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Auteurs, E-mail : Halbarad
Dernière Mise à jour : 19/09/2002

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Sommaire > Chapitre 01 > Chapitre 02 [PDF]

n soleil d'été impitoyable faisait suer à seaux toute la petite cité de Marlankh, qui n'en demandait pas tant, ses rues pavées de pierre noire s'échauffant de manière démesurée au moindre rayon de l'astre du jour. Marlankh représentait ce que l'observateur éclairé pourrait appeler le quartier populaire du monde de Féerie. La pauvreté y régnait en maître et les classes populaires côtoyaient les masses laborieuses, ce qui donnait un tableau digne des plus éclatants portraits cinématographiques d'un quartier célèbre de l'autre monde, Harlem. Au beau milieu de la circulation fluide de carrioles et autres carrosses d'occasion, tranchait un véhicule improbable et assez tape-à-l'œil. Une magnifique Ford Gran Torino 75 d'un rouge flamboyant, dont les côtés étaient ornés de deux bandes blanches qui achevaient de donner à l'engin un look " badass " qui ne pouvait que réjouir son détenteur.
" Superbe ton engin, dit le passager de la Ford à son conducteur. "
Les moustaches ornant le museau de Loup frémirent de fierté autant que de la brise chaude qui s'infiltrait dans la voiture par la fenêtre ouverte. Pour ceux qui connaissent Loup par son statut de sidekick du célèbre Archibald Bellérophon, il est nécessaire d'apporter quelques précisions quant à son allure actuelle. Vêtu d'un complet noir assorti d'une chemise blanche, Loup arborait depuis quelques temps une coupe " afro " du plus haut chic, qu'il entretenait chaque matin avec un zèle particulier. Deux rouflaquettes complétaient son look improbable, directement inspiré des meilleurs (pires) chefs d'œuvre de la blaxploitation. Loup sourit largement exposant ses canines rutilantes entre lesquelles était fichée une cigarette à la provenance douteuse.
" Me demande pas comment je me la suis procuré, dit Loup, appuyant son coude sur le rebord de la fenêtre, l'autre patte maniant nonchalamment le volant. Tout ce que je peux te dire c'est qu'elle vient de l'autre monde, ce qui est déjà délicat en soi.
- Je t'ai entendu, cousin. T'as pas d'histoire à me raconter sur l'autre monde ?
- Oh c'est un peu particulier là-bas, tu sais. Mais ce qui est le plus fascinant dans l'autre monde, ce sont les petites différences.
- T'as pas un exemple ?
- Ben pour commencer par un truc vraiment étonnant, en Europe, les loups vivent dans des espèces de réserves. Derrière des grillages, voire des barreaux.
- Tu veux dire les loups taulards…
- Non mec. Tous les loups à peu près. Là-bas, tous les loups sont considérés hors-la-loi.
- Oh, tu déconnes ?
- Pas du tout. Et tu sais comment ils mangent de l'agneau là-bas ?
- Avec du Ketchup ?
- Cuit, mon vieux. Ces malades cuisent leurs gigots.
- Oh non… buark !
- Je te jure mec, je les ai vus rôtir des côtes d'agneau au barbecue.
Le cousin de Loup esquissa une grimace de dégoût exacerbée, frissonnant en imaginant un magnifique gigot en train de carboniser sur une broche.
Afin de s'assurer un peu d'argent de poche de manière " légale ", Loup s'était mis à son compte, ouvrant sa petite agence de détective privé pendant les vacances d'été. Son jeune cousin, Lycos Brown (le lecteur est prié de ne pas voir dans ce nom de publicité déguisée pour le célèbre moteur de recherche sur internet, mais une allusion à son origine lupine. D'ailleurs il est intéressant de noter que Loup a également une cousine répondant au doux nom de Google Jones) avait alors insisté pour devenir son associé. Ce que Loup avait vu comme une excellente opportunité, étant donné que Lycos avait certes peu d'instruction et de manières, mais qu'ayant échappé aux études, il connaissait la rue et ses lois comme sa poche. Licky, puisque c'est sous ce sobriquet que la plupart connaissaient Lycos, arborait un look qui tenait plus de la petite frappe que du détective privé. Un pantalon de sport griffé Nike dissimulait le dessus d'une paire de baskets d'un bleu éclatant. Son torse velu, comme il sied à un loup, était dissimulé sous un t-shirt rouge estampillé Wolfie's Gym Club. Licky l'avait choisi une taille en dessous afin qu'il souligne ses pectoraux saillants.
" Je t'assure mon vieux Licky, dit Loup. Ils sont un peu dérangés dans l'autre monde, pourtant, j'adore aller là-bas. Tu devrais voir leurs supermarchés, avec des rayons boucherie à perte de vue. Rôtis de porc saignants, carrés d'agneau délectables, tu n'as qu'à te pencher dans un de leurs frigos pour embarquer un steak de bœuf comme tu n'as jamais rêvé de mettre les crocs dessus.
- Woah, mec, faut vraiment que j'aille y faire un tour.
- Tu m'étonnes…
Loup stoppa la Ford le long d'un trottoir, juste devant un immeuble à appartements parmi les plus miteux de Marlankh. Un vrai trou à cafards. Les deux occupants de la Ford en sortirent et la contournèrent, Loup ouvrant le coffre pour en examiner le contenu. Des armes d'origines diverses et douteuses y étaient éparpillées en désordre. Battes de baseball en nougat, couteaux de boucherie enchantés, Colts Python à munitions glacées, plus quelques armes provenant de l'autre monde, et donc totalement illégales. " Qu'est-ce que le boulot réclame ? demanda Licky, se tournant vers son cousin. Python à munitions de glace ?
Loup grimaça, roulant des yeux à l'attention de Licky. " A ton avis ? Avec la chaleur ambiante, elles sont liquéfiées les balles glacées. On n'ira pas loin avec des pistolets à eau…
- Ah, ouais… Couteau de boucher alors. Me dit pas que c'est pas de circonstance.
- T'as pas tort, mais j'ai pas envie de jouer aujourd'hui. On s'expédie ça vite fait.
Loup ramassa deux pistolets automatiques à balles bien réelles de l'autre monde et en offrit un à Licky, qui s'empressa de le dissimuler sous son pantalon, faisant disparaître la crosse sous son t-shirt. " On y va ? demanda Licky, les babines suintantes de salive.
- Ouaip, au boulot. "
Tandis qu'ils s'avançaient côte à côte vers l'entrée pour passer la porte de l'immeuble et se diriger vers l'ascenseur, Loup se tourna vers Licky d'un air embarrassé. " Tu te souviens de Miss Indrema, Licky ?
- Non, c'est qui ça ?
- Miss Indrema, la dryade, une enseignante de la Faculté des Sciences Humaines, tu la connais…
- Ah oui, Miss Indrema, acquiesça Licky, une lueur de luxure s'allumant au fond de ses yeux lupins. Quoi Miss Indrema ?
- Ben j'ai entendu dire qu'elle a envoyé valser le Pince Charmant par la fenêtre du deuxième étage de la Tour du Savoir Secret Salvateur. Tout ça parce qu'il voulait lui masser les pieds.
- Non ? tu déconnes !
- Sûrement pas. Je l'ai vu, il a l'air de sortir perdant d'un match de boxe en 12 rounds, sans compter les fractures multiples.
- Oh non, c'est dur ! Mais bon, il faut dire qu'il l'avait cherché.
- Tu ne trouves pas qu'elle a réagi exagérément ? demanda Loup alors qu'ils entraient dans l'ascenseur.
- Ben non. C'est pas rien un massage de pieds. Et vu le côté dragueur et frimeur de Charmant, ça ne me surprend pas.
- Mais c'est rien un massage de pieds ! Je masse régulièrement les coussinets de ma mère quand elle est fatiguée.
- Ben moi je te dis qu'un massage de pieds, quand c'est fait avec talent, c'est franchement sexuel.
- T'en fais souvent des massages de pieds ?
- Un peu, oui. Je suis le roi des massages de pieds. Pas de chatouilles, rien que des léchouilles savantes. (Et oui, un loup étant muni de pattes griffues, il est préférable pour lui de pratiquer l'art du massage avec sa langue, note de l'auteur).
- Ben ça me fout le moral à zéro ça. Moi qui rêvais de lui proposer un massage de pieds, elle est si sexy…
- Ah toi alors mon vieux… T'es pas croyable. Mais je te le déconseille, sinon, je vais me retrouver au chômage.
Les deux loups sortirent de l'ascenseur dans un couloir sombre, empli d'une odeur rance et agité de cris d'enfants contraints de jouer derrière de vieilles portes dans des appartements à peine plus grands que des placards. Ils s'arrêtèrent devant l'une de ces portes. Par-dessus la poignée on pouvait lire sur une étiquette jaunie " les Trois Petits Cochons ". Loup lança un regard plein de dépit à l'adresse de la dernière phrase de son cousin, puis tenta de reprendre contenance en faisant craquer les vertèbres de sa nuque. Après un hochement de tête entendu à Licky, il frappa énergiquement à la porte. Une petite voix haut perchée lui répondit : " Qui est là ?
- C'est Loup. On a une affaire à régler, ouvrez.
- Euh, non, nous ne sommes pas là, revenez plus tard.
- Ecoute cochonnaille, j'ai passé l'âge de souffler sur les portes pour les défoncer. Tu te dépêches ou faudra des mois pour débarrasser l'immeuble de l'odeur de cochon brûlé. Au lieu de cette puanteur qui me révulse les narines.
Licky lui adressa un sourire carnassier auquel Loup répondit d'un haussement d'épaules. Il y eut un court instant de silence, puis les verrous de la porte résonnèrent avant qu'un petit cochon tout rose n'apparaisse derrière la porte s'entrebâillant. " J'aime mieux ça, dit Loup. Tire la chevillette ou ta bobine cherra.
- Hein ? c'est quoi ça ? s'étonna Licky.
- Je me demande à quoi ça sert que je sorte des vannes à un illettré qui ne connaît même pas ses classiques lupins, dit Loup, ses épaules descendant d'un degré. " Le cochon arborait le même air interdit, ce qui ne remonta guère le moral de Loup.
Les deux loups entrèrent dans l'appartement, dont Licky, une grimace adressée à son cousin, s'empressa de fermer la porte derrière eux. Le tableau était édifiant. Au milieu de l'appartement, qui méritait haut la main le titre d'auge à cochons, les deux cousins loups toisaient d'un air mauvais deux petits cochons tout rose qui frémissaient de la tête aux pattes. Licky se plaça en retrait, et s'assit sur une chaise, sortant son pistolet de son pantalon pour le poser sur ses genoux, accentuant encore les tremblements qui agitaient déjà la chair grassouillette des cochons. Loup grimaça en réalisant que les cochons en question n'étaient pas les insupportables créatures qui traînaient à la faculté. Leurs faces étaient ornées de piercings et ils étaient vêtus comme des wannabe gangsters. Et Loup qui s'était fait une fête de leur clouer le groin une bonne fois pour toute…Y'a comme un air de famille, pensa Loup. Mais ce ne sont pas mes cochons… Tant pis.
L'employeur des cousins sur cette affaire n'était autre qu'un magicien de passage dans son monde. Vêtu d'une robe grise et d'un chapeau pointu, le vieux barbu s'était présenté à l'agence en posant sur le bureau une bourse remplie de pièces d'or pur qui mirent immédiatement Licky et Loup d'accord sur le sort qu'ils devaient réserver à cette affaire. Le magicien leur demandait de retrouver les voleurs qui l'avaient délesté d'une valise remplie d'herbe à pipe du Pays de la Comté. Loup n'avait pas besoin d'en savoir plus. Si le vieillard s'éclatait encore à son âge à fumer de l'herbe, quelle que soit sa provenance, il n'y voyait pas le moindre inconvénient. Les pièces d'or étalées en évidence sur le bureau lui ôtaient toute envie de faire la moindre réflexion sarcastique. Et si le même vieillard voulait que les voleurs soient punis pour leur larcin, alors ainsi soit-il, avait pensé Loup.
Loup s'avança de quelques pas vers celui des deux cochons qui semblait le moins limité intellectuellement. " Mon cher petit cochon… commença Loup. Est-ce que Gandalf le Gris a l'air d'une jolie truie gironde ?
- Q… Quoi ? "
Loup grogna, montrant légèrement les crocs. " Est-ce que Gandalf le Gris ressemble à une petite cochonne aux formes généreuses ? répéta Loup en haussant le ton.
- N… Non, non…
- Alors pourquoi tu as essayé de le baiser petit cochon ?
- Je,… nous ne voulions pas l'arnaquer. On allait lui rendre la… la marchandise.
- La marchandise en question a été dérobée dans la Tour du Savoir Secret et Salvateur, ce qui fait de vous des hors-la-loi passibles de la peine de mort, tu le sais ça ?
- Oui, m…mais…
- Silence ! Tu lis Jean de la Fontaine, petit cochon ?
- Q… quoi ?
- EST-CE QUE TU LIS JEAN DE LA FONTAINE ?
- Je…je ne… quoi ?
- Quoi ? c'est quoi ça quoi ? Tu viens du pays de Quoi ? Ils parlent pas français là-bas ?
- Q… quoi ?
Loup soupira, levant les yeux au plafond, puis les ramena vers le cochon avec une grimace de dégoût comme un cafard rampait au-dessus de lui la tête en bas. " Et bien moi, reprit Loup, je lis Jean de la Fontaine. Il y a ce passage que j'ai mémorisé par cœur. Il s'accorde bien à notre situation, si tu as suffisamment de cervelle pour voir une analogie entre toi et l'agneau de l'histoire. Ca s'appelle Le Loup et L'agneau"
Loup se plaça devant le petit cochon en annonçant le titre de la fable qu'il s'apprêtait à réciter. La peau rosâtre du cochon vira au blanc pâle quand il le vit sortir son pistolet de la poche intérieure de son veston Armani. Loup toussota pour s'éclaircir la voix et se lança dans sa déclamation, haussant progressivement le ton à chaque nouveau vers :

" La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
- Sire, répond l'Agneau, que votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
- Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère.
- Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
- Je n'en ai point. - C'est donc quelqu'un des tiens :
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forêts
Le Loup l'emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès. "

Loup brandit son arme et tira cinq coups en pleine poitrine du cochon, sans autre forme de procès. Au même moment, Licky, comme répondant à un signal, tira sur l'autre cochon, l'atteignant en plein lard. Loup soupira, puis sourit, n'appréciant guère les exécutions sommaires, mais toujours prêt à faire une exception quand il s'agissait de cochons ou d'agneaux. Il regarda le deuxième cochon abattu par son cousin et lui lança d'un air dédaigneux : " Et tu voulais régler ça au couteau de boucherie ? Tu lui as éclaté le groin, c'est la partie la plus délectable… "
Licky haussa les épaules et baissa la tête, ne trouvant rien à répondre. A ce moment ses yeux s'allumèrent d'une lueur d'excitation alors que son regard s'arrêtait sur un magazine de charme qui traînait aux pieds de Loup. La salive lui monta aux babines comme il se plaça d'un bond à côté de son cousin. " C'est pas possible ça ! s'écria-t-il en posant une main sur l'épaule de Loup, le regard fixé sur le magazine et sa couverture. Regarde-moi qui est en couverture, si c'est pas notre Fée Lacyon, je m'appelle plus Lycos Brown ! "
Mais Loup ne prêtait plus attention à son cousin. Il marmonnait entre ses crocs, le regard perdu dans le vague : " Deux cochons… Les Deux Petits Cochons… Y'a un truc qui cloche…
- Mon Dieu, Loup ! Elle pose pour un magazine de charme ! Regarde moi ça, elle a pas de soutien-gorge !
- Les Deux Petits Cochons… Mmm…Petit cochon, petit cochon, laisse-moi entrer… dit Loup, toujours perdu dans ses pensées, ayant toujours éprouvé des difficultés à apprendre cette histoire dont le dénouement lui déplaisait au plus haut point. "
Licky s'accroupit pour regarder la couverture de plus près, forçant Loup à le suivre en appuyant de tout son poids son bras posé sur son épaule. Alors que ses genoux cédaient à la pression de son cousin, Loup s'écria : " C'est pas les Deux Petits Cochons ! C'est les TROIS Petits Cochons ! " Le troisième petit cochon choisit ce moment pour ouvrir à la volée la porte de la chambre où il s'était dissimulé jusque là, brandissant un énorme revolver couvert de rouille et de givre comme il sortait à l'évidence du réfrigérateur. Le cochon hurla, les yeux fermés. La rouille et le givre ne l'empêchèrent pas de vider son chargeur, envoyant six cônes de glace acérés se ficher… dans le mur derrière Loup et Licky qui s'étaient accroupis devant le dernier numéro de Playmage, en couverture duquel la Fée Lacyon révélait de manière encore plus évidente qu'à l'habitude ses charmes affolants.
Le petit cochon pressa encore nerveusement la gâchette, produisant quelques clics inoffensifs. Puis il ouvrit les yeux, constatant avec une mine résignée qu'il avait manqué les deux Loups d'une bonne tête. Les associés se regardèrent un instant, stupéfaits, puis regardèrent derrière eux et les trous sombres et dégoulinants de glace fondue qui ornaient à présent le mur derrière eux. Serrant les crocs, il se retournèrent alors et vidèrent leurs chargeurs sur le troisième cochon qui s'empressa de rejoindre les livres d'images, apportant un dénouement inédit à l'histoire du loup et des Trois Petits Cochons. " C'est pas vrai ce qui vient de nous arriver mec ! dit Licky, s'agenouillant devant le magazine, les yeux rivés sur la poitrine dénudée de Lacyon.
- C'est sûr… On a eu du bol.
- Du bol ! C'était pas de la chance, c'est elle… c'est Lacyon, elle nous a sauvé la vie. Une divine intervention…
- Qu'est-ce que tu racontes ? On s'est baissés au bon moment c'est tout. Une seconde plus tard et on serait morts.
- Justement… dit Licky, toisant une Lacyon dans le plus simple appareil, sur papier glacé. Elle m'a sauvé la vie… je crois que je suis amoureux mec…
- Allez, reviens les pieds sur terre, faut qu'on se barre d'ici. "
Loup se baissa et ramassa la revue, qu'il déroba à la vue de son cousin, puis se rendit dans le coin cuisine où il trouva une petite valise en cuir brun estampillée Gandalf. Prenant Licky par l'épaule, il l'entraîna dehors. Non sans jeter un regard interdit au magazine et à Lacyon et ses formes par trop humaines, mais non moins affriolantes.


Licky était de plus en plus nerveux alors qu'il gravissait les marches de l'immeuble qui abritait leur agence. Il est utile à ce point de l'histoire pour le lecteur de savoir que Loup s'était adjoint l'assistance d'un troisième associé dans son affaire. Assurant la fonction de secrétaire, la Fée Lacyon les attendait derrière la porte vitrée marquée Loup & Associés, enquêtes en tous genres. Licky déglutit en apercevant Lacyon, qui arborait une de ces tenues qui ne faisaient que souligner la générosité de ses formes et dont elle avait le secret. Rougissant sous la fourrure de son museau, ce qui passa inaperçu de tous, évidemment, il s'engouffra sans un mot dans son bureau et disparu, fermant la porte derrière lui.
Lacyon était affalée dans son siège, ses pieds nus sur le bureau, occupée qu'elle était à se vernir les ongles des orteils. " C'est dans cette pose que tu comptes accueillir nos éventuels clients ? lança Loup, dont les Lacyon par-ci, Lacyon par-là de Licky pendant le trajet du retour avaient laissé dans un état d'énervement avancé.
- Ne te fâche pas mon p'tit Loup, justement j'ai de bonnes nouvelles.
Loup n'y prêta pas attention et déplia le numéro de Playmage qu'il jeta nonchalamment sur le bureau, juste aux pieds de la fée. Lacyon sourit en se mordillant la lèvre inférieure, pas peu fière de l'allure qu'elle avait en couverture de ce magazine pour mages solitaires et un brin pervers. En dessous de son nom, ponctué d'un énorme point d'exclamation qui en disait beaucoup, on pouvait lire : Playfée du mois : " Je travaille pour une agence de détectives privés". Apprenez tout de la Fée Lacyon ! et découvrez ses trésors. Elle souriait toujours en levant les yeux vers Loup, qui, quant à lui arborait une mine sombre, ses babines frémissantes de rage contenue révélant une partie de ses crocs. " Faut bien que quelqu'un s'occupe de faire de la publicité pour notre agence, dit-elle en haussant les épaules. Et c'est pas toi ou ta racaille de cousin qui s'en chargera.
- T'appelles ça de la publicité toi ? C'est pas un bar à strip-tease, ici, on est une agence de détectives.
- Détrompe-toi. Enfin pas à propos du bar. Mais tu as justement un client qui t'attend dans ton bureau, mon p'tit Loup. Et il se trouve que j'ai réussi à lui faire avouer que c'est par l'article de Playmage qu'il a entendu parler de nous.
Son opulente poitrine se rengorgeant de fierté à mesure que Loup se résignait, elle asséna le coup final avec un plaisir qui la fit glousser. " Et tu le connais en plus notre client…
- Qui est-ce ?
- Le Doyen. "
Loup faillit s'étouffer en déglutissant, sous le regard ravi d'une Fée Lacyon hilare. Le Doyen…, pensa-t-il…La journée va être longue, je le sens…

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