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Auteurs, E-mail : Rahangel
Dernière Mise à jour : 06/12/2006

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Le Chasseur des Carpathes

Prélude

Prélude [PDF]

Le sang recouvrait la forêt…à nouveau, comme maintes années auparavant, la lune de sang, la lune du chasseur, sa lune, rougeoyait d’un éclat carmin. Comme cette nuit maudite où son destin s’est scellé.

Bien longtemps avant, à la pleine lune d’octobre, au bal d’automne de la Lloyd’s, mécène de son université – ce qui ne lui laissait guère de possibilités de décliner l’invitation -, le jeune professeur d’histoire médiévale rongeait son frein au milieu de cette bonne société frivole. Pourtant, il espérait rencontrer cette jeune femme au teint pâle et aux cheveux de jais…depuis qu’il l’avait aperçue le mois dernier lors de sa conférence sur les mythes et les contes de fées.
Un sourire fugace éclairât son visage : il se revoyait en chaire, devant le gratin de l’intelligentsia britannique, évoquant les figures célèbres du dragon maléfique, du prince charmant, et de la princesse-objet de la quête. Il développait l’exemple de Cendrillon quand il la vît pour la première fois, sa grâce légère illustrant si parfaitement le personnage légendaire (et tranchant si superbement avec la cohorte de haut de forme, de redingote et de barbes blanches composant l’essentiel de son assistance) que pendant un instant, il ne sût plus s’il se trouvait à Oxford ou en Faërie. Depuis, il l’avait revue à diverses manifestations organisées par l’université, sans jamais réussir à lui adresser la parole ; tout au plus savait-il qu’elle n’était ni une élève, ni un professeur.
Sentant confusément que ces réflexions l’avaient amené près de l’immense cheminée où flambait le premier feu de l’automne dans la grand-salle, il avisa la terrasse pour aller prendre un peu d’air frais et de distance avec le foyer rougeoyant.
Passant les grandes baies, il s’approcha de la rambarde surplombant les jardins quand il entendit juste derrière lui : « Professeur Van Helsing ? »
Surpris, il se retourna vivement. « Cendrillon » venait de reculer d’un pas sous la vivacité de son mouvement
« Je ne voulais pas vous déranger, je vous prie de m’excuser professeur.
— Abraham, s’il vous plaît, je suis encore trop jeune pour m’habituer à ce que l’on m’appelle « Professeur » en dehors du cadre strict du Collège.
— Marie Grimm, ravie de vous rencontrer enfin…Abraham ; à dire vrai, j’attends depuis longtemps de pouvoir vous entretenir d’une affaire délicate concernant un mien cousin.
— Si je puis faire quoi que ce soit, c’est avec plaisir que je vous rendrai ce service ».
— Connaissez-vous M. Stoker ? »
— De réputation seulement, à mon grand regret ; ses travaux sur l’héraldisme en Europe centrale sont de grande qualité.
— Il est rentré de voyage il y a deux semaines, et depuis, il n’ose plus se montrer en public, et surtout, il craint chaque nuit qui arrive ; je crois que vous seul pouvez l’aider, Professeur !
— Il se sent menacé par quelqu’un ? Est-ce lui qui vous a demandé de me voir ? »
Et aussitôt, l’invitant à l’accompagner vers le bâtiment principal :
« Nous serons plus à l’aise dans mon bureau…si vous voulez bien me raconter toute l’histoire ».
Quelques minutes plus tard, Abraham Van Helsing apprenait de la bouche de cette jeune femme, qui lui apparaissait plus charmante à mesure que la nuit s’avançait, que son cousin rentrait juste des confins de l’Empire austro hongrois, où il avait entendu des histoires effrayantes…
« Au début, il nous écrivait qu’il mettait ces histoires de loups-garous et d’ogres sur des superstitions paysannes, mais, dernièrement, il a vu des choses…

« Du sang…du sang frais, liquide et épais…cela fait si longtemps que je n’ai pu me rassasier, depuis que ce mortel freluquet s’est mis à me traquer, nuit après nuit, comme si j’étais un gibier ! Je ne comprends pas, que les villageois sortent les fourches pour protéger leurs infâmes rejetons trop anémiés pour faire un souper correct, c’est assez animal pour cette engeance humaine, mais passer des nuits et des jours à découvert –seul-, ça n’a pas de sens. Assurément, cet homme doit être fou. Je me demande si cela donne plus de goût que celui qui a conscience qu’il se fait dévorer vivant… »
Sans faire plus de bruit qu’une ombre, il se glissa parmi les arbres vers la silhouette accroupie au sommet de la colline, parfaitement visible sous la lune sanglante, et surtout, son sang l’appelait comme l’eau interpelle celui qui sort du désert…tout ce sang, si chaud, si nourrissant…
N’y tenant plus, Piotr (du moins, ce qu’il était devenu) se jeta avec la vivacité d’un fauve affamé, rejetant ses lèvres décharnées en même temps que ses lambeaux de conscience : il ne voulait plus que tuer, déchiqueter, broyer et boire la vie de celui qui l’avait contraint à la fuite et à la diète.
Encore deux pas et ses crocs baigneraient dans sa gorge nue.
Encore un p….

Il tomba comme une masse sur sa jambe brisée, craquant comme du bois sec
« Ce sang…tout ce sang…ce n’est pas possible…n’es-tu donc pas humain ? »
—« Oh si, bien plus que tu ne l’as jamais été ; c’est même comme cela que j’ai eu l’idée de dissimuler un piège à ours avec l’odeur de mon propre sang ; un piège hors de portée d’un animal tel que toi. «
— « Animal ? Pauvre fou, nous sommes les princes de la nuit, nous sommes immortels ! »
« Alors, tu n’as aucune crainte à avoir…. «
Avant que la tête ne touche terre, la lame acérée avait rejoint son fourreau ; à peine le temps de boire le reflet froid des étoiles, et puis, le choc mat du crâne contre le sol dur.
« Tu étais déjà mort, depuis bien trop longtemps pour faire un bon vivant…in nomine Patris, et Filio, et Spiritu Sancto » murmura-t-il en répandant quelques gouttes d’eau bénite sur la dépouille qui se désagrégeait sous ses yeux mi-clos.

« Oui, vous êtes morts, mais vous m’avez pris ma vie ».


Ce n’était pas cette nuit, dans son bureau confortable et chauffé, pendant que Marie réchauffait ses mains avec une tasse de Earl grey brûlante. Cette nuit, sa vie commençait.
« Un jour, il a découvert un registre domanial, en Transylvanie, qui présentait une étrange ligne de succession : seulement 5 noms en 400 ans. En poussant ses recherches, il n’a trouvé nulle part mention des branches collatérales : il n’y avait qu’un successeur mâle unique, sans mère ni fratrie, et sans que personne ne se rappelle avoir vu une noce depuis des décennies.
Et il a dû poser trop de questions, parce qu’il est revenu toutes affaires cessantes comme s’il avait vu le Diable en personne ».
Elle prît une inspiration qui avait tout du soupir.
« Alors, je suis venu vous voir parce que vous me semblez la personne la plus à même de nous aider. J’ai suivi vos travaux depuis longtemps…une sorte de passion familiale pour les contes, voyez-vous, mes frères ont même suivi vos séminaires avant d’aller en Allemagne pour établir les origines des contes populaires.
— Mlle Grimm, ce que vous m’apprenez là est fâcheux pour M. Stoker, mais aussi pour nous tous. Et s’il n’a pas ramené ses découvertes avec lui dans sa précipitation, il va falloir reconstruire sa piste jusqu’au moment où elle s’arrête.
— Vous allez partir là-bas ? s’écria-t-elle en se redressant si vivement que le thé manqua de choir sur le tapis de mohair.
— Que nenni, ma chère, les aventures, très peu pour moi, je suis un homme de sciences ; je ferai une requête auprès du consulat britannique et de l’université de Roumanie, d’Autriche et de Moldavie pour connaître les documents visés et autres détails du voyage de votre cousin, et c’est d’ici, avec tout le savoir que contient l’Institut, que nous trouverons ce qui s’est passé…et , si vous le permettez, je pourrais avoir besoin de votre aide dans mes recherches. »

Ainsi, les semaines passèrent dans l’étude de documents, de cartes, de chartes, de blasons, dans des langues parfois aux confins de l’oubli, tandis que Van Helsing avait obtenu que son collègue soit confié à la médecine tant du corps que de l’esprit. Il apparût qu’en plus d’une terreur panique de la pleine lune et des chauve-souris, il portait des marques au cou, comme s’il avait été attaqué par un animal ; mais la chair à cette endroit peinait à cicatriser, ce qui pouvait expliquer en partie son affaiblissement, et son sang était d’une pâleur étonnante pour un homme de son âge.
Abraham et Marie passèrent le plus clair des trois mois suivants à travailler côte à côte, à recueillir les souvenirs du malheureux pendant ces rares moments de lucidité, et il naquît entre eux une très forte complicité.
C’est alors que la nuit les rattrapa, lors de la nuit la plus froide de février, si froide que la Tamise en fût gelée au point de bloquer le port de Londres.
Alors qu’ils quittaient un éminent spécialiste en démonologie orientale et que, faute de calèche circulant par se froid, ils se rendaient à pied chez Lord Summerisle qui leur avait offert l’hospitalité, ils entendirent une femme hurler au coin de la rue.
Ils se précipitèrent pour porter assistance, quand ils virent un homme prostré, à même la neige, devant la jeune femme qui hurlait à s’en arracher la voix.
« Madame, calmez-vous, je vous en prie, que s’est-il passé ? Nous avons entendu crier et.. »
Et Van Helsing se figea en voyant que cet homme portait la même marque au cou que Stoker ! A ceci prêt que cette fois-ci, l’homme paraissait de cire, la peau du visage et du cou (on ne pouvait guère en voir plus à cause de son manteau d’hiver) était aussi tirée que peut l’être celle d’un tambour avant de se déchirer, et sa blessure ne saignait même pas…
Délaissant le cadavre et la femme hystérique qui hurlait de plus belle au soin des voisins accourus entre-temps, il scruta les alentours avec l’horreur de ce qu’il pressentait dans l’œil : et il le vît, là-haut, sur le toit, à une telle hauteur qu’il aurait fallu…non, même la grande échelle des pompiers n’aurait pas suffit, pas assez vite...mais il n’y avait aucun doute possible, sur le fond de la pleine lune blafarde se dressait une immense silhouette noire enrobée dans une cape sombre qui aurait aussi bien pu être l’aile d’une chauve-souris géante.
Et il lui sembla, oh, comment en être sûr, que la créature, découvrant sa dentition inhumaine, lui souriait.
Ses soupçons étaient donc fondés, ils existent, ils nous connaissent, et ils nous chassent : les vampires sont parmi nous, et ils ont commencé leur œuvre démoniaque.

Le temps d’un battement de cil, il avait ramené Marie à l’abri, et lui avait confirmée que leurs craintes étaient fondées :
« Votre cousin a bel et bien mis à jour le domaine d’un Prince mort-vivant, buveur de sang, probablement vieux de plusieurs siècles, sans doute l’un des plus anciens au monde…et il a été découvert, attaqué et suivi jusqu’ici. Le meurtre de ce soir était un message ; j’en suis arrivé à la conclusion que la police ne peut rien contre un tel tueur, nul ne pourra lui échapper sans avoir recours à des moyens qui ne sont même pas connus des sages érudits. Vous allez devoir vous cacher, nos amis veilleront sur vous, le temps que je fasse un voyage qui, je l’espère, nous apportera une chance.
— Abraham, mais où allez-vous où je ne pourrai vous accompagner ? Je comprends que si je suis en danger, je vous mets en danger aussi ; mais j’ai si peur de vous voir partir !
— Ne craignez pas pour moi, là où je vais, nulle de ces choses n’aimera me suivre, et je reviendrai aussitôt que possible. »

Quelques jours plus tard, sur le bateau assurant la liaison entre Calais et Douvres, un jeune lieutenant avisa le passager accoudé au gaillard d’avant
« Professeur Van Helsing ? J’ai un télégramme radio qui vient d’arriver à votre attention ; j’ai aussi donné l’ordre de préparer vos malles pour qu’elles soient déchargées avec précaution. Vous venez de loin pour avoir tant de bagages ? dit-il en tendant sa missive.
— Loin, si l’on veut, murmura le professeur en dépliant le papier rendu humide par les embruns, du Vatican ».
A peine eût-il finit sa phrase qu’il manqua de s’évanouir.
« Reviens urgence STOP Marie au plus mal STOP »

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A suivre...

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