemble bien souvent
à un joueur de poker avec quelques cartes
maîtresses en mains et un talent plus ou
moins affûté du bluff. Je n'aime
pas les références trop convenues.
J'aime les épaisseurs, dans les personnages
et les histoires, qu'on épluche au fil
des pages.
G : Il y a de
nombreuses images marquantes qui traversent cette
trilogie, notamment dans ce troisième tome,
avec certaines qui touchent à une dimension
mythologique. Que représente pour vous
exactement la figure de la Mère des Ondes
?
MG : Une mère
écartelée entre le sens de sa cause
et l'amour de son fils. Bien souvent, je tente
de régler à travers un roman la
question qui me préoccupe le plus dans
la vie : quelle part de cynisme doit-on conserver
pour exister et évoluer dans la vie ? Ou
plutôt, jusqu'où est-on obligé
de faire le mal pour faire le bien ? Dans une
certaine mesure, la Mère des Ondes essayent
de répondre à cette question.
Elle est aussi pour moi l'incarnation d'un combat
entre magie et humanité. Jusqu'où
une créature d'essence magique peut-elle
être infiniment humaine dans ses sentiments
? J'aime le principe universel du sentiment. Ce
à quoi la Mère des Ondes répond,
une fois encore.
G : Si vous me
permettez le jeu de mot, l'ambiance de ce roman
est
crépusculaire. Encore une fois,
c'est assez rare pour une conclusion. En tant
que conteur, est-ce plus difficile à raconter
que disons, un épilogue plus convenu ?
MG : Non, pas
du tout. Encore une fois, il s'agit de ne pas
céder à la facilité, de ne
pas vouloir terminer un roman de manière
moins conventionnel uniquement pour ne pas faire
comme les autres. La fin telle que je la raconte
s'imposait. C'est à mes yeux une question
de cohérence à l'égard de
l'histoire, pas un choix délibéré
de vouloir finir sur une note " crépusculaire
".
G : Dans ma critique,
j'ai souligné le plus sympathique que constituait
les " carnets ", compilation de vos
écrits parus jusqu'à présent
uniquement sur le site de votre éditeur.
Sur quel plan les jugez-vous ? Font-ils pour vous
partie intégrante de votre histoire, ou
bien sont-ils juste des textes d'appoint ?
MG : Un univers
présenté dans un roman ressemble
à une maison. Vous y invitez vos lecteurs
et, si l'occasion se présente, vous décidez
de céder la clé de la cave ou du
grenier pour y présenter des pièces
qui ne sont pas forcément utiles à
la vie de tous les jours mais qui font partie
intégrante de la maison.
Ces textes ne sont pas utiles à la compréhension
de l'histoire. Il s'agit plutôt d'inviter
le lecteur à une immersion plus profonde
dans l'univers, à lui montrer des aspects
du monde qui ne sont pas toujours présents
dans le roman.
G : Certains de
nos visiteurs ont des questions pour vous. Commençons
par celle-ci. Vous avez touché à
d'autres domaines que la littérature, jeu
de rôle, jeu vidéo
Quel est
le support qui vous plait le plus, et pourquoi
cela ?
MG : Le jeu de
rôle a ses défauts et ses qualités.
Il vous apprend à travailler vite, il vous
apprend à vous poser les bonnes questions
sur la construction d'un univers cohérent,
il vous offre un espace démesuré
pour créer. Mais le jeu de rôle est
aussi un piège redoutable qui vous renseigne
sur le sens même d'une bonne histoire. Autrement
dit, des personnages
Un roman ne doit pas être un prétexte
pour présenter un monde. C'est les personnages
de votre histoire qui se chargeront, le temps
voulu, de lever le voile sur ce monde. Si vous
faîtes l'inverse, votre roman ne tient pas
la route. Ni plus ni moins.
Le jeu vidéo ne m'a
rien apporté de concret. Il s'agit d'une
industrie à l'échelle internationale.
La création y est réduite à
sa plus simple expression même si, avec
le temps, quelques scénarios intéressants
peuvent émerger. Pour l'instant, le jeu
vidéo est pour moi un simple moyen de gagner
de l'argent afin d'avoir le temps d'écrire
des romans.
G : Autre question.
Est-ce toujours son dernier roman que l'on préfère
? Dans le même ordre d'idée, est-ce
que celui que l'on juge le plus " maîtrisé
" sur le plan de la narration, de la structure,
est forcément celui dont on est le plus
fier ?
MG : Oui et non.
Oui, parce qu'on progresse dans l'écriture
à chaque roman, on apprend de petites choses
qui, au fil du temps, vous aident à mieux
maîtriser votre histoire.
Non, parce que l'écriture d'un roman obéit
à des contraintes très circonstancielles
en terme de délais, d'humeurs, etc. Il
arrive qu'un dernier roman soit écrit dans
de mauvaises conditions et que vous ne soyez pas
satisfait du résultat.
G : Celle-là
ne va pas forcément vous plaire
Plusieurs
de nos visiteurs nous ont fait savoir qu'ils seraient
ravis de vous soumettre une question, mais que
malheureusement
Ils n'avaient jamais rien
lu de vous. A votre avis, pourquoi les auteurs
français souffrent-ils encore et toujours
de ce manque de visibilité, au sein même
de leur propre public ?
MG : Cela tient
surtout à la politique des éditeurs
qui ne peuvent pas toujours prendre les mêmes
risques sur un auteur français que sur
un auteur étranger, bien souvent anglo-saxon.
Les lecteurs d'heroic fantasy n'ont jamais été
habitués à lire un auteur français.
L'immense majorité des romans d'heoric
fantasy sont l'uvre des Anglo-saxons et
même si les choses évoluent, il faudra
du temps pour qu'un auteur français puisse
revendiquer le savoir-faire des Anglo-saxons dans
ce domaine.
G : Terminons
avec une question plus légère. L'année
dernière, je vous avais demandé
si vous attendiez l'adaptation du Seigneur des
Anneaux. Je suppose que vous avez donc vu la Communauté
de l'Anneau depuis sa sortie. Votre opinion ?
MG : Je vais sans
doute me faire lyncher mais je ne l'ai pas encore
vu
Réponse le 6 août à
sa sortie en DVD.
Propos recueillis
par Gillossen
le 10 Juillet 2002
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