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Auteurs, E-mail : Gillossen
Numéro ICQ : 72496479
Dernière Mise à jour : 30/09/2005

Retour index Archibald

Où la Tour révèle de nouveaux secrets, et où Archibald aurait préféré avoir affaire à un intermédiaire à sa taille…

Chapitre 2 > Chapitre 3 [PDF] > Chapitre 4

ous auriez dû venir vous présenter plus tôt, Bellérophon! râla le Doyen.
- Plus tôt ? Mais je vous ai interpellé sitôt relevé ! Et nous nous sommes rendus immédiatement dans votre bureau !
- Ah, tout ça, ce sont des détails ! »
Archibald leva les yeux au ciel. Ragaillardi, le vieux sorcier avait également redoublé de mauvaise foi.
« Pourquoi n’étais-je jamais venu ici auparavant ? changea-t-il de sujet.
- Tout simplement parce que je n’en avais plus le loisir moi-même, et que vous n’avez de toute évidence pas eu le temps de vous y intéresser… » répondit sans détour le Doyen.
Archibald faisait allusion à la salle d’armes de la Tour du Savoir Secret Salvateur, une pièce qu’il n’avait effectivement jamais fréquentée, toujours occupé à droite ou à gauche, quand ce n’était pas tout simplement ailleurs.
Elle valait pourtant le coup d’œil : la Tour ne comptait pas seulement en ces murs Excalibur ou l’Epée de la Chimère, excusez du peu ! Le jeune professeur venait de découvrir des murs entiers littéralement recouverts de lames, de toutes sortes et de toutes provenances. Leur unique point commun, posséder des caractéristiques magiques. La structure en dôme de cette pièce aux dimensions herculéennes ajoutait encore à sa démesure, de même que l’absence de toute fenêtre, vitrail, ou ouverture quelconque. A l’opposé des teintes chaleureuses des couloirs et des amphithéâtres de la Tour, le vif-argent s’insinuait dans les moindres recoins, nappant tous les angles.
De l’acier et encore de l’acier.
« Bon, reprenons, Archibald ! lui lança le Doyen, tout en se saisissant de son sabre, celui que Lord Funkadelistic lui avait rendu.
- Attendez, que faîtes-vous exactement ? Je ne crois pas que ça soit une bonne idée…
- Allons, allons ! réfuta le vieux sorcier, lancé dans une série d’assouplissements dénotant l’élasticité d’un yogi. Tout ira bien, n’ayez donc pas peur, mon petit !
- C’est plutôt pour toi que j’ai peur, vieux débris, grommela Archibald. Vous ne croyez pas que ce n’est pas le meilleur moment pour pratiquer l’escrime ?
- Au contraire ! Concentrés, le corps en alerte, nos esprits seront plus vifs pour réfléchir à ce que vous avez appris ! »
Peine perdue, le jeune homme comprit qu’il ne parviendrait pas à faire fléchir son aîné. Son claddagh s’illumina brièvement pour se changer en épée vermillonne, mais ses gestes étaient las. En face de lui, posté à dix pas, Abraham Van Helsing arborait une pose, katana pointé au-dessus de sa tête, que n’aurait pas renié un grand maître de kendo.
« Je n’y couperai pas alors, c’est certain ? s’enquit Archibald dans un ultime recours.
- Oh, certes non ! J’ai attendu trop longtemps de recouvrer mes forces !
- Hum, vous n’avez plus vingt ans malgré tout…
-Ecoutez-moi ce fanfaron… »
Et d’un bond, le Doyen se catapulta sur son enseignant, qui para le coup à la hâte, du plat de son épée.
« Hey, mais, du calme ! Elle est où la conversation avec vous ?
- Eh bien, je me disais justement que je ne me souvenais de personne correspondant à la description faite par le Fou d’Hadès !
- L’ex-Fou…, précisa Archibald, tout en se remettant en garde.
- Si vous y tenez… Bien sûr, Apollon compte toujours des ennemis, mais aucun qui ne soit pas en son contrôle ou qui sinon ne soit assez puissant pour lui causer de réels soucis. Et en plus d’un an de surveillance à présent, nous n’avons décelé aucune activité maléfique en Terres de Féerie.
- Alice m’a dit qu’il s’agissait d’un conflit personnel !
- Et vous la croyez sur parole ? glapit le Doyen, tourbillonnant autour d’Archibald, qui n’évita que d’un cheveu de se retrouver privé de ceinture. Qui vous dit qu’elle ne vous a pas menti, afin de nous duper tous ?
- Qu’y gagnerait-elle ? Un nouveau maître ? Elle m’a paru sincère en affirmant ne plus en vouloir… »
Et le jeune homme n’en dit pas plus, et surtout pas que l’arlequin prétendait l’avoir choisi lui.
« S’il s’agit d’intérêts personnels, il faudrait peut-être remonter à sa transformation en Lord, et au-delà. Un ancien élève…
- Cela ne m’évoque rien non plus, le contredit le Doyen. De toute manière, le mieux à faire est de prévenir Apollon dès que possible.
- Oui, il n’est plus question que chacun garde jalousement ses petits secrets dans son coin », ricana Archibald.
Mais son supérieur n’apprécia pas la pique, et le gratifia d’une nouvelle danse du sabre, glissant sur les sols récurés tel un Saroumane version cinéma.
« Par la Tartiflette du Condor ! »
Le jeune homme n’esquissa à ces mots aucune parade, se contentant d’exploser de rire.
Ce qui eut pour effet d’interrompre sans détour le Doyen, bouche bée. De métalliques gloussements détournèrent cependant vite Archibald de sa crise d’hilarité.
N’étaient-ils pas seuls dans la salle d’armes ?
« Ah, celui-là, tu nous l’avais caché, Doyen… »
Le jeune professeur manqua de tomber à la renverse. Une épée s’était soulevée du mur sous ses yeux.
« Dîtes…, demanda-t-il au vieux sorcier en la pointant du doigt. Après les bonsaïs géants, vous avez investi dans les morceaux de ferraille qui causent ? C’est une vraie ménagerie ! Et chez moi, on achète ça quand on a moins de 10 ans !
- Toutes ne parlent pas, et au moins, vous vous rendez compte que l’on peut être surpris à tout moment en Féerie.
-Suis-je bête…
- Vous en avez conscience, c’est déjà bien. »
Désireux de ne pas verser dans le mauvais esprit, Archibald, de même que son orgueil, préférèrent considérer que le Doyen le taquinait seulement.
« Sachez mon jeune ami, reprit celui-ci, que ces lames appartiennent à la Tour, et que certaines sont très susceptibles, prenez garde.
- Belle collection.
- Une collection qui réclame beaucoup d’entretien et nous vaut de nombreuses réclamations de soi-disant anciens propriétaires, mais elles en valent le prix. Grâce à elle, vous améliorerez sans doute votre escrime.
- Comment ? M…
- Pas de mais, ni de « m » ! fit le Doyen, rengainant son katana. Je suis au courant de vos… entraînements en compagnie d’Apollon, sur l’Atlantide. Vous devez apprendre à vous maîtriser mon petit, c’est impératif !
- Je parie que c’est encore Kate qui…
- C’est Apollon lui-même qui m’a averti, corrigea son interlocuteur. Et peu importe ! Les sorcières ont fait leur œuvre, j’en suis en partie responsable, et il est hors de question que je vous abandonne dans la nature sans plus de précautions.
- Je vois, c’est pour mon bien, n’est-ce pas ?
- Exactement ! »
Mais le jeune homme n’avait plus dix ans, ni même quinze ou vingt et un. Il avait légalement le droit de boire de l’alcool, et accessoirement d’accomplir tout un tas d’autres choses.
« Durandal ! Si vous voulez bien vous avancer…, reprit le Doyen, se tournant vers le mur ouest et saluant une épée parmi d’autres.
- Décidément, je pensais qu’après Ganelon, on en aurait fait le tour… »
De toute évidence, Archibald se trompait.
« Est-ce que Roland ne l’avait pas brisée avant de mourir à Roncevaux ? relança-t-il malgré tout.
- Allons, ne vous souvenez-vous pas qu’il n’y était pas parvenu ? C’est le rocher qui se brisa… Féerie aime bien… récupérer de tels artefacts, disparus dans l’oubli. Et nous comptons quelques artisans plutôt doués quand les circonstances l’exigent.
- On dirait, oui. »
Plus le temps de faire preuve de curiosité ou de malice dès lors qu’il s’agissait de bombarder le vieux sorcier de questions, car la rapière volante s’était approchée, dodelinant de la garde, à défaut de posséder une tête pour s’en acquitter.
Tout à coup, le Doyen claqua des doigts, et… Durandal se rua sur Archibald, d’un vrombissant coup de taille qui la vit effectuer un tour complet sur elle-même, multipliant les moulinets menaçants !
« Si c’était assez bon pour les Sarrasins, ça l’est également pour vous ! commenta doctement le vieux sorcier, sous le regard affolé de son subalterne, dont le point de vue était radicalement différent.
Car Archibald ne savait comment réagir, quelle parade adopter, et comme si les deux artefacts s’étaient tacitement entendus pour le mettre à mal, la Chimère ne se manifestait nullement, ne déviant pas la plus petite attaque à sa place, le laissant seul et désespéré face à Durandal.
Comment contrer une épée qui n’était maniée par personne ? Qui frapper en l’absence de bretteur ? Ce n’était pas de faire jaillir des étincelles quand les deux lames se rencontraient qui la ferait souffrir !
« Si vous persistez de la sorte, je vous en lâche aux trousses une dizaine ! vociférait le Doyen.
- Je voudrais vous y voir ! Vous me faîtes la leçon depuis tout à l’heure, mais je ne vous ai pas vu prouver grand chose ! Vous n’avez même pas été capable d’empêcher la fuite de votre mystérieux Lord Summerisle ! Je me demande bien pourquoi d’ailleurs, c’est bizarre, mais j’ai ma petite idée ! »
Face à cette répartie, et au grand étonnement de son auteur qui se voulait plus caustique que véritablement frondeur, le vieux sorcier se contenta de chuchotements et de raclements de gorge peu amènes.
« Le Fou d’Hadès vous a également affirmé que l’individu revanchard envers Apollon n’était pas un magicien, ou en tous cas, qu’il s’en défendait. Cette information non plus ne nous a pas été d’une grande aide… »
Archibald s’empourpra à son tour.
« Oh, eh bien, j’en suis fort mari ! Si vous n’êtes pas satisfait, vous n’aviez qu’à l’interroger vous-même ! C’est déjà assez incroyable qu’elle soit venue nous prévenir !
- Incroyable, en effet… »
La suspicion avait changé de camp.
« Il se trouve que si je ne suis pas intervenu plus tôt, c’est que j’ai cru que l’on… vous tenait peut-être compagnie. Ca n’aurait pas été la première fois que l’un de nos joueurs recueillait les faveurs de… comment dire… des férues de Sfénix. Férues au féminin, bien sûr…
- Et de telles pratiques ne vous font pas bondir, vous ? Sans compter que vous semblez penser que j’ai bien peu de considération pour Kate ! Vous avez de la chance qu’elle ne soit pas là !
- C’est à dire que, vous savez, on peut bien s’accorder quelques passades de temps à autres, et d’ailleurs, dans mon jeune temps ici, je…
- Stop ! Je ne veux surtout pas en entendre plus à ce sujet, même dans mes pires cauchemars ! »
Durandal ne lui aurait pas permis de toute manière, en accord cette fois avec sa conscience si ce n’était donc son épée. La massive lame de Roland zébrait l’air et vint même tapoter le jeune homme sur les fesses, mais du plat seulement, par chance ! La situation ne s’arrangeait guère et menaçait de devenir carrément embarrassante, si l’on pouvait descendre plus bas…
« Vous prétendez vouloir m’éduquer un peu mieux, à propos de mes pouvoirs, et pourtant, je dois encore me débrouiller tout seul ! J’ai vraiment du mal à saisir votre logique ! » pesta Archibald.
Le Doyen s’était en effet quasiment dispensé de conseils à l’égard de son enseignant, se contentant de quelques piques, assenées en se grattant le bouc, tout en marchant en cercle dans la salle d’armes, pour se tenir à présent près de ses portes. Portes dont il rabattit sans plus d’explications le battant en chêne massif, les bloquant !
« Bellérophon, un peu de tenue ! Songez à vos glorieux ancêtres ! Je ne suis pas un magicien à barbe blanche distribuant sa sagesse ! Je peux vous dire quoi faire, mais à vous de vous prendre en mains ! Est-ce que vos aïeux passaient leur temps à se lamenter ? S’il vous plaît, aidez-moi, le monstre est méchant ! le singea le vieux sorcier. Parsembleu ! Songez que Durandal a appartenu à un héros aussi vaillant qu’Hector en personne, durant la guerre de Troie ! »
Archibald grogna, mais garda le silence, ou du moins en évitant de prononcer le moindre mot identifiable à l’oreille du Doyen. Etait-ce vraiment sa faute s’il devait faire sans la musculature d’Eric Bana ?
Durandal le poursuivait dans toute la salle d’armes, sous les huées métalliques des autres pensionnaires, suspendues aux environs. A tout le moins, si cela pouvait constituer une consolation, il n’avait pas choisi l’épée la plus faible ou fatiguée. Si le jeune professeur n’était guère doué, autant admirer à l’œuvre au moins une bonne lame ! Après tout, pourquoi ne pas joindre l’utile à l’agréable ? Un terme qu’Archibald avait présentement rayé de son vocabulaire. Et pourquoi le vieux sorcier ne se serait-il pas assis avec un maxi pop-corn sur les genoux, au point où il en était ?
Le Doyen jouait avec le fourreau laqué de son katana, comme s’il hésitait au contraire à s’en saisir de nouveau, pour se porter cette fois au secours de Bellérophon.
Fausse alerte ! C’eut été trop beau. Une épée tomba soudain du plafond, pointe la première, dans le dos du jeune homme, puis une autre sous son nez, et encore une autre !
Une dangereuse pluie d’acier !
« Attention, Bellérophon !
- Non, sans blague ? »
Archibald n’avait plus aucun doute : le professeur Xavier des lieux l’avait fait entrer de plein pied dans « la salle des dangers ». A lui de prouver qu’il était digne d’appartenir aux X-Men, si jamais cette référence lui était plus parlante. Parce que se plaindre ne modifierait en rien l’attitude du Doyen.
« Du nerf ! Contrôlez-vous ! Vous devez être capable de tenir tête à vos assaillants sans risque de vous transformer en bête sauvage ! Pour vous, comme pour vos alliés ! Contrôlez-vous ! »
Malheureusement pour Archibald, il ne disposait pas de lunettes protectrices, et encore moins d’optic blast surpuissant pour repousser les assauts fulgurants de Durandal. Tout aussi malencontreusement, il ne perçut pas l’écho du bruit sourd d’un pommeau d’épée résonnant sur son crâne…
La douleur, oui.


Ce fut pourtant dans le bas-ventre qu’une étrange chaleur le fit revenir à lui, de même qu’un fort parfum de musc…
« Lacyon ! s’exclama-t-il. Mais que… »
La fée si bien nommée se tenait à califourchon sur le jeune homme, lui présentant ce que la décence empêchait de nommer, tandis qu’elle était prestement occupée à lui lécher… une plaie, située un peu au-dessus de l’aine, comme de bien entendu.
L’horizon d’Archibald se limitait donc au sillon mouvant des fesses rebondies de Lacyon, vision peut-être moins dépaysante mais tout aussi renversante que le grand canyon. Avec elle, la notion de mini-jupe acquérait pleinement son sens, et si le modèle qu’elle « exhibait » appartenait à la garde-robe de la Tour, la fée l’avait revue et corrigée à sa sauce… Tout bien considéré, c’était tout juste si l’écusson de l’école avait été épargné par les coups de ciseaux généreusement prodigués par Lacyon. Et d’où provenaient ses pinces de bretelles ?
Encore sonné, privé de l’usage de sa nuque endolorie, il se demandait ce qui avait pu se produire depuis qu’il s’était évanoui ?
Tout sourire, tournant quant à elle la tête sans difficulté en se cambrant un peu plus sur le torse de son collègue, la fée lui fournit les explications nécessaires, de fines mèches argentées encadrant son minois espiègle au nez retroussé, les lèvres encore humides. Archibald n’avait aucun désir de savoir quel gloss elle utilisait.
« Vous avez défailli en plein combat. Le Doyen a jugé bon que vous vous arrêtiez là pour l’instant. Tout le monde a besoin de repos. Alors, il m’a fait appeler avant de devoir s’absenter de son côté.
- Vous ? Un pur hasard, sans doute ! A croire que ses histoires de groupies le travaillent ! Et puis, cessez donc de me pourlécher, merci !
- Il le faut bien, ce serait dommage de risquer une infection, voyons, le gourmanda-t-elle effrontément. De plus, sachez que les fées ne maîtrisent pas seulement la poudre… Notre salive, entre autres propriétés, glissa-t-elle dans un clin d’œil, nettoie et désinfecte. Je pourrais en faire profiter d’autres parties de votre corps, vous savez, je vous ai connu plus en forme, non ?
- Sans façon ! Je me souviens assez de vos méthodes, glapit Archibald, tentant de pousser la fée tout en reculant maladroitement, assis sur les fesses. Et je suppose que ce n’est pas ce que le Doyen a exigé de vous, j’espère en tous cas ! Ce n’est pas parce que je lui avais demandé le numéro de maillot 69 que…
- C’est vrai, reconnut Lacyon, en l’ignorant superbement. En fait, souvent, quand certaines des épées tombées du plafond ont trop servi, c’est moi qui suis désignée pour les remettre à leur place. Plutôt que d’aller chercher une échelle ou attendre qu’elles remontent d’elles-mêmes… C’est que ça peut parfois prendre des jours, si elles se montrent boudeuses ! Et surtout, j’ai des informations à vous transmettre concernant votre prochaine mission !
- Ah, tiens donc ? Et même pour quelque chose d’aussi important, le Doyen ne pouvait pas faire ses commissions en personne ? Si j’avais eu un traumatisme crânien, j’aurais pu mourir pendant que l’on m’a laissé seul ici !
- Vous savez bien que le Doyen est très occupé, et peut-être encore plus qu’auparavant, finalement. Et il a bien vérifié que c’était seulement un petit malaise, rien de plus. Ah… Archibald, vous nous avez négligés récemment, soupira-t-elle d’une voix triste, tout en se mettant debout, les mains jointes dans le dos, ses ailes battant timidement, incarnation inattendue de l’innocence. Je ne suis pas la seule à le regretter, et je ne fais pas strictement allusion à ce que je suis sûre que vous imaginez, petit polisson !
- Lacyon, je…
- Mais pour l’instant, il faut préserver les élèves, éviter d’ébruiter votre rencontre avec cette Alice, et l’éloigner de la Tour. Et dire que c’est moi qui voulais être la première à vous surprendre dans les vestiaires…
- Décidément, une parole sérieuse, et vous n’en pouvez déjà plus, il faut que vous racontiez n’importe quoi ! »
Elle se détourna de lui, s’envolant jusqu’à la voûte de la salle, une épée dans chaque main, vision assez étrange d’une Lacyon penchant sans retenue pour « faites l’amour, pas la guerre » ! 
Archibald garda la tête résolument baissée, se massant les tempes, réalisant que la fée avait tenté de s’attaquer à son jean. S’il avait su qu’il la rencontrerait si vite en ce jour, il n’aurait pas quitté ses protections de Sfénix, solidement fixées sur toutes les parties vulnérables de son corps ! Il fallait bien ça, au minimum, pour repousser les assauts de Lacyon !
« Ca va, Archibald ? Dîtes-le moi si vous ne voyez pas assez bien…
- Chut, pas si fort ! »
Son rire de gorge ne l’était pas moins.
« Cette salle a été conçue pour éviter que les cris de ses occupants ne s’en échappent ! Je pourrais hurler tout mon soûl, à faire trembler les murs, et pendant ce temps, vous, vous… »
Le jeune homme n’écoutait déjà plus, pendant que la fée poursuivait son exposé, redescendant en planant à la façon d’une feuille morte, pour mieux....
« Lacyon, la menaça-t-il d’un doigt inquisiteur, je veux sortir d’ici, tout de suite ! »
Pour mieux littéralement aspirer l’index d’Archibald entre ses lèvres à peine eût-elle touché terre sur la pointe des pieds. Si la suspicion l’habitait, le son étrange de la voix de la fée, comme si elle mâchait soudain un chewing-gum, l’intriguait davantage.
Le jeune enseignant retira son index en sursautant comme sous le coup d’une décharge électrique, luisant de salive. Mais avec son claddagh.
« Il était tombé.
- Et c’était l’unique façon de me le rendre ? »
Faisant chauffer ses méninges chaque minute un peu plus, Archibald ne l’avait pourtant jamais considérée aussi sérieusement, omettant ses instincts lubriques. Même si par le passé, il lui avait déjà reconnu un certain esprit, au-delà précisément de ses boutades dont elle ne paraissait jamais à court. Il était vrai que la persévérance se révélait de temps à autre la clé de la fée Lacyon…
« Ah, Archibald ! Je vois bien que vous avez changé, mais vous continuez à me reprocher ce qui n’est qu’un trait de ma nature ! Je n’y peux rien, ce n’est pas le genre de choses qui évolue. Mais je vous trouve quoi qu’il en soit encore plus craquant depuis vos engagements renouvelés avec Kate. Si seulement je n’avais pas déjà trouvé mieux…
- Mieux ?
- Jaloux ? gloussa la fée. Bref, nous n’avons plus le temps de régler ça de toute manière ! Le Doyen m’a confié votre trajet sans encombre pour Nodnol !
- Où donc ? Un trajet ? Pas question de partager un carrosse avec vous, en tous cas ! Et qu’est-ce que c’est encore que ça, Nodnol ? Une ville ?
- Précisément ! Vous savez que certaines choses de votre monde sont tout simplement transportées ici. Eh bien, c’est le cas avec Nodnol. C’est une altération, un reflet de votre vieux Londres, période XIXeme siècle, si j’ai bien compris…
- Ah oui ? Et on m’aurait caché une telle ville depuis tout ce temps ?
- Mais on ne vous l’a pas cachée. Elle n’était concernée par aucun des évènements qui nous ont… touchés. Et Nodnol est située très loin de la Tour, ce n’est pas une bourgade aux alentours où l’on va acheter des friandises une fois l’an et que vous seriez le seul à ne pas connaître ! Il faut se diriger de l’autre côté du pôle nord, contourner le Domaine du Père Noël. Jusqu’à présent, c’était le cadet de nos soucis ! Mais cela dit, la ville est inscrite dans le calendrier des rencontres de Sfénix de cette année, vous auriez pu vous montrer plus curieux que ça ! Nodnol rassemble la plupart des habitants de Féerie qui… ne se sont jamais vraiment faits à la magie, ou qui ne sont pas très à l’aise avec.
- Ah, oui, je vois… Des anglais, en somme. Mais quel rapport avec ce qui se passe aujourd’hui ? répliqua un Archibald plus combatif que face aux épées magiques.
- Le Doyen voudrait que la Tour puisse bénéficier de l’aide de… Sherlock Holmes.
- Holmes ? Holmes vit en Féerie ?
- Mais oui. Bon, il s’agit aussi de vous éloigner au cas où le Fou vous suivrait à la trace, histoire de ne pas lui donner de mauvaises idées près de la Tour…
- Je reconnais bien là la patte du Doyen.
- Celui-ci a déjà eu affaire à Holmes, et leur collaboration n’a pas été sans heurt. Deux esprits comme les leurs… Mais s’il faut enquêter sur un nouvel ennemi, et que nous ne débusquons pas le moindre indice…
- Et vous dans cette histoire ?
- Oh, j’avais été envoyée à sa rencontre. Je n’en garde pas un grand souvenir… Il était plus intéressé par ses alambics et son violon que par ce que j’avais à lui proposer, et vous savez que j’ai beaucoup de cordes à mon arc à ce sujet…, précisa Lacyon sans fausse pudeur, mais avec une moue calculée.
- Eh bien, vous êtes une vraie Mata-Hari, je n’aurais pas cru ! s’exclama le jeune homme, tout à fait sincèrement.
- Je ne sais pas de quoi il s’agit, mais je prends ça comme un compliment, merci. Maintenant…Arrêtons-là ces préliminaires. Vous en avez assez vous aussi, n’est-ce pas ? Nous avons beaucoup de route à faire ! »
Et Lacyon porta soudain une main à son front, comme si elle était frappée d’une brusque insolation, difficilement envisageable dans une pièce éclairée aux flambeaux, mais Archibald n’eut pas besoin de tendre les bras pour la retenir avant qu’elle ne s’effondre.
Nue des pieds à la tête, ses ailes battant la cadence en rythme avec son pied gauche, la fée se tenait à présent au milieu d’un tas de vêtements, lui appartenant… mais plus vraiment adaptés puisqu’elle devait mesurer une quinzaine de centimètres !
« Vous voyez ? lui dit-elle d’une voix fluttée, debout dans sa paume atteinte d’un bond, je suis toujours aussi bien proportionnée, pas d’erreur ! »
Se faisant, pour accompagner cette affirmation, Lacyon palpait ses petits seins toujours aussi bombées de ses doigts experts, littéralement sous le nez d’Archibald.
« Evitez de m’éborgner, voulut plaisanter Archibald, pas spécialement rassuré par le changement de format de la fée.
- C’est une idée du Doyen, minauda Lacyon, nullement déconcertée pour sa part. Et peut-être une punition… Il estime qu’il est préférable que je me fasse plus discrète pour quelques temps. Et si Sherlock me croisait… »
Lacyon se laissa glisser de la paume jusqu’au repli du coude du jeune homme, puis tomba entre ses cuisses, tandis qu’il était toujours assis en tailleur.
« Vous pourrez m’emmener partout avec vous, et je pourrai vous conseiller discrètement, il va s’en dire. »
Découvrir une Lacyon à la taille habituelle généralement de mise pour les fées, du moins selon la croyance populaire, était assez troublant, plus que sa nudité assumée. Nul doute qu’avec elle, personne n’aurait pu nier leur existence, quitte à le hurler à la mort… Et il fallait bien avouer que dire qu’il pouvait avoir recours à la fée Lacyon n’importe quand et n’importe où une fois mise dans sa poche n’était pas désagréable…
Cependant, Archibald devrait rapporter à plus tard l’exploration de ses pistes de réflexion fumeuses. Enfin, il eut la permission tacite de déverrouiller les portes de la salle d’armes, prêt à la quitter sans demander son reste. La prochaine leçon attendrait !
Dans l’absolu, le jeune homme n’était pas censé se battre dans les jours à venir. Sans compter qu’il avait tout de même appris quelques petites choses depuis deux ans et sa première rencontre avec une sorcière autre qu’Esméralda… Et n’importe quel prétexte lui semblait bon pour éviter d’y mettre les pieds !
Au détour des escaliers le ramenant en sûreté dans sa chambre, l’imposante silhouette de l’Eté se dressa devant lui, lui accordant tout juste le temps de voir que Miss Indrema était également présente, le tenant par la main avant de la lâcher subitement à la vue d’Archibald. Celui-ci résolut de les mettre à l’aise.
« Ne vous gênez pas pour moi ! Je comprends que devant les élèves, on évite ce…
- Le Doyen m’a dit que vous partiez ? fit la dryade, changeant promptement la donne.
- Oui, et je ne m’étonne même plus d’être le dernier prévenu, visiblement !
- Ne vous inquiétez pas, sourit l’Eté, de tous ses petits pois. Nous sommes là pour vous remplacer. Avec l’année calme que nous avons traversée, ce n’est qu’une banale absence, rien de plus que si vous aviez de la fièvre. Pour un peu, votre classe ne s’en apercevra même pas…
- Je ne sais pas si cela doit vraiment me rassurer… » soupira Archibald, déjà nostalgique de ces derniers mois passés à donner des cours, tout simplement.
Il adressa néanmoins un clin d’œil amical à Miss Indrema, qui parvint cette fois à ne pas verdir. Elle avait trouvé quelqu’un qui savait apaiser les cœurs et contrebalancer son caractère parfois acrimonieux, et tout le monde en profitait, lui y compris !
« Avez-vous vu Lacyon ? l’interrogea la dryade, suspicieuse, mais de toute évidence pas au courant de tout ce qui avait été prévu par le vieux sorcier concernant Archibald et la fée.
- Lacyon ? Non, non ! Je ne sais pas où elle a pu encore se cacher, mais bon, vous savez, avec elle…, haussa-t-il les épaules aussi naturellement que possible. Peut-être a-t-elle décidé d’accueillir les nouveaux élèves, leur donner un… un coup de main, si vous voyez ce que je veux dire…, ricana-t-il avec une bêtise cette fois parfaitement spontanée chez lui quand il abordait certains sujets. Aïe ! »
Archibald se retrouva momentanément privé de la parole, plié en deux, les mains sur son entrejambe, sous les regards stupéfaits du couple fruitier.
« Ce… Ce n’est rien ! Juste une petite… Aïe ! Un petit élancement, voilà, rien de plus… Aïe ! »
Sans aucun doute, Miss Indrema ne souhaitait pas en savoir davantage sur un problème de ce type concernant les humains. Et Archibald eut bien de la chance de ne croiser aucun élève jusqu’à sa chambre, afin de préserver son image, mais pas ses genoux, tandis qu’il rampait, maudissait, pour la première fois de sa vie, la fée Lacyon…
Décidément, avec les dents, ça pouvait vraiment faire très mal !



Au prix de quelques morceaux de ferraille supplémentaires, du vol de ses plans détaillés, et de quelques achats dans une droguerie de quartier, Armand de Saint-Tonnerre venait de terminer la transmutation d’une Bugatti Veyron, à partir d’un vieux modèle de Peugeot 106 à bout de souffle.
Ah, l’automobile… Peut-être ce qu’il avait le plus apprécié comme progrès dans le domaine des transports, ne goûtant que bien peu les avions. Rien ne valait une croisière pour les longs trajets d’un continent à un autre…
Et pour oublier que sa tentative d’intimidation auprès de Schopenhauer n’avait qu’à moitié fonctionné… Bien sûr, Cendrillon avait été terrifiée, lui-même sans doute bouleversé, mais est-ce que cela s’avèrerait suffisant pour faire renaître les discordes de jadis ? Rendre fou Lord Funkadelistic, voilà qui était excitant et prometteur, d’autant qu’il n’en faudrait sûrement pas beaucoup à ses anciens ennemis pour qu’ils oublient tout désir de trêve. Pendant ce temps… Armand aurait le champ libre pour agir à sa guise.
Néanmoins, Armand filait à plus de 300 kilomètres par heure sur les routes allemandes, si vite qu’il aurait pu coucher les arbres de toute la Forêt Noire à son passage.
Ecouter de la musique constituait son nouveau passe-temps favori. Mais uniquement de grands classiques ! Comment, souiller ses enceintes avec les morceaux vulgaires que l’on captait de station en station ? Que nenni !
« On ne peut pas écouter du Beethoven et ne pas ressentir quoi que ce soit, vous savez… En écoutant la 9eme symphonie, vous pouvez tout apprendre de l’ère napoléonienne, c’est incroyable. On ne vous indique pas de dates, pas d’explications, et pourtant, vous avez ressentie l’ère napoléonienne, vous l’avez vécue ! Ah, quelle beauté… »
Il hocha la tête pour lui-même… Il était temps d’utiliser son gadget favori, tandis que les sirènes de police étaient lamentablement distancées. Autant les mettre définitivement hors de portée.
Armand se saisit de la seconde clé de contact, en aluminium, et l’inséra dans la fente prévue à cet effet, à la gauche du volant. Tout à coup, la voiture se lança dans une série de vérifications des systèmes de bord, tel que la pression des pneus, abaissa la suspension, désactiva toutes les aides à la conduite et régla l'aileron arrière pour générer le moins d'appui possible. Plus d’électronique, seulement lui et sa machine. Les 1000 chevaux du moteur 16 cylindres et 64 soupapes se déchaînèrent comme jamais.
Alors, quand tout fut prêt le terme « Top Speed » apparût sur le tableau de bord, et le cavalier et sa monture d’acier roulaient si vite qu’il ne percevait plus la moindre vibration extérieure, la nature vaincue, balayée.
Il ne resta plus qu'à enfoncer l'accélérateur, et fermer les yeux. La voiture, si tant était qu’on puisse encore qualifier ainsi un tel engin, semblait voler, disposée à s’affranchir des limites de la route. Croisait-il des escargots se croyant rapides parce qu’ils avaient osé passer la sixième de leur Mercedes ?
Sans quitter des yeux la route, il adressa la parole à son passager, confortablement roulé en boule sur le siège en cuir.
« Cher ami, après la Tour, Hadès, le Fou, peu importe votre râtelier, et je ne peux que vous en être gré. Mais, à présent, il serait temps de respecter votre accord, et de m’emmener en Féerie…
- Avec plaisir ! Si vous ôtez enfin le gant que vous portez à la main gauche, que vous cessiez de dissimuler votre précieuse paume…
- Que voulez-vous, j’ai quelques manies, qui perdurent depuis mes traumatismes enfantins… Eh oui, j’ai vu mon père mourir sous mes yeux, lorsque j’avais cinq ans. Il y a de quoi en être tout retourné ! Certes, c’est moi qui l’avait tué ! » admit Armand sans rechigner, les larmes aux yeux… de rire.
L’écureuil, curieusement placide, et tout mignon qu’il fût les bajoues encore pleines de noisettes, n’en démordrait pas quant à ses conditions.
Déjà, l’hiver vient…

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