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Auteurs, E-mail : Halbarad
Dernière Mise à jour : 05/10/2002

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Gros Problèmes en Petite Chine ou The Adventures Of Wolf in the Claws of Snow White and the Seven Ninjas

ans l'épisode précédent, nous avons découvert la nouvelle occupation estivale de Loup, qui joue au " private dick " pour se faire un peu d'argent de poche. Dans cet épisode empli d'une violence insoutenable pour tous les amateurs de jambons, nous avons fait la connaissance de Licky, le sympathique cousin de notre apprenti détective et nous avons également appris que Lacyon s'était jointe au duo. Retrouvons maintenant Loup dans son bureau sur le point de rencontrer une vieille connaissance et de se lancer malgré lui dans une aventure qui le dépasse largement.

Chapitre 01 > Chapitre 02 > Pré-Générique [PDF]

oup se mordillait les bajoues nerveusement, le regard fixé sur le vieil homme qui s'était assis dans son fauteuil, derrière son bureau. Loup connaissait trop les habitudes narquoises du Doyen pour douter qu'il s'était assis là de manière délibérée. Bien que la période fût aux réjouissances estivales et que la faculté fusse bien loin, Loup était toujours étudiant et avait un devoir de respect envers son doyen. Il n'était pas particulièrement doué pour la diplomatie, mais pour la sauvegarde de son année académique à venir, il s'agissait de jouer finement. Il s'approcha du bureau et salua le Doyen respectueusement, du moins autant qu'il lui était possible : " Bonjour M'sieur l'Doyen.
- Bonjour Loup. Je ne dirai pas que ça soit un plaisir de vous revoir, mais je peux au moins vous féliciter pour votre année terminée avec succès.
- Merci M'sieur. C'est la qualité de l'enseignement à la fac qui a rendu tout ça possible. "
Loup faillit s'étouffer par sa propre condescendance. Il se faisait l'image de ramper aux pieds du Doyen pour lui cirer les bottes avec sa langue, mais il valait mieux être dans les petits papiers du Doyen, on ne s'attire pas l'inimité d'un personnage tel que lui. Timidement, Loup tenta de rétablir la situation à son avantage : " Si ça ne vous ennuie pas, M'sieur, dit-il. Je préférerai m'asseoir derrière mon bureau, puisque vous êtes ici en tant que client…
- Vous avez raison, dit le Doyen en se levant et cédant sa place à Loup avec un sourire moqueur. A ce propos, intéressant, votre nouveau… " style ".
- C'est une sorte de vieux rêve, M'sieur. Détective, la coupe afro,… Je suppose que vous n'avez aucune idée de ce que je veux dire. "
Loup s'assit derrière son bureau, scrutant le Doyen qui prenait place à l'autre bout du bureau. Le vieil homme donna un peu plus d'emphase à son sourire face à la remarque de Loup. Il secoua lentement la tête et claqua des doigts. Quand il reprit la parole, sa voix avait dégringolé de quelques octaves. Loup écarquilla les yeux en se rendant compte que la voix du Doyen sonnait exactement comme celle, très suave, de Isaac Hayes, célèbre musicien et chanteur soul de l'autre monde. " Who's the black private dick that is a sex machine to all the chicks? chanta le Doyen. "
Une voix de femme sortant de nulle part lança un " Shaft ! " parfaitement dans le ton et le Doyen sourit, ajoutant : " Daaaamn Right ! ". " Who is the man that would risk his life for his brother man? - Shaft! - Can you dig it?" La mâchoire pendante, Loup regardait le Doyen, impressionné. Le vieil homme claqua des doigts à nouveau et reprit la parole avec sa voix habituelle. Loup préférait la précédente de loin. " J'espère que vous ne comptez pas reprendre les cours dans cet accoutrement l'année prochaine…
- Bien sûr que non, répondit Loup, grommelant entre ses crocs. Si je peux me permettre M'sieur, pourriez-vous me dire ce qui vous amène ici ?
- Bien sûr, après tout c'est pour ça que je suis ici. Et bien j'ai besoin de vous pour un petit travail. Rémunéré évidemment puisque vous semblez bien occupé.
- Quel genre de travail ?
- Et bien voilà. Dernièrement j'ai constaté que de nombreux ouvrages avaient été " empruntés à long terme " de la bibliothèque de la faculté par trois petits cochon. Mais j'ai la certitude qu'il ne s'agit pas de nos trois étudiants porcins. Il s'agirait pour vous de retrouver ces trois mauvais payeurs et de les inviter fermement à me rapporter tout ça.
- C'est tout ? geignit Loup, déçu de la nature un peu ridicule de l'emploi offert. Je suis détective, pas bibliothécaire.
- C'est tout, mais je vous paierai votre tarif habituel, quel qu'il soit. "
Les yeux de Loup s'allumèrent à l'idée d'un travail finalement très aisé et grassement payé. Le fait que les Trois Petits Cochons punks avaient depuis peu rejoint les limbes de la Grande Charcuterie était évidemment un obstacle. Mais Loup n'était pas du genre à cracher dans la soupe, ou à reculer devant la difficulté de la tâche. " Entendu, dit-il. Nous avons un deal.
- Je vous demande pardon ?
- Euuuh,… c'est ok. J'accepte le taf.
- Je ne vous comprends pas, Loup.
- Ben… Je roule pour vous, quoi…
- Parlez donc français, sinon nous ne pourrons pas nous entendre.
- J'accepte le boulot, M'sieur. Le travail si vous préférez.
- A la bonne heure. Je vous en remercie. Je repasserai de temps en temps aux nouvelles. Je dois m'en aller maintenant. Bonne journée à vous. "
Le Doyen se leva et serra la patte de Loup, puis se dirigea vers la sortie. Loup commençait déjà à se demander s'il avait bien fait d'accepter cet emploi. Le vieil homme n'apprécierait probablement pas d'apprendre qu'il avait éliminé les cochons, de tels agissements n'étant pas dignes d'un étudiant de la Faculté du Savoir Relatif et Absolu. Il se demanda s'il ne se trouvait pas à marcher sur des œufs tout à coup et si cette affaire n'allait pas se révéler plus désagréable que prévu.

Chapitre 01 > Chapitre 02 > Générique [PDF]

Dirty Dog (oooh!)
I'm, I'm a dirty dog (oooh!)
I'm a dirty dog (oooh!)
I'm, I'm a dirty dog (oooh!)
Dirty Dog (oooh!)
I'm a dirty dog (oooh!)
Dirty Dog

I'm an outlaw (I'm an outlaw)
Quick on the draw (Quick on the draw)
Somethin' you've never seen before (Never Seen)
And I dare a motherfucker to come in my face
I got somethin' chrome (I got somethin' Chrome)
And I got it from home (I got it from home)
And it ain't a microphone (Ain't it a mic!)
And I dare a motherfucker to come in my face

a Ford de Loup s'avançait lentement dans les rues de Marlankh, le moteur ronronnant comme un tigre encore à moitié endormi. L'autoradio crachait les notes de Lapdance, le morceau ouvrant l'album du groupe N.E.R.D., In Search Of…
Sur le siège passager, Licky était occupé à " lire " le numéro de Playmage avec Lacyon en couverture. Les cousins étaient retournés à l'appartement des Trois Petits Cochons, et comme Loup s'y attendait, ils n'avaient pas trouvé les livres que le Doyen désirait récupérer, juste une collection de magazines pornographiques divers (ou de magazines cochons serait-on tenté de dire si l'on ne craignait pas les jeux de mots approximatifs). L'unique indice concluant qu'ils avaient déniché était une boîte d'allumettes estampillée " Lotus Enchanté ". Indice qui les emmenait à présent dans le quartier chinois de Marlankh. Restaurants asiatiques, herboristeries, mages garantis pur chop suey,… défilaient par la vitre de la Ford rutilante. Loup s'empara du micro de la radio de bord fournie de série avec la voiture et actionna le bouton avant de parler : " C'est Loup sur le Côtes de Porc Express qui parle à quiconque peut l'entendre... "
Licky soupira sans quitter le magazine des yeux, se préparant à l'une des poses auxquelles son cousin semblait prendre plaisir dernièrement. Loup continua sa litanie dans le micro de sa CB. " …Comme je l'ai toujours dit à mon ex-femme. Je lui disais, chérie, je ne roule jamais plus vite que la vitesse du regard. Puis de toute manière, tout est dans les réflexes. "
Licky était perdu dans la contemplation de la page centrale du magazine qui était consacrée à Lacyon. Il essayait de comprendre comment de telles formes étaient possibles chez une fée.
" Ecoutez ce bon vieux Côtes de Porc Express, et entendez ce conseil par ce jour ensoleillé, ok ? Quand un maniaque à l'œil glauque vous attrape par le cou et cogne l'arrière de votre crâne contre le mur d'un bar. Qu'il vous regarde méchamment et vous demande si vous avez payé votre droit d'entrée. Vous regardez ce gros salopard dans l'œil et vous vous souvenez ce que ce bon vieux Loup répond dans une situation pareille : - T'as payé ton droit d'entrée, Loup ? - Oui M'sieur, le chèque est à la poste ! "

It's a raw night (It's a raw night)
Who wants to bar fight? (Who wants to bar fight?)
Well come on alright (Well come on)
And I dare a motherfucker to come in my face
Baseball bats (Baseball bats)
I got somethin' for that (I got somethin' for that)
It goes black ka ka kat (You know what that is)
So I dare a motherfucker to come in my face

Licky roula des yeux et referma son magazine reportant son attention sur Loup. " Mais qu'est-ce que tu fous, là, cousin ?
- Ben je tues le temps, comme tu ne dis rien et que tu t'abîmes les yeux sur ce satané magazine. Tu ne connais pas Les Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin ?
- Non, c'est quoi ? Ca a à voir avec les Fabuleuses Aventures d'l'aut' prof de la fac ?
- Mais non. Allez tais-toi donc et surveille la route, je ne sais pas où on va. "
Loup pressa à nouveau le bouton du micro de sa radio et parla à nouveau : " Je ne vais pas essayer de vous faire croire que je suis allé partout et que j'ai tout fait… Mais c'est une bien étrange planète sur laquelle on vit, et il serait vraiment fou de croire que nous sommes seuls dans ce satané univers.
- Dis, cousin. T'es au courant que cette radio vient de l'autre monde et que personne ne peut t'entendre ici à part moi ?
Loup haussa les épaules et replaça le micro sur la radio. Lycos n'avait pas de raison de se plaindre. Au moins n'avait-il pas tenté de contacter le Capitaine Dobey… Le fait que Archibald Bellérophon était retourné dans son monde pour les vacances lui donnait des ailes et il avait tendance à en abuser. D'habitude il se trouvait à subir les " délires " de son professeur, non sans un certain plaisir était il obligé de l'admettre. Mais pour deux mois, il était aux commandes. C'était Loup et Associés. Son nom en lettres bien grandes sur la porte vitrée de leur agence en attestait, c'était lui qui prenait les décisions et si ses facéties ne rencontraient pas l'adhésion de Môssieur Lycos Brown, libre à lui de retourner à son petit business de rue et jouer les caïds avec la meute.
Licky indiqua une ruelle étroite dans laquelle Loup s'engagea en opérant un joli dérapage, bien inutile mais plein de style, afin d'aligner la Ford dans la ruelle. Un vieux journal voleta un moment derrière la voiture avant de retomber dans une flaque qui avait survécu à la chaleur ambiante, protégée par l'ombre épaisse que fournissaient les hauts et étroits murs de la ruelle. Se faufilant entre les murs sales, la Ford déboucha finalement sur une zone plus large qui semblait être une arrière cour. De fait, elle donnait sur de nombreuses cuisines de restaurants. Des caisses traînaient un peu partout et rien n'indiquait que les deux associés fussent sur la bonne voie. Licky se pencha par la fenêtre ouverte pour s'adresser à une vieille chinoise occupée à plumer un poulet : " excusez-moi, pourriez-vous nous indiquer la route pour " Le Lotus Enchanté " ? " La femme ne dit pas un mot et disparut derrière un rideau sans même un regard à son interlocuteur.
" On est perdus, hein ? demanda Loup
- Mais non, attends… Ca va me revenir.
- Hé ! C'est quoi ça, une parade ?
Une procession de chinois vêtus de blanc apparut à l'autre bout de la ruelle. Six d'entre eux transportaient ce qui était à l'évidence un cercueil. Quelques moines suivaient la procession en psalmodiant et en faisant résonner de petits gongs. Aucun d'entre eux ne prêtait attention aux deux cousins. " Ce sont les funérailles d'un guerrier Tong, dit Licky. Ce sont des Chang-Tsung.
- Guerrier ?
- Pas de panique, ce sont des gentils.
- Mais dis moi, ces Ping-Pong…
- Chang-Tsung.
- Ouais, peu importe. Est-ce qu'ils ont des ennemis ?
- Oui, les Freng.
- Et ils portent des foulards rouges ?
Loup se crispa sur le volant en voyant une autre bande de chinois apparaître dans son rétroviseur, armés jusqu'aux dents. Licky parut tendu lui aussi en regardant dans le rétroviseur. " Oh non, Loup ! C'est des enragés ces types… " Les Freng dépassèrent la Ford, toute leur attention portée vers la procession. La mine enragée que les Freng arboraient suggérait qu'ils n'étaient pas là pour adresser leurs sincères condoléances à la famille. Vêtus de noir de la tête aux pieds à l'exception de foulards rouges, ils s'avançaient en silence, mais sans la moindre intention de dissimuler leur arsenal aux Chang Tsung. Comme un signal, l'un deux sorti son pistolet et tira en l'air. Les Chang sursautèrent mais ne purent réagir avant que la première salve de coup de feu ne les atteigne. Quelques moines s'écroulèrent, tandis que les autres répliquaient en tirant vers les Freng, tout en se mettant à l'abri. Les balles sifflaient autour de la Ford et Loup commença à s'inquiéter qu'une balle n'atteigne la carrosserie rutilante de sa voiture. Voire lui-même ou son cousin.
La fusillade se termina aussi brusquement qu'elle avait commencé quand les deux bandes se trouvèrent à court de munitions. Loup se redressa timidement sur son siège. " Quoi maintenant ?
- Match nul chinois…
Les deux bandes se reformèrent rapidement, abandonnant leurs armes à feu pour sortir une impressionnante galerie d'armes blanches diverses. La fusillade n'avait pas fait beaucoup de victimes et chaque bande comptait encore environ une quarantaine de combattants. Pendant un instant qui sembla une éternité aux cousins, les guerriers se toisèrent en silence, les muscles tendus et le souffle court. Un Freng s'avança alors pour se placer devant la calandre de la Ford, entouré de ses comparses, et poussa un long cri qui donna le signal de l'attaque. Les deux bandes s'élancèrent en avant et se heurtèrent en une mêlée sauvage, ponctuée de cris et du choc des armes se rencontrant. Tout à coup, la musique de N.E.R.D. qui résonnait dans la voiture s'arrêta net dans un craquement sourd de parasites. Un autre morceau débuta après un blanc très court. " Ooooh-oh-oh-oooooh… ooooh-oh-oh-oooooh… " Loup reconnut immédiatement Kung Fu Fighting. Mais ce n'était pas la version de Carl Douglas, ce furent les notes de la reprise du groupe reggae anglais The Cimarons qui se firent entendre. " Oh non ! M'sieur Bellérophon a encore joué avec mes cassettes, gémit Loup. Pas sur du N.E.R.D.… "
Le tempo lent de la version reggae de Kung Fu Fighting contrastait avec la furie déchaînée par les deux bandes s'affrontant. Les coups volaient et les corps faisaient de même. Tout le monde s'affrontait au Kung Fu, ces gars étaient plus rapides que l'éclair et en fait c'était un peu effrayant. Aucun des deux camps ne semblait avoir le dessus cependant, et Loup se demanda s'il n'était pas temps de s'éclipser. Il grimaça en réalisant qu'un camion de livraison s'était arrêté juste derrière la Ford, leur coupant toute retraite. Réduits à l'état de simples spectateurs, les deux cousins serraient les dents en attendant que ça passe. Loup était un grand amateur du cinéma de Hong Kong, et le spectacle aurait dû le réjouir, mais la perspective d'être haché menu façon dés de poulets à la taïwanaise ne le réjouissait pas trop. Et ces chinois n'étaient pas des cascadeurs rôdés à retenir leurs coups, le rang des morts commençait à s'approcher en nombre de celui des vivants.
C'est alors qu'une détonation sourde stoppa net l'action. Dans un flash de lumière suivit d'un grand nuage de fumée, apparut un petit homme entièrement vêtu de noir, le visage dissimulé sous une cagoule noire elle aussi. Le fait qu'un ninja, nain de surcroît, fasse son apparition au milieu de tant de chinoiseries, n'était pas le plus étonnant. Le plus étonnant était que tous les guerriers cessèrent de se battre, se rassemblant contre un mur, tous gangs confondus. La peur se lisait sur leurs visages.
Six autres ninjas jaillirent alors de plusieurs des fenêtres qui donnaient sur la ruelle, se postant après maints cris et bonds acrobatiques aux côtés du premier. " Quoi encore ? dit Loup. Des enfants ninjas maintenant ?
- Je crois que ce sont des nains, Loup. "
Les Freng et les Chang Tsung semblaient pétrifiés de peur bien que les deux bandes réunies étaient largement en surnombre face aux ninjas version réduite. Ceux qui étaient ennemis quelques instants plus tôt se jetèrent comme un seul homme sur les sept ninjas. Les combats reprirent avec encore plus de violence cette fois. Les ninjas faisaient preuve d'une rapidité stupéfiante, virevoltant dans les rangs des Freng et des Chang tels de minuscules ombres noires, leurs katanas tranchant dans le vif et laissant de nombreux corps inanimés derrière eux. Loup décida que c'en était trop et démarra la Ford qu'il entreprit de faire passer au beau milieu du champ de bataille. Tout autour d'eux, les cadavres s'amoncelaient, les nains nippons ne laissant aucune chance aux kung fu fighters. L'un des ninjas passa d'un bond au dessus de la voiture pour continuer à se battre derrière elle, exécutant un guerrier blanc et un guerrier noir d'un unique et ample coup d'épée. Loup pressa encore plus nerveusement l'accélérateur, observant le combat dans le rétroviseur. " Fait gaffe, Loup ! cria Licky "
Loup n'aperçut que trop tard la jeune femme au teint pale qui se tenait imperturbable sur son chemin. Il freina d'un coup, mais bien trop tard et la Ford renversa la pauvre femme, lui passant carrément dessus. Blanc comme un linge sous son pelage, Loup sorti de la voiture pour lui porter secours. Mais il n'y avait pas de trace de la jeune femme. " Où elle est passée ? dit-il. Je suis sûr de lui avoir roulé dessus.
- C'était Blanche-Neige, je crois. Tu ne lui as certainement pas fait de mal.
- Hein ? "
En effet, la jeune femme reparut de derrière un coin de mur, un sourire mauvais sur son exquis visage au teint pâle. Elle se tourna vers Loup, qui se mit subitement à trembler de la tête aux pieds. Blanche-Neige n'était pas censée l'effrayer outre mesure, c'était en principe une jeune fille charmante. Mais son regard ne collait pas à sa personnalité prétendue. Ses yeux ressemblaient à deux puits obscurs. Tétanisé, Loup ne réagit pas quand une pomme jaillit de sa main, le frappant entre les deux yeux. Lycos surgit au bon moment pour l'entraîner à l'écart dans une ruelle attenante. " J'suis aveugle Licky ! J'y vois plus rien ! paniquait Loup.
- C'est momentané, pas de panique, ça va revenir.
Loup se laissa guider par son cousin dans les ruelles de la Petite Chine, ses yeux recouvrant leur acuité progressivement. Lycos l'entraîna dans un immeuble à l'abandon par une porte de service entrebâillée. Leurs pattes émettaient de petits craquements sur la crasse amassée dans les couloirs de l'immeuble qui empestait l'humidité et d'autres odeurs non identifiables. Les deux loups gravirent quelques étages et se glissèrent dans une grande pièce qui devait avoir servi d'appartement à quelque famille désargentée quelques années plus tôt, mais qui ne servait plus de refuge qu'à quelques cafards et araignées, qui squattaient l'endroit sans payer le moindre loyer à l'évidence. Loup, qui avait retrouvé l'usage de ses yeux se tourna vers son cousin, qui était occupé à inspecter la ruelle en contrebas par une fenêtre rendue presque opaque par la crasse. " C'est quoi cette histoire de Blanche-Neige ? Et depuis quand les sept nains sont des ninjas ? demanda Loup, d'une voix qui dissimulait difficilement une peur hystérique.
- Blanche-Neige telle que nous la connaissons n'est plus, répondit une voix féminine et fluette.
- Qui a parlé là ? demanda Loup. "
Une jeune fille fit alors son apparition, sortant d'un coin sombre, ses grands yeux bleus fixés sur les deux loups avec une appréhension non dissimulée. La jeune fille portait une cape rouge dont le capuchon était remonté sur sa tête. Elle paraissait à peine sortie de l'adolescence et son visage innocent était émacié par la faim. Elle portait à son bras un petit panier, du moins une relique de panier, percé de trous et maculé de poussière. Loup la toisa, reconnaissant Le Petit Chaperon Rouge. Loup entendit son estomac grommeler à la vue de la jeune fille. Mais en tant que prédateur " civilisé " il se garda de se jeter sur elle pour la dévorer, bien qu'un reliquat d'instinct lui en donnait l'envie. Combien de fois d'ailleurs n'avait-il pas eu envie de la croquer à la Faculté, mais il ne pouvait se permettre tous les écarts. Il se contenta de la regarder, interloqué, la langue pendante entre ses canines. " Oooh, comme vous avez de grandes dents, Loup ! dit la jeune fille.
- C'est parce que je les lave avec Signal Triple Action, mon enfant.
- Et comme vous avez de grands cheveux ! ajouta la jeune fille en toisant la coupe afro de Loup.
- C'est parce que je suis super-funkadelicious, mon enfant.
- Et comme vous avez de grosses chaînes en or qui brillent !
- C'est parce que je suis un badass motherfucka, mon enfant.
- Et comme vous avez une belle veste en cuir Armani !
- C'est parce que je suis une freakin' soul machine, mon enfant. Mais continues plutôt de nous expliquer ce que tu voulais dire à propos de Blanche-Neige…
- Blanche-Neige est devenue mauvaise pour une raison inconnue, Monsieur Loup, reprit le Petit Chaperon Rouge. Et j'ai besoin de votre aide. Elle a décidé d'inonder le marché des fruits et légumes de pommes enchantées, plongeant ceux qui les mangent dans un profond coma. Ma Mère-Grand… a croqué une de ces pommes… "
La voix du Chaperon Rouge se brisa et des larmes commencèrent à couler sur son joli visage. Loup senti une désagréable sensation de compassion monter dans sa gorge en regardant la jeune fille. Ca allait à l'encontre de sa nature, et il se savait, mais comment résister à la douleur qui semblait l'affliger. Cependant il reprit contenance, et après avoir adressé un regard à Licky qui semblait aussi troublé que lui, il prit la parole : " Nous ne pouvons t'aider, jeune fille, nous avons déjà une autre affaire sur le feu.
- Je vous en supplie Obi-W… euuuh, Loup. Vous êtes notre seul espoir.
- C'est ridicule, tu as vu comment les sept ninjas ont pris le dessus face à ces deux gangs ? Comment veux tu que je… "
Le Petit Chaperon Rouge pleura de plus belle, se mordant la lèvre. Elle lança un regard de profonde déception à Loup et fit volte-face, s'éloignant doucement la tête baissée pour rejoindre l'obscurité dont elle était sortie. Licky adressa à son cousin un regard d'approbation. Il savait que cette affaire n'était pas de leur ressort et n'avait aucune envie de s'engager dans une lutte contre un adversaire pareil. Loup par contre se sentait mal à présent. La culpabilité lui serrait le cœur et il s'apprêtait à faire une grosse bêtise.
" Attends ! Lança-t-il.
- Non Loup… Non… gémit Licky.
- Nous allons tenter d'enrayer les plans de Blanche-Neige et trouver un moyen de sortir ta Mère Grand de son coma. Je te le promets
- Loooouuup, gémit à nouveau Licky, tandis que la jeune fille se retournait, un sourire de soulagement se dessinant derrière ses larmes. "
Le Petit Chaperon Rouge, ses grands yeux pleins de gratitude, se jeta sur Loup, le serrant dans ses bras, à la grande surprise de notre héros, qui se sentit mal à l'aise tout d'un coup. " Oh merci, merci, dit-elle. Je savais que je pouvais compter sur le célèbre acolyte du grand Archibald Bellérophon.
- Euuuh, n'en fait pas trop, je ne suis pas le messie… "
Le Petit Chaperon déposa un baiser sur la fourrure de son museau, puis relâcha son étreinte avant de disparaître dans l'ombre à nouveau, cette fois d'un pas sautillant. Loup soupira, sans oser adresser un regard à son cousin qui le toisait les bras croisés. " Ah bravo mon vieux, dit Licky. Depuis quand on aide les jeunes filles en détresse ? Je crois que tes aventures avec ce Bellérophon t'ont ramolli le cerveau.
- Et alors, elle est tellement en peine, je n'ai pas pu résister.
- Et comment tu crois qu'elle va nous payer ? Et comment tu comptes régler l'affaire du Doyen maintenant ? Il peut nous payer, lui… Et puis comment va réagir ton paternel s'il apprend que tu AIDES le Petit Chaperon Rouge et sa Mère-Grand, au lieu de les boulotter ?
- Remues pas le couteau dans la plaie. J'ai fait une promesse. Puis on se débrouillera pour régler l'affaire Doyen en parallèle. "
Lycos grogna entre ses crocs et se retourna vers la fenêtre. Loup le rejoint et regarda en bas. Le combat avait cessé dans la ruelle. Blanche-Neige était toujours là, se tenant à distance, un sourire plein de malice à l'adresse du champ de bataille. Elle dit quelques mots aux sept ninjas, que les cousins ne purent entendre, puis disparut au coin de la ruelle. Au beau milieu d'un amoncellement de corps, les sept ninjas s'éloignaient en file indienne, leurs épées portées sur l'épaule, chantonnant gaiement : " Hey ho ! Hey ho ! On rentre du boulot… ". Licky envoya une légère tape derrière la tête de son cousin trop sentimental. " Tu nous a mis dans une belle mouise mon vieux, j'espère que tu es fier de toi…
- Arrête s'il te plait. J'essaie de réfléchir.
- Oui, ça nous changera… "

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