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Auteurs, E-mail : Gillossen
Numéro ICQ : 72496479
Dernière Mise à jour : 06/03/2007

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Où la Tentatrice se découvre enfin, elle-même loin de faire abstraction de ses engagements parentaux…

Chapitre 3 > Chapitre 04 [PDF]

her Eibon… Combien serais-tu noir de colère de constater que j’ai désormais pris le dessus sur ses sortilèges. »
Lilith contemplait la grève désolée qui s’étendait sous son regard cramoisi, tout en prononçant ces paroles qu’elle était pourtant seule à pouvoir entendre, et surtout seule à pouvoir les savourer. Ponape. Une île minuscule, jadis refuge de pêcheurs impies, adeptes de rites sataniques et d’unions contre-nature pour leurs femmes. A cette latitude extrême, il n’y avait que des icebergs pour naviguer sur un océan aussi gris que démonté… Toutefois, aucun être humain n’aurait pu se complaire dans l’observation d’un tel paysage, aussi grêlé, tourmenté, désespérant. Mais la créature qui avait pris ses quartiers ici n’aurait pu espérer mieux. On touchait même au rêve pour elle, un rêve caressé depuis des centaines et des milliers d’années.
Son exil en compagnie de Sammaël n’avait que trop duré. Cela faisait des siècles que Lilith n’avait plus songé au prince des démons, son ancien amant. Il était temps qu’elle rétablisse la vérité, et qu’enfin elle retrouve la gouvernance qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Le monde actuel était devenu trop différent de ce qu’elle avait connu. Lilith savait se montrer pragmatique. Les Terres de Féerie présentaient bien des avantages. Leur archaïsme, la magie toujours plus prégnante que ce que l’on pouvait imaginer, ces querelles intestines avec ces camps si différents incapables de s’accorder entre eux – à l’image des autorités de la Tour du Savoir Secret Salvateur toujours à la poursuite de Merlin, cette fragilité de tous les bords… Féerie représentait un territoire qu’elle n’aurait pour ainsi dire aucun mérite à mettre sous sa coupe, mais bien suffisant pour lancer la seconde étape de son plan. Un plan… Quel terme plat et banal pour un pareil projet !
Lilith sourit tout en se massant le coude droit de son autre main. Elle n’avait pas porté le coup fatal à Archibald Bellérophon. Le contempler tandis qu’il se convulsait à ses pieds, totalement impuissant, quel grisant élixir ! Et par chance, le jeune imbécile n’avait pas battu son père à mort avant qu’elle n’arrive, s’offrant ensuite en spectacle à ce médiocre Mellington. Comment avait-elle pu… Son visage d’albâtre se durcit, soudain aussi froid qu’une statue. Oui, comment avait-elle pu se laisser aller à l’aimer. A croire qu’elle, Lilith, aurait pu avoir un avenir loin de tout conflit avec cet homme. Prête à tout abandonner pour lui. A renoncer à tous ses rêves de revanche, de vengeance, de destin glorieux… Alors qu’elle venait de faire ce choix crucial après des milliers d’années d’existence ou plutôt de survivance, c’était là qu’il l’avait abandonnée, fuyant Féerie pour disparaître dans son monde, cette dimension qui s’était peu à peu détachée de Féerie au fil des siècles et qu’elle connaissait si mal alors.
L’homme était faible, lâche, égocentrique, menteur, mais Lilith ne pensait pas qu’ils étaient tous si désespérément semblables et bornés. Combien de temps était-elle demeurée prostrée, incapable de la moindre action ? Des années, ce qui ne représentait rien pour une femme comme elle… Et pourtant beaucoup plus de temps que ce qu’elle n’avait jamais connu par le passé. Lilith ne devait pas se voiler la face comme elle l’avait fait auparavant, cet abandon avait symbolisé la goutte d’eau capable de faire déborder un vase de la taille des chutes d’eau qui s’étaient ouvertes lors du Déluge, au bas mot ! Lilith avait adoré se trouver là, il y avait 10 000 ans de cela, près de ce qui avait été ensuite désigné comme les Colonnes d’Hercule.
Et puis, ce qu’elle n’aurait jamais cru possible s’était produit, sans même avoir à prier les légions infernales ou encore moins cette créature misérable qui s’était dite Dieu !
Sa superbe et opulente poitrine se souleva et retomba lourdement, sous le poids de ses soupirs. Ces dernières années s’étaient écoulées en quelques intenses et cruciales secondes, de celles qui changeaient votre destin à tout jamais… Mais quelles forces étaient en mesure de provoquer de pareils changements lorsqu’il était question de quelqu’un comme Lilith ? Il ne s’agissait pas de coups du sort ordinaires, bassement quelconques, communs à tout ce que connaissaient Féerie ou l’autre monde, depuis des milliers et des milliers d’années… Lilith avait vu tant et tant de femmes trompées par les hommes et leurs mensonges débilitants au fil des âges. Tout cela allait changer maintenant que plus rien ne s’opposait à sa prise de pouvoir.
La patience avait fonctionné, pour une seule et unique fois : celui qui se prenait pour la réincarnation d’Apollon avait perdu tous ses pouvoirs après avoir été sous la coupe de vampires dont les conflits avaient épuisé Féerie. Hadès n’était plus qu’un pantin dégénéré malgré ces ultimes velléités de l’année écoulée. Les sorcières se trouvaient en conflit ouvert avec les autres puissances magiques de la place, et dans le monde « réel »… Elle sourit à cette pensée. Réel, quelle bêtise ! Quelle perception étrange que celle de ces humains. Croissez et multipliez… Même celles et ceux qui ne se reconnaissaient pas dans les commandements du Seigneur copulaient encore et toujours. Voilà un domaine dont elle maîtrisait toutes les subtilités. Le feu revint alors au creux de ses reins, de son ventre, soudain, brutal, vorace…
Une chaleur et une puissance si impérieuse que les chandelles de glace de son palais de terreur perché sur ce caillou isolé de tout en auraient fondu. Lilith fit volte-face, la traîne de sa robe argentée glissant en silence sur le sol lisse et froid. Elle ne percevait aucune présence autour d’elle. Ses esprits vengeurs, les chefs de tribu du lointain Orient qu’elle avait séduits durant l’Antiquité, asservissant leurs âmes à jamais tel le plus noir des démons, n’étaient pas là. Les douze d’Israël ne l’avaient pas accompagnée non plus lorsqu’elle s’était rendue en Irlande, parce que Lilith n’en éprouvait pas le besoin, avant tout, et également afin d’induire Bellérophon un peu plus en erreur, en imaginant que sa misérable aide de camp en était venue à bout, ou bien qu’ils n’étaient qu’une poignée.
L’albinos traversa la grande salle, sorte de caverne gigantesque où la glace avait su s’infiltrer pour mieux polir ses parois, pourvue d’élancements de roche aux formes aussi déstructurées qu’absconses, à croire qu’elles avaient été modelées à la hâte par quelque dieu dément, ensuite contraint à l’exil au-delà de la Terre pour une telle œuvre impie. Ce dôme naturel paraissait immense, y compris pour sa personne. Et pourtant, lorsqu’elle avait pris ses quartiers ici, les aménagements pour faire de cette lugubre formation souterraine un véritable palais l’avaient vue se consacrer en priorité à cette tâche, à la fois ingrate et secondaire.
Lilith avait toujours eu des goûts de luxe.
Lilith s’arrêta un instant, ferma les yeux, et se souvint de ce qu’elle avait subtilisé à Eibon, quand l’Homme courbait encore l’échine en réminiscence des puissances qui l’avait précédé sur le monde, ici comme en Féerie, de vrais dieux – ou du moins, tel était le qualificatif le plus approprié à leur sujet - pour qui ils n’étaient rien et qui n’aspiraient qu’à revenir les exterminer pour recouvrer la place qui était leur.

Car Ubbo-Sathla est la source et la fin. Avant la venue de Zhothaqquah ou de Yok-Zothoth ou de Kthulhut des étoiles, Ubbo-Sathla demeurait dans les marécages écumants de la Terre nouvelle née ; une masse sans tête ni membres, engendrant les têtards gris et informes de l'origine et les hideux prototypes de la vie terrestre...
Et toute la Terre est-il dit devra faire retour, à travers le grand orbe du temps, à Ubbo-Sathla.

Emplie d’une festive révérence à l’égard de ces divinités qu’elle avait appris à vénérer et honorer mais surtout gouverner, Lilith reprit son chemin, pouvant à peine se contenir tandis que l’envie de presser le pas vers la crypte secrète où l’attendait son fils enflait à chaque pas…
« Maman… Maman, maman ! »
La larve l’appelait déjà au plus profond de son esprit.
Ghadamon… Aurait-elle pu choisir un autre nom pour lui ? Dans un bassin semblable à des fonds baptismaux n’ayant toutefois rien de consacrés, la chose contrefaite se tenait là, forme blanche et visqueuse au cœur d’un puit de ténèbres, entourée de volutes de fumée d’un même ébène, opaques et lourdes. Elle montait en bouffées duveteuses s’échappant par la voûte rocheuse, devenue beaucoup plus basse que dans la grande salle.
L’atmosphère s’était faite moite, chaude.
Au sol, un pentacle brun strié de veines bleutées encadrait le bassin. Précautionneusement,  Lilith en fit le tour, lentement, prenant garde à ne pas le toucher, ou même n’était-ce que l’effleurer d’un ongle, alors qu’elle avançait toujours pieds nus, insensible au froid environnant, pourtant quasi polaire.
 « Moi, Lilith, te somme d'écouter ma litanie ! Toi, Ô TSATHOGGUA affamé, qui possède la voie au sein et au cœur des astres les plus sombres, tu viendras céans sans même attendre, pour te soumettre, et ainsi obéir, à mon autorité toute puissante ! »
Elle se surprit à chuchoter en répétant une partie de cette incantation néanmoins ô combien réfléchie. Elle n’avait jamais été intéressée en tant que tel par le cadeau que lui avait laissé Mellington Bellérophon. Mais récupérer pour lui l’ombre d’une âme aussi monstrueuse que celle de Ghadamon, réfugiée dans les Contrées du Rêve, voilà qui avait exigé beaucoup de temps. Elle avait appris à marchander depuis encore bien plus longtemps afin d’assurer sa survie. La longévité brute ne faisait pas tout pour traverser les époques et les peuples. Personne sur Terre n’aurait probablement pu disputer cela à Lilith. Mais si peu la connaissaient encore… Et ce peu n’avait qu’une très vague idée de qui elle était réellement, la confondant évidemment avec une figure mythique de plus.
Tant d’erreurs, tant d’approximations, d’inculture crasse… Les humains ne changeaient pas, bien que leurs habitudes et leur confort, eux, oui.
La respiration de Lilith s’accéléra. Emportée par ses divagations, l’albinos au regard flamboyant avait posé le pied sur le pentacle, pour quelques millimètres seulement. Aussitôt, son fils s’était agité. Cette masse gélatineuse à la carapace chitineuse se mit à se tortiller au creux de sa vasque taillée dans la roche, comme un enfant affamé réclamant à manger. Mais Lilith ne savait que trop ce que cela représentait. Elle pensait l’avoir suffisamment nourri après sa visite chez Kate McMarnish, avec ce qu’elle lui avait apporté en offrande, mais l’albinos avait eu trop de choses à l’esprit en parallèle, même pour elle. Ces derniers jours l’avaient vue passer à l’action de la façon la plus vive qui soit, se projetant aux quatre coins de la Terre ou de Féerie, sans répit. Cependant, Lilith aurait dû savoir qu’elle n’avait pas le moindre battement de cœur de relâche en réserve.
La conscience de Ghadamon l’avait repérée et tenta de s’infiltrer en elle. Encore aveugle, il était devenu de plus en plus entreprenant, à mesure qu’il s’éveillait au fil des derniers jours. Désormais, il voulait prendre, sans demander une quelconque permission. Lilith résista, mais la pression devint brusquement trop forte. La chose ne ressemblait plus guère au nourrisson si humain qu’elle avait pourtant été, que Lilith avait porté en elle. L’albinos perçut la tension envahir son corps, enfler dans chaque fibre de cette enveloppe d’albâtre, sous le feu désormais d’une excitation pas même animale, purement instinctive, embrasant à blanc la forge de ses entrailles. Elle se cambra à l’apogée de ce que ses articulations étaient en mesure de tolérer, d’un unique mouvement, rejetant la tête en arrière, sa chevelure d’ivoire se détachant enfin en longues boucles cascadant en vagues satinées sur son dos nu, le contact soyeux l’électrisant un peu plus encore.
« Faim ! Faim ! J’ai faim ! J’ai faim ! Manger ! »
La chose elle-même se distordait un peu plus encore, rampant sur place, laissant penser qu’elle ne désirait rien d’autre que se hisser sur ses pattes arrières et basculer dans le vide, hors du bassin. Si seulement… Si seulement il pouvait y parvenir ! Le pentacle les contiendrait alors, lui et ses pouvoirs, en théorie. Mais ils débordaient déjà au-delà de cette formation ésotérique peinte sur le sol, et cette infime part avait déjà de quoi complètement retourner les humeurs de Lilith. Dans une lutte effrénée et pied à pied, elle rassemblait tout ce qui lui restait de volonté pour reprendre le contrôle. De ses dents patiemment aiguisées, des canines aux incisives bien évidemment, elle se mordit la joue, sans succès malgré la douleur fulgurante.
Ses longs cils papillonnaient, ses paupières se fermaient à moitié, les pulsations de son cœur se faisaient sourdes, lourdes. Lilith sentit ses jambes se dérober sous elle, d’irrépressibles bouffées de chaleur la prenant à la gorge, l’étouffant, elle et sa rébellion contre le poids de Ghadamon. Lilith ! Elle était Lilith ! De quel droit cette chose croyait-elle pouvoir lui imposer ses désirs ? Elle qui avait fait trembler l’Eden ! Elle dont les actions dans l’ombre de l’Histoire avait renversé des rois, des empires ! Elle qui avait libéré tant de femmes en leur ouvrant les yeux sur les malfaisances des hommes ! Elle qui avait su dépasser sa condition de simple voleuse d’âme, de sang ou de raison pour s’élever aux plus hauts sommets infernaux ! Elle qui n’avait jamais perdu sa liberté, ne l’avait jamais sacrifiée, jamais vendue ou même simplement marchandée !
Lilith !
Mais ce miséreux résidu de Grand Ancien réincarné disposait de pouvoirs bien plus phénoménaux encore.
« J’ai faim ! Manger ! Manger ! »
Sur les genoux, Lilith ne put se maintenir dans cette position, s’effondrant à quatre pattes. Dire qu’elle n’avait toujours pas plus qu’une poignée de centimètres carrés de peau en contact direct avec le pentacle ! Si seulement elle parvenait à s’en décoller… Autour d’elle, où que son regard se posât, la grotte n’était plus que brouillard de pierre et de cristaux. Un son la fit réagir à nouveau, celui du bruissement obscène du tissu se déchirant… Sa robe aux allures de gandoura, tissé de fils d’argent, aussi apprêtée que présomptueusement près du corps avait cédé en plusieurs points, malgré l’absence de coutures, sous la violence de ses soubresauts. Lilith n’éprouvait soudain plus colère ou orgueil. Haletante, grelottante, des sueurs froides coulant de sa nuque jusqu’au creux de ses reins, ses narines frémirent un instant quand elle décela l’odeur de brûlé qui remontait jusqu’à elles.
Sa plantureuse poitrine aux rondeurs soulignées d’une fine pellicule d’écume, avait finir par repousser ardemment les assauts du tissu la couvrant déjà à peine, pour mieux laisser se dessiner ses tétons dressés, perles de nacre, aussi douloureux qu’ils avivaient brusquement ce qui était devenu plaisir. Un plaisir absolument ignominieux, certes, mais dont les entraves avaient chu une à une, à mesure que Lilith lâchait prise. Ces deux globes laiteux veinés de sombres circonvolutions turquoises, plus tendus que jamais, avaient déjà plus d’une fois abreuvé la soif croissante de son enfant, mais à présent, c’était bien eux qui avaient souillé sa robe, sous la fièvre de cette excitation perverse. Le lait gouttant sur le sol, immédiatement transformé en vapeur blanchâtre par l’entremise des motifs du pentacle qui avait réagi au réveil de Ghadamon, l’écœurait et l’excitait en même temps.
« Maman ! J’ai faim ! Manger ! Manger ! Manger toi ! Toi ! »
La chose ne parlait pas, pas vraiment. Mais ses pleurnicheries impérieuses explosaient sous son crâne, de simples mots se muant en déferlantes de stupre de sa langue salivant à la pointe de ses orteils crispés, aux ongles de ses pieds et ses mains grinçant sur le sol. Si Lilith basculait entièrement sous l’emprise de son fils, elle était perdue, son âme s’unissant à la sienne à jamais, la larve incapable de connaître la mue que sa génitrice avait prévu pour elle. Et toutes les deux se retrouveraient prisonnières de cette existence de terreur et de plaisir, sans fin, sans but. Lilith n’avait pas traversé cette vie d’épreuves et de malheurs subis ou semés pour en terminer de la sorte. Tout à coup, cette conscience se fit aussi aiguë que l’onde de plaisir qui lui martelait les entrailles à répétition.  Les bruits de succion entrecoupés de reptations de la chose toujours plongée dans son bassin semblaient résonner au cœur d’elle-même, dans cette caverne de chair qui avait pourtant abrité ce qui avait été son fils.
Le contact du tissu devenait insupportable pour Lilith, encore captive du pentacle qui dégageait de plus en plus de chaleur, sèche et suffocante. Dans toute la crypte, la glace qui courait sur les parois s’était mise à fondre, de plus en plus vite. Lilith percevait la sensation de cette eau glacée qui s’abattait sur son dos telle une giboulée. Combien de temps dura cette averse de cristal fondu ? Quelques secondes, ou bien une heure entière ? L’albinos n’en savait strictement rien, sa chevelure répandue en éventail autour d’elle, comme un véritable tapis, la tête rentrée dans les épaules, ses jambes fuselées ramenées sous elle, et sa robe déchirée ne la couvrant à peine plus qu’une vieille couverture mitée…
« C’était donc vrai ! Une vraie catin de Babylone, pas besoin de venir de Tyr ! » se gaussa ouvertement une voix inconnue.
Et Lilith chavira alors hors du pentacle, comme giflée. Sa prisonnière. Alice. C’était elle qu’elle venait voir dans la crypte, elle que ses serviteurs avaient fini par capturer de haute lutte, il fallait bien lui concéder cela. La jeune femme était enchaînée là, à quelques pas, suspendue, les bras en croix, ses cheveux corbeau coupés courts collés en mèches rebelles sur son front.
« Alors, putain ! On dirait que tout ne se passe pas selon tes plans ! Certains de tes clients regrettent déjà ta croupe ! Tu pourrais les satisfaire un peu plus longtemps tout de même, aucune conscience professionnelle ! »
Mais si Alice se permettait de tels écarts de langage, elle n’en menait pas large pour autant. La sculpturale albinos se relevait déjà, un sourire carnassier ourlé à nouveau au coin de ses lèvres pleines. Debout, entièrement nue et sans la plus infime marque de gêne à l’égard de sa captive, Lilith s’avança.
« Je dois te remercier ! Sans toi, je serais peut-être encore en proie à ces délices. Et encore, je ne suis pas une simple femme. Alors, imagine un peu ce que toi, une humaine tout ce qu’il y a de plus banale après tout, subirait. Mais, ce n’est pas ce que j’ai prévu pour toi, sois rassurée. J’ai seulement hâte que Bellérophon apprenne que toi aussi, tu es tombée en mon pouvoir. »
Alice voulut détourner la tête, mais sa liberté de mouvement se trouvait réduite au minimal. Lilith se tenait là, souveraine, son visage à moins d’une paume de main du sien, ses pupilles rubis brillant telle une étoile dans son regard écarquillé.
« Je ne serai indiscutablement satisfaite que lorsqu’il aura perdu tout ce qui importait pour lui, tout, du plus vital au plus négligeable ! »
Et immobilisant sa tête entre ses mains aux ongles dorénavant cassés, Alice ne put absolument rien tenter pour empêcher Lilith de poser ses lèvres entrouvertes sur les siennes…       
 
 

Chapitre 04 > Chapitre 05

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