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Gillossen
: Parlons un peu du Fiel, votre nouveau roman
paru le mois dernier. C'est une histoire beaucoup
plus aboutie, nerveuse, que le premier tome. Comment
s'est passée cette transition pour vous ? Est-ce
difficile de traduire le changement d'ampleur
de l'histoire ?
Mathieu Gaborit
: Une transition spectaculaire. Le premier tome
était sans doute moins personnel et, d'une certaine
manière, plus objectif. Je me suis efforcé de
présenter les personnages et l'univers avec soin
afin que la lecture du second soit plus aisée,
que le lecteur possède suffisamment d'éléments
sur l'histoire pour y évoluer avec plaisir. Ce
n'est pas difficile de traduire un tel changement.
Au contraire. Introduire le lecteur dans un monde,
dans une histoire, ce n'est pas chose facile.
C'était l'enjeu du premier tome. Dans le second,
il me semble que chacun peut se glisser (et moi
le premier !) dans l'histoire sans difficulté.
G : L'un des
points forts est selon moi une présence plus marquée
de la Charogne, délicieusement repoussante. Comment
vous est venue l'idée de vous repencher sur le
thème des morts-vivants ?
MG : J'ai
rarement été séduit par le traitement des " morts-vivants
" dans l'heroic fantasy. J'ai voulu aborder ce
thème-là en le traitant à ma façon, en le dépoussiérant
pour que le mort-vivant ne soit plus une simple
marionnette repoussante mais un véritable concept.
J'ai voulu donner un sens à la " pourriture ",
construire autour de ce concept une architecture,
un monde de l'au-delà qui fasse sens dans un genre
aussi précis que l'heroic fantasy.
G : Januel
le Phénicier, votre héros, est par contre très
innocent au début du cycle. Est-il plus aisé pour
vous de le manipuler ainsi, ou une fois de l'expérience
ou du vécu accumulé ? N'a-t-il pas ensuite tendance
à vous " échapper " , à vouloir tracer sa propre
voie, ou bien ne vous arrive-t-il jamais de changer
vos plans ?
MG : L'innocence
de Januel était voulue et même forcée afin de
traduire ses véritables origines. Mieux vaut ne
rien dévoiler mais cette naïveté est cohérente
avec son histoire, elle est en résonance avec
les circonstances de sa naissance.
G : Plus généralement,
que représentent les Chroniques des Féals pour
vous aujourd'hui ? Une étape ? Une véritable évolution
? Un roman comme un autre ?
MG : Une évolution,
oui. A coup sûr. Une manière de voir le roman
autrement, d'avoir la liberté " d'inviter " le
lecteur, de le prendre par la main pour qu'il
voyage avec moi. Avant, je manquais de simplicité.
J'ai le sentiment que les Chroniques des Féals
m'ont aidé à comprendre le sens d'une respiration,
la manière dont il faut savoir temporiser une
histoire.
G : Êtes-vous
d'accord pour dire que la Fantasy a l'air de décoller
enfin en France ? En partie même grâce à Bragelonne
?
MG : C'est
évident. Le genre fait peur aux auteurs français
mais c'est pourtant l'un de ceux qui se vend le
mieux. Personnellement, je ne m'intéresse pas
à la reconnaissance du milieu. Si je veux avoir
le droit d'écrire d'autres romans, il faut que
les précédents se vendent. Sachant que l'heoric
fantasy est ma patrie, je me réjouis qu'un public
se l'approprie. Bragelonne compte parmi les premiers
acteurs de cette renaissance. Derrière Stéphane
Marsan, depuis Mnémos jusqu'à Bragelonne aujourd'hui,
je crois qu'une école est née, ou du moins une
nouvelle approche de l'heoric fantasy, plus moderne
et moins complexée. C'est surtout cela qui m'importe.
N'éprouver aucun complexe vis-à-vis des auteurs
anglo-saxons. Apprendre d'eux le sens du récit,
le rythme et la simplicité.
G : Quelles
sont vos lectures du moment ? Januel semble avoir
un petit côté Rand al'Thor, le héros de Robert
Jordan. Avez-vous seulement le temps de lire autant
que vous aimeriez ?
MG : Depuis
deux ans, je lis beaucoup moins de sciences-fiction.
Je me suis plongé dans le polar corps et âme,
je dévore le plus possible et j'apprends énormément.
G
: J'aimerais savoir si cette ouverture vers le
polar laisserait augurer d'un possible roman dans
cette veine, ou du moins autre que la Fantasy.
MG : A coup
sûr. Je travaille actuellement sur deux romans
très différents en terme d'ambiance et d'époque
mais qui tous deux se rattachent au polar par
le traitement. En particulier un cyberpunk (un
genre qui me passionne) qui verra le jour bientôt.
G : Quel est
l'emploi du temps type d'une journée de Mathieu
Gaborit, auteur ?
MG : Variable
! Disons que la matinée doit pouvoir être consacrée
à l'écriture proprement dite tandis que l'après-midi
sera plus souvent dédiée aux recherches, aux idées.
Je n'écris jamais le soir.
G : Votre
éditeur vous présente comme le leader de la Fantasy
française ? Êtes- vous d'accord, ou est-ce pour
vous seulement une accroche pour l'éventuel acheteur
?
MG : Difficile
d'être objectif… Toutefois, je remarque le succès
des Crépusculaires a pu me donner un avantage
décisif pour être aux premiers rangs de la Fantasy
française. Ce qui me semble important, c'est le
côté novateur des auteurs qui se sont fait connaître
chez Mnémos. Une génération d'auteurs en phase
avec leur époque, qui ont baigné dans une culture
du jeu de rôle et du jeu vidéo.
G : A ce sujet,
pouvez-vous dire aujourd'hui que vous vivez uniquement
de votre travail d'auteur ?
MG : Non,
impossible. Il est encore trop tôt. Les auteurs
qui vivent de leur plume en France ne sont pas
plus d'une centaine (tous les genres confondus).
Des études l'ont prouvé. Toutefois, j'en vis de
mieux en mieux et, à terme, d'ici quelques années,
si tout se passe bien, je suppose que je pourrais
m'y consacrer à plein temps.
G
: Vers quoi aussi avez-vous à vous tourner pour
compléter vos revenus si pour le moment, vous
ne vivez pas encore uniquement de vos écrits ?
Et si en conséquence, on
peut s'attendre à voir votre nom associé à de
nouveaux projets très bientôt, dans le jeu vidéo
ou autre ?
MG : Je travaille
régulièrement pour des éditeurs de jeu vidéo.
Depuis plus d'un an, je suis associé à un projet
important, Outcast II chez Infogrames (studio
Appeal) pour PS2.
G : Quel est
la part de travail de quelqu'un comme Stéphane
Marsan, dont on suppose qu'il vous pousse à revoir
tel ou tel passage, raccourcir tel autre ? Agréez-vous
toujours à ses conclusions ?
MG : Presque
toujours. Nous nous connaissons si bien que les
échanges se font presque naturellement. Il n'y
a pas de violence dans nos rapports d'auteur à
éditeur. Au sens où il aime mon travail et vice-versa.
C'est une relation de confiance.
G : Tolkien
est l'une de vos références... Quel est votre
regard sur le film de Peter Jackson, à sortir
le 19 Décembre prochain ?
MG : Une intense
curiosité et de la méfiance ;)
G : Pour terminer,
à quoi peut-on s'attendre pour la conclusion des
Féals ?
MG : Des révélations,
une chute qui devrait surprendre et une part importante
réservée à la Charogne.
Propos recueillis
par Gillossen
le 17 Juillet 2001
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