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Auteurs, E-mail : Gillossen
Numéro ICQ : 72496479
Dernière Mise à jour : 23/11/2005

Retour index Archibald

Où  une journée difficile a débuté pour certains, et où Archibald ne profite pas de sa grasse matinée …

Chapitre 5 > Chapitre 6 [PDF] > Chapitre 7

rchibald, les yeux mi-clos, se tortillant dans son lit, affichait un sourire à la fois béat et idiot, les deux allant souvent de pair dans son cas.
« S’il te plaît, Kate, je sais bien que c’est le matin et que tu peux en profiter, mais tu pourrais au moins attendre que je sois réveillé », marmonna-t-il d’une voix ensommeillée en gloussant de plus belle.
Avant de réaliser que les mains – et les pieds ! – qu’il sentait se promener sur sa… peau n’étaient pas de taille humaine, il s’en fallait de beaucoup !
« Lacyon ! Mais c’est pas possible ! Où est passé mon caleçon ? grommela-t-il tout en farfouillant sous les draps, remuant les jambes en tous sens. Vous croyez vraiment que c’est le moment pour ce genre de choses ? »
La fée miniaturisée, qu’il avait enfin saisie à deux doigts dans la pénombre ambiante, ne l’entendait visiblement pas de cette oreille, encore occupée à se pourlécher les babines, bras croisés sous sa poitrine rebondie et rougie.
« Ah oui ? Et pourquoi pas ? Si vous comptez faire la grasse matinée, ça vous regarde, mais moi Bellérophon, j’ai faim, et c’est l’heure du petit déjeuner ! Alors, je me sers ! »
Levant les yeux au ciel, et non pas de ravissement à présent, le jeune homme voulut précautionneusement la déposer à côté de lui, sur sa droite, bien en évidence… Mais il remarqua soudain qu’il n’était pas seul sur cette couche, et que sous les couvertures qu’il n’avait pas encore envoyées au pied du lit, quelqu’un d’autre lui disputait le matelas.
Tentant d’occulter les piaillements de colibri de Lacyon, Archibald se résolut, d’une main tremblante, à soulever un coin de drap… Par les citrouilles du Doyen ! C’était l’ex Fou d’Hadès, sagement couchée sur le ventre, les cheveux en bataille, entièrement nue, du moins, d’après ce que le regard du jeune homme découvrait en battant des paupières d’affolement… Ce qui ne l’avait pas empêché de noter au passage la fermeté de sa chute de rein… Qui plus était, elle n’était pas si dévêtue que ça : n’arborait-elle pas un bandage sur une bonne partie du cou ?
Déjà le souffle court, Archibald manqua de s’étrangler lorsqu’elle ouvrit brusquement les yeux, se redressant sur un coude, ce qui ne manqua pas de mettre en évidence son insolente mais menue poitrine, pour une fois libérée de tout bandage.
« Bonjour, mon maître… », ronronna-t-elle.
Que se passait-il dans ce lit ? Et où se trouvait-il pour commencer ? Si Archibald avait déjà connu ce genre de situations, cela datait quelque peu désormais. Il recula précipitamment contre le dossier du lit, avec des œillades désespérées pour ses effets jetés en boule sur un fauteuil avoisinant, Lacyon ne cessant de tourbillonner autour de sa tête, lui donnant l’illusion de l’ivresse. Erreur fatale : sitôt avait-il détourné la tête de la jeune femme lascive allongée à ses côtés, qu’elle en profita pour se couler à cheval sur lui, le clouant sur le matelas. Lovée dans le tas de vêtements du jeune professeur, Lacyon n’en perdait pas une miette, applaudissant à tout rompre, quand bien même ne dépassait-elle pas les vingt cinq décibels étant donné sa taille.
« Tu m’as sauvé la vie, Bellérophon, murmura celle qui n’était autre qu’Alice, le regard luisant de démence.
- Vous… Vous… Vous…
- Oui, et je ne m’en suis pas montrée digne. Dispose de moi comme tu le désires.
- Il peut, vu sa condition du moment ! glissa la fée.
- Lacyon, je ne… »
Encore le Fou, qui n’avait plus rien de commun avec l’être costumé de rouge et de noir en cet instant, lui avait-il accordé le choix, aussi dirigé fût-il. Entre sa souplesse et sa vitesse, nul doute qu’elle aurait été en mesure de lui faire subir bien « pire »…
Par chance pour son cerveau provoquant la surchauffe de différentes parties de son corps, et en premier lieu de sa caboche elle-même, un halo de braises rouges illumina la pénombre, comme suspendu dans les airs, à quelques pas du lit… Avant qu’Archibald, Lacyon, et Alice faisant brusquement volte-face pour draper sa nudité, n’y rattachent une pipe, puis un homme…
Mycroft Holmes, jambes croisées, assis dans un fauteuil.
« Mycroft, vous ! s’exclama Archibald.
- Oui, moi, et ?
- Je ne vous savais pas voyeur…
- Je ne vous savais pas tout sauf reconnaissant…, répliqua le grand frère de Sherlock.
- Expliquez-vous ? » s’enquit Archibald, qui ne se sentait pas des plus à l’aise pour mener un interrogatoire en pareilles conditions.
Le détective occasionnel tira une longue bouffée sur sa pipe calebasse, savourant pour sa part visiblement la situation cocasse de son interlocuteur, avant de répondre.
« Eh bien, soit. Votre amnésie partielle ne m’étonne guère. A l’heure qu’il est, en cette fin d’après-midi du lendemain de votre rencontre de Sfénix, l’inspecteur Tribune et toute sa bande de Bobbies vous courent après.
- Mais comment ça ?
- Hum, en fait, il se peut bien que j’en sois aussi en partie au moins, responsable. Peu de monde a goûté ma sortie sur le terrain, en plein match…
- Ah, ça en tous cas, je m’en souviens très clairement !
- Nous nous sommes donc rendus à toutes jambes dans la salle des trophées, où je soupçonnais quelque malice. J’avais vu juste : la demoiselle ici présente était sur le point de succomber aux assauts d’un malandrin de la pire espèce, qui a réussi à nous échapper… Avec la Coupe des Braises…
- Oh, ce machin, nota évasivement Archibald, nettement plus intéressé par cette histoire de duel dont il ne gardait aucun souvenir.
- C’est le vol de ce « machin » comme vous dîtes, qui nous cause le plus de soucis ! Figurez-vous qu’on nous accuse d’en être les coupables ! Alors que cet alchimiste de malheur s’est enfui avec, évidemment !
- Un alchimiste, maintenant… »
Finalement, Archibald sentait bel et bien une gueule de bois carabinée résonner sous son crâne.
« Oui, c’est cela, et pas n’importe lequel d’après ce que j’ai pu comprendre des vingt-sept indices trois quart que j’ai pu relever dans la pièce.
- Tant que ça ?
- Oh, vous savez, cinq minutes suffisent à démêler bien des crimes. Ainsi, je sais donc à qui nous avons affaire, sans compter les délires de mademoiselle durant son sommeil…
- Impressionnant… »
Captivé par les paroles de Mycroft, Archibald se rendit compte trop tard que Lacyon avait prestement trouvé refuge sous les draps, tandis qu’Alice s’était blottie contre lui, mais sans aucun sous-entendu libidineux entre eux, elle aussi attentive au discours du détective.
« La délégation de la Tour est repartie pour la Forêt des Rêves Multicolores en quatrième vitesse, et heureusement que vous aviez un certain service de sécurité plutôt musclé… Avec le fils de JR et ses compères.
- J’imagine la scène… »
Et le jeune professeur ne l’imaginait que trop bien, le sang affluant sourdement à ses tempes, ce qui, un mal pour un bien, le soulageait d’autant ailleurs… Mais quel fiasco… Que devait penser le Doyen, probablement averti depuis des heures de la tournure des évènements ? Dire que la première partie de sa mission, établir le contact avec Holmes, s’était si bien déroulée ! Si l’on mettait de côté le fait qu’il ne s’agissait pas de Sherlock, et qu’Archibald n’avait à aucun moment mentionné le fait de se mettre au service de la Tour, alors que le refus que voulait éviter Abraham Van Helsing n’était sûrement pas question de rétribution…
« Le Doyen a depuis évidemment nié toute implication de la Tour dans ce vol, vous disculpant haut et fort, mais la police aimerait bien vous interroger.
- Pourquoi ne pas les avoir laissé faire alors ?
- Parce que vous étiez blessé, et mademoiselle bien plus encore. J’ai dû parer au plus pressé, et nous faire quitter l’enceinte de ce stade sans être vus.
- Attendez, j’étais inconscient, c’est ça ? Et tout seul, vous nous auriez portés tous les deux hors du stade jusque chez vous ?
- Pas tout seul…, corrigea Mycroft, agacé. Voyez-vous, afin de ne pas rester sans le sou, j’occupe quelques fonctions, disons… dans la police secrète… Pour faire bref. Par le biais de quelques contacts bien placés, j’ai réussi à nous sortir de ce guêpier. Et depuis, il me semble avoir plutôt pris bien soin de vous.
- Au point de nous faire partager le même lit ? grimaça Archibald.
- Je n’allais pas vous conduire dans un dispensaire, ni installer l’un de vous sur une chaise ou à même le sol. Et je suis un gentleman, ajouta-t-il pour Alice, comme si cela allait de soi. Par chance, mes connaissances médicales ont été suffisantes pour vous soigner.
- Et moi ?
- Vous, Bellérophon, vous n’étiez après tout qu’évanoui, il n’y a là rien de bien terrible. Si ce n’est pour ceux qui ont dû vous porter…
- Dîtes donc, ça commence à… »
Cependant, le jeune homme n’avait pas matière à répliquer, malheureusement pour lui. Ecouter Mycroft Holmes ne lui remémorait aucun souvenir de sa rencontre avec ce mystérieux alchimiste qui s’était visiblement conclue par un KO. Tâchant malgré tout de ravaler sa fierté et de réfléchir, deux choses bien difficiles à accomplir en même temps, il questionna à nouveau le détective.
« Si je comprends bien, certaines autorités policières savent où nous trouver, et que nous ne sommes réellement pas coupables, et pourtant, Scotland Yard nous court toujours après ?
- Précisément, acquiesça Mycroft, rembourrant sa pipe.
- J’avoue que quelque chose doit sûrement m’échapper, car tout cela m’a l’air tout à fait logique, ironisa Archibald.
- Je pense savoir, murmura le Fou du bout des lèvres. Vous savez ce qu’Armand de Saint-Tonnerre projette, lança-t-elle à Mycroft.
- En effet, dans une certaine mesure, si l’on fait fi de ses arguties. L’anarchie, le chaos. Voilà ce qu’il ambitionne de propager un peu partout en Féerie. S’il est envisageable de le berner en l’amenant à se trahir… J’ai ouï dire qu’il s’était récemment produit de drôles de choses en Atlantide également…
- Quoi donc ? »
La voix d’Archibald s’était durement tendue à cette mention.
« Je suis désolé, mais personne n’a encore de détails à fournir sur cette question. Tout ce que l’on sait, c’est qu’Apollon semble être entré dans les grandes manœuvres.
- Quel rapport avec cet alchimiste ?
- Plusieurs pistes le raccorderaient au souverain actuel de l’Atlantide… Le plan de Saint-Tonnerre est simplet, voire simpliste. Mais il peut fonctionner, et plus vite, avec plus d’ampleur qu’on ne le croit si l’on n’y prend pas garde. Depuis Lord Funkadelistic, qui n’avait eu le temps de s’attaquer qu’à quelques cibles bien précises, les Terres de Féerie avaient retrouvé leur calme. On ne peut guère prétendre que les évènements d’il y a deux ans concernant Hadès avaient bouleversé le quotidien de chacun. Pas plus que la ré-émergence de l’Atlantide.
- Alors que si cette espèce de malade s’amuse à provoquer des émeutes à Nodnol ou dans d’autres cités… Il pourrait sans doute réveiller de vieilles rancœurs qui lui faciliteraient la tâche, quelle qu’elle soit.
- Elémentaire, mon cher Bellérophon ! s'exclama l'illustre détective. Toute cette affaire, et pas question de n’y inclure que les évènements de la veille, est signée de la main de notre nouveau Napoléon du crime. Le doute n'est plus permis ! »
Et tout à coup, il se redressa sur ses jambes, commençant à arpenter la pièce, qu’Archibald avait toujours autant de mal à délimiter, de long en large, comme coutumier d’évoluer dans la pénombre.
« Pour aujourd’hui, nous ne pouvons rien faire de plus, malheureusement. Je doute fortement que notre homme soit encore dans l’enceinte de la ville. Dans un premier temps, jouons donc son jeu, qu’il se frotte les mains en présumant que l’on ne sait rien de lui ! Vous n’avez qu’à vous reposer jusqu’à demain matin.
- C’est à dire que…, voulut protester le jeune professeur, j’ai déjà évoqué avec vous la situation… »
Mais Mycroft Holmes, sa redingote sous le bras, avait déjà quitté la chambre, claquant la porte derrière lui. Tout juste eut-il le temps d’entrapercevoir la pièce jouxtant l’infirmerie improvisée, qui avait tout l’air d’être le laboratoire de chimie installé au 221B Baker Street.
Archibald n’avait jamais été très doué avec un tube à essai entre les mains, et pourtant, en cet instant, il aurait encore préféré se brûler les doigts avec un bec benzène.


Ces évènements se déroulent de 4 à 5pm.
Au 4 Whitehall Place, Jack Boiler s’apprêtait à terminer sa nuit blanche, une de plus, par un interrogatoire musclé, après avoir sauté le petit déjeuner, en dehors d’une boisson qui n’avait rien de commun avec un laitage.
La cité de Nodnol n’était pas toujours facile à protéger, et encore moins depuis hier et les évènements de l’Apollo Stadium. La foule en colère, apeurée, les émeutes aux abords de l’enceinte puis s’étendant à toute la ville tandis qu’il fallait assurer le départ de l’équipe des Lanternes et la traque du voleur de la Coupe des Braises…
Jack Boiler, et sa barbe de trois jours aux reflets blonds, son nez légèrement en trompette et sa petite fossette, était cela dit rompu à ce genre de situations de crise. Ici, aux services spéciaux de Scotland Yard, il avait démêlé des complots encore autrement plus compliqués, et lui ne passait pas son temps à contacter des détectives plus ou moins mal famés, au contraire de son collègue Tribune.
Jack ôta ses pieds de son bureau et se leva en grommelant, les traits tirés, mais toujours aussi durs, se frottant vigoureusement le menton d’une paume sèche. Il n’avait pas fait trois pas, qu’il croisait la route dudit Tribune, à l’opposé de Jack pour ce qui était de la garde-robe et du soin accordé à sa barbe et ses favoris… C’était un petit homme à l’œil noir, avec une face de rat au teint plombé. Mince de taille, la mine chafouine.
« Tiens, Boiler… On cuve sa bière ?
- Bonjour, Tribune. Ravi de vous voir, moi aussi. Et non, je suis à jeun.
- Si vous le dîtes… Mais pour votre information, je vous rappelle que je me souviens encore de vos petits secrets. Votre dépendance à l’opium… N’est-ce pas ?
- Dans le cadre d’une mission d’infiltration pour la gloire de notre police. J’ai du travail, désolé, coupa court, Jack. Et je compte bien le faire, aussi vite que possible. Chaque minute compte. J’ai un suspect à interroger.
- Un jour, il faudra bien se mettre d’accord sur votre définition d’interrogatoire. Les murs se souviennent encore de vos précédentes… sautes d’humeur !
- Je fais ce qu’il faut pour sauver cette ville et protéger ses habitants. J’accomplis mon travail. »
Et sans un mot gratuit, Jack le planta là, traversant la cohue non interrompue de Bobbies cavalant aux quatre coins de la bâtisse sans dévier d’un pouce son trajet, roulant des épaules.
Jack Boiler avait le cuir épais et comptait bien le prouver une fois de plus. Ah, si seulement on l’avait laissé agir, hier : bien sûr, c’était son jour de repos, mais il avait décidé d’assister à la rencontre de Sfénix, autant dire qu’il se tenait prêt quelles que soient les circonstances, et le jour ou le lieu. A croire que son flair ne le lâchait jamais, même lorsqu’il ne se trouvait pas en service. Il se permit un rictus doucereux qui aurait pu ressembler à un sourire, sous certaines conditions drastiques.
Si seulement…
Si seulement il ne perdait pas tant de temps à devoir voler au secours de sa fille, Jack ne serait plus agent de terrain depuis longtemps ! Cette petite sotte, toujours à se retrouver dans les bas-fonds de Nodnol, enlevée ou au mauvais endroit au mauvais moment ! Combien de fois avait-il fallu qu’il lui court après pour la sauver des griffes de bandits et autres marchands de catins ? Allait-il simplement au cirque, que la cage des fauves s’ouvrait, et que ceux-ci la choisissaient entre tous les spectateurs !
Pas de quoi avoir l’esprit tranquille, mais au contraire demeurer sur les nerfs et peu à cheval sur la procédure !
Ah, la paperasse… Etait-ce vraiment à quelqu’un comme lui de s’occuper de cas de tapages nocturnes, tel que ce matin-même encore ? Un dénommé Locke, retrouvé à beugler sous la fenêtre d’une belle qui ne lui avait rien demandé, avec une étrange guitare ne produisant quasiment aucun son en bandoulière…
D’un coup de coude, il ouvrit la porte de l’austère salle d’interrogatoire, faisant voler en éclats la vitre. Ce n’était jamais que la troisième fois en dix jours. Jack aurait deux mots à dire au vitrier, de toute évidence pas des plus qualifiés… Pas de quoi améliorer son humeur en tous cas lorsqu’il croisa le regard du suspect qu’il avait lui-même appréhendé, grimpant sur les toits à sa poursuite.
« Te voilà, toi… », grinça-t-il d’un ton comminatoire au possible.
Jack ne se troubla pas face au silence obtus qu’il obtint pour toute réponse. D’un geste lent, il se saisit d’une noisette au fond de sa poche, la tint entre deux doigts sous le nez du suspect assis de l’autre côté de la table composant l’unique mobilier de la pièce en dehors de deux chaises, et la brisa d’une seule pression !
« Tu as vu ça ? Tu ne nous fais pas peur, tu sais ? Nous avons les moyens de te faire parler ! »
Mais l’écureuil, puisque c’était bien lui, se contenta de remuer des bajoues.
« Tu comptes faire le dur, c’est ça ? Ne crois pas que tu pourras jouer au plus malin avec moi. J’ai tout mon temps, et tu peux te l’enfoncer dans ta petite tête, tu ne vas pas apprécier mes façons de le faire passer ! »
Jack redoubla alors d’aboiements après s’être chauffé convenablement la voix avec cette introduction calculée.
« Qu’est-ce qu’une bestiole comme toi faisait dans le stade ? Je ne compte te mettre aucun marché entre les pattes, je veux seulement des réponses, et vite ! Ne compte pas revoir tes noisettes de sitôt si tu ne craches pas le morceau, je te le jure !
- Hum… Sachez que les glands ont ma préférence. Tâchez de vous en souvenir lorsque vous m’amènerez mon repas. Personnellement, j’espère. »
Les yeux de Jack n’étaient plus qu’une fente, ses lèvres étirées en une plainte sèche.
« Je sens qu’on ne va pas être copain tous les deux… Ca ne me dérange pas outre mesure : je n’ai aucun ami. »
L’écureuil demeurait imperturbable, remuant à peine sa queue touffue.
« Tu sais, nous ne sommes que tous les deux pour cette petite entrevue. Pas de témoin. Dans cette salle, personne ne t’entendra crier… »
Et sans plus attendre, joignant le geste à la parole, Jack empoigna une chaise et la jeta en hurlant contre le mur dans le dos de l’écureuil, tout en se ruant droit sur lui, les paumes plaquées sur le bureau comme s’il s’était retenu au dernier moment de bondir par-dessus !
« Vous avez mauvaise haleine, répliqua seulement l’écureuil.
- Ca se corrige, et toi aussi d’ailleurs, je peux te corriger ! le menaça-t-il d’un index vindicatif. Alors, ce stade ? Tu voulais empoisonner les conduites d’eau de la ville ? Poser une bombe ? Lancer des émeutes ? Organiser des paris truqués ? On te connaît va, on sait bien que tu n’es pas né de la dernière pluie contrairement à ce que tu voudrais faire croire… Ton rôle trouble vis-à-vis de la Tour du Savoir Secret Salvateur, ta disparition subite, tes réapparitions remarquées ici ou là… Tu n’es pas net !
- Vous non plus, à ce qui se dit pas plus loin que dans les murs de cette prestigieuse maison…
- Vas-y, gausse-toi, mais tu ne peux pas t’empêcher de causer, sale petit rongeur prétentieux… En tous cas, je t’ai bien eu sur les toits, tu imaginais sans doute que ton pelage d’hiver te camouflerait… Mais moi, je ne me laisse pas piéger par les choses mignonnes ! Tu ne t’en tireras pas aussi facilement avec moi, je parie ma plaque. »
Cette fois, l’écureuil, au pelage gris collection Automne/Hiver, s’enferma à nouveau dans son mutisme placide, grignotant tout juste un morceau de bois attrapé au vol, vestige de la chaise éclatée en mille morceaux.
Jack non plus n’ajouta plus un mot, passant la tête à travers la porte délabrée et héla l’un de ses collègues passant par là, ou plutôt, l’attrapant vertement par le col.
« Bon, c’est tout pour l’instant, ramenez-le dans sa cellule, avant que je lui règle son… Hum, avant que je le questionne une nouvelle fois dans le strict cadre de la loi, bien entendu. Et pas de caresse ou de chatouille en chemin, je vous le répète ! Méfiez-vous de lui comme de la peste noire ou les muffins de votre grand-mère ! »
Il est vrai qu’un écureuil pouvait vite se révéler craquant, même pour Jack Boiler, quoi qu’il affirmât. Alors, pour de simples bleus sans expérience… Il était impératif de redoubler de prudence !
Une fois sûr d’être seul dans la pièce, bras croisés, Jack s’en retourna vers le bureau… Et tout à coup, celui-ci disparut sous ses yeux, Jack n’ayant que le temps de reculer d’un bond en se saisissant de son arme, un drap tourbillonnant autour de lui avant de révéler la présence de… Mycroft Holmes !
« Ca alors, Mycroft. On prétend que votre petit frère est un as du déguisement, mais vous le battez à plate couture, il n’y a aucun doute là-dessus ! se reprit immédiatement Jack.
- Oh, je n’ai pas grand mérite : se déguiser en bureau, c’est l’enfance de l’art…
- Si vous le dîtes. Eh bien, qu’en avez-vous pensé ? Etait-il comme vous le supposiez ? Peut-on vraiment conclure qu’il soit en contact avec celui que vous nommez Armand de Saint-Tonnerre ?
- Pour le moment, je préfère réserver mon pronostic, si cela ne vous embête pas trop. Mais une chose est certaine : plus longtemps vous le retiendrez ici, moins il y aura de troubles à redouter, j’en suis quasiment convaincu.
- Très bien, fit Jack, hochant la tête.
- Désolé de ne pas vous en dire plus, vous allez devoir me faire confiance sans poser de questions. Ah, au fait, j’ai croisé le mayor en arrivant ici…
- Oh, non, pas Palmer… », soupira Jack, levant les yeux au ciel. Je me demande ce qu’il va bien pouvoir encore inventer lui aussi pour me causer des soucis.
Mycroft Holmes réprima un sourire et rajusta sa robe de chambre pourpre, car c’est ainsi qu’il s’était déplacé jusqu’à Scotland Yard. Il était presqu’aussi débraillé que Jack Boiler un soir de beuverie solitaire après le boulot.
« A propos… Vous devriez prévenir vos collègues. Le Capitaine Némo est de retour dans les parages.
- Némo ? Ce dangereux terroriste indien ? fulmina Jack, tapant du poing. Encore un que je croyais liquidé et qu’il va falloir à nouveau prendre en chasse.
- Oh, je vous dis ça, mais assaillir Nodnol n’est pas dans ses projets, provisoirement du moins. Je pense qu’il a trouvé mieux que raviver de vieilles querelles.
Ca en fait au moins un. »
Les deux hommes se serrèrent la main, Holmes d’un sourire pincé sous la poigne de Jack, et chacun repartit de son côté. L’agent spécial de Scotland Yard comptait aborder le sujet Saint-Tonnerre dès qu’il se serait assuré que celui-ci ne faisait pas partie du lot des centaines d’arrestations arbitraires des dernières heures…
Souvent, plus les ordres provenaient de haut, plus ils se révélaient incompréhensibles.


« Kate a peut-être raison… Nous devrions partir. »
Dans l’embrasure d’une haute fenêtre ogive, Cendrillon frissonna dans les bras d’Apollon, les jambes dans le vide. Assis ainsi, lui le dos contre la pierre réchauffée au soleil de l’après-midi, ils surplombaient la cité de toute la hauteur du palais.
« Partir ?
- Oui. Retourner dans mon monde. »
Cendrillon retint son souffle : les paroles de son amie avaient-elles finalement fait mouche à travers elle ? Alors que son époux ne lui avait quasiment jamais parlé de lui, de son passé, de sa famille, même du temps où ils étaient tous les deux élèves de la Tour.
« Si tu crains quoi que ce soit ici…
- Tu veux me mettre à l’écart ? »
Les mots jaillirent de sa bouche, telle les griffes d’une panthère. Mais Apollon ne lui laissa pas le temps de se raidir en s’écartant de lui.
« Pas du tout. Je viendrai avec toi. A présent, l’Atlantide peut se passer de moi quelques temps. Certains m’en veulent encore ? Qu’il me traque donc, si cela les amuse !
- Et… Où irions-nous ?
- Eh bien, tout d’abord… »
Les idées d’Apollon se brouillèrent convulsivement.
Apollon Schopenhauer.
Depuis combien de temps ne s’était-il pas senti dans la peau de cet homme ?
« Tout d’abord… Un détour en Prusse, éventuellement. Ma… famille était plutôt aisée, et avec mes pouvoirs ; nous n’avons rien à craindre. Avec mes pouvoirs, je… »
La morsure du soleil devint soudain féroce, le contraignant à fermer les yeux. Son équilibre vacilla, il se sentit rattrapé par le vide, les paroles de surprise de Cendrillon lui restant inaudibles tandis qu’il la repoussait, comme si la lumière l’avait littéralement happé hors de tout. Depuis qu’il avait dû abattre ce Python de ses flèches ardentes…
Et Apollon, déployant ses ailes, s’envola dans les cieux, disparaissant à l’horizon.
Avec ses pouvoirs, il serait capable de régner au-delà des mers, au-delà des continents, au-delà des mondes…

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