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onsoir
à tous, chers amis ! Nous sommes ravis de vous accueillir de
nouveau dans l’enceinte de l’Apollo Stadium !
- Un stade comble, ce soir !
- 20 000 fous furieux !
- Mais c’est que cette rencontre
s’annonce tout simplement fantastique ! Nous en sommes
à quatre journées de joutes, et la situation
n’est pas exactement conforme à ce que les
observateurs supposaient !
- En effet, les Lanternes de la Tour, après trois
duels, comptent deux victoires… pour une défaite !
- Et notons qui plus est que leurs deux succès
ont été acquis dans la douleur, c’est
le moins que l’on puisse dire, alors que la
défaite, contre les Enfants Perdus, ne souffrait
d’aucune discussion !
- L’enthousiasme juvénile a
parlé !
- On peut le dire !
- Et on le dit ! »
Tout à coup, une gigantesque bronca fit le tour de
l’arène, gradins après gradins, et
notre paire de commentateurs se demanda quelques instants si
c’était la qualité de leurs
interventions que l’on remettait en question…
Mais ce n’était pas le cas.
« Oh, oh ! Que vois-je ! Archibald Bellérophon
vient de faire son entrée sur la pelouse ! Les Lanternes se
sont distinguées par de nouvelles pratiques, dont
« l’échauffement » !
C’est sans doute la raison de cette apparition surprise avant
le début de la rencontre !
- Impossible pour les spectateurs de Nodnol de ne pas y voir
en réalité une provocation !
- Quel cadre d’ailleurs, pour cette rencontre ! La
city accueille pour la première fois une épreuve
de Sfénix, avec sa toute nouvelle franchise, les Chapeaux
Melons !
- Melon, lanternes ou citrouilles, c’est une vraie
ratatouille ! »
Il leur fallut bien deux bonnes minutes pour recouvrer leur
sérieux, déjà fort entamé.
« Attention pour la Tour, car ces Chapeaux n’ont
pas les manières de dandys, qu’on se le dise !
- L’ambiance est torride dans les tribunes,
malgré le brouillard qui nappe déjà le
terrain !
- Entre ce fog et l’éclairage
bleuté du stade, tout cela nous met
irrémédiablement dans l’ambiance de
cette soirée de Samhain ! Les Chapeaux devraient
d’ailleurs arborer des tenues spécialement
créées pour l’occasion !
- Vive les dérogations.
- Mais il faut bien assurer le spectacle, mon cher !
Préparez-vous à voir défiler un
squelette, un fantôme drapé de blanc, ou bien
encore une momie et ses bandelettes !
- Pendant ce temps, Bellérophon poursuit son tour
de piste, quelle concentration !
- Mais c’est normal, ses prestations ont fait
jaser : pour beaucoup, c’est un véritable
héros, qui a sauvé les Terres de
Féerie, et forcément, on attend des merveilles de
sa part.
- Et tous les joueurs ne l’entendent pas de cette
oreille, bien sûr ! Il représente
l’homme à abattre, celui qui cristallise toutes
les rancœurs de ses rivaux ! Dans la ligne de mire !
- Espérons pour ses camarades qu’il en
a maintenant pris conscience, avant d’entamer cette
quatrième rencontre de la saison. Qu’on se le
dise, il n’y a pas de place pour l’apprentissage
dans le Sfénix, il faut frapper de suite ! »
Comme il en avait acquis l’habitude, Archibald
n’écoutait même plus les dires des deux
commentateurs, et tant pis pour les quelques éclairs de
conscience qu’ils pouvaient parfois avoir. Il y avait plus
pressé : un étrange lutin, tout
habillé de vert et à la chevelure paille,
s’approchait de lui en bondissant.
« Archibald ! Archibald ! L’entretien
d’avant-match ! »
Misère. Pas le temps d’enfiler son heaume et de
prendre ses jambes à son cou. Les questions pleuvaient
déjà.
« Alors, inquiet avant d’entamer cette joute ?
- Non, nous visons la victoire, c’est obligatoire,
répliqua le jeune professeur, d’une voix
monocorde. Mais il ne faut pas tirer de plan sur la comète,
et se montrer humble. L’important, c’est de
respecter l’adversaire, et de tenter de jouer le mieux
possible pour n’avoir aucun regret. »
Archibald s’était entraîné
dur pour apprendre par cœur cette formule
pré-machée que les journalistes sportifs de son
monde faisaient semblant de ne pas remarquer, bien qu’elle
soit répétée match après
match, sans même chercher à faire
l’effort d’une variante.
« Ce Bellérophon, il n’a pas une minute
à lui ! jacassait de nouveau la paire de commentateurs, qui
quant à eux avaient le droit de prendre place dans les
tribunes, bénéficiant des petits fours...
- Encore de quoi agacer ces adversaires ! Eux qui sont en
premier lieu des amateurs éclairés de
Sfénix, et que personne ne regarde dès que
Bellérophon apparaît, sur une pelouse, ou ailleurs
!
- On raconte même que certaines guildes
l’auraient approché afin qu’il vante
leurs mérites !
- Ah, le Sfénix sans
l’argent… C’était mieux avant
!
- Tout à fait ! »
Le jeune professeur enchaînait lui aussi les
banalités avec une nonchalance partagée, pris
dans cette ambiance chaude et gentiment hostile, son
vis-à-vis contraint de sauter sur place s’il
voulait que sa tête dépasse de la nappe de brume,
quand une présence sombre s’épaissit
soudain dans son dos…
« Bellérophon…, fit une voix
d’outre-tombe.
- Incroyable ! Regardez, le Croque-Mort est lui aussi sur le
terrain à présent !
- Je ne l’avais pas vu arriver !
- Et Bellérophon non plus, on dirait ! Vous avez
vu ce sursaut ? »
Archibald avait fait brutalement volte-face, pour se retrouver nez
à nez avec un garçon fluet et longiligne, mais
à la démarche plus qu’intimidante.
Drapé de cuir noir, les cheveux longs et le visage blafard,
il portait également, seulement au niveau de la bouche, une
sorte de masque rappelant celui dont était
affublé Hannibal Lecter dans certaines scènes du Silence
des Agneaux.
Très rassurant !
« Alors, c’est toi,
Bellérophon… C’est à peu
près ce que j’imaginais. Pas de quartier, pour
cette joute. On va vous massacrer, dans les grandes largeurs.
»
Pas un mot plus haut que l’autre. Pas un soupçon
de colère.
Une froide constatation.
« Oh ! Le Croque-Mort a décidé de
prendre les mesures de Bellérophon, à ce
qu’on dirait !
- Oui, il peut déjà se
préparer à finir entre quatre planches !
Rappelons que le Croque-Mort occupe le même poste que son
rival, et que, sans l’aide d’aucune magie, il
accomplit de bien étranges prodiges !
- Et c’est loin de représenter le seul
atout de l’équipe des Chapeaux Melons ! »
Le Croque-Mort s’en retournait déjà,
les mains sur les hanches, laissant Archibald bouche bée, ce
qui s’avérait en soi un exploit peu banal.
Déjà qu’il n’avait pas du
tout la tête à ce match… Et que cette
mauviette de Charmant s’était
défilée, prétextant une
blessure… Quand bien même il
n’était pas des plus doués…
Lui au moins maîtrisait bien les règles, et tous
les alinéas des sept cent soixante-douze pages du
règlement, sans compter les annexes. Archibald
était disposé à faire des efforts,
mais il avait à composer avec son emploi du temps pour cette
étrange discipline. S’il avait su comment
éditer un manuel Le Sfénix pour les Nuls,
il y aurait eu de quoi se tailler une belle petite fortune !
Et cela, les commentateurs oubliaient de le préciser aux
spectateurs amassés en train de le chahuter ! Le jeune homme
n’osait pas lever les yeux. Cette fois, pas de Kate pour le
soutenir. La seule personne connue de lui dans les tribunes, en dehors
des supporters de la Tour, n’était autre que ce
fichu Holmes ! La fée, quant à elle,
était dissimulée dans les vestiaires. Personne
d’autre que le Doyen et Archibald
n’était au courant de sa miniaturisation, et ce
secret devait être préservé
à tout prix. Dans cet optique, Kate ne lui manquait pas tout
compte fait…
Mycroft Holmes fumait sans doute la pipe, pour en revenir à
Lacyon et ses frasques. Le grand frère de Sherlock
était de l’avis du cadet-même
considéré comme plus brillant que lui, mais
surtout, indéniablement plus paresseux. Sur ce point
précis, Archibald s’était senti
parfaitement à l’aise, et en avait
été ravi ! Malheureusement, quand Mycroft
décrétait le test de ses capacités
histoire de rester le meilleur des deux frères, il ne
faisait pas dans la demi-mesure. Leurs entretiens au domicile du
célèbre détective avaient vu le jeune
professeur bombardé de questions, entrecoupées de
longs silences.
Et si l’aîné des Holmes
n’avait pas d’affinité
particulière avec le Sfénix, il avait tenu
à tout prix à l’accompagner
jusqu’au stade, et ne l’avait même pas
lâché d’une semelle alors
qu’Archibald aurait eu bien besoin de se concentrer seul avec
son équipe.
Mais Mycroft avait des vues bien arrêtées, et
avait affirmé avec certitude que cette rencontre sentait la
poudre. Cometh the hour, cometh the man, lui
avait-il affirmé doctement. Que vienne l’heure, et
l’homme viendra. Là dessus, le jeune professeur ne
l’aurait pas contredit !
« Rappelons cher public que ces deux équipes sont
les plus anciennes de toute Féerie, si l’on ne
tient pas compte du rachat et du changement de nom des Chapeaux-Melons
! C’est d’ailleurs pour cela qu’elles se
disputent une coupe dans la coupe, avec le Prix de l’Incendie.
- Un prix bien nommé d’ailleurs, avec
le double incendie de la cité, soi-disant à
partir d’une citrouille oubliée…
- Hum, hum, bref.
- Et exceptionnellement, la dite Coupe des Braises est en
vitrine dans les couloirs de ce stade ! Tout le monde a pu
l’admirer en passant devant après avoir
validé son billet !
- Moi, je n’ai pas eu le temps, mais bon, nous
sommes habitués à être la
cinquième roue du carrosse, et à ce sujet
d’ailleurs, je voudrais bien dire haut et fort
que… »
On aurait pu croire que son micro avait été
coupé, si ce genre de choses avait existé.
Armand de Saint-Tonnerre avait quasiment terminé de tracer
son pentacle, raclant le moindre gramme de sang
séché qu’il pouvait avoir
conservé sous ses ongles.
Suspendu au plafond, les pans de son manteau tombant autour de lui
comme les pattes d’une araignée, il observait
cette fameuse coupe, à l’abri dans un
parallélépipède de diamant. A
présent, on l’avait déplacée
dans une salle annexe, celle des trophées, et un vol
paraissait tellement improbable qu’il n’y avait
même pas de gardes postés à
l’entrée, et encore moins dans cette
pièce. Elle s’étirait tout en longueur,
et une baie vitrée donnait directement sur la pelouse, une
centaine de pieds en-dessous, la coupe l’irradiant de ses
reflets irisés et changeants.
Féerie était tout de même incroyable !
Dans quel monde aurait-on démonté et reconstruit
un stade tout entier, pour chaque match ? Pour autant qu’il
s’y connaissait, ce qu’il avait vu depuis son
entrée dans l’enceinte circulaire lui rappelait
les énormes stadiums américains, qu’ils
soient de base-ball ou de football. Excepté qu’on
n’avait pas inventé le pop-corn ici. Ah, quelle
belle invention le pop-corn… Encore quelque chose qui
n’existait pas lorsqu’il était simple
disciple de John Dee.
Une clameur explosa en contrebas. Sans doute que leur rencontre de
Sfénix, ou quel que soit le nom de cette chose,
débutait enfin. Tant mieux. Ah, Armand aurait pu opter pour
une solution plus spectaculaire, une apparition au centre de la
pelouse, ou autre décision dans un registre identique. Cela
se faisait probablement, même dans son monde
d’origine, quoique du fond de son bayou, il n’avait
pas souvent l’occasion d’encourager les
équipes locales. D’une certaine
manière, Armand devait lutter contre une forme de nostalgie
qui l’emportait parfois. S’il détestait
la magie, c’était là l’un des
inconvénients découlant de ce sentiment : il
n’avait pas pu franchir lui-même les
barrières séparant les deux dimensions, et cet
éloignement lui pesait plus que de raison. Ah, les
humeurs…
Cela dit, il n’envisageait pas une seule seconde de se livrer
cette fois-ci à une banale substitution, et pas uniquement
pour gagner du temps. Il n’y aurait pas de coupe
recréée pour faire illusion. Au contraire, il
était indispensable que tous soient au courant de ce
cambriolage, que les rumeurs fusent de toutes parts ! La phase
d’expérimentations, à grande
échelle ou pas, avait touché à sa fin.
Place aux feux d’artifice !
Mais Armand n’aurait pas dû bafouer les lois de
l’équivalence. Il n’était pas
même question d’interdit, simplement
d'incapacité. Des règles que l’on ne
pouvait transgresser, quand bien même était-on
prêt à le faire. Et pourtant… Armand de
Saint-Tonnerre y parvenait, si tel était son
désir. Il lui avait fallu d’innombrables
sacrifices, et des siècles et des siècles de
patience pour s’en enorgueillir. Le temps. Une
donnée qu’il était impossible
d’acheter, ou de rattraper. Et Armand escomptait bien
à présent en profiter dignement.
Ses préparatifs terminés, il ne lui restait plus
qu’à ôter son gant de velours…
« Mais que voilà un insecte nuisible…
», le surprit une voix feutrée.
Armand hésita, mais la nouvelle venue apparut alors en
contre-jour, campée devant la baie vitrée. Une
silhouette fuselée, coiffée d’un bonnet
à clochettes aux branches bondissant en tous sens, sept
cartes entre les doigts de sa main gauche.
« Mon petit trésor, sourit tout à coup
Armand, reconnaissant le Fou. Si je m’attendais à
ça… Je sais bien que tu es une
créature de cette horrible contrée, mais pourquoi
revenir me trouver ? Ma démonstration ne
t’avait-elle pas amplement suffi ?
- Démonstration ? Mais il se trouve que les
choses ont changé depuis l’autre jour,
c’est tout. Je n’ai plus pour mission de vous
observer.
- M’observer ?
- Vous étudier. Estimer vos forces et vos
faiblesses.
- Dans ce cas, tu as dû recevoir une bien belle
leçon !
- Sauf si j’agissais de façon
intentionnelle…
- Oh. L’art de la feinte. »
« Regardez Cotton, les Lanternes de la Tour semblent
complètement déboussolées !
- En effet, on dirait qu’ils ont mal
digéré leur pudding, ou leur gelly de poireaux !
- Alors que ce sont pourtant de bien fameux mets, pour peu
que l’on sache les cuisiner avec…
- Quel choc ! s’époumona ledit Cotton.
Indubitablement, ce Big Ben n’est pas n’importe qui
! »
Voilà qui n’était pas faux pour une
fois ! grommela Archibald en lui-même. Ce joueur adverse
était un véritable monstre, et le jeune homme
commençait à en connaître un rayon dans
ce domaine ! Plus grand que le petit Ogre pourtant cousin par alliance
de celui du Petit Poucet, il devait effleurer les trois
mètres de haut. Dès que l’on tentait de
le contourner, que ce soit par la droite ou la gauche, il lui suffisait
d’allonger ses bras immenses et musculeux, pour barrer toute
tentative de le prendre de cours ! Les coéquipiers
d’Archibald, et le jeune capitaine en personne,
étaient contraints de composer avec de larges crochets qui
donnaient tout le temps nécessaire à leurs
adversaires pour se replacer et contrer les
velléités offensives des Lanternes.
Et le tableau d’affichage ne surprenait personne en affichant
un 16 à 5 pour les Chapeaux Melons. Archibald avait
récupéré le globe magique,
heureusement seulement tiède pour l’instant, mais
dont le phénix emprisonné manifestait les
premiers signes d’énervement prononcé.
Mais à qui transmettre la sphère ? Ses six
camarades étaient écartés en
éventail, de part et d’autre du centre du terrain
! Pas de liant, pas de formation possible entre les
différents joueurs. Avancer seul ? Jamais il ne pourrait
atteindre l’en-but cette fois, et inutile de songer
à l’ordre 66 pour se tirer d’affaire.
Comme prévu, dès la seconde rencontre, il avait
dû renoncer à cette technique.
Et les Chapeaux Melons était une équipe
d’une autre trempe encore que leurs premiers opposants !
« Quelle maîtrise collective de
l’équipe de Nodnol ! Il faut dire que depuis que
cette troupe a été reprise en main par le
mystérieux milliardaire Raspoutinovitch, on savait
qu’elle ne serait pas à prendre à la
légère cette saison !
- Ah, ça c’est sûr, les
bourses remplies de pièces d’or ont beaucoup
circulé durant l’été !
- Tout le monde n’a pas forcément envie
de passer sa vie à Nodnol, Cotton ! Convaincre les meilleurs
joueurs de Sfénix de rejoindre son équipe
n’est pas toujours facile !
- Quelques derniers sonnants et trébuchants,
voilà qui est bien sympathique !
- Hi, hi, hi !
- Hum, une pratique que nous réprouvons, bien
entendu ! »
Entre-temps, Archibald avait perdu la balle, tandis que la mi-temps
approchait à grands pas. Pourtant, ce
n’était pas de voir un drap blanc aux immenses
yeux noirs flotter devant lui en poussant des « Hou ! Hou !
» stridents qui aurait dû l’apeurer !
L’autre n’avait même pas de mains pour
lui chiper la sphère ! Mais sa nature de spectre
n’offrait qui plus est pas de prise pour le percuter
d’aucune façon ! Archibald se sentait dans la peau
d’un taureau chargeant un drap rouge…
Et comment pouvait-on tolérer de pareils joueurs ? Bien
qu’il ne soit pas question de magie à proprement
parler, il y avait tout de même là un avantage
indéniable à l’avoir sur le terrain !
Pour la énième fois, les Lanternes
étaient acculées près de leur propre
ligne d’en-but, leurs rivaux multipliant les passes courtes,
à croire que cela leur plaisait d’avancer pied par
pied, pour mieux savourer leur progression.
« Je n’ai pas le temps pour une revanche !
»
L’ex Fou d’Hadès n’avait plus
rien de commun avec la jeune femme rencontrée dans les
couloirs du métro parisien, contraignant Armand de
Saint-Tonnerre à parer au plus pressé. A
portée, il la souffleta de son gant noir, parvenant
à poser sa paume au pli de son coude le temps d’un
battement de cœur.
Mais le rire de gorge du Fou lui vrilla les oreilles, le bornant
à nouveau à la reculade.
C’était sa chance ! Plaquant sa main sur le sol,
Armand se concentra et riva son regard sur la baie vitrée,
toujours dans le dos de l’arlequin en rouge et noir. Celui-ci
perçut la vague de chaleur, le bris du verre, mais
n’eut pas le temps de s’écarter. Ce
n’étaient pas de simples éclats
coupants, mais des billes de verre qui s’étaient
formées, comme une déferlante de
grêlons !
Une pirouette vrillée, et son bonnet à clochettes
en repoussa la plupart, tout en ramenant la jeune femme à
portée d’Armand. Mais le Fou, jambes
serrées l’une contre l’autre pointant en
avant, le percuta à hauteur de la pomme d’Adam,
lui coupant radicalement le souffle !
« Full Royal… » minauda-t-elle, en
reprenant position près de la coupe.
Pourquoi était-elle revenue à la charge ? Elle
n’avait strictement aucune raison de
l’empêcher de dérober
l’artefact, ce n’était pas une querelle
de voleurs. Inconnue de l’énorme
majorité des habitants de Féerie, on ne pouvait
avoir fait appel à elle pour la protéger. Par jeu
? Voilà qui semblait la solution la plus probable, mais les
risques encourus étaient terriblement
élevés pour simplement s’amuser !
D’un bondissant entrechat, le Fou se projetait dans sa
direction, des cartes pareilles à des lames entre chaque
doigt. D’une main effleurant le sol, Armand modifia la
structure de celui-ci pour faire jaillir devant lui un bouclier de
bois, agrégat de lattes de parquet à la fonction
complètement renouvelée. Le Fou les fit
éclater en morceaux comme s’il avait
frappé armé d’une hache.
« Ah, petit alchimiste… Tu imagines sans doute que
ta science est capable de tout dominer ! Et tu te trompes à
un tel point ! Cela a été très dur
pour moi, notre précédente entrevue, tu
sais… Oui, très dur de ne pas éclater
de rire devant tes beaux discours assénés avec
tellement de sérieux ! C’est beau de constater que
tu y crois encore avec autant de ferveur après si
longtemps…
- Ainsi, tu prétends me connaître !
»
Lui, Armand de Saint-Tonnerre, contraint de tenter de gagner du temps
en discutant avec un arlequin de pacotille !
« Tu n’es pas le seul qui puisse prendre son temps
pour se renseigner ici ou là… »
L’alchimiste, puisque tel était bien sa
discipline, retint un tic nerveux lui plissant le front, mais Armand
aurait éminemment désiré faire du Fou
une véritable fricassee…
Et s’il ne venait pas à bout de celui-ci avant la
fin de la rencontre de Sfénix, il pouvait dire adieu au vol
de cette coupe. Elle quitterait le stade pour
réintégrer ses quartiers à Nodnol
même ou prendrait le chemin de la Tour du Savoir Secret
Salvateur, et Armand aurait raté la fenêtre
qu’il avait attendue patiemment. Pas question de courir
après cette chose, cela ne devait pas dépasser le
stade d’une diversion.
Déjà, la seconde mi-temps avait repris.
« Cotton, c’est la première fois que je
vois autant de spectateurs encourager une équipe aussi loin
de ses bases !
- C’est vrai, les fans des Lanternes ne perdent
pas espoir, eux ! Mais… Que font-ils à
présent ?
- Ils déroulent un immense drapeau, du haut des
tribunes jusqu’en bas, se le transmettant de rang en rang !
- Encore une nouveauté de leur part ! Quelle
imagination !
- On me souffle que cela se nomme un tifo ! Une
drôle d’expression !
- Oh, ça doit encore être la faute de
Bellérophon… »
Plus de petits drapeaux dans chaque main, mais en effet une imposante
voilure représentant un Jack O’Lantern
grimaçant, phosphorescent d’un éclat
verdâtre, sur fond noir. De quoi se mettre un peu plus dans
l’ambiance d’Halloween, sous les ordres des kapos
lupins !
En face, les spectateurs de Nodnol et leurs bougies bleutées
à la main faisaient pâle figure, doublement
même, avec leurs visages crayeux et leurs maquillages
grand-guignolesques. Sans parler du fait qu’en dehors de huer
les Lanternes, ils ne brillaient pas par leur soutien envers leur
équipe.
Et ce fichu brouillard qui ne quittait pas les pieds des joueurs ! Pas
facile de s’y retrouver dans le placement, de quoi
s’emmêler les pinceaux, et une bonne raison de plus
de finir le nez dans le gazon à cause d’un
croc-en-jambe habilement administré hors de vue de la
sœur Anne !
Par chance, Archibald et ses camarades avaient pu éviter de
voir leur zone du Graal bafouée une fois de plus. Ils
avaient même réussi à marquer un essai
supplémentaire, et fort chanceux, pour revenir à
16-9. Ce qui accordait encore une belle marge aux Chapeaux-Melons, dont
les vindicatives consignes du Croque-Mort résonnaient dans
tout le stade, sans le moindre relâchement,
éreintant ses partenaires à coups de fouet.
Et tout à coup…
« Oh, quelle manœuvre ! Le Croque-Mort a pris
Bellérophon à revers ! »
C’était la vérité.
Archibald, trop occupé à se
débarrasser de la boule de cristal écrevisse,
n’avait pas noté le changement de position de son
vis-à-vis.
« Tenetz ! » lui hurla-t-il aux oreilles.
Archibald perdit tout contact avec le sol, avec l’impression
de voler au-dessus d’une mer de nuages… Mais ce
fog à basse altitude n’était pas du
tout aussi agréable…
« Incroyable ! C’est le coup du cercueil !
s’exclama l’un des commentateurs.
- Allons, Cotton, ne bondissez pas de votre siège
de la sorte !
- Mais le Croque-Mort vient d’enfermer
Bellérophon dans son cercueil spectral, regardez la
façon dont il s’est fendu en avant en faisant
usage de son coup spécial !
- Oui, ni vu, ni connu ! Il faut bien admettre que
Bellérophon s’est fait totalement surprendre ! Il
est maintenant enfermé, au moins pour le temps
d’une action ! Oh, le Croque-Mort porte son cercueil sur une
épaule, à croire qu’il n’est
pas plus lourd qu’une plume ! »
Archibald avait le mal de mer. Et le pire de tout, ce bizarre cercueil
possédait des parois transparentes ! Mais le Croque-Mort le
faisait tourner si vite au-dessus de sa tête que tout
était devenu flou pour le jeune homme : la pelouse, les
joueurs, les rangées de spectateurs, les illuminations et
décorations macabres du stade…
Avant que d’un seul bras, il ne l’écrase
sur le sol comme s’il avait voulu l’enterrer six
pieds sous terre, les quatre planches du cercueil se dissipant en
volutes crémeuses.
« Ca doit faire mal, Cotton !
- La bière, on préfère la
boire, c’est sûr ! »
Sans en être témoin, Archibald comprit que son
équipe avait encaissé un essai de plus, sous un
crépitement soutenu d’applaudissements. Le
Croque-Mort le toisait à nouveau, et avec de bonnes raisons.
« Et de 20 points contre vous. Vous êtes encore
plus mauvais que ce que j’envisageais !
- Oh, tu n’as encore rien vu », soupira
Archibald, dépité.
Mais l’autre s’était
déjà éloigné pour
réintégrer les rangs de son équipe,
comme durant l’avant-match, sans même
l’écouter. Une réunion au sommet
s’imposait pour les Lanternes, ce qui ne manquerait pas
d’être impossible si le jeune homme demeurait
étendu de tout son long dans l’herbe.
Autour de lui, les rires montaient des tribunes, remplaçant
peu à peu les sifflets. Le crâne bourdonnant, il
lui semblait reconnaître les échos de voix du clip
Thriller,
de Michael Jackson, amplifiés à la puissance
1000. Est-ce que tous les spectateurs s’étaient
subitement transformés en zombies ou loup-garous pour mieux
les narguer ?
« Hey, m’sieur ! Debout ! J’ai
parié moi, on ne peut pas perdre comme ça ! Vous
voulez m’enfoncer, ou quoi ?
- Pour le moment, c’est plutôt moi qui
me fais défoncer ! » rappela Archibald, tout en se
mettant péniblement à genoux.
Tous en cercle, se tenant les uns les autres par les
épaules, les Lanternes tenaient de toute évidence
un conseil de guerre improvisée. Du moins,
c’était sans doute ce que supposait les
témoins de
l’événement…
« Tu ressembles plus à un prestidigitateur
qu’à un alchimiste ! Et c’est toi qui la
critiquais ? » se gaussait le Fou.
Armand n’était pas à proprement parler
fier de lui. Se contenter de jouer avec la structure de l’air
pour produire du vulgaire plasma… Et pour quel
résultat ? C’était à peine
s’il avait réussi à entamer le costume
du Fou, ses jets dévorant une partie du tissu recouvrant
l’intérieur de sa cuisse droite… Une
cuisse aussi laiteuse que ferme et déliée, mais
qui ne souffrait d’aucune brûlure, pas
même superficielle.
Le disciple de John Dee éprouvait les pires
difficultés à ne pas céder pour de bon
face à cet ennemi plus redoutable encore qu’un
alligator, au cœur d’un marécage par une
nuit sans lune… D’un doigt, la tête
légèrement penchée en avant, le Fou
titillait l’une de ses clochettes, la faisant doucement
tinter.
Visiblement, personne n’avait remarqué la baie
vitrée éclatée, et la brume avait fait
son apparition à l’intérieur de la
salle. La coupe, toujours ardente, lui conférait des reflets
pareils à ceux du souffle d’un dragon
endormi…
« Diablesse ! Comment fais-tu ? Où caches-tu
toutes ses cartes, c’est impossible !
- Hmm, tu aimerais bien me palper des pieds à la
tête pour le savoir, n’est-ce pas ? Mais nous ne
sommes plus à Paris ! grigna le Fou. Sache qu’un
bon magicien ne dévoile pas ses tours… Mais toi,
bien sûr, tu serais assurément capable de
m’expliquer sur un tableau noir comment tu
procèdes dans le moindre de tes gestes, petit alchimiste !
- Embrasse mon tcheue ! Tu me fais de la peine, quoi que tu
allègues ! J’ai bien compris ton petit jeu pour ma
part ! Ne me prends pas pour un bioque, seulement parce que je
t’ai sous-estimée sur le plan de la force !
Où crois-tu que cela te mènera ?
- Je ne sais pas à quoi tu fais allusion.
- Vraiment ? Archibald Bellérophon. Tu penses
qu’il se détournera de Diane parce que tu joues
son petit chien ? Tu ne parviendras jamais à rivaliser avec
elle ! »
Armand de Saint-Tonnerre ne la vit pas jaillir nez à nez
avec lui. Plus que des mots, le Fou lui décocha un coup de
pied à la verticale, talon contre menton, le percutant si
rudement qu’il aurait dû lui trancher la langue,
son corps tout entier animé par des articulations qui
n’avaient rien de naturelles.
« Ah, Nodnol, Nodnol, mon amour ! s’emportait le
dénommé Cotton. Entrez dans la Bourse de
Nodnol... Là, le juif, le mahométan et le
chrestien traitent l'un avec l'autre comme s'ils étaient de
la même religion, et ne donnent le nom d'infidèles
qu'à ceux qui font banqueroute !
- Génial Cotton, mais je ne vois pas ce
qu’une citation de Tairevol, notre grand philosophe, vient
faire ici !
-Eh bien, nous ne sommes pas des incultes malgré
notre profession, et c’était l’occasion
de la placer !
- On n’a jamais pensé ça de
vous, Cotton, vous qui êtes capable de nous
réciter par cœur la liste de tous les vainqueurs
du championnat ! Quelle plus belle preuve de culture ! Même
si bizarrement, Tairevol n’a jamais discouru sur le
Sfénix…
- Soit… Et pendant ce temps, les Chapeaux-Melons
accentuent leur avance, avec une percée de plus dans la zone
du Graal !
- Ca sent le roussi pour les Lanternes !
- Et d’autant plus que le phénix semble
trouver le temps long ! Regardez comment la
traînée de la sphère rougit depuis
quelques minutes !
- On dirait que la défaite n’est plus
très loin pour l’équipe de la Tour !
- Oh, Loup vient de réussir une interception !
- Mais ce n’est pas très
académique d’utiliser sa truffe pour pousser la
balle ! »
L’élève d’Archibald avait en
effet subtilisé la sphère au vol, la poussant de
son museau, se faufilant entre deux joueurs des Chapeaux-Melons, alors
que l’action se situait en milieu de terrain, sur la ligne
médiane du cercle. Mais que faire à
présent ? Les options possibles
n’étaient pas très nombreuses, et
toujours cet énorme Big Ben, pire que le monstre de
Frankenstein, en point de mire !
« Passe-la moi ! » lui intima Archibald, le
dépassant par la droite.
Lui passer la balle, à lui ? Le professeur affichait une
trop grande satisfaction pour son poste planqué
derrière les autres à leur adresser de longs
ballons pour y renoncer ! Et le voilà qui gambadait comme un
lapin, ce que le lièvre de La Fontaine aurait
sûrement apprécié !
Néanmoins, Loup s’exécuta, mettant de
côté ses envies de rébellion, un trait
de famille. Archibald avait de toute évidence une
idée bien ancrée, alors, pour une fois que cela
lui arrivait, mieux valait en profiter !
« Bellérophon a esquivé le
fantôme, et le squelette à présent !
- Mais la ligne d’en-but se trouve encore
à plus de vingt pas, et Big Ben se dresse devant lui !
- A qui va-t-il confier la balle ? Ses
co-équipiers se sont déjà
engagés, mais à nouveau, Big Ben a
brisé leur formation par sa seule présence !
- Il ne peut pourtant pas continuer tout seul comme durant
la première rencontre de la saison ! »
Ce n’était pas dans les intentions
d’Archibald. Pas plus que de perdre du temps à
contourner l’énorme Big Ben, trop heureux sans
doute de le faucher au passage ou le voir
préférer éviter tout contact tant le
jeune homme tremblait de peur.
Et le Croque-Mort avait deviné ses intentions.
Rentrant la tête dans les épaules, tenant la
sphère à deux mains au creux de son ventre,
oubliant le poids de son harnachement et au contraire y songeant pour
se rassurer, le jeune capitaine des Lanternes avançait
toujours, droit sur Big Ben.
« Le Croque-Mort tente de couper la trajectoire de
Bellérophon, mais pourquoi ?
- Cotton, je crois que…
- Teneeeeeeeeeetzzzzzz ! » rugit Archibald,
à s’en décrocher la mâchoire.
Il banda ses muscles, et pensa aussi fort que possible à
Cuchulain, se préparant au choc.
« Parsembleu ! Big Ben est à terre ! Big Ben est
à terre ! »
Armand était toujours sonné.
Le Fou avait si peu à se soucier de lui
désormais, que la jeune femme pouvait même jeter
un œil au match de Sfénix en contrebas ! Et la
paume de l’alchimiste qui le démangeait, le
cuisait, peu importe son gant ! Les symboles cabalistiques qui
l’ornaient se désagrégeaient
déjà sous la morsure.
« Quelle agréable rencontre nocturne…
Et puisque je ne suis pas plus Cendrillon que Diane, elle ne pourra se
prolonger au-delà des douze coups de minuit. »
Depuis combien de temps Armand ne s’était pas
senti aussi désemparé, qui plus est face
à une femme ?
Des siècles, oui, comme souvent.
« Les supporters des Lanternes ont entamé une
drôle de danse, et de chant, exhorté par
Bellérophon, qui est sorti des limites du terrain pour
bondir dans le premier rang des travées, quelques secondes
après que Loup ait pénétré
dans la zone du Graal !
- Ce Bellérophon ! Je n’ai jamais vu
ça ! Ecoutez, la Sœur Anne
s’époumone du haut de son donjon, et…
- Je préfère reluquer ses poumons
justement, Cotton !
- Enfin, Bellérophon revient parmi les membres de
son équipe ! Il est vraiment plein de surprises ! Aviez-vu
un quelconque jouteur de Sfénix avoir recours à
la technique du « Coucou, c’est moi ! »
- Pas une fois atteint l’âge de raison,
Cotton ! » répondit son compère, qui
avec un coup de coude en prime fit enfin revenir son regard sur le
cercle de pelouse.
La combine du « Coucou, c’est moi ! »
consistait à se dissimuler derrière
l’un de ses partenaires avant de porter l’estocade
en frappant un adversaire en pleine tête à
l’aide de la sphère en lapsis exillis,
comme lorsque l’on jouait à la balle au
prisonnier. Généralement, il y avait de quoi
ouvrir une jolie brèche dans le camp adverse, mais le
phénix contenu dans la sphère
n’appréciait que très
modérément un tel traitement et redoublait
d’effort pour se libérer…
« Et pourtant, ça a fonctionné ! Sous
l’impulsion de Bellérophon, les Lanternes sont
parvenus à marquer, deux fois !
- 20 à 17 ! Les Chapeaux-Melons sont à
portée d’essai !
- Qui aurait cru ça il y a seulement une
poignée de minutes !
- Sûrement pas moi, Cotton, et je viens
d’ailleurs de perdre mes gains sans aucun doute, merci la
Féerique des Jeux !
- Désolé pour vous, mon cher, mais il
faut savoir afficher une nature chevaleresque ! Et sur le terrain aussi
! Vous entendez ce silence de mort parmi les spectateurs de Nodnol ?
- On se croirait dans un cimetière,
c’est vraiment Halloween, dîtes donc, Cotton !
- Les joueurs des Chapeaux-Melons ne sont pas aussi calmes,
il n’y a qu’à les voir en pleine
discussion dans leur zone d’en-but ! Pendant ce temps,
Bellérophon harangue encore un peu plus les tribunes aux
couleurs des Lanternes !
- Que répète-t-il donc, Cotton ?
- On dirait bien… Oui… Another
one bites the dust ! C’est bien ce qu’il
chante et que les autres reprennent tous en chœur !
»
Cotton ne se trompait pas, quand bien même le nom de Queen ne
lui évoquait certainement pas un groupe de rock. Archibald
avait passé un bon bout de temps à inculquer
à leurs « fans » ce qu’il
considérait comme la base des bases, et tant mieux si cela
pouvait empiéter sur ses phases
d’entraînement… Le prochain chant
prévu n’était autre que le You’ll
never walk alone.
- Ah, la, la, Doubi doubi fouah badda badda, la tension
monte, Cotton, la tension monte !
- Vous avez tout à fait raison, et mon petit
doigt me dit que Bellérophon prône maintenant le
Sfénix de rue !
- Il n’a pas dû apprécier son
séjour entre quatre planches !
- En ce jour de Samhain, c’est toutefois permis,
ainsi que toute offensive spectrale, une fois par joueur.
- Alors, Sfénix de rue, ou bien recours
à des tours de pendus ?
- La rencontre reprend, avec une balle vermillonne !
»
Alice n’avait pas remarqué
l’entrée dans la pièce de
l’écureuil. Lorsqu’il bondit sur son
épaule, elle sursauta cependant à peine,
l’accueillant d’un sourire enfin sincère.
Aussi ne comprit-elle pas celui, proprement hilare, d’Armand
de Saint-Tonnerre, avant que l’écureuil ne lui
plante ses incisives dans le cou.
« Et un retournement de situation en prime, un !
s’égosilla Cotton. Un spectateur, en costume de
tweed et casquette deerstalker, vient de surgir sur le terrain,
interrompant la rencontre !
- Heureusement, il n’est pas tout nu,
c’est déjà ça…
- Il pointe du doigt quelque chose tout en courant !
Mais… Mais on dirait qu’il s’agit de nul
autre que le grand Holmes !
- Cotton… Je crois qu’il vient de
briser la sphère et libérer le phénix
d’un coup de pied, nota son collègue
d’une voix blanche, toutes ses pensées concernant
le match.
- Mais il court toujours !
- Et c’est une bagarre
générale maintenant entre les deux
équipes ! »
Cependant, Archibald n’y participait pas. Si, si,
c’était la vérité toute nue,
pour l’occasion. Il faut dire que Mr Holmes, Mycroft de son
prénom, ne lui avait pas demandé son avis,
l’attrapant au passage par la manche de son maillot.
En hauteur, dans le stade et le dos des spectateurs, something
wicked se tramait…
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