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soleil d'été impitoyable faisait suer à seaux toute la petite
cité de Marlankh, qui n'en demandait pas tant, ses rues pavées de
pierre noire s'échauffant de manière démesurée au
moindre rayon de l'astre du jour. Marlankh représentait ce que l'observateur
éclairé pourrait appeler le quartier populaire du monde de Féerie.
La pauvreté y régnait en maître et les classes populaires
côtoyaient les masses laborieuses, ce qui donnait un tableau digne des plus
éclatants portraits cinématographiques d'un quartier célèbre
de l'autre monde, Harlem. Au beau milieu de la circulation fluide de carrioles
et autres carrosses d'occasion, tranchait un véhicule improbable et assez
tape-à-l'il. Une magnifique Ford Gran Torino 75 d'un rouge flamboyant,
dont les côtés étaient ornés de deux bandes blanches
qui achevaient de donner à l'engin un look " badass " qui ne
pouvait que réjouir son détenteur. " Superbe ton engin,
dit le passager de la Ford à son conducteur. " Les moustaches
ornant le museau de Loup frémirent de fierté autant que de la brise
chaude qui s'infiltrait dans la voiture par la fenêtre ouverte. Pour ceux
qui connaissent Loup par son statut de sidekick du célèbre
Archibald Bellérophon, il est nécessaire d'apporter quelques précisions
quant à son allure actuelle. Vêtu d'un complet noir assorti d'une
chemise blanche, Loup arborait depuis quelques temps une coupe " afro "
du plus haut chic, qu'il entretenait chaque matin avec un zèle particulier.
Deux rouflaquettes complétaient son look improbable, directement inspiré
des meilleurs (pires) chefs d'uvre de la blaxploitation. Loup sourit largement
exposant ses canines rutilantes entre lesquelles était fichée une
cigarette à la provenance douteuse. " Me demande pas comment
je me la suis procuré, dit Loup, appuyant son coude sur le rebord de la
fenêtre, l'autre patte maniant nonchalamment le volant. Tout ce que je peux
te dire c'est qu'elle vient de l'autre monde, ce qui est déjà délicat
en soi. - Je t'ai entendu, cousin. T'as pas d'histoire à me raconter
sur l'autre monde ? - Oh c'est un peu particulier là-bas, tu sais.
Mais ce qui est le plus fascinant dans l'autre monde, ce sont les petites différences.
- T'as pas un exemple ? - Ben pour commencer par un truc vraiment étonnant,
en Europe, les loups vivent dans des espèces de réserves. Derrière
des grillages, voire des barreaux. - Tu veux dire les loups taulards
- Non mec. Tous les loups à peu près. Là-bas, tous les loups
sont considérés hors-la-loi. - Oh, tu déconnes ?
- Pas du tout. Et tu sais comment ils mangent de l'agneau là-bas ?
- Avec du Ketchup ? - Cuit, mon vieux. Ces malades cuisent leurs gigots.
- Oh non
buark ! - Je te jure mec, je les ai vus rôtir des
côtes d'agneau au barbecue. Le cousin de Loup esquissa une grimace de
dégoût exacerbée, frissonnant en imaginant un magnifique gigot
en train de carboniser sur une broche. Afin de s'assurer un peu d'argent
de poche de manière " légale ", Loup s'était mis
à son compte, ouvrant sa petite agence de détective privé
pendant les vacances d'été. Son jeune cousin, Lycos Brown (le lecteur
est prié de ne pas voir dans ce nom de publicité déguisée
pour le célèbre moteur de recherche sur internet, mais une allusion
à son origine lupine. D'ailleurs il est intéressant de noter que
Loup a également une cousine répondant au doux nom de Google Jones)
avait alors insisté pour devenir son associé. Ce que Loup avait
vu comme une excellente opportunité, étant donné que Lycos
avait certes peu d'instruction et de manières, mais qu'ayant échappé
aux études, il connaissait la rue et ses lois comme sa poche. Licky, puisque
c'est sous ce sobriquet que la plupart connaissaient Lycos, arborait un look qui
tenait plus de la petite frappe que du détective privé. Un pantalon
de sport griffé Nike dissimulait le dessus d'une paire de baskets d'un
bleu éclatant. Son torse velu, comme il sied à un loup, était
dissimulé sous un t-shirt rouge estampillé Wolfie's Gym Club. Licky
l'avait choisi une taille en dessous afin qu'il souligne ses pectoraux saillants.
" Je t'assure mon vieux Licky, dit Loup. Ils sont un peu dérangés
dans l'autre monde, pourtant, j'adore aller là-bas. Tu devrais voir leurs
supermarchés, avec des rayons boucherie à perte de vue. Rôtis
de porc saignants, carrés d'agneau délectables, tu n'as qu'à
te pencher dans un de leurs frigos pour embarquer un steak de buf comme
tu n'as jamais rêvé de mettre les crocs dessus. - Woah, mec,
faut vraiment que j'aille y faire un tour. - Tu m'étonnes
Loup stoppa la Ford le long d'un trottoir, juste devant un immeuble à appartements
parmi les plus miteux de Marlankh. Un vrai trou à cafards. Les deux occupants
de la Ford en sortirent et la contournèrent, Loup ouvrant le coffre pour
en examiner le contenu. Des armes d'origines diverses et douteuses y étaient
éparpillées en désordre. Battes de baseball en nougat, couteaux
de boucherie enchantés, Colts Python à munitions glacées,
plus quelques armes provenant de l'autre monde, et donc totalement illégales.
" Qu'est-ce que le boulot réclame ? demanda Licky, se tournant vers
son cousin. Python à munitions de glace ? Loup grimaça, roulant
des yeux à l'attention de Licky. " A ton avis ? Avec la chaleur ambiante,
elles sont liquéfiées les balles glacées. On n'ira pas loin
avec des pistolets à eau
- Ah, ouais
Couteau de boucher
alors. Me dit pas que c'est pas de circonstance. - T'as pas tort, mais j'ai
pas envie de jouer aujourd'hui. On s'expédie ça vite fait.
Loup ramassa deux pistolets automatiques à balles bien réelles de
l'autre monde et en offrit un à Licky, qui s'empressa de le dissimuler
sous son pantalon, faisant disparaître la crosse sous son t-shirt. "
On y va ? demanda Licky, les babines suintantes de salive. - Ouaip, au boulot.
" Tandis qu'ils s'avançaient côte à côte vers
l'entrée pour passer la porte de l'immeuble et se diriger vers l'ascenseur,
Loup se tourna vers Licky d'un air embarrassé. " Tu te souviens de
Miss Indrema, Licky ? - Non, c'est qui ça ? - Miss Indrema, la
dryade, une enseignante de la Faculté des Sciences Humaines, tu la connais
- Ah oui, Miss Indrema, acquiesça Licky, une lueur de luxure s'allumant
au fond de ses yeux lupins. Quoi Miss Indrema ? - Ben j'ai entendu dire qu'elle
a envoyé valser le Pince Charmant par la fenêtre du deuxième
étage de la Tour du Savoir Secret Salvateur. Tout ça parce qu'il
voulait lui masser les pieds. - Non ? tu déconnes ! - Sûrement
pas. Je l'ai vu, il a l'air de sortir perdant d'un match de boxe en 12 rounds,
sans compter les fractures multiples. - Oh non, c'est dur ! Mais bon, il faut
dire qu'il l'avait cherché. - Tu ne trouves pas qu'elle a réagi
exagérément ? demanda Loup alors qu'ils entraient dans l'ascenseur.
- Ben non. C'est pas rien un massage de pieds. Et vu le côté
dragueur et frimeur de Charmant, ça ne me surprend pas. - Mais c'est
rien un massage de pieds ! Je masse régulièrement les coussinets
de ma mère quand elle est fatiguée. - Ben moi je te dis qu'un
massage de pieds, quand c'est fait avec talent, c'est franchement sexuel.
- T'en fais souvent des massages de pieds ? - Un peu, oui. Je suis le roi
des massages de pieds. Pas de chatouilles, rien que des léchouilles savantes.
(Et oui, un loup étant muni de pattes griffues, il est préférable
pour lui de pratiquer l'art du massage avec sa langue, note de l'auteur).
- Ben ça me fout le moral à zéro ça. Moi qui rêvais
de lui proposer un massage de pieds, elle est si sexy
- Ah toi alors
mon vieux
T'es pas croyable. Mais je te le déconseille, sinon, je
vais me retrouver au chômage. Les deux loups sortirent de l'ascenseur
dans un couloir sombre, empli d'une odeur rance et agité de cris d'enfants
contraints de jouer derrière de vieilles portes dans des appartements à
peine plus grands que des placards. Ils s'arrêtèrent devant l'une
de ces portes. Par-dessus la poignée on pouvait lire sur une étiquette
jaunie " les Trois Petits Cochons ". Loup lança un regard plein
de dépit à l'adresse de la dernière phrase de son cousin,
puis tenta de reprendre contenance en faisant craquer les vertèbres de
sa nuque. Après un hochement de tête entendu à Licky, il frappa
énergiquement à la porte. Une petite voix haut perchée lui
répondit : " Qui est là ? - C'est Loup. On a une affaire
à régler, ouvrez. - Euh, non, nous ne sommes pas là,
revenez plus tard. - Ecoute cochonnaille, j'ai passé l'âge de
souffler sur les portes pour les défoncer. Tu te dépêches
ou faudra des mois pour débarrasser l'immeuble de l'odeur de cochon brûlé.
Au lieu de cette puanteur qui me révulse les narines. Licky lui adressa
un sourire carnassier auquel Loup répondit d'un haussement d'épaules.
Il y eut un court instant de silence, puis les verrous de la porte résonnèrent
avant qu'un petit cochon tout rose n'apparaisse derrière la porte s'entrebâillant.
" J'aime mieux ça, dit Loup. Tire la chevillette ou ta bobine cherra.
- Hein ? c'est quoi ça ? s'étonna Licky. - Je me demande
à quoi ça sert que je sorte des vannes à un illettré
qui ne connaît même pas ses classiques lupins, dit Loup, ses épaules
descendant d'un degré. " Le cochon arborait le même air interdit,
ce qui ne remonta guère le moral de Loup. Les deux loups entrèrent
dans l'appartement, dont Licky, une grimace adressée à son cousin,
s'empressa de fermer la porte derrière eux. Le tableau était édifiant.
Au milieu de l'appartement, qui méritait haut la main le titre d'auge à
cochons, les deux cousins loups toisaient d'un air mauvais deux petits cochons
tout rose qui frémissaient de la tête aux pattes. Licky se plaça
en retrait, et s'assit sur une chaise, sortant son pistolet de son pantalon pour
le poser sur ses genoux, accentuant encore les tremblements qui agitaient déjà
la chair grassouillette des cochons. Loup grimaça en réalisant que
les cochons en question n'étaient pas les insupportables créatures
qui traînaient à la faculté. Leurs faces étaient ornées
de piercings et ils étaient vêtus comme des wannabe gangsters.
Et Loup qui s'était fait une fête de leur clouer le groin une bonne
fois pour toute
Y'a comme un air de famille, pensa Loup. Mais ce
ne sont pas mes cochons
Tant pis. L'employeur des cousins sur cette
affaire n'était autre qu'un magicien de passage dans son monde. Vêtu
d'une robe grise et d'un chapeau pointu, le vieux barbu s'était présenté
à l'agence en posant sur le bureau une bourse remplie de pièces
d'or pur qui mirent immédiatement Licky et Loup d'accord sur le sort qu'ils
devaient réserver à cette affaire. Le magicien leur demandait de
retrouver les voleurs qui l'avaient délesté d'une valise remplie
d'herbe à pipe du Pays de la Comté. Loup n'avait pas besoin d'en
savoir plus. Si le vieillard s'éclatait encore à son âge à
fumer de l'herbe, quelle que soit sa provenance, il n'y voyait pas le moindre
inconvénient. Les pièces d'or étalées en évidence
sur le bureau lui ôtaient toute envie de faire la moindre réflexion
sarcastique. Et si le même vieillard voulait que les voleurs soient punis
pour leur larcin, alors ainsi soit-il, avait pensé Loup. Loup s'avança
de quelques pas vers celui des deux cochons qui semblait le moins limité
intellectuellement. " Mon cher petit cochon
commença Loup. Est-ce
que Gandalf le Gris a l'air d'une jolie truie gironde ? - Q
Quoi ?
" Loup grogna, montrant légèrement les crocs. " Est-ce
que Gandalf le Gris ressemble à une petite cochonne aux formes généreuses
? répéta Loup en haussant le ton. - N
Non, non
- Alors pourquoi tu as essayé de le baiser petit cochon ? - Je,
nous ne voulions pas l'arnaquer. On allait lui rendre la
la marchandise.
- La marchandise en question a été dérobée dans la
Tour du Savoir Secret et Salvateur, ce qui fait de vous des hors-la-loi passibles
de la peine de mort, tu le sais ça ? - Oui, m
mais
- Silence ! Tu lis Jean de la Fontaine, petit cochon ? - Q
quoi ?
- EST-CE QUE TU LIS JEAN DE LA FONTAINE ? - Je
je ne
quoi ?
- Quoi ? c'est quoi ça quoi ? Tu viens du pays de Quoi ? Ils parlent pas
français là-bas ? - Q
quoi ? Loup soupira, levant
les yeux au plafond, puis les ramena vers le cochon avec une grimace de dégoût
comme un cafard rampait au-dessus de lui la tête en bas. " Et bien
moi, reprit Loup, je lis Jean de la Fontaine. Il y a ce passage que j'ai mémorisé
par cur. Il s'accorde bien à notre situation, si tu as suffisamment
de cervelle pour voir une analogie entre toi et l'agneau de l'histoire. Ca s'appelle
Le Loup et L'agneau" Loup se plaça devant le petit cochon
en annonçant le titre de la fable qu'il s'apprêtait à réciter.
La peau rosâtre du cochon vira au blanc pâle quand il le vit sortir
son pistolet de la poche intérieure de son veston Armani. Loup toussota
pour s'éclaircir la voix et se lança dans sa déclamation,
haussant progressivement le ton à chaque nouveau vers :
"
La raison du plus fort est toujours la meilleure : Nous l'allons montrer tout
à l'heure. Un Agneau se désaltérait Dans le courant
d'une onde pure. Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure, Et
que la faim en ces lieux attirait. Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage
? Dit cet animal plein de rage : Tu seras châtié de ta témérité. -
Sire, répond l'Agneau, que votre Majesté Ne se mette pas en colère
; Mais plutôt qu'elle considère Que je me vas désaltérant Dans
le courant, Plus de vingt pas au-dessous d'Elle, Et que par conséquent,
en aucune façon, Je ne puis troubler sa boisson. - Tu la troubles,
reprit cette bête cruelle, Et je sais que de moi tu médis l'an
passé. - Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né
? Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère. - Si ce n'est toi, c'est
donc ton frère. - Je n'en ai point. - C'est donc quelqu'un des tiens
: Car vous ne m'épargnez guère, Vous, vos bergers, et vos
chiens. On me l'a dit : il faut que je me venge. Là-dessus, au fond
des forêts Le Loup l'emporte, et puis le mange, Sans autre forme de
procès. " |
Loup
brandit son arme et tira cinq coups en pleine poitrine du cochon, sans autre forme
de procès. Au même moment, Licky, comme répondant à
un signal, tira sur l'autre cochon, l'atteignant en plein lard. Loup soupira,
puis sourit, n'appréciant guère les exécutions sommaires,
mais toujours prêt à faire une exception quand il s'agissait de cochons
ou d'agneaux. Il regarda le deuxième cochon abattu par son cousin et lui
lança d'un air dédaigneux : " Et tu voulais régler ça
au couteau de boucherie ? Tu lui as éclaté le groin, c'est la partie
la plus délectable
" Licky haussa les épaules et
baissa la tête, ne trouvant rien à répondre. A ce moment ses
yeux s'allumèrent d'une lueur d'excitation alors que son regard s'arrêtait
sur un magazine de charme qui traînait aux pieds de Loup. La salive lui
monta aux babines comme il se plaça d'un bond à côté
de son cousin. " C'est pas possible ça ! s'écria-t-il en posant
une main sur l'épaule de Loup, le regard fixé sur le magazine et
sa couverture. Regarde-moi qui est en couverture, si c'est pas notre Fée
Lacyon, je m'appelle plus Lycos Brown ! " Mais Loup ne prêtait
plus attention à son cousin. Il marmonnait entre ses crocs, le regard perdu
dans le vague : " Deux cochons
Les Deux Petits Cochons
Y'a un
truc qui cloche
- Mon Dieu, Loup ! Elle pose pour un magazine de charme
! Regarde moi ça, elle a pas de soutien-gorge ! - Les Deux Petits Cochons
Mmm
Petit cochon, petit cochon, laisse-moi entrer
dit Loup, toujours
perdu dans ses pensées, ayant toujours éprouvé des difficultés
à apprendre cette histoire dont le dénouement lui déplaisait
au plus haut point. " Licky s'accroupit pour regarder la couverture de
plus près, forçant Loup à le suivre en appuyant de tout son
poids son bras posé sur son épaule. Alors que ses genoux cédaient
à la pression de son cousin, Loup s'écria : " C'est pas les
Deux Petits Cochons ! C'est les TROIS Petits Cochons ! " Le troisième
petit cochon choisit ce moment pour ouvrir à la volée la porte de
la chambre où il s'était dissimulé jusque là, brandissant
un énorme revolver couvert de rouille et de givre comme il sortait à
l'évidence du réfrigérateur. Le cochon hurla, les yeux fermés.
La rouille et le givre ne l'empêchèrent pas de vider son chargeur,
envoyant six cônes de glace acérés se ficher
dans le
mur derrière Loup et Licky qui s'étaient accroupis devant le dernier
numéro de Playmage, en couverture duquel la Fée Lacyon révélait
de manière encore plus évidente qu'à l'habitude ses charmes
affolants. Le petit cochon pressa encore nerveusement la gâchette,
produisant quelques clics inoffensifs. Puis il ouvrit les yeux, constatant avec
une mine résignée qu'il avait manqué les deux Loups d'une
bonne tête. Les associés se regardèrent un instant, stupéfaits,
puis regardèrent derrière eux et les trous sombres et dégoulinants
de glace fondue qui ornaient à présent le mur derrière eux.
Serrant les crocs, il se retournèrent alors et vidèrent leurs chargeurs
sur le troisième cochon qui s'empressa de rejoindre les livres d'images,
apportant un dénouement inédit à l'histoire du loup et des
Trois Petits Cochons. " C'est pas vrai ce qui vient de nous arriver mec !
dit Licky, s'agenouillant devant le magazine, les yeux rivés sur la poitrine
dénudée de Lacyon. - C'est sûr
On a eu du bol.
- Du bol ! C'était pas de la chance, c'est elle
c'est Lacyon, elle
nous a sauvé la vie. Une divine intervention
- Qu'est-ce que
tu racontes ? On s'est baissés au bon moment c'est tout. Une seconde plus
tard et on serait morts. - Justement
dit Licky, toisant une Lacyon
dans le plus simple appareil, sur papier glacé. Elle m'a sauvé la
vie
je crois que je suis amoureux mec
- Allez, reviens les pieds
sur terre, faut qu'on se barre d'ici. " Loup se baissa et ramassa la
revue, qu'il déroba à la vue de son cousin, puis se rendit dans
le coin cuisine où il trouva une petite valise en cuir brun estampillée
Gandalf. Prenant Licky par l'épaule, il l'entraîna dehors. Non sans
jeter un regard interdit au magazine et à Lacyon et ses formes par trop
humaines, mais non moins affriolantes. Licky était
de plus en plus nerveux alors qu'il gravissait les marches de l'immeuble qui abritait
leur agence. Il est utile à ce point de l'histoire pour le lecteur de savoir
que Loup s'était adjoint l'assistance d'un troisième associé
dans son affaire. Assurant la fonction de secrétaire, la Fée Lacyon
les attendait derrière la porte vitrée marquée Loup &
Associés, enquêtes en tous genres. Licky déglutit en apercevant
Lacyon, qui arborait une de ces tenues qui ne faisaient que souligner la générosité
de ses formes et dont elle avait le secret. Rougissant sous la fourrure de son
museau, ce qui passa inaperçu de tous, évidemment, il s'engouffra
sans un mot dans son bureau et disparu, fermant la porte derrière lui.
Lacyon était affalée dans son siège, ses pieds nus sur le
bureau, occupée qu'elle était à se vernir les ongles des
orteils. " C'est dans cette pose que tu comptes accueillir nos éventuels
clients ? lança Loup, dont les Lacyon par-ci, Lacyon par-là de Licky
pendant le trajet du retour avaient laissé dans un état d'énervement
avancé. - Ne te fâche pas mon p'tit Loup, justement j'ai de
bonnes nouvelles. Loup n'y prêta pas attention et déplia le
numéro de Playmage qu'il jeta nonchalamment sur le bureau, juste
aux pieds de la fée. Lacyon sourit en se mordillant la lèvre inférieure,
pas peu fière de l'allure qu'elle avait en couverture de ce magazine pour
mages solitaires et un brin pervers. En dessous de son nom, ponctué d'un
énorme point d'exclamation qui en disait beaucoup, on pouvait lire : Playfée
du mois : " Je travaille pour une agence de détectives privés".
Apprenez tout de la Fée Lacyon ! et découvrez ses trésors.
Elle souriait toujours en levant les yeux vers Loup, qui, quant à lui arborait
une mine sombre, ses babines frémissantes de rage contenue révélant
une partie de ses crocs. " Faut bien que quelqu'un s'occupe de faire de la
publicité pour notre agence, dit-elle en haussant les épaules. Et
c'est pas toi ou ta racaille de cousin qui s'en chargera. - T'appelles ça
de la publicité toi ? C'est pas un bar à strip-tease, ici, on est
une agence de détectives. - Détrompe-toi. Enfin pas à
propos du bar. Mais tu as justement un client qui t'attend dans ton bureau, mon
p'tit Loup. Et il se trouve que j'ai réussi à lui faire avouer que
c'est par l'article de Playmage qu'il a entendu parler de nous. Son
opulente poitrine se rengorgeant de fierté à mesure que Loup se
résignait, elle asséna le coup final avec un plaisir qui la fit
glousser. " Et tu le connais en plus notre client
- Qui est-ce
? - Le Doyen. " Loup faillit s'étouffer en déglutissant,
sous le regard ravi d'une Fée Lacyon hilare. Le Doyen
, pensa-t-il
La
journée va être longue, je le sens
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