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Auteurs, E-mail : Gillossen
Numéro ICQ : 72496479
Dernière Mise à jour : 03/05/04

Retour index Archibald

Où les rencontres se succèdent dans le séjour des morts, et où Archibald manque de rester à l’entrée...

Chapitre 11 > Chapitre 12 [PDF] > Chapitre 13

a traversée morbide de l’Achéron touchait à sa fin, et pourtant à chaque pas Archibald avait le sentiment que leur procession était vouée à la destruction. Ils n’avaient cependant connu aucun trouble, pas le moindre démon ou autre créature infernale venue leur barrer la route… Seuls gisaient les spectres prisonniers des eaux ténébreuses de ce fleuve maudit, et désormais presque familiers. Mais cela suffisait au jeune professeur pour oublier sa bonne humeur ! Il ne pouvait même pas évacuer sa tension en pestant contre le sol boueux, ou comment ses chaussures étaient d’ores et déjà bonnes à jeter : l’organisateur de leur expédition funèbre avait en effet givré le sol sans mot dire, si bien qu’Archibald ne l’avait pas réalisé immédiatement.
A sa décharge, Schopenhauer avait remarquablement bien calculé la dose de froidure à employer, ne créant aucune plaque verglacée, mais juste assez de ces minuscules et innombrables étoiles de neige pour que tous aient l’impression d’emprunter un sentier parfaitement commun… Seuls quelques craquement esseulés sous ses pieds avaient éveillé l’attention d’Archibald. A croire décidément qu’Apollon avait envisagé toutes les éventualités ! En espérant qu’il sache donc de quelle manière contrecarrer Hadès.
Leur étonnant parcours accusa une soudaine pente, après avoir été particulièrement plat durant l’essentiel de la traversée. Ce changement poussa le jeune professeur à regarder de nouveau autour de lui, ce qui ne l’enchantait pas beaucoup. Si seulement il avait été capable de rester aussi stoïque que l’ex Lord Funkadelistic ! Depuis qu’il en avait terminé avec ses explications succinctes, Schopenhauer s’était emmuré dans son mutisme, ne répondant à aucune des tentatives de conversation d’Archibald. Simplement parce qu’il considérait leur avoir tout dit et préférait se projeter sur ce qui les attendait au-delà de l’Achéron… Comme si Archibald ou Kate ne s’en souciait pas, peut-être !
Mais il était dans la nature du jeune professeur de discuter si cela pouvait lui faire oublier les difficultés à venir. Les regards sévères que lui avaient également lancé les Muses les unes après les autres à chaque fois qu’il avait ouvert la bouche avaient fini de le refroidir... Le silence lui pesait autant que les milliers de mètres de roche qu’ils avaient au-dessus de la tête. Kate n’avait d’ailleurs pas du tout apprécié de son côté que les Muses se permettent de toiser ainsi son fiancé, et les avaient fusillées du regard tout aussi férocement.
Archibald en était finalement arrivé à songer qu’il n’était pas nécessaire de s’approcher de trop près des apparitions sous-marines pour ressentir leur influence néfaste. Cela dit, songer qu’ils arpentaient un concentré de remords et de souffrance ne constituait pas la façon la plus efficace de ne pas y penser ! Si le jeune homme se retint tout de même de pousser soupir sur soupir, il n’en grommelait pas moins. Une fausse note le fit brusquement tourner la tête, pour s’apercevoir que Locke l’observait du coin de l’œil entre deux respirations. Archibald en aurait mis sa main à couper. Ce n’était pas la première fois que le musicien agissait de la sorte. Toutefois, le jeune professeur avait beau le prendre sur le fait, l’autre se contentait de cesser un instant de jouer et de lui sourire. Il n’aurait pas juré que Locke le prenait pour un imbécile, mais c’était un étrange manège.
Cette fois, Locke lui adressa carrément un clin d’œil ! Puis son regard fit le tour du petit groupe de tête, s’attardant un instant supplémentaire sur Kate…Le jeune professeur n’eut même pas le temps d’émettre une quelconque protestation, que Locke portait à nouveau son instrument à la bouche. Un magnifique coquillage, chatoyant même dans la pénombre ambiante. Et un ocarina aux sonorités tout aussi merveilleuses, les enveloppant d’une houle de notes toutes plus cristallines les unes que les autres…
Locke entamait justement un autre morceau, qu’il n’avait pas joué jusque là mais qui rappela aussitôt à Archibald un sentiment de déjà-entendu. Comment… Oui, un instrument différent, peut-être… Et pas une flûte. Comme une harpe, peut-être… Kate aussi avait visiblement noté quelque chose dans ce changement, un souvenir.

Queen of Light took her bow, And then she turned to go,
The Prince of Peace embraced the gloom, And walked the night alone.


Archibald crut qu’il allait éclater de rire. Ou du moins ricaner : Etait-ce vraiment le meilleur moment pour revisiter le répertoire de Led Zeppelin ? Locke devait réellement avoir apprécié sa découverte du monde du jeune professeur pour reprendre un tel morceau ! Robert Plant, priez pour nous !

Oh, dance in the dark of night, Sing to the morning light.
The dark Lord rides in force tonight, And time will tell us all.


Et le pire si l’on pouvait dire, le bougre avait touché la cible : la chanson semblait convenir parfaitement à ce que le musicien avait sous les yeux. Celui-ci parvenait à marier ses notes avec son chant, cette fois beaucoup plus calme que lors de son duel contre Euterpé…

Oh, throw down your plow and hoe, Rest not to lock your homes.
Side by side we wait the might of the darkest of them all.
I hear the horses' thunder down in the valley below,
I'm waiting for the angels of Avalon, waiting for the eastern glow.


Voilà que les Muses reprenaient avec lui les paroles ! Archibald aurait plutôt pensé qu’elles l’ignoreraient superbement, comme cela avait été le cas jusqu’à présent, voire qu’elles lui intimeraient de se taire sur le champ. Mais non, elles jouaient leur rôle de chœur, joignant leurs voix à celle de Locke ! Ces étranges jeunes femmes s’étaient même rapprochées, se regroupant autour de lui telle une chorale antique…

The apples of the valley hold, The seeds of happiness,
The ground is rich from tender care, Repay, do not forget, no, no.
Dance in the dark of night, sing to the morning light.
The apples turn to brown and black, The tyrant's face is red.


Apollon Schopenhauer quant à lui n’avait pas montré le moindre signe d’intérêt ou d’agacement. Il avait par contre accéléré la cadence qu’il imprimait à toute la troupe. Leur traversée de l’Achéron toucherait au but dans quelques centaines de mètres maintenant ! Le jeune professeur se sentit tout à coup légèrement plus décontracté, et se surprit même à chantonner doucement. L’atmosphère mélancolique à fleur de peau que Locke avait contribué à créer le touchait également. Kate lui prit à nouveau la main, et il remarqua soudain qu’elle murmurait à son tour.

Oh war is the common cry, Pick up your swords and fly.
The sky is filled with good and bad that mortals never know.
Oh, well, the night is long the beads of time pass slow,
Tired eyes on the sunrise, waiting for the eastern glow.


Ils se préparaient bel et bien à un siège. Et ils avaient besoin d’espoir. Etait-ce vraiment ce que Locke leur donnait ? Le courage, la confiance… On décelait bien peu de tout cela au milieu de cette région infernale. Qu’ils resserrent tous les rangs en entonnant la même chanson, ce n’était pas si surprenant après tout. Comment les Muses pouvaient-elles connaître les paroles, l’énigme demeurait par contre assez obscure, mais en cette heure, Archibald ne s’en souciait pas. Il aurait presque été capable de s’imaginer autour d’un feu de bois, un soir d’été. Le cadre bucolique et les guitares sèches en moins !

The pain of war cannot exceed the woe of aftermath,
The drums will shake the castle wall, the ring wraiths ride in black, Ride on.
Sing as you raise your bow, shoot straighter than before.
No comfort has the fire at night that lights the face so cold.


Et le jeune homme se laissait emporter par le chant. A chaque mot, il avait l’impression que son cœur se gonflait d’une nouvelle assurance, sans occulter pour autant le caractère décisif de leur expédition, bien ancré dans son crâne. Mais les voix des Muses, plus encore que celle de Locke, apportait un cachet littéralement sacré à la chanson. La foi qui paraissait les animer, les porter aux limites de la rage … Tout cela avait quelque chose d’électrisant !

Oh dance in the dark of night, Sing to the morning light.
The magic runes are writ in gold to bring the balance back.
Bring her back.


Archibald avait lancé ces dernières paroles sans retenue, l’étrange euphorie le gagnant encore accentuée par ses premiers pas sur ce que l’on pouvait qualifier de berge. Sur la rive opposée, Charon n’était déjà plus qu’une silhouette indistincte et grotesque. Face à ces ultimes coudées baignées de remparts d’écume, il se produisit soudain comme une réponse à leur mélopée mugissante ! Les cristaux de glace recouvrant le sol se mirent tout à coup à briller, se révélant dans un enchevêtrement de motifs complexes, comme autant de carrés de mosaïque éthérés guidant leurs pas. Ce chapelet de scintillements étoilés octroya également une nouvelle brillance à travers la cohorte des Hyperboréens, leur peau d’albâtre virant au doré, un doré d’or chaud coulant de la forge. Et à leur tour, ils entonnèrent la chanson, reprenant ses derniers mots d’une même voix de stentor, frappant leurs écus de leurs épées :

BRING HER BACK ! BRING HER BACK ! BRING HER BACK !


Cette fois, Archibald en eut la chair de poule, alors qu’il touchait enfin au but, après avoir aidé Kate à se hisser la première sur la berge. Les deux jeunes gens se figèrent sur place au spectacle qu’ils découvraient tout à coup depuis leur promontoire. Cet incroyable défilé de soldats en armes, tous proclamant un véritable verdict et non pas une simple prière ! Un bref instant, Archibald lut sur le visage d’Apollon Schopenhauer la puissance de leurs clameurs passant en lui. Il parut concentrer cet afflux d’éclats de lumières, serrant les dents et tremblant de la tête aux pieds, mais c’était déjà terminé !
Et les acclamations se turent brutalement, tandis que les flots de l’Achéron reprenaient leur place ancestrale dans un bouillonnement tout aussi formidable. Sans danger pour la troupe, car le dernier des soldats s’était mis désormais à l’abri de la plus infime éclaboussure de ces eaux maudites. Locke, quant à lui, reprenait son souffle, visiblement éprouvé, alors que les Muses n’affichaient pas la moindre contrariété, bien qu’elles se soient données tout autant que lui. Les Neuf avaient aussitôt repris leur position en arc de cercle autour de leur maître. A croire que même Archibald ou Locke n’avait pas le droit de l’approcher sans son autorisation expresse ! A intervalles réguliers, il hochait la tête, acquiesçant à des remarques audibles de lui seul.
Les centaines d’Hyperboréens massés en rangs serrés derrière eux avaient recouvré une parfaite immobilité, à croire que toute étincelle les avait à présent abandonnés. L’ex-Lord Funkadelistic coula un regard incertain à Locke, avant de le durcir. Apparemment, il n’appréciait pas vraiment qu’il ait cessé de jouer de l’ocarina. Le musicien se tenait encore courbé en deux, les mains sur les genoux, son chapeau à plume manquant de rouler sur le sol. Archibald nota d’ailleurs qu’ils avaient laissé derrière eux la cendre et la brume… Ils avaient mis pied sur un tapis de roches volcaniques, d’où jaillissaient parfois des fumerolles de souffre chuchotantes. Cette fois, l’horizon était bouché par un défilé aux falaises d’onyx, mais qui n’avaient rien de monumentales. Le traverser serait sans doute l’affaire d’une poignée de minutes, rien de comparable avec le lit de l’Achéron…
« Il n’y aurait pas d’embuscade à craindre, par hasard ? s’enquit le jeune professeur.
- C’est peu probable, répondit sans hésitation Schopenhauer. Cela n’entre certainement pas dans les visées d’Hadès. D’autant qu’il se trouvait ici il n’y a pas si longtemps…
- Comment ? »
Si Archibald n’avait pu réprimer un sursaut, Apollon avait conservé sa mine impassible, dévoilant cette information comme s’il leur avait simplement donné l’heure d’Helsinki.
« S’il était si proche, pourquoi donc est-il parti ? poursuivit le jeune professeur, remonté. Si tu le savais, tu aurais tout de même pu nous prévenir ! Imagine qu’il ait attaqué l’un d’entre nous sans crier gare !
- Vous étiez déjà sur vos gardes, non ? A quoi bon vous effrayer…
- Nous effrayer ?
- N’as-tu pas peur, pour réagir ainsi ? »
Archibald demeura coi. Bien sûr qu’il avait peur ! Mais bien plus pour Kate que pour lui. Schopenhauer devait malgré tout être capable de le comprendre sans cynisme ou moquerie !
« Prenons par le défilé, reprit celui-ci sans plus se soucier de leur discussion. Nous avons encore du chemin jusqu’aux portes de Dité… »
Et leur singulier cortège s’engagea dans une nouvelle étape de leur périple, à travers l’obscur défilé… Locke avait recommencé à jouer de la flûte, une mélodie entraînante qui parut emporter avec elle une part de leurs inquiétudes. Si bien qu’Archibald et les autres émergèrent des falaises sans même avoir levé la tête vers leurs parois s’élevant à pic. En tous cas, Archibald, qui préféra discuter avec Kate. Après tout, si les Muses ou même Locke voulaient rester dans leur coin, pourquoi serait-ce toujours à lui de faire un effort ? Archibald n’avait pas signé de contrat de bonne conduite… Cependant, les quatre jeunes gens furent tous pris à la gorge par la désolation qui s’offrait à eux.
A nouveau une morne plaine, et toujours ce sol de scories luisantes de suie. Mais surtout une succession d’arbres morts poussant ici et là, leurs troncs tordus à se rompre, dépouillés de la plus infime feuille, asséchés de toute sève… Par centaines, ils pliaient en gémissant sous le vent. La plupart avaient de fait adopté des formes complètement absurdes, comme soumis à d’atroces distorsions contre-nature, qui ne semblaient pouvoir qu’empirer, encore et toujours…
« Le verger du diable, souffla Locke. Nous y voilà. »
Aucun nom n’aurait pu se révéler plus exact. Et pour rajouter à cette oppression, les cieux boursouflés d’orage ne s’étaient pas écartés une seule fois, opaques comme jamais. De toute manière, Archibald savait bien ce qu’il aurait pu apercevoir, et encore, si la voûte ne le dominait pas d’une hauteur vertigineuse le privant de tout détail aussi bonne soit sa vue.
« Décidément, il ne vaut mieux pas sortir d’une dépression pour venir ici ! » maugréa-t-il entre ses dents.
Kate eut un sourire fêlé. En tête de la troupe et ceint d’un cercle de Muses aux aguets, Apollon Schopenhauer s’accorda une courte halte, dardant son regard perçant sur l’horizon. Il leur apparaissait toujours aussi rougeoyant, tel un rideau de braises ne se relevant jamais.
« On se rapproche de Dité, lança Archibald, affirmation à laquelle Schopenhauer répondit d’un hochement de tête.
- C’est vrai, mais il n’y a pas que cela. Les remparts de la ville sont probablement rendus quasi invisibles par la proximité du Phlégéthon.
- Le fameux fleuve de feu…
- Je vois que tu as bien appris tes leçons, ironisa Schopenhauer.
- Si ça peut me permettre d’éviter de mauvaises surprises, je ne vois pas pourquoi je me montrerais négligent… »
Leurs discussions acérées furent alors interrompues par des pleurs, nettement reconnaissables dans la brise. Archibald tiqua. Il s’agissait de sanglots d’enfants, et même de nourrissons, à les entendre. Qu’allaient-ils encore devoir découvrir avec tout ce que le décor de leur périple avait déjà de macabre ? D’un geste, Apollon envoya trois des Muses en reconnaissance dans les environs immédiats, mais elles ne trouvèrent aucune trace d’enfants abandonnés. Et les pleurs s’amplifiaient…
« Ne vous dispersez pas. Vous n’avez pas à avoir peur ! ordonna bien vite Schopenhauer. Restez en formation ! »
A ces directives, Locke ajouta aussitôt sa propre intervention, entamant un morceau des plus féroces, luttant pied à pied avec ce qui constituait un mystère de plus. Mais les sanglots se faisaient insidieux, glissant sous les notes du joueur de flûte d’Hamelin.
« Je crois que ce défilé n’avait rien d’anodin, en fin de compte, concéda Schopenhauer avec une moue désapprobatrice. Nous avons dû être abusés quelque part par nos adversaires.
- Et pourquoi ça ?
- Nous n’en sommes pas sortis à l’endroit où je le pensais. Le chemin a vraisemblablement dévié sans que je m’en rende compte.
- Alors, où sommes-nous dans ce cas ?
- Nous avons été repoussés à l’ouest. Jusqu’au séjour des enfants morts en naissant… »
Les derniers mots du chef de l’expédition résonnèrent à leurs oreilles de façon tout aussi sinistre que les pleurs eux-mêmes. C’était Virgile qui dans ses écrits avait présenté ainsi cette région des Enfers. Et il n’y avait certainement pas grand chose à en dire de plus, son appellation et ce qu’ils en avaient entendu suffisant amplement, au grand dam d’Archibald.
« Il n’y a pas d’autre itinéraire possible ? demanda Kate d’une voix soudain tremblante. Je suis bien consciente qu’il ne faut pas perdre le temps gagné lors de la traversée du fleuve, mais…
- Ca me semble une idée envisageable, appuya Archibald, l’interrompant afin que les regards interrogateurs ne l’importunent pas plus longtemps. Après tout, si tu dis qu’Hadès était sur la rive de l’Achéron pendant que nous le franchissions, on peut faire une croix sur l’effet de surprise !
- Tu as raison, mais si j’ai agi ainsi, répondit Schopenhauer avec une once de patience exaspérante dans la voix, c’est avant tout pour gagner du temps, comme le soulignait ma chère sœur…
- Je t’ai déjà dit de ne…
- Ah, ce n’est pas le moment, Bellérophon ! enchaîna leur meneur. Hadès ne s’attendait pas à ce que j’ose m’avancer à sa rencontre, pas plus qu’à ce que nous passions si vite l’obstacle de l’Achéron ! C’est précisément maintenant qu’il faut marcher sur Dité. Avant qu’il n’ait été capable d’organiser au mieux ses défenses. »
Le jeune professeur haussa les épaules.
« L’an passé, l’assaut d’Alucard avait lui aussi été lancé par surprise, la Tour était certainement encore moins préparée, et les assaillants plus nombreux. Et pourtant, c’est bien la Tour qui a résisté… », rappela-t-il.
Ce n’était pas la première fois qu’Archibald repensait à cette bataille, même s’il n’y avait pas pris part. Et il se sentait un peu plus abattu à chaque occasion par un tel constat. Bien sûr, la situation n’était pas exactement similaire avec celle de Dité, mais le jeune professeur doutait que ses compagnons et lui sortent vainqueurs de cette prise de la ville. Ce qui ne l’avait pas empêché de partir avec son ancien ennemi, et pas seulement parce que Kate s’était déjà engagée de son côté. Il fallait en finir pour de bon!
Archibald en arrivait pourtant à oublier des éléments importants…
« Qui a gagné la bataille pour la Tour ? lui rétorqua justement Schopenhauer. Qui ? C’est moi qui vous ai sauvés, tout seul, j’ai balayé les troupes d’Alucard ! Seul, tu entends ! Alors cesse de te répandre en propos aussi défaitistes ! »
Apollon avait presque craché les derniers mots, les yeux exorbités, se saisissant d’Archibald par le col ! Kate quitta aussitôt sa réserve et s’interposa entre eux. Il était hors de question de laisser les choses dégénérer sans réagir !
Mais la jeune femme n’eut même pas à hausser la voix : quelqu’un d’autre s’en chargea, mais d’un ton ô combien moqueur et glacé. Locke cessa de jouer, et même les pleurs perdirent de leur intensité. Pendu par un pied à l’une des branches de l’arbre mort le plus proche, le Fou d’Hadès se tenait ainsi, bras croisés, tête en bas. Tout en se balançant nonchalamment, il apostropha donc l’armée qui avait osé s’aventurer aux Enfers, Apollon le premier.
« Alors, alors ! On dirait que le si prévenant dieu ressuscité connaît des difficultés… Ton plan n’a-t-il pourtant pas été minutieusement étudié ? Comment se fait-il que j’assiste à de pareilles dissensions alors que vous n’êtes même pas encore en vue des murs de la cité ? Je trouve ça vraiment décevant…
- Tais-toi, bouffon ! » grinça Schopenhauer.
Mais il n’obtint qu’un sourire un peu plus méprisant de la créature au costume d’arlequin rouge et noir.
« Bouffon ? Voilà une insulte bien facile, à croire qu’elle sort de la bouche de ton camarade Bellérophon ! »
Piqué évidemment au vif, Archibald voulut répliquer, mais Schopenhauer l’en empêcha d’un geste. Visiblement, les mots blessants du Fou venaient de lui rendre sa contenance, et plus important encore, son calme.
« Cesse donc de répandre ton venin, et explique-nous plutôt pour quelle raison te voilà venu à notre rencontre, répondit-il, tandis qu’Archibald avait éloigné Kate de quelques mètres en retrait, et que la garde des Muses se faisait menaçante, pareille à une meute de lionnes. Je n’aurais pas cru que le second d’Hadès se montre si vite ! A moins que tu n’aies été dégradé suite à notre… altercation… »
Le Fou sourit encore, mais cette fois, plus de sarcasme. La blessure d’amour propre de sa défaite au British Museum était de toute évidence encore ouverte, et il comptait bien s’en venger. Gardant pourtant le silence, il se laissa retomber sur le sol, d’un saut virevoltant.
« Tu ne devrais pas te montrer aussi hautain, je crois t’avoir déjà prévenu, renifla-t-il bruyamment. Pense donc à l’endroit où tu te trouves, cela devrait te ramener à la raison ! Tu as encore une chance de te livrer sans risquer la mort… »
Schopenhauer ne cilla pas.
« Tiens, voilà qu’on me propose de me rendre à présent. Tout à l’heure, le nocher m’avait recommandé de rebrousser chemin. Vous comptez tous m’exhorter à renoncer à mon but ? Hadès me déçoit. Ou me sous-estime, une fois de plus…
- Quelle audace ! C’est plutôt toi qui pêcherais par orgueil ici-bas, tu ne trouves pas ? »
Archibald les observait se livrer à leur débat indécis sans vraiment savoir comment se comporter. C’était sa première rencontre avec le Fou, ou du moins le croyait-il. Lord Funkadelistic n’avait guère pu les renseigner à son sujet, tant il paraissait entouré de mystères. Un seul élément ne faisait aucun doute : son soutien indéfectible à l’Empereur des Enfers, alors qu’il n’était pas connu pour être l’un de ses serviteurs de toujours… Pour le reste, le jeune professeur ne s’estimait pas tellement impressionné : son déguisement et ses manières s’avéraient amusants plus qu’autre chose !
Kate n’avait pas le même avis, loin de là. Même si elle en avait discuté depuis avec Schopenhauer et qu’elle s’y était donc préparée, la vision de celui qui l’avait rendue si mal à l’aise lors d’Halloween n’était pas pour lui plaire, au contraire ! Archibald la vit pâlir à vue d’œil, la soutenant de peur qu’elle ne s’évanouisse devant lui. Ce que le Fou ne manqua pas de remarquer à son tour, rivant son regard faussement espiègle sur le couple.
« Ah, comme on se retrouve… Vous avez été invités à vous joindre à nous, n’est-ce pas ? Et vous êtes trop… polis pour refuser.
- Qu’espères-tu donc ? Parlementer ? fit Apollon, reprenant la main. Tu peux rentrer chez ton maître et le prévenir que je viendrai comme convenu.
- Comme convenu…, répéta le Fou, visiblement contrarié d’avoir été interrompu avec si peu de tact. Tu sembles décidément convaincu que tu mènes la danse… Tes manières te perdront.
- Jusqu’ici, elles m’ont bien servi, rétorqua Schopenhauer d’un rictus crispé. Et maintenant, écarte-toi ou bien…
- J’étais en train de deviser avec deux connaissances lorsque tu m’as grossièrement dérangé, jappa le Fou. Tu commences à vraiment m’insupporter au plus haut point ! »
Il s’était exprimé si vite et d’une voix soudain si stridente que tout le monde était demeuré muet en retour. Serrant ses points si fins le long de son corps, l’étrange arlequin afficha tout à coup un visage beaucoup moins âgé, presque poupin. Archibald en cligna des yeux, interdit. Mais pas Kate. La jeune femme n’avait pas été abusée un seul instant par ce brusque changement de mine. Ce qu’elle avait aperçu de lui en cette nuit d’Halloween s’était montré suffisant pour la glacer jusqu’aux os. Et le Fou d’Hadès le savait pertinemment. Aussi braqua-t-il son attention sur Kate dès qu’il se fut repris.
« N’ai-je pas dit la vérité, charmante demoiselle ? Mes tours de cartes étaient plutôt plaisants, non ? »
Archibald ne put se contenir plus longtemps : c’était une chose qu’on le prenne pour un imbécile, mais s’en prendre à Kate...
« Tu vas arrêter un peu de jacasser, oui ? Nous n’avons pas le temps pour ça ! Laisse-nous passer, ou attaque pour de bon, et pas qu’en paroles ! »
Mais le Fou ne parut pas s’en soucier, se retrouvant d’un bond assis sur une autre branche du même arbre, les jambes battant l’air vicié.
« Comme c’est mignon ! Mais ce ne sont pas mes mots qui lui déplaisent, tu ne comprends pas ? C’est le lieu où nous nous trouvons ! Ce séjour… Il te rappelle ta propre fausse couche, évidemment, persifla le Fou. Comment Bellérophon, le souffle te manque ? Tu n’étais pas au courant ? Mais ta petite chérie avait préféré garder le secret pour elle, pour te préserver… Car il s’agissait de votre enfant. Comme c’est triste… »
Sa face reflétait pourtant l’exact contraire de ses dires. Mais c’était bien évidemment la seule. Apollon était devenu tout aussi blême qu’Archibald ou sa fiancée. Locke n’avait plus son étrange sourire en coin. Les Muses et l’armée des Hyperboréens quant à eux semblaient attendre les ordres, mués en statues de pierre surgies d’une tombe impériale.
« On le massacre avec tes guignols ? » parvint à articuler Archibald, entre deux hauts le cœur de plus en plus violents.
Il tenait à peine debout, comme frappé par la foudre, la gorge sèche. Un instant, tout parut basculer… Puis, le Fou éclata de rire, ses grelots plus bruyants que jamais.
« Ah, ah, mais je plaisantais, voyons ! J’avais envie de voir vos têtes, et il n’y a vraiment pas de quoi être déçu, merci beaucoup ! Vous n’avez pas trouvé ça drôle, mademoiselle ? » se permit-il à nouveau de viser directement Kate.
Archibald n’y tint plus, mais fut néanmoins pris de vitesse. L’arbre du Fou se brisa, fendu en deux, la branche céda sous lui, et le serviteur d’Hadès retomba lourdement la tête la première ! Mais avant même qu’il ait pu se remettre debout, il fut cette fois projeté dans les airs, telle une marionnette privée de ses fils et complètement désarticulée. Les impacts de coups démesurément rageurs couvraient tout autre éclat. Enfin, Apollon Schopenhauer reprit place près des Muses, non sans avoir jeté au loin le Fou, qui atterrit contre l’un des troncs. Son assaut avait été si brut et si féroce qu’Archibald n’avait pu distinguer le moindre de ses mouvements !
Sa singulière armure parut s’épaissir, tout en redoublant de brillance. Il venait d’administrer en quelques instants une véritable correction à celui qu’il avait pourtant présenté comme un terrible adversaire ! Et sans même avoir recours à son épée Alêtheia, et si peu de temps après avoir ouvert en deux les eaux de l’Achéron ! Le jeune professeur était resté tétanisé par cette débauche de colère. Si la sienne avait été tout aussi forte, le dégoût et l’émotion l’avaient emporté. Archibald avait bien failli ne plus faire cas de cette descente aux Enfers, qui n’avait eu soudainement plus aucune importance pour lui !
A une vingtaine de mètres de l’avant-garde qu’Archibald et ses compagnons incarnaient, le Fou se relevait, chancelant, mais rajustant déjà coquettement son bonnet. Mis à part quelques traces de poussière noirâtre, il ne semblait pas réellement blessé.
« Eh bien, eh bien ! Quelle fougue ! les interpella-t-il, mais sans s’approcher à nouveau. Je ne m’étais pas attendu à une offensive en traître, sans même un avertissement ! Vous n’avez pas goûté ma plaisanterie, c’est cela ? Comme c’est dommage, je l’estime assez cocasse… Ou bien as-tu pensé que tu pouvais profiter de mon esbroufe pour m’attaquer ? Tu es décidément calculateur dans l’âme ! »
Kate reprit pied à cet instant, sans avoir cependant compris un traître mot de ce que le Fou s’était plu à leur cracher encore à la figure. Ses tempes tambourinaient toujours à la faire gémir, mais elle se mordit la lèvre. La jeune femme n’avait déjà que trop cédé le pas face à l’influence de cet étrange personnage. Kate voulut s’adresser à Archibald, le rassurer, mais celui-ci la dévisagea d’un air absent. Locke lui rendit pour sa part un regard contrit, plus occupé à se dissimuler derrière les Muses qu’à s’impliquer davantage.
Sans injonction de vive voix, la jeune femme assista toutefois au déploiement immédiat des Hyperboréens, encerclant peu à peu le Fou, qui ne parut même pas s’en aviser. Toute son attention se portait sur Schopenhauer, et plus que lui. La volée cinglante qu’il avait reçue pour n’être pas resté sur ses gardes lui cuisait encore. Hadès avait beau l’avoir prévenu, il n’aimait pas devoir se comporter avec sérieux ! C’était si ennuyeux ! Mais si ce prétendu Apollon croyait avoir pris sa mesure, il allait vite le faire déchanter, sous les yeux de son armée de pacotille…
« Présomptueux ! C’est bien ainsi que tu te montres jour après jour, depuis que tu as bu l’eau de la Fontaine ! Mais qu’espères-tu finalement ? Tu veux retrouver ta chère et tendre promise, bien sûr. Mais qui te dit que c’est ce qu’elle voudrait ? Le séjour des morts peut se révéler très agréable… Pour peu qu’on ait oublié les blessures de son existence précédente. Pourquoi pas en buvant l’eau du Léthé, qu’en dis-tu ? N’est-ce pas une faveur à accorder à ceux qui ont déjà trop souffert dans leur vie ? »
Un grondement terrifiant fit alors trembler chacun des arbres morts, mais impossible de déterminer s’il provenait de ces cieux de pierres ou bien de profondeurs bien plus abyssales encore. Etait-ce l’ancien Lord Funkadelistic qui l’avait provoqué ? Le Fou d’Hadès jouait à nouveau avec ses sentiments. Pourtant, c’était là une éventualité que Schopenhauer avait fatalement considérée. Que la mémoire de Cendrillon ait été tout bonnement effacée… Si ce n’était le fleuve Léthé, il y avait aussi le Trône de l’Oubli… Thésée lui-même n’en avait-il pas connu les affres, selon la légende ? Mais tout cela n’appartenait plus pour lui au domaine de la fable depuis bien longtemps.
Le Fou d’Hadès se raidit imperceptiblement, anticipant le nouvel accès de colère d’Apollon, qui le verrait fondre sur lui : cette fois, il contiendrait ses assauts, et trouverait une faille ! Des murmures d’acier montèrent des rangs des Hyperboréens. Les Muses et Locke dans leur ombre les contournèrent par la droite, laissant Archibald, Kate, et Schopenhauer seuls face au Fou. Le serviteur d’Hadès voyait maintenant sa retraite coupée, du moins s’il avait prévu de disparaître sans recours magique.
Kate comptait les secondes qui les séparaient de la seconde manche du duel entre le Fou et Apollon. L’arène n’attendait plus qu’un signal… Aussi sa surprise fut-elle comparable à celle de tous les autres lorsque le Musagetès annonça :
« Très bien, à toi Bellérophon. Je t’ai montré l’exemple, à toi de jouer. »
Et sans ajouter un mot, Schopenhauer rejoignit le cercle des Muses, et la cohorte de son armée, qui déjà contournait le Fou tels les flots d’un torrent se fendant contre un rocher mais poursuivant leur voyage. Le drôle de pantin haussa un sourcil incrédule : comment ce misérable pouvait-il le toiser de la sorte, passant à deux pas de lui comme s’il ne le craignait en rien !
Kate n’avait pas compris ce qu’Archibald avait en tête quand il l’avait poussée à la suite de Locke, manquant de les faire trébucher tous les deux. Mais son coup d’œil avait été on ne peut plus vif. A présent, elle et les autres s’étaient éloignés de plus de deux cents pas sans le moindre incident, les arbres morts se faisant déjà plus clairsemés… Mais Archibald était invisible, masqué tout comme le Fou par ces sinistres bosquets.
« Tu imagines vraiment que je vais te laisser partir sans protester alors que je te tiens à ma portée ? glapit le Fou d’Hadès, faisant volte-face, un jeu de cartes à la main. Reviens-ici, je n’ai que faire de ton pauvre Bellérophon ! »
« Ne vous inquiétez donc pas ! voulut la rassurer Locke. Si Schopenhauer lui a confié cette mission, c’est qu’il pense que votre fiancé est en mesure de l’accomplir !
- Sans doute… Sans doute. »
Kate devait le croire. Elle parvint à détacher son regard et à repartir de l’avant. De toute façon, les dés étaient jetés, et Archibald lui avait bien dit qu’il désirait avant tout la protéger. En restant avec Apollon et son armée, la jeune femme se trouvait bien moins à découvert qu’avec lui seul. Surtout face à un ennemi tel que le Fou d’Hadès…
« Ah, Bellérophon ! piaillait justement celui-ci. Tu es à nouveau le dindon de la farce ! Celui que la meute abandonne pour retarder ses poursuivants ! Mais le traître à Hadès a fait une erreur. Tu ne risques pas de pouvoir différer ma poursuite… Alors, autant en finir tout de suite, et… »
Le Fou s’interrompit, hoquetant et titubant, jusqu’à trouver un arbre où s’adosser afin de ne pas tomber.
« On ne se connaît pas, le tançait Archibald, le poing droit fermé. Mais je trouve que tu as déjà fait bien trop de mal. »
Comme après les gifles d’Apollon Schopenhauer, le bouffon costumé recouvra néanmoins aussitôt son sourire. Voilà un duel qui promettait d’être plus amusant que prévu !

Un pont de pierre, aux arches elliptiques, enjambait le fleuve de feu et menait aux portes de Dité. Pieds nus, impossible de ne pas hurler de douleur au contact de ses pavés brûlants. De monstrueuses gerbes de flammes rendues liquides léchaient avec insistance ses piliers comme rongés par l’acide.
Mais c’était beaucoup plus à l’écart que les Hyperboréens avaient dressé le campement d’Apollon. Assez loin pour éviter tout projectile. Mais même avec une telle distance, les fortifications de la cité demeuraient d’apparence inexpugnables. Une citadelle de fer plus qu’une ville, et son donjon tout aussi monumental. Rien que lever les yeux vers son sommet pouvait vous rompre le cou, songea Locke.

Comme je devins alors glacé, sans force,
ne le demande pas lecteur, et je ne l'écris pas,
car toute parole serait trop peu.
Je ne mourus pas, et ne restai pas vivant :
juge par toi même, si tu as fleur d'intelligence,
ce que je devins, sans mort et sans vie.


Las ! Il n’aurait jamais dû avoir la curiosité de jeter un œil à ses histoires de divine comédie ! Où se cachait donc l’humour ? Le fantasque musicien préféra s’en détourner et prit le chemin de la tente de Schopenhauer… A mesure que celles-ci se montaient, qu’une partie des guerriers de l’Hélicon avait commencé ses manœuvres autour du camp, une certaine agitation était apparue sur les remparts de la cité.
Toutefois, personne ne daigna se montrer avant que les Muses ne s’avancent unies sur le pont. Mais point de démons écumant et vociférant, point de damnés les mains jointes et pleurant sur leur salut...
« Qui donc est celui-là qui sans avoir sa mort, s’en va par le royaume des âmes mortes ? héla-t-on les Muses. Oh, mais que vois-je, neuf petites chiennes… On dirait que vous vous êtes égarées !
- Nous sommes ici au nom d’Apollon, le Soleil Victorieux ! Venu réclamer ce qui lui revient de droit. Dité, ouvre tes portes et capitule ! »
De toute évidence, le comportement de leur interlocuteur n’avait pas ébranlé les Muses un seul instant. Toujours seul accoudé sur un merlon, il arborait une armure tout aussi sombre que les langues de feu courant sur les murailles étaient incandescentes. S’il pouvait bien mesurer deux mètres, ce chevalier noir n’en paraissait pas moins un vrai nabot perché sur son chemin de ronde.
« Vous ne manquez pas d’aplomb, mes jolies ! bouscailla l’autre. Sachez que je me nomme Ganelon, et que je suis l’intendant de cette cité. Ouvrir nos portes ? Vous pourrirez sur place avant d’avoir pu poser un pied dans nos murs ! »
Il aurait voulu ponctuer sa sentence d’un rire tonitruant, mais trois flèches d’argent illuminées par le brasier l’obligèrent à baisser précipitamment la tête, sous les quolibets des Muses. Ledit Ganelon ne pouvait cependant pas les tenir pour responsables : ce n’était pas l’une d’elles qui venait de soulever brusquement un pan de tente et d’encocher trois flèches à la volée, visant pour tuer !
Mais bien Diane.

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