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lus d’une semaine s’écoula dans l’Hélicon, en éclaboussures comme hors du temps.
Et au matin du huitième jour… Archibald se leva en baillant à s’en décrocher la mâchoire ! Voilà qui ne ressemblait pas à l’attitude qu’il aurait crue sienne à moins d’une matinée de leur excursion infernale.
C’était la dernière fois peut-être qu’il contemplait le ravissant panorama qui s’offrait à lui depuis cette fenêtre taillée dans la roche. Inutile de chercher à la calfeutrer. Il faisait toujours bon en Hélicon, même au plus profond de la nuit, qui ne tombait d’ailleurs jamais vraiment en ce lieu. Archibald se retourna pour observer Kate du coin de l’œil. Elle se tenait encore pelotonnée dans les draps, les serrant contre elle comme si elle ne voulait les lâcher pour rien au monde. Sa chevelure blonde rayonnait sur l’oreiller. Archibald eut soudain l’envie irrépressible de se pencher de nouveau vers elle, et de se glisser dans ses bras… C’était là qu’il souhaitait passer la matinée, la journée entière ! Le jeune homme posa un genou sur le lit, tout doucement, mais…
« C’est l’heure, il faut y aller ? »
La voix de Kate soulignait à peine une interrogation. De la même manière, le sommeil ne devait plus la voiler depuis de longues minutes déjà.
« Oui… »
Archibald baissa la tête. Une brise soudaine rida la surface des couvertures, et la jeune femme frissonna. Des mots qu’il aurait voulu occulter en cet instant lui revinrent alors à l’esprit, comme chuchotés par le vent devenu trop frais…
Il est un chemin enfoncé, bordé d'ifs funèbres, où règne un vaste silence, une ténébreuse horreur; il conduit aux Enfers.
Là, le Styx immobile exhale de noires et d'épaisses vapeurs. C'est là que descendent les ombres des mortels qui ont reçu les honneurs du tombeau; c'est là, dans d'immenses déserts, qu'habitent le Froid et la Pâleur; c'est là qu'errent les mânes nouveaux, incertains de la route qui mène à la cité des ombres, au palais terrible où le noir Hadès a fixé son séjour. Cet empire redoutable a cependant mille avenues spacieuses, et par d'innombrables portes on peut y pénétrer. Semblable à l'Océan, qui reçoit tous les fleuves de la terre, il rassemble toutes les âmes de l'univers. Sans cesse les âmes y arrivent, et ne l'emplissent jamais. On les voit errer dégagées de leurs corps. Les unes fréquentent le barreau, les autres la cour du souverain, les autres suivant leurs premiers emplois, imitent aux Enfers ce qu'elles ont fait sur la terre, tandis que les méchants souffrent dans le Tartare des tourments, châtiments de leurs crimes.
Le jeune homme se força tout d’abord à sourire, puis cela lui revint de façon plus naturelle. Après tout, ils n’étaient pas encore partis, et le petit-déjeuner les attendait !
Le nocher leva bien haut sa lanterne, suspendue à ses doigts décharnés. Au loin, une silhouette avançait droit sur lui. Le vieillard eut une moue aigrie. Ce n’était pas courant ! D’ordinaire, les âmes approchant de l’Achéron tremblaient de peur, hésitaient à venir à sa rencontre… Il aimait ça. Avec une existence aussi morne que la sienne, il méritait bien quelques menues satisfactions ! La détresse, les regrets, la colère pour certains… Il pouvait s’en repaître. C’était bien plus gratifiant que leur demander d’une voix chevrotante s’ils avaient bien avec eux l’obole nécessaire à la traversée. Mais la tradition, c’était important ! Le passeur n’avait jamais rien changé à ses habitudes. Il demeurait inflexible envers ceux qui ne présentaient pas les garanties nécessaires à la traversée. Et tant pis pour eux si ces âmes en peine devaient par la suite errer cent ans avant que l’on statue sur leur sort ! Qu’elles disparaissent donc dans les marécages infernaux, il n’en avait cure. Leurs tourments n’appartenaient pas à son domaine…
Avec raideur, il se retourna vers sa barque, bercée par les eaux profondes de l’Achéron. Le fleuve, aussi large qu’un bras de mer, donnait l’impression de pouvoir l’engloutir d’un simple clapotis. La grimace du nocher aurait pu s’apparenter à un sourire mauvais. Il n’avait jamais connu la moindre avarie lors de ses continuelles traversées, mais si ses clients redoutaient l’inverse, lui ne se proposerait pas de les rassurer ! Au contraire, les voir complètement désemparés était particulièrement goûteux. Mais celui qui continuait à se rapprocher d’un bon pas du ponton ne semblait pas connaître ces affres coutumiers à la condition des morts.
Il avait conservé apparence humaine, et mieux encore, des vêtements ! Une étrange tenue d’ailleurs, avec de larges poches sur les côtés dans lesquelles il avait plongé ses mains. Car c’était un homme, un jeune homme plus précisément, aux cheveux bruns tirant sur le blond et semés d’épis.
A l’ombre de son noir capuchon de bure, le passeur écarquilla les yeux. Un vivant ! Depuis combien de temps aucun d’eux n’avait osé s’aventurer jusqu’ici, sur les rives du Fleuve de l’Affliction ? Les vivants n’avaient pas le droit de franchir l’Achéron, ni même de pénétrer dans le Royaume d’Hadès. D’où pouvait bien venir cet audacieux ? L’intrus ne se trouvait plus qu’à quelques pas de lui, et paraissait désormais hésiter lui aussi sur l’attitude à adopter.
« Je suis Charon, le passeur ! le héla le vieillard, agitant sa pâle lanterne. Qui que tu sois, rebrousse chemin, sur le champ ! Les vivants n’ont pas leur place ici ! C’est l’Empire des Morts que tu foules, et nul autre qu’eux ne peut prétendre traverser le fleuve ! »
Le jeune homme s’immobilisa aussitôt. Voilà qui était bien mieux. Charon le considéra un moment, souriant pour de bon cette fois, ses dents jaunies et déchaussées déchirant son visage cave taillé à la serpe. Sa bouche ressemblait à une plaie ouverte. Son visiteur inattendu fit la moue, ne cachant pas sa répugnance. Mais il ne recula pas.
En réalité, Archibald, puisque c’était bien lui, ne savait pas vraiment comment réagir. Depuis qu’ils avaient pris la route des Enfers, le jeune homme avait la sensation de se retrouver dans Voyage au centre de la Terre. Bien sûr, il avait adoré le roman, comme d’ailleurs tous les Jules Verne, mais c’était une chose de le lire et une autre de prendre finalement la place du professeur Lidenbrock ! Ce qui le contrariait le plus, c’était l’absence de ciel. Certes, la voûte semblait invisible tant elle s’élevait à des milliers de pieds du sol. Oui, d’énormes nuages violacés la dissimulaient de toute manière, et le malaise d’Archibald aurait sans doute été bien plus oppressant, s’ils étaient partis pour une véritable balade spéléologique.
Mais il n’aimait pas ces lieux. Confusément, il sentait qu’il n’était pas à sa place ici-bas. Mais qui aurait pu s’y trouver à l’aise ? Le jeune homme marchait sur un sentier de cendres, un tapis de brume lui montait aux genoux depuis qu’il avait disparu sous terre, de plus en plus dense. Désormais, ses pieds avaient disparu, ses jambes comme tranchées aux chevilles. Tant qu’à faire, Archibald aurait préféré avoir été catapulté dans le cimetière du clip Thriller de Michael Jackson, avec des zombies et autres mort-vivants facétieux… Archibald grinça des dents, pas franchement rassuré à l’idée de côtoyer de plus près le fantomatique nocher dans un décor aussi morbide. Mais il ne souhaitait tout de même pas mener leur conversation en restant à distance, les mains en porte-voix. Il n’aurait sûrement pas l’air très malin, ni très courageux !
Etouffant un soupir, le jeune homme franchit la distance le séparant du sombre passeur. Il n’était à présent pas plus plaisant ou rassurant à regarder, mais Archibald ne comptait pas se placer à portée de son haleine…
« Je suis désolé mon brave, lança-t-il avec une légèreté feinte, mais je ne peux pas m’en aller ! Ce n’est pas que ça m’enchante vraiment de jouer le messager, mais… Les obligations, vous savez…
- Et c’est à moi que vous le dîtes ? »
Ce Charon se révélait plus caustique qu’il ne l’aurait imaginé. Mais les choses n’étaient pas plus simples pour autant !
« Mes camarades et moi devons traverser.
- C’est impossible. Seuls les morts ont la permission de franchir l’Achéron, et encore, s’ils présentent l’obole demandée.
- Oui, une pièce sur la langue, je sais. Mais nous faisons partie des vivants.
- Alors, vous ne passerez pas. »
Cette fois, Archibald soupira bruyamment, sans se soucier des convenances. Si on lui avait dit qu’il parlementerait un jour avec Charon ! Rencontrer la Belle au Bois Dormant ou Sindbad le Marin, c’était de la gnognotte à côté ! L’autre se mit à tousser, secoué d’un rire souffreteux.
« Et vous parlez de camarades, mais je ne vois personne d’autre à part vous… Sans doute êtes vous égaré… Ou peut-être que vous êtes en train de mourir pour de bon, et que votre âme a seulement pris un peu d’avance en venant jusqu’ici… Oui, ce serait amusant !
- Ah bon ? Je ne trouve pas, » grommela Archibald, soudain vidé de son peu d’assurance.
Il savait que le nocher ne disait pas la vérité. Que ce n’était qu’un moyen de lui faire peur, voire de le tourmenter. Combien de véritables personnes mourantes avait-il pris plaisir à effrayer de ses paroles macabres, les poussant vers la mort et son royaume ? Ce n’était peut-être qu’un vieillard, mais il inspirait plus que de la crainte ou du dégoût. Ce serviteur d’Hadès ne possédait peut-être pas la prestance ou les pouvoirs d’Alucard, mais il devait être malgré tout redoutable…
« Vous ne voulez vraiment pas nous permettre de traverser ? Attention, moi ce que j’en dis, c’est pour vous…
- Quitte ce rivage, s’agaça l’autre. Le plus tôt sera le mieux pour toi. Ne te rends-tu pas compte que tu troubles le repos des morts ! »
Archibald, qui avait tenté de faire abstraction de cela également, ne put s’empêcher de balayer une fois de plus l’horizon désespérément plat qui s’offrait à lui. Une bourrasque glacée le fit ciller, le pénétrant jusqu’aux os. Etait-ce l’œuvre de Charon ? Mais qu’est-ce qui avait bien pu lui passer par la tête pour qu’il se propose en avant-garde ? Le jeune homme ne se rendit même pas compte qu’il avait justement fait un pas en arrière.
« Arrêtez de le malmener de la sorte ! Ce n’est pas très correct. » fit soudain une voix, avec un soupçon d’amusement.
Apollon Schopenhauer avait fait son apparition, debout bras croisés près du ponton, dans le dos des deux autres. Archibald ne l’avait encore jamais vu accoutré de la sorte, une armure à la fois éthérée et comme de diamant ruisselant sur son corps, loin de tout canon historique cependant. Mais Charon n’avait pas paru surpris un seul instant, que ce soit par la tenue ou sa venue.
« Finalement, tu te montres, Apollon. J’ai bien cru que tu serais impoli jusqu’au bout. Envoyer un sous-fifre faire sa demande…
- Hey, renâcla Archibald, je ne suis pas son…
- Du calme, Bellérophon. »
Le passeur eut une nouvelle quinte de rires le pliant en deux.
« C’est donc lui, Bellérophon ? J’aurais dû le deviner. Oui… Tu es venu voir ton grand-père Sisyphe, mon petit ? On dirait que c’est de famille, cette manie de vouloir toujours défier les dieux… Mais Hadès l’a bien puni. Il est encore là pour en témoigner d’ailleurs ! »
Pour la première fois, Charon avait considéré Archibald avec une étrange lueur dans le regard. Comme s’il reconnaissait à travers lui un mirage revenu d’un lointain passé... Pour autant, le jeune homme ne s’estimait pas du tout rasséréné par cette nouvelle considération.
« Je ne suis venu rendre visite à personne, répliqua-t-il sèchement. Et aucun de mes deux grands-pères ne se prénomme Sisyphe, pas plus que Glaucos dans le cas de mon père. Je ne sais pas ce qui ne fonctionne pas dans ta vieille caboche, mais il faut arrêter de fantasmer ! »
Apollon Schopenhauer intervint avant que Charon ne s’étrangle de surprise face à l’audace d’Archibald.
« Allons, restons courtois, si vous le voulez bien. Je pense que Bellérophon vous a déjà présenté notre requête.
- Et elle a été refusée, tout comme elle le sera même si c’est toi qui quémande l’autorisation, pauvre inconscient.
- Si vous êtes tellement à cheval sur la mythologie, gloussa Archibald, souvenez-vous d’Héraclès ! Il ne vous a pas ménagé il me semble, et vous avez bien fini par accepter de le faire traverser !
- Oh, des menaces à présent ? grinça le sinistre nocher. Mais mon maître m’avait mis en garde… Cela ne m’étonne pas d’un Bellérophon. Vous vous laissez griser, pousser des ailes, si je puis dire… »
Puis, il cracha aux pieds de ses deux visiteurs, preuve de son agacement croissant. Charon n’était pas coutumier de ce genre d’éclats ! Il fallait qu’il éprouve plus qu’un soudain ressentiment, et pourtant, Hadès l’avait prévenu de ce qui avait de fortes chances de se produire.
« Vous pouvez bien me rouer de coups, et me faire monter de force avec vous dans ma barque… Allez-y si cette solution vous convient ! La traversée n’en sera pas plus rapide pour autant ! Et il me faudra faire deux voyages, deux ! Autant de temps perdu pour vous ! Mais vous avez encore l’occasion de vous en retourner. Mon maître savait que tu tenterais de venir jusqu’à lui, Apollon. Quand bien même tu as trahi sa cause, il n’est pas en guerre contre toi. Tu peux partir, si tu le veux. Mais je suis à bout de patience pour ma part. Je n’ai rien de plus à vous transmettre. »
Archibald adressa un regard inquiet à Schopenhauer. Evidemment, il n’avait à aucun moment parié sur la collaboration de Charon. Le jeune homme avait même proposé qu’ils bifurquent par les marais. Avec les connaissances d’Apollon et de ses Muses, il aurait sûrement été possible de les franchir sans s’y perdre. Cependant, Schopenhauer avait immédiatement refusé d’envisager ce trajet-là. A croire qu’il tenait absolument à rencontrer le passeur de l’Achéron. Quand bien même le refus était l’unique réponse concevable.
Et pendant que le noir nocher les invectivait, Apollon s’était d’ailleurs lentement éloigné, longeant le rivage, comme fuyant les paroles de Charon. Archibald se demanda encore ce qu’il pouvait bien envisager. Durant la semaine écoulée, l’ex-Lord Funkadelistic selon ses dires ne l’avait pas vraiment rassuré quant à son comportement. Il avait souvent fui toute occasion de s’entretenir avec le jeune professeur, en dehors des réunions qu’il fixait lui-même. Il avait également disparu plus d’une journée, et les Muses interrogées avaient conservé un silence absolu à toutes les questions posées. Si l’Hélicon représentait un cadre idéal à bien des égards, Archibald n’avait jamais pu pour autant s’y sentir vraiment tranquille, et pas seulement en songeant à ce qui les attendait ici, aux Enfers.
« Charon ! s’écria Schopenhauer, faisant volte-face. Nous ne te brutaliserons pas, même si tu nous refuses le droit de traverser ce fleuve.
- Sage décision…, grommela le passeur. Finalement, tu n’es pas aussi imprévisible que ce que notre maître m’avait fait savoir. Tu as tout de même conscience de ton rang. Peut-être qu’un jour, tu pourras te racheter de ta trahison à sa cause…
- Peut-être, acquiesça Apollon d’une voix atone, le pied droit sur un rocher émergeant des flots à flanc de rivage, à quelques pas de l’avancée de terre défendue par le nocher. Mais avant cela… »
Les pupilles de Charon se rétrécirent, le vieillard de toute évidence troublé par les paroles du prétendu dieu. A quoi jouait-il donc ? Un instant, il crut qu’il avait essayé de le prendre à revers pour s’emparer de sa barque tandis que Bellérophon détournerait son attention en palabrant encore et encore. Mais Apollon ne comptait pas sur un vol. Pas plus qu’il ne visait véritablement le nocher et son embarcation.
« Charon, reprit-il alors. Hadès savait que je viendrais. Nous en étions tous les deux conscients. Toutefois, qu’il puisse croire que toi seul suffirait à me faire reculer et à me maintenir à l’écart de son empire… Cela… me contrarie… fortement…, détacha-t-il nettement chaque mot. Il n’est plus question de faux semblants ! Ouvre les yeux, et observe ! »
Le passeur infernal, lui qui s’acquittait de cette tâche mortuaire depuis des siècles et des siècles, voulut répliquer d’une remarque acerbe. Apollon et son drôle d’acolyte comptaient traverser l’Achéron à la nage, peut-être ? Hadès ne les avait pas crus si stupides… Mais Charon n’était pas aussi convaincu que son maître, depuis qu’il les avait rencontrés ! Le nocher tira sa lanterne à lui, manqua de trébucher piteusement, comme s’il avait été giflé.
« Ne te prends pas les pieds dans ta robe, papy ! lui lança d’ailleurs Archibald, moqueur. Tu n’as pas dû réaliser à qui tu t’adressais », ajouta-t-il dans un clin d’œil.
En vérité, le jeune professeur ne s’estimait pas tellement plus au courant que Charon de la suite des évènements. Mais en rajouter un peu pour l’impressionner ne pouvait pas être une mauvaise option, n’est-ce pas ? Sans doute, puisque le passeur demeurait muet de stupeur, face aux gestes simples d’Apollon Schopenhauer. Debout, bras tendus… Mains jointes… Les ouvrir en coupelle au-dessus des flots… Il n’y avait là rien de très spectaculaire.
« Si ton seigneur Hadès n’assiste pas à cela, disait encore Apollon, d’une voix au calme terrifiant, rapporte-lui mes paroles. Il faudra bien plus qu’un fleuve et le refus d’un misérable gueux tel que toi pour m’empêcher d’accomplir mon but. Quand bien même je devrais pour cela atteindre le cœur des Enfers ! »
Et, poussés par un vent invisible, les flots de ténèbres de l’Achéron commencèrent à s’écarter lentement, coudée après coudée, refluant sur les côtés. Le Musagetès murmurait d’inaudibles incantations, Archibald ayant l’impression incertaine de reconnaître un ou deux mots grecs de temps à autre. Mais ils étaient emportés dans une tornade de formules récitées ou improvisées de plus en plus vite, chaque syllabe pareille à un ricochet dont l’onde repoussait le cours du fleuve avec toujours plus de force.
Tout d’abord, sous le regard révulsé de Charon, seuls quelques mètres près de la berge réapparurent à la lumière de ce jour crépusculaire. Mais sa barque tanguait déjà, une houle grandissante se déversant sur le ponton et les éclaboussant. Archibald bondit à couvert, craignant la moindre goutte de cet affreux cours d’eau. Le passeur, lui, ne la redoutait, et n’en avait que faire. Jamais quiconque n’avait tenté de s’ouvrir un chemin en fendant en deux le cours de l’Achéron. Et comment pouvait-on prétendre à une telle impudence ? Et cependant, les eaux se retiraient toujours, au devant de lui. Et de part et d’autre, à mesure qu’Apollon écartait les mains, deux murailles mouvantes couronnées d’écume montaient et montaient encore. Le passage ainsi ouvert à même les flots semblait s’enfoncer au-delà de l’horizon, tant le fleuve était large.
Apollon ne faiblissait pas, poursuivant ses formules, un voile de sueur baignant toutefois son visage ascétique. Il levait à présent les mains vers ces cieux de plomb, et chaque degré gagné pesait bien plus que le précédent.
« Arrête, pauvre fou ! éructa le nocher, recouvrant l’usage de sa voix éraillée. Un tel affront te coûtera la vie !
- Eh bien comme ça, tu pourrais le prendre dans ta barque sans faire autant d’histoires ! » se gaussa Archibald, les mains en porte-voix.
Le jeune professeur se serait cru sur la côte irlandaise, au cœur d’une terrible tempête hivernale ! L’Achéron semblait finalement se rebeller face à l’ouvrage démentiel d’Apollon Schopenhauer, ses eaux bouillonnantes de rage, le giflant de leurs embruns ! Criant pour se faire entendre de Charon, il avait voulu là encore l’impressionner, mais il commençait à douter. Aussi puissant et résolu qu’il fût, était-il capable de dompter ainsi l’un des cinq fleuves des Enfers ?
Soudain une couronne de lumière vint dissiper ces incertitudes. Les Neuf Muses étaient apparues une à une, comme autant de bougies s’allumant dans les ténèbres, formant une corolle parfaite autour de leur maître, insensibles à la colère du fleuve, aussi dures que des statues de bronze.
« Le Musagetès ne s’incline devant quiconque ! psalmodièrent-elles aussitôt à l’unisson. Ô Soleil Victorieux, apporte-nous tes flammes purificatrices ! »
Apollon ne leur adressait pas un regard, comme s’il avait toujours su qu’elles se manifesteraient à temps, mais parut pousser encore plus loin ses efforts. Il fallait qu’il plie l’Achéron à sa volonté, que ses eaux refluent selon ses ordres et attendent sa permission pour noyer à nouveau ces terres impies. Un mascaret géant, de près de trente pieds de haut, se déversait désormais en amont et en aval du ponton, dévastant celui-ci. Pour la première fois depuis des siècles, Charon avait dû poser les deux pieds sur la terre ferme et s’éloigner du rivage de l’Achéron… Le vieux gardien pouvait presque sentir la menace de l’exil fondre à nouveau sur lui. C’était inimaginable… Pas deux fois ! Et celle-ci promettait de devenir bien plus terrible encore si elle se concrétisait… Mais que pouvait-il bien faire ? Charon n’était pas un guerrier !
Archibald n’appréciait cependant l’intervention des Muses guère plus que le passeur. Il fallait avouer qu’elles n’avaient rien tenté pour se rendre plus sympathiques durant les derniers jours. La plupart du temps comme absentes, elles apparaissaient à l’improviste, toujours pour serrer de près Schopenhauer, et vanter constamment ses mérites. Non pas que le jeune professeur s’estimât vexé. Toutefois, elles ne lui disaient rien qui vaille, et les remarques d’Apollon lui-même n’étaient pas pour le rassurer. A croire qu’il se plaisait à entretenir un manque cruel de confiance dans ses propres rangs ! Ce qui n’entravait aucunement ses plans pour l’instant. Le Musagetès acheva son œuvre sous des trombes d’eau. L’Achéron s’avouait finalement vaincu.
Les yeux d’Archibald s’ouvrirent en grand malgré lui en découvrant le cours du fleuve barré d’une route de terre. Combien de temps avait duré cette épreuve décidée par lui seul ? Quelques minutes ? Une heure ? Un après-midi ? Archibald n’en savait rien… Mais à présent, il n’y avait plus de voile de bruine pour l’empêcher de contempler ce que son ancien ennemi avait accompli. Si les Enfers semblaient n’avoir rien à voir avec l’idée classique qu’il s’en était faite, les actes de Schopenhauer, eux, avaient des allures de miracle. Comme exténué et dépouillé de ses fonctions, Charon rampait misérablement à ses pieds.
« Tu ne te rends pas compte ! Hadès ne tolèrera pas cet outrage ! Réjouis-toi, si tu crois m’avoir humilié ! Mais tu ne sais pas ce qui t’attend ! » crachait-il à pleins poumons.
Mais Apollon ne lui accordait plus la moindre considération. Son regard s’était déjà porté à la rencontre de l’horizon rougeoyant, au-delà du fleuve infernal. A présent que le passage était ouvert, il devait le franchir sans tarder. Il n’avait nulle place pour un nocher étrillé de la sorte… Comprenant qu’il ne pouvait pas même espérer une réponse, Charon se redressa piteusement, de la cendre coulant de ses mains crochues.
« Alors, c’est ainsi, tu penses déjà avoir disposé de moi. Mais tes prouesses ne changeront rien ! Combien de forces as-tu laissées pour accomplir tout cela ? Et tu viens seulement de faire ton entrée aux Enfers ! Toi et ta misérable bande, vous n’irez pas bien loin, quoi qu’il arrive ! Si jamais tu parviens à maintenir ton chemin ouvert assez longtemps pour le traverser ! »
Trop occupé à vitupérer, le vieux passeur n’entendit pas les premiers échos d’une étrange musique. Le sens des paroles d’Apollon Schopenhauer lui échappa donc quelques instants…
« Il vaudrait mieux pourtant qu’il tienne, et même encore dans une demi-journée. Ma misérable bande pourrait bien avoir besoin de plus de temps encore. »
A chaque mot, les notes d’abord lointaines avaient pris un peu plus le pas sur la voix, et Charon réalisa tout à coup ce qu’il avait occulté. De la même manière que Bellérophon lui était apparu, un autre homme avait surgi maintenant à la lisière du sentier. Et cet homme, les yeux mi-clos, jouait de la flûte, un instrument peu commun façonné dans un coquillage… Etait-il seul ? N’y avait-il rien d’autre à tirer des paroles sibyllines de Schopenhauer ? Le soulagement de Charon ne dura que le temps d’un battement de cœur.
Car ensuite il les vit.
En rangs serrés, dix de front, marchant à vive allure dans un ensemble à l’harmonie éclatante, l’armée d’Apollon Schopenhauer s’offrait finalement à sa vue. Soldats aux silhouettes élancées, leur peau blanche était quasi-translucide, leurs veines délicatement apparentes, et une surprenante lumière semblait rayonner de l’intérieur même de leur corps diaphanes. Charon, comme quiconque, ne pouvait par contre distinguer n’était-ce qu’un seul visage parmi cette troupe. Chacun d’entre eux arborait un casque façonné à la manière hoplite, mais si puissamment engoncé sur leur crâne qu’il paraissait être un prolongement de leur être tout entier. A leurs bras, bouclier et glaive de bronze poli brillaient tel de l’or en fusion, et leur cohorte se chiffrant en plusieurs centaines de soldats se déversait sur le sentier à la façon du métal dans la forge. Bientôt, ils passeraient devant Charon, ils l’écraseraient dans leur marche forcée s’il ne s’écartait pas, sans même se soucier du cadavre qu’ils laisseraient derrière. Il émanait de cette baroque armée toute la brûlante détermination d’Apollon. Et le vieux nocher n’était plus aussi sûr que son maître en ait pris la pleine mesure !
« Les Hyperboréens, murmura celui-ci, doucereux. Connais-tu cette peuplade ? On raconte que leur séjour est un véritable paradis sur terre, et qu’Apollon s’en va tous les ans y passer l’hiver… »
Il eut un rêve de sourire qui devint loup.
« Avec l’Hélicon, je n’ai pas seulement gagné une forteresse, mais une armée… Il ne m’a pas fallu longtemps pour les découvrir aux environs de cette nouvelle retraite, et réveiller leur instinct guerrier, au nom du Soleil. Ils ne craignent ni la maladie, ni la mort, et me sont entièrement dévoués. Ce sont les meilleurs guerriers que j’ai jamais rencontrés. Peut-être que pour autant je ne suis pas Apollon ? Mais c’est en ce nom que je suis venu châtier Hadès en son propre royaume. »
Son ricanement figea le cœur de Charon dans une gangue de glace. Comment était-ce possible ? D’où tirait-il une telle puissance ? Le vieux nocher savait bien qu’il n’appartenait pas à la sphère des influents, de ceux qu’Hadès tenait au courant de ses visées. Cependant, l’épisode de la Fontaine de Jouvence et de la disparition de Cendrillon aux Enfers lui étaient évidemment connus. Apollon… Les Muses… Il n’y avait pas d’illusion !
Locke, quant à lui, salua son ancien camarade de classe d’un geste désinvolte.
« Salutations, monseigneur ! Nous voilà ! Nous partîmes cinq cents; mais par un prompt renfort, nous nous vîmes trois mille… »
L’ex-Lord Funkadelistic mit fin à sa tirade sans attendre un mot de plus.
« Je constate que tes mélopées ont su faire merveille ! le félicita-t-il toutefois. Mes soldats sont là, et même en avance ! Je dois bien avouer que je pensais devoir les faire patienter un peu au bord du fleuve… »
Archibald n’écoutait plus, se jetant dans les bras de Kate, qui avait mis pied à terre après avoir chevauché en tête de l’armée d’Apollon. Charon n’avait pas pris la peine de s’attarder sur elle, tant il était abasourdi par les Hyperboréens. Sa position tranchait quelque peu avec l’ensemble des fantassins, d’autant que sa monture n’était autre que Pégase ! Le coursier volant était réapparu sans que son cavalier l’appelle, le matin même de leur départ pour les Enfers. Que voulait-il exactement ? Archibald n’en savait rien, mais il lui avait aussitôt confié la jeune femme ! Un vœu muet de sa part dans l’espoir de protéger Kate ? Ce n’était pas exclu… Il ne souhaitait pas qu’elle se retrouve en éclaireur avec lui et Schopenhauer rôdant dans les parages, pas plus qu’avec le seul Locke à proximité. Avec par contre la présence de la cohorte dorée, et surtout l’assurance que Pégase pourrait l’emmener au loin à tire d’ailes en cas de danger trop grand, le jeune professeur se sentait beaucoup plus libre.
Sans lui lâcher la main, Archibald se tourna vers Pégase. La monture dont Kate avait pu profiter jusqu’à maintenant ne resterait pas plus longtemps avec eux. Le jeune homme, toujours assez hésitant en sa présence malgré la folle chevauchée qui lui avait redonné courage et envie, se permit une petite tape amicale sur la joue.
« Eh bien, c’est gentil à toi d’être venu… Je ne veux pas te retenir, reprend ta liberté. Si jamais tu peux repasser plus tard par contre, et nous attendre ici… On ne sait pas ce qui pourrait se produire après tout ! Peut-être que nous emprunterons le même chemin pour rentrer. »
Bien entendu, Pégase ne se répandit pas en paroles, mais gratifia l’assemblée d’un hennissement fougueux ! L’animal paraissait toujours disposer d’une conscience bien plus aiguisée que celle d’un cheval commun. Archibald avait compris depuis un certain temps qu’il ne côtoyait pas un simple canasson doté d’une paire d’ailes. Et voilà donc que Pégase les quittait alors que son aide se serait certainement avérée précieuse. Mais le jeune homme ne se sentait pas le droit de lui imposer sa volonté, ou en tous cas d’essayer de le brimer ainsi. Ce n’était pas de cette manière que la complicité entre le cavalier et sa monture mythique s’épanouirait le mieux...
Charon ne savait pas s’il devait se réjouir ou pas du départ de Pégase. Le vieillard pouvait-il trouver encore une quelconque satisfaction à cette journée ? Son quotidien imperturbable venait d’être balayé aussi sûrement que l’Achéron en furie. Qu’il s’agisse des soldats, des derniers arrivés ou de ce Bellérophon de pacotille, aucun d’eux ne semblait plus lui gratifier la moindre importance depuis que le fleuve dont il était un gardien avait été dompté. Le passeur infernal n’existait que pour sa fonction, et le rappel était cinglant. Toujours hagard, il ne se rendit pas compte qu’Apollon l’avait rejoint.
« Relève-toi ! le tança-t-il sans ménagement. Ta mission n’est pas achevée, et les âmes ne doivent pas attendre. Le fleuve est toujours praticable pour ta barque, mais attention tout de même aux remous…
- Pourquoi… Pourquoi me dis-tu ça ? croassa Charon. Est-ce que tu comptes m’humilier plus encore ? Tu sais bien que ma punition sera bien pire que tout ce que j’ai déjà enduré au cours du temps.
- Que pourrait bien te reprocher Hadès ? rétorqua Schopenhauer. Tu ne pouvais rien contre moi, à part m’opposer ton venin, poursuivit-il, relatant simplement des faits, sans émotion. Ton maître savait ce qu’il adviendrait, souviens-toi de cela après mon départ, vieil homme. »
Le nocher parut se reprendre quelque peu. Mais ce n’était plus un geste de rébellion contre Apollon, ou une bravade désabusée. Il était Charon, et il avait un rôle à assumer. Et tout ce qu’il était capable de faire désormais se résumait à cela, reprendre sa tâche interrompue.
« Ce combat n’est plus le tien, acheva précisément Apollon. Nous allons maintenant partir.
- Tu comptes rallier Dité ? s’enquit le vieillard d’une voix sourde. La cité aux murailles de flammes où ta promise est détenue captive…
- Je constate que ma descente aux Enfers est déjà écrite, nota Schopenhauer avec une note d’aigreur amusée dans la voix. Oui, je me rends à Dité, et j’espère ne pas éprouver les mêmes sentiments que Dante à sa vue… »
Puis, d’un geste, il donna à ses troupes le signal du départ. La traversée de l’Achéron à pieds secs débutait, livrant Charon à son triste sort.
Kate et Archibald rejoignirent l’ancien Lord Funkadelistic en tête du cortège, Locke le dernier de leur petit groupe de quatre. Les Muses avaient changé de formation, se déployant en losange à présent, qui s’étirait sur l’ensemble des forces armées, de Schopenhauer au dernier de ses soldats. Après quelques dizaines de foulées, le rivage s’éloigna de façon plus significative, et la tension monta de nouveau dans les rangs. Le jeune professeur savait que bien que ce soit beaucoup moins démonstratif maintenant, Apollon nourrissait encore ce passage à travers les eaux de sa magie. S’il perdait pied - et c’était le cas de le dire ! - et que celui-ci se refermait sur eux dans quelques minutes, ils se noieraient, avant même d’avoir pu affronter un seul ennemi.
Archibald n’avait pas tellement envie de finir comme un pharaon et ses chars pas assez rapides ! Et ils avançaient en plus sans autre moyen de locomotion que leurs jambes… Pas de quoi s’estimer facilement à l’abri d’une déferlante ! Chacun en était conscient, mais préférait ne pas en parler, d’autant plus qu’ils s’étaient cette fois définitivement engagés dans cette voie. De chaque côté, un véritable mur de ténèbres mouvantes les enserrait. Dans cette pénombre à peine troublée par les lueurs crépitantes de l’armée, tout à coup aussi fragiles et fugaces que des lucioles en pleine nuit, ces retenues d’eau étaient pareilles à des miroirs glacés et fangeux. Kate avait l’impression de discerner d’inquiétantes silhouettes s’y dessiner, comme autant d’apparitions brumeuses, remontées des profondeurs du fleuve.
« Ne regardez pas de trop près, les prévint alors Schopenhauer, qui avançait sans un regard pour elles. L’Achéron signifie « celui qui roule des douleurs »… Ces eaux sont maudites. D’autant plus que le Cocyte est l’un de ses affluents.
- D’après Virgile, commença Archibald en se raclant la gorge, le Cocyte alimenterait plutôt un marécage.
- Il n’a pas tort, admit Apollon, mais une partie des larmes des pénitents qui lui donnent naissance finit dans l’Achéron. Vous avez là un concentré de remords, de lamentations, et de pleurs désespérés ! Le destin triste du fils du ciel et du soleil qui avait voulu se rebeller contre Zeus, cracha-t-il avec mépris. Ne vous laissez pas influencer. »
Si Kate n’avait pas l’air rassuré, son fiancé ne l’était pas plus. Ils avaient beau avoir étudié tous les renseignements de ce type durant plusieurs jours, les sentir si proches de soi désormais… Archibald grinça des dents.
« On se croirait vraiment devant le tableau d’Edward Munch… Avec dix mille copies jetées à la mer…
- C’est normal, la curiosité, fit mollement Schopenhauer, visiblement bien peu préoccupé par ces visions fugaces mais répétées. Nous les attirons, mais si vous restez à distance, il n’y a rien à craindre. »
Un moment encore, leur traversée progressa, le silence seulement troublé par la marche en cadence des soldats hyperboréens. Eux affichaient une mine aussi peu incommodée que les Muses. Et toute la troupe d’Apollon Schopenhauer était maintenant parvenue à mi-chemin, la rive opposée de l’Achéron se détachant déjà un peu à l’horizon, ligne anthracite serpentant dans le brouillard.
Mais ni Apollon, ni ses Muses ne décelèrent à cet endroit la présence de la figure qu’Hadès leur avait opposée plusieurs fois, son bouffon personnel… Drapé dans sa tenue moulante à damiers, ses clochettes s’agitant craintivement dans la bise, il faisait rouler des billes de verre entre ses doigts. Le Fou contemplait l’avancée des troupes de celui qui un temps avait été dans le même camp que lui, franchissant l’Achéron à pieds après avoir coupé le fleuve en deux.
« Eh bien, si je m’attendais à cela ! gloussa-t-il. Comme c’est amusant ! Vas-tu te diriger vers le Tartare ? Ou droit sur Dité ? Et Bellérophon est bel et bien du voyage… Quelle famille ! Ce bon vieux Sisyphe, il a déjà causé bien des problèmes. »
Le Fou rit en se remémorant cette histoire, ou comment le grand-père du Bellérophon mythologique s’était joué de Thanatos après avoir bravé les dieux nombre de fois, capturant la mort elle-même pour plus tard s’enfuir une première fois des Enfers où il avait été condamné à demeurer en punition. Que ce Bellérophon, héritier de la lignée, revienne finalement semer le désordre, il n’y avait pas de quoi s’étonner !
Il tira soudain de sa tunique un jeu de cartes, les battit négligemment, et tira l’une d’elles sans les regarder…
« L’As de Pique. Intéressant. Qu’en dîtes-vous, seigneur Hadès ? »
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