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Auteurs, E-mail : Gillossen
Numéro ICQ : 72496479
Dernière Mise à jour : 20/01/2003

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Où le bluff ne tient plus et où les cartes sont redistribuées, Archibald tentant de prendre la main...

Chapitre 07 > Chapitre 08 [PDF] > Chapitre 09

rchibald se récria.
" Il va vraiment falloir que quelqu'un se décide à m'expliquer certaines choses ici-bas ! "
Lord Funkadelistic lui sourit, étonnamment placide pour quelqu'un dont la vie ne tenait plus à grand chose si ce n'était la pression de deux doigts sur une corde.
" Oh, tu sais Bellérophon, ce n'est pas ici-bas comme tu dis que sont prises les décisions…
- Je ne m'adressais pas à toi, je pense que tu aurais pu t'en douter, ne le laissa pas poursuivre plus avant le jeune homme. Tu es très loin de m'intéresser.
- Je comprends tout à fait que mon sort t'indiffère, mais… "
A nouveau, Lord Funkadelistic s'interrompit. Kate, ou quel que soit son véritable nom, avait accentué sa pression sur sa gorge.
" N'ai-je pas été assez claire ? Je ne veux pas te voir ne serait-ce que cligner des yeux, dicta-t-elle d'un ton dur.
- Très bien, concéda le ténébreux Ennemi, comme si c'était lui qui était toujours en position de distribuer les cartes, attitude qu'Archibald détestait par-dessus tout chez lui. Je te présente mes excuses en ce cas, mais puisque tu n'avais pas tes flèches d'argent typiques de Diane, j'ai cru que…
- Tais-toi. "
Le jeune homme n'avait encore jamais vu sa fiancée employer un ton aussi ferme. Et en cet instant, il n'avait pas la moindre envie de faire une plaisanterie sur les circonstances de leur vie privée où il aurait bien aimé qu'elle fasse preuve de la même poigne… Kate était comme transfigurée. Mais s'il convenait qu'il pouvait après tout avoir des réunions de famille et plus encore avec un cheval volant du fait de son nom, Archibald ne comprenait pas du tout ce qu'il pouvait bien en être avec sa fiancée. De près ou de loin, Kate McMarnish n'entretenait aucun rapport avec la mythologie grecque. Alors, qu'est-ce que c'était que de toute cette histoire avec Diane désormais ?
" Archibald… Tu dois retourner auprès des envoyés de la Tour qui sont ici.
- Partir sans toi ? Si tu crois que je vais te laisser toute seule avec ce malade, tu te… "
Le jeune homme ravala ses paroles tandis que Kate le fusillait du regard. Sa fureur ne semblait pas dirigée contre lui cependant, mais la jeune femme était indéniablement portée par une urgence sans borne, une fièvre qu'il n'avait pas remarquée de prime abord.
" Ecoute-moi Archibald, ce n'est pas le moment de jouer les héros ! Tu dois t'enfuir, et te rendre là où tu peux espérer être en sécurité ! Si tu crois que parce ces deux sbires sont morts et leur chef tenu en joue, tout est terminé, tu te trompes. Je ne veux pas prendre le risque que tu… "
De grands cris se firent entendre de l'extérieur du chapiteau, et une bâche se releva avec fracas. Kate ne perdit pas une seconde. Frappant Lord Funkadelistic au creux du genou droit, elle le fit tomber lourdement, tête basse, sans que celui-ci ne manifeste un mécontentement certain. La flèche encochée de Kate visait désormais sa nuque roide.
" Si vous tentez quoi que soit, je tue votre… " commença-t-elle, avant de s'interrompre net.
Les personnes qui venaient d'entrer en piste à leur tour n'étaient pas celles qu'elle redoutait. Les déposant tout juste de son balai, Esmeralda avait fait son entrée en compagnie de ses deux passagers du jour, Lacyon et le Marquis de Carabas, pour une fois l'un comme l'autre sur la même longueur d'onde, c'est à dire complètement désorientés.
" Ainsi, vous êtes parvenus à capturer l'Ennemi…
- C'est à dire que ce n'est pas moi qui m'en suis occupé, voulut s'expliquer Archibald, et je dois vous dire que…
- N'approchez pas !
- Kate, mais pourquoi ? fit le jeune homme en se retournant vers sa fiancée.
- Pourquoi ? Parce que je ne suis pas venue jusqu'ici pour leur livrer cet homme. Surtout pas maintenant que je connais la vérité.
- En êtes-vous sûre ? la questionna Lacyon, d'un ton bien plus sérieux que celui usité d'ordinaire par la fée.
- Je sais tout ce qu'il y a à savoir, il est inutile de tenter de me mentir ! Quand je pense que vous savez tous ce qui s'est réellement passé ! Et que vous continuez en silence à soutenir votre supérieur ! "
A ces mots, le Marquis de Carabas baissa la tête, penaud. Il connaissait déjà Kate depuis la sortie estivale et le tournoi de beach-volley durant lequel ils avaient fait équipe. Lacyon paraissait beaucoup plus sérieuse et avait recouvré l'expression qu'Archibald lui avait connu avec étonnement lors de leur voyage en carrosse à destination de cette cité. Si le jeune homme avait deviné que Lord Funkadelistic n'en avait certainement pas après Cendrillon lors des circonstances de sa mort, il devait bien reconnaître son ignorance à propos de ce que Kate prétendait savoir. Mais s'il lui fallait choisir, il ne renierait pas sa fiancée, qu'elle ait raison ou tort.
" Vous voilà bien attrapés ! se fit à nouveau entendre Lord Funkadelistic, sans pour autant se redresser ou tenter le moindre mouvement. Vous ne me ramènerez pas pieds et poings liés à la Tour ! Jamais !
- Ce n'est pas le moment de fanfaronner. Je ne crois pas que tu aies trouvé une alliée, répliqua Lacyon, conservant son sérieux plus que de raison.
- En effet, ne vous méprenez pas, renchérit Kate, toujours aussi impériale aux yeux de son fiancé. Je ne suis pas de son côté, absolument pas ! Mais je ne pencherai pas du votre.
- Vous comptez le relâcher ?
- C'est toujours mieux que d'attendre là à ne rien faire ! Vous ne savez pas le danger que nous courons ! Tous ! Si nous restons ici sans agir si ce n'est palabrer ! Lui-même, fit-elle en désignant Lord Funkadelistic du menton, ne sait pas ce qu'il risque d'avoir déclenché en éliminant ses deux gardes du corps !
- Mademoiselle Kate… Qu'allez-vous faire exactement ? ne trouva rien d'autre à faire que pleurnicher le Marquis de Carabas.
- C'est très simple. Je laisse partir mon prisonnier tout en le gardant dans ma ligne de mire. Au moindre geste suspect, expliquait-elle aussi bien pour lui que pour Lord Funkadelistic, je n'hésiterai pas une seconde à tirer. Mais… Si de votre côté, vous tentez de vous interposer, je ferai la même chose. Je veux que chacun puisse repartir d'où il est venu ! Est-ce bien compris ? "
La fée hocha la tête avec réticence, tandis que le Marquis de Carabas avait déjà capitulé. Ils ne pouvaient rien faire. S'en prendre à la fiancée d'Archibald Bellérophon était proprement hors de question, quel que soit le cas de figure. Si Esméralda la sorcière n'avait dit mot, cela ne l'empêchait pas de suivre ces échanges tendus avec un vif intérêt. Archibald était pratiquement certain sans avoir pourtant la moindre preuve qu'elle se ferait un plaisir de rapporter tout ce qu'elle avait vu et entendu maintenant lors de cette étrange réunion… Il aurait bien aimé que sa position soit aussi simple ! Il avait beau être aux premières loges, il se sentait totalement retourné alors qu'il pensait quelques instants seulement auparavant avoir les choses en mains !
" Vous ne savez pas ce que vous faîtes tous autant que vous êtes ! clama alors Lord Funkadelistic, tandis que Kate relâchait finalement sa garde pour lui permettre de quitter le chapiteau par la voie opposée à celle qui avait vu entrer les envoyés de la Tour. Merci de ce cadeau ! Cette fois, vous êtes allés trop loin ! C'est un affront de trop ! Mais dîtes bien ceci de ma part à celui qui vous dirige : à présent, si même Bellérophon a réussi à deviner la vérité, croyez-vous que vous puissiez encore longtemps l'entraver ? Et ne songer même pas à contrecarrer mes plans ! Je trouverai la Fontaine de Jouvence, et ensuite, vous paierez tous ! Tous, que ce soit pour vos actes ou votre lâcheté ! Je vous suis gré de m'avoir démontré que malgré tout, je m'étais montré trop clément. Vous n'en méritez pas tant, et vous comprendrez votre erreur lorsque nos chemins se croiseront à nouveau ! "
L'Ennemi n'avait plus rien du jeune homme pondéré et distingué qui demeurait stoïque même au cœur d'une bataille acharnée. Ou soumis sachant qu'il n'avait rien de mieux à espérer comme il l'avait été avec Kate. Le fait qu'il se sache désormais libre après avoir sans doute réellement estimé que cette fois la roue avait tourné définitivement pour lui semblait l'avoir plongé dans une euphorie maladive. C'était un regard de dément qu'il promenait sur la maigre assemblée présente sous le chapiteau, se retenant à grand peine d'éclater de rire quand il posa les yeux sur les dépouilles d'Arès et d'Eris, qui déjà se désagrégeaient et retournaient à la poussière dont ils étaient issus.
Lorsque Lord Funkadelistic eut disparu pour de bon, éparpillant ces résidus de glaise comme une vague de sable en plein désert, Kate céda. Toute la pression accumulée en elle se relâcha d'un seul coup, alors que les scories des victimes du combat s'abattaient sur eux, se libérant en sanglots incontrôlables de ses entraves. Archibald se précipita juste à temps pour la retenir et la serrer dans ses bras alors qu'elle s'effondrait à terre, la protégeant de ce vent de mort que Lord Funkadeslistic avait soufflé sur eux pour couvrir ce qui demeurait une fuite malgré ses artifices, aussi impressionnants fussent-ils une fois de plus...
" C'était si dur, Archibald, si dur…, murmurait Kate en gémissant. Je n'étais pas préparée à ça. Oh, non, je n'étais pas prête. Et tu n'étais pas là… Tu n'étais pas là pour moi… "
Le jeune homme la contempla sans pouvoir rien dire. Il s'y escrimait pourtant de toutes ses forces, mais les mots refusaient obstinément de sortir de sa bouche, se brisant avant même d'avoir franchi sa gorge, encombrée elle aussi par un torrent de pleurs cuisants. Kate était tellement fragile brusquement ! Ses doigts se posaient sur elle en tremblant, de peur tout à coup de la briser. Pourquoi fallait-il que ses forces se détournent d'elle maintenant ? Archibald lui caressa le front, sa vision voilée par ses larmes. Brûlant. Il était brûlant. Le jeune homme crut qu'il allait avoir des nausées. Kate était souffrante, alors que rien ne laissait présager cela. Il ne savait absolument pas ce qu'il fallait faire. A quoi pouvait bien lui servir les pouvoirs de son héritage dans un cas pareil !
A rien !
" Ne pleure pas Archibald…, le morigéna-t-elle doucement. Ce n'est pas la peine… Je suis juste… fatiguée… "
Et ses paupières se refermèrent.
Ce n'était pas permis ! Kate ne pouvait pas lui revenir ainsi, malade et délirante ! Que lui était-il arrivé ? Lorsqu'il l'avait quittée peu de temps avant la rentrée, lorsqu'il l'avait revue à l'occasion de ce concert à Paris, tout allait bien entre eux. Le destin avait-il encore frappé pour les séparer ? Elle n'avait qu'à rester auprès de sa mère, quand elle n'était pas à la faculté pour suivre ses cours ! Pourquoi fallait-elle qu'elle soit encore la victime ? C'était tellement injuste de la voir ainsi ! Archibald avait sur les lèvres le goût de larmes bien amères. C'était une Kate surgie de nulle part qui venait de le sauver, lui et sans doute bien d'autres personnes alentours, et voilà qu'elle s'effondrait littéralement à peine le danger écarté. Le jeune homme l'étendit aussi doucement que possible sur l'arène ensablée. Il fallait qu'il reprenne ses esprits. A tout prix.
Archibald se tourna vers la sorcière.
" Esméralda, qu'est-ce qu'elle a ? Dîtes-moi que vous pouvez faire quelque chose ! "
Avec une sincère contrition, la jeune femme s'approcha, son balais dans le dos. Le Marquis de Carabas s'empourpra lorsque la sorcière se baissa, ses jambes demeurant bien droites, sa pose moulant un peu plus ses formes…
" Ma foi, Archibald, je ne sais quoi vous répondre, choisit-elle ses mots avec autant de tact que possible pour ne pas alarmer un peu plus le jeune homme éploré. Elle n'a pas subi d'enchantement, si c'est ce que vous redoutiez. Ni de possession. Je ne détecte pas de sort magique autour d'elle. Par contre…
- Quoi donc ? Je vous écoute !
- La magie bouillonne en elle…
- La magie ? rugit Archibald, interloqué. Esméralda, cette jeune femme est ma fiancée, elle n'est pas originaire de ce monde, elle n'a rien d'une magicienne telle que vous l'entendez ! Même chez nous, elle n'a jamais été attirée par ce genre de choses, que ce soit faire tourner les tables, ou tirer les cartes !
- Ne vous mettez pas en colère, cela ne changera rien. Tout ce que je peux vous dire pour l'instant, c'est qu'elle est inconsciente, c'est tout. Elle est épuisée, à bout de forces. Mais rien de plus. Il n'y a pas de malice là-dedans.
- Mais pourquoi… Pourquoi est-ce qu'elle… Comment… " bredouillait Archibald, tandis que son pouls s'apaisait d'une poignée de battements.
La pétulante sorcière se redressa lentement, compatissante, s'appuyant sur son balais, comme si le poids des soucis d'Archibald était passé en partie sur ses épaules.
" Pour tout cela, je ne peux malheureusement pas vous répondre… " lui répliqua-t-elle avec un regard en coin pour les deux représentants de la Tour qui attendaient un peu à l'écart qu'Archibald leur adresse enfin la parole.
Mais ce n'était pas dans les plans immédiats du jeune enseignant. Il voulait demeurer auprès de Kate. Ils devaient en tous cas tous quitter les lieux avant que les hallebardiers du Roi Nougat n'investissent la place. Ou le public de plus en plus mécontent qui ne tarderait sans doute pas à entrer de gré ou de force depuis le temps qu'il patientait dehors sans savoir ce qui se tramait sous le chapiteau malgré ce qu'ils pouvaient entendre. Quand bien même Archibald pourrait facilement se justifier et faire valoir ses droits sans parler de son amitié avec le souverain pour éviter tout problème avec cette maréchaussée, il n'avait aucune intention de perdre du temps à palabrer avec eux ! Il fallait qu'il s'occupe de Kate avant tout !
" Esméralda… Pourriez-vous la prendre avec vous, sur votre balai ?
- Ne préférez-vous pas la confier à…
- Non, décréta avec certitude le jeune homme. Je tiens à éviter tout contact avec la Tour pour le moment. Il est hors de question que j'y laisse ma fiancée. Enfin, Esméralda, par pitié… Ne me dîtes pas que vous et vos amies ne pouvez pas…
- Si, si, bien entendu. Comptez sur moi. Mais vous ne venez pas avec moi ? "
Archibald secoua la tête.
" Non, pas tout de suite, j'en suis le premier désolé. Plus tard… Toutefois, je ne suis pas certain de pouvoir vous retrouver. Cherchez moi au palais du Roi Nougat, si vous n'avez pas de nouvelles. "
La mine défaite d'Archibald avait changé. Une sombre résolution avait remplacé le désespoir sur son visage.
" J'ai atteint la limite de ce que j'étais en mesure d'encaisser, à tous les niveaux. Je me doutais bien qu'on me mentait sur certains points, mais je ne pensais pas que cela puisse aller aussi loin que là où mon intuition m'a conduit. "
Il parlait autant pour lui-même qu'il s'adressait à la sorcière. Archibald était à nouveau debout et prêt à entrer en piste, après avoir confié sa fiancée à Esméralda. Il ne pouvait rien faire de plus pour le moment. Kate avait besoin de repos, et ce n'était pas en restant ici auprès de lui qu'elle pourrait le trouver.
" Que faut-il dire au Doyen ? papillonna enfin la fée Lacyon, bien loin de son gouleyant habituel.
- Racontez-lui ce que vous voulez. Ca n'a aucune importance de toute façon, rétorqua le jeune homme du tac au tac. Je suis sûr qu'il doit être au courant de plus de choses que moi bien qu'il n'ait pas été présent ici, alors… Et s'il ne me cachait pas autant de choses, je suis tout autant convaincu que certains… dérapages auraient pu être évités. Mais pour cela, il faudrait que l'on veuille bien me faire confiance ! tonna Archibald. Je pensais pourtant avoir fait mes preuves parmi vous, aussi bien de ma valeur que de ma loyauté ! Il faut croire que ce n'est jamais assez pour vous !
- Archibald…
- Ne m'approchez pas ! " gronda le jeune homme devant la main tendue du Marquis de Carabas.
Une nouvelle fois, Esméralda sursauta en ressentant la puissance magique qui émanait du jeune homme, qu'elle avait vu jusque là comme un garçon tout à fait ordinaire, sur ce plan-là. La chevalière qu'il portait à la main gauche en était la source. C'était donc cela, le pouvoir de l'Epée de la Chimère ? Il devait véritablement exister un lien tout particulier entre Archibald et cet artefact pour que celui-ci réagisse comme cela aux humeurs du jeune homme. Pourtant, il n'était pas magicien dans le sens où elle l'entendait d'ordinaire, pas plus que ne l'était sa fiancée, il avait eu tout à fait raison à ce sujet. Quelque chose de plus ancien faisait battre leur cœur lorsqu'ils avaient à s'enflammer, une puissance qui n'avait rien à voir avec le fait de voler sur un balai ou concocter un filtre d'amour. Voilà qui était des plus intrigants. Esméralda se sentait tout à coup plus concernée par sa mission qu'elle ne l'avait été de prime abord lorsque ses supérieurs avaient exigé d'elle qu'elle enquête sur Archibald Bellérophon...
" Je vais faire ce que j'avais à faire tout à l'heure. Et ce ne sera pas pour vous ! " s'emporta un peu plus Archibald.
Il avait été plus qu'ébranlé par ce qui venait d'arriver à Kate, et toute la hargne qu'il avait dispensée durant le combat ressurgissait à présent. Il lui fallait un but. Il n'en avait plus qu'un, et il ne pouvait pas être bien loin, aussi formidables que fussent ses aptitudes. Plus de question, pas avec lui en tous cas. Une fois qu'il lui aurait mis la main dessus, il laisserait parler ses poings.
" Il n'y a vraiment pas de quoi être satisfait de cette représentation ! grinça-t-il des dents. Je n'ai jamais aimé le cirque de toute manière, ça tombe bien.
- Plus un geste ! "
Archibald n'eut que le temps de faire volte-face pour découvrir une escouade d'hallebardiers prêts à l'embrocher, lui et les autres. Ils avaient été encore plus rapides qu'il ne l'avait redouté…
" Au nom de notre souverain le Roi Nougat, je vous informe de votre arrestation ! les somma leur capitaine. Veuillez nous suivre, et… Vous, et vous, désigna-t-il deux de ses hommes, saisissez-moi tous ces gens et commencez par ces jeunes femmes…
- Taisez-vous ! aboya Archibald. Le premier qui l'approche, je le massacre ! "
Lacyon balança tristement la tête. Il n'y avait rien de bon dans cette réaction. Bellérophon était en train de se comporter exactement de la même manière que l'Ennemi lorsque celui-ci avait été surpris par le Doyen lors de sa fuite avec Cendrillon. Tous les deux perdaient tout contrôle quand il s'agissait de la femme qu'ils aimaient. Si jamais le jeune homme continuait sur cette voie, il rejoindrait le destin de Lord Funkadelistic… N'y avait-il donc pas d'alternative ?

Le Doyen parut hésiter. Les nouvelles qu'on venait de lui transmettre à l'instant depuis le Royaume des Confiseries n'auguraient rien de bon. Il était impératif qu'il se décide. Ce n'était pas seulement pour lui, mais pour le bien de la Tour ! Bellérophon était allé au devant des prévisions, en parvenant à localiser Lord Funkadelistic, et plus encore. De leur rencontre, ou plutôt fallait-il parler d'affrontement sans merci, pouvait résulter des conséquences ô combien fâcheuses pour tous. A dire vrai, il était certainement trop tard pour tenter quoi que ce soit. Le vieux sorcier avait déjà choisi ce qu'il estimait le plus juste étant donné les circonstances. Le Doyen avait autorisé le professeur Derek à quitter la Tour pour rejoindre les envoyés présents sur les lieux des Jeux Pâtissiers. Pour le pire ou pour le meilleur, il était leur meilleur pisteur. Tout ce qu'il était en mesure de faire à présent était de le rappeler, sans être certain que cela ait de l'effet.
Le vieux sorcier avait pourtant hésité avant de prendre cette décision. Derek n'était pas un élément comme les autres… Et si un incident se produisait là-bas, surtout en cette période… Le Doyen avait toujours soutenu Derek du mieux possible, le défendant et le prenant sous son aile malgré sa particularité. Il était fier de ce qu'il avait accompli avec lui, et de ce chemin qu'ils avaient parcouru ensemble jusqu'à faire de lui un véritable enseignant, apte à faire face à toutes les difficultés de ce dur labeur. Il avait de quoi être satisfait ! Bien entendu, cela n'avait pas été sans heurt, pas entre eux, mais avec les autres personnages influents de la Tour… Encore aujourd'hui, Derek était un sujet difficile à aborder pour nombre des compagnons du Doyen, et ce d'autant plus lorsqu'il savait que le jeune homme devait faire régulièrement un séjour obligatoire à l'infirmerie. Si on venait à apprendre que le vieux sorcier l'avait envoyé en mission alors même qu'il traversait cette sensible période qui chaque mois le contraignait à se terrer loin de tous…
En cet instant précis, le Doyen concentrait néanmoins toutes ses forces sur la résolution de leur principal dilemme. Les plans de Lord Funkadelistic. Le vieux sorcier connaissait bien son ancien élève… Du moins… Il le connaissait sur certains points, qui eux, n'avaient pas changé avec le temps. Son orgueil démesuré et sa réticence envers l'autorité n'appelaient qu'un unique constat : s'il avait décidé de s'allier avec autrui, cela ne pouvait être qu'avec quelqu'un que lui-même considérait comme indéniablement plus puissant que sa personne. Mais qui ? Telle était la douloureuse interrogation qui ravageait le Doyen. Il existait une seule créature ayant inspiré une telle terreur qu'on ne l'évoquait plus qu'en cauchemar, même en Terres de Féerie. Son domaine s'était étendu autrefois aux confins de la Forêt des Rêves Multicolores, mais cela faisait maintenant des décennies entières que l'occupant de ce château lugubre avait été réduit en cendres. Le Doyen le savait mieux que quiconque, car on avait d'ailleurs expressément fait appel à la Tour du Savoir Secret Salvateur pour venir à bout de l'Empaleur…
Tout comme il avait appris que ce gothique domaine avait de nouveau un maître des lieux depuis quelques années, un jeune noble du nom de Adrian Farenheights Tepes, et dont on ne savait pratiquement rien, si ce n'était qu'il partageait une ascendance trouble avec l'ancien propriétaire du château… Sans jamais toutefois avoir laissé paraître le moindre penchant sanglant. Se pouvait-il qu'il fusse concerné ? Les récentes expéditions de gens de la région traversant la forêt empruntaient des itinéraires évitant précautionneusement de s'approcher du château, comme au temps de Dracula, c'était vrai. Lord Funkadelistic avait toujours été séduit par le romantisme de cette histoire, malgré son cynisme rampant. Mais de là à songer que… Le vieux sorcier fut secoué par un soubresaut plus intense que n'importe quelle crise d'arthrose ! Il bondit de son épais fauteuil en cuir, se saisit de sa cane, et jaillit hors de son bureau en trottant tant et plus. La Tour allait devoir prendre plus de décisions importantes dans les heures qui suivraient que durant une vie entière de potiron !

Derek fendit la foule qui s'était amassée près du cirque. Il ne s'était pas une seule fois senti à son aise depuis qu'il était en ville, et cette impression ne risquait pas de changer ! Tout ce qu'il savait, c'était que le Marquis de Carabas et la charmante fée Lacyon l'attendaient près d'ici. Mais pour l'instant, il avait uniquement croisé des gens à la mine déconfite et des hallebardiers rouges et dégoulinants de sueur comme une garniture à la fraise exposée trop longtemps au soleil. Peu importe. Le Doyen lui avait confié une tâche, et il ne le décevrait pas. Non, il se l'était interdit il y avait bien longtemps, lorsque le vieux sorcier l'avait sauvé de la vindicte populaire. Pour cela, et pour tout ce qu'il avait fait ensuite pour lui, Derek lui serait éternellement reconnaissant. Il n'avait pas à mettre en doute ce qu'il avait pu lui dire. Derek trouvait Archibald Bellérophon digne d'éloges ? Il l'appréciait ? Soit. Mais… Il s'était senti jaloux de lui, c'était tout aussi vrai.
Il n'avait pas vu le Doyen depuis près de deux longues années lorsqu'il avait reçu un courrier le sollicitant pour être professeur à la Tour du Savoir Secret Salvateur. C'était avec une joie immense qu'il avait quitté sa retraite pour rejoindre celui qu'il considérait ni plus ni moins comme son père. Peu de temps auparavant, il avait déjà entendu parler de Bellérophon, et s'en était troublé… Toutefois, en écoutant ce qui se disait de lui, dans la forêt, dans les hameaux qu'il avait traversés au cours de son périple, il lui avait fallu se rendre à l'évidence. Archibald Bellérophon n'était pas un mauvais bougre, et ce n'était pas un mince service qu'il leur avait rendu à tous en jetant à bas les projets maléfiques de l'Ennemi. La sympathie qu'il générait autour de lui n'était pas usurpée. A partir de là, Derek s'était attaché à adopter le même tempérament que lui, tout en étant plus réservé et en en gommant les défauts. Sans vouloir s'en flatter, Derek était plutôt content du résultat, qui avait rapidement porté ses fruits. Bellérophon lui-même avait paru déconcerté.
Mais le Doyen continuait quant à lui d'accorder toute son attention à ce dernier. Combien de fois l'avait-il reçu ? Combien de fois avait-il commencé par le houspiller, en public parfois, pour finir par lui donner raison ? Bellérophon avait pris bien trop d'importance à ses yeux pour que Derek puisse continuer ainsi à ne rien faire. Et voilà qu'il devait même se porter à son secours, c'en était trop ! Le jeune homme s'arrêta net et inspira une énorme bouffée d'air frais. Attention ! S'il se laissait gagner par la nervosité, qui sait ce qui allait encore lui arriver ? D'autant que la nuit approchait désormais. Il fallait se rendre à l'évidence, il ne trouverait pas ses compagnons de la Tour près du cirque. Si seulement il avait pu être là quelques heures plus tôt… Tout n'était pas perdu pour autant, puisqu'ils avaient de toute manière convenu d'un point de ralliement. Une auberge du nom de… Quel était le nom déjà ? Farfouillant dans ses poches, il ne regardait plus les passants, et l'un d'eux le bouscula. Son calepin se répandit sur le sol.
Pour la première fois depuis des années, Derek perdit toute retenue et son instinct prit le dessus. L'infortuné badaud se retrouva soulevé du sol, les pieds battant dans le vide, une poigne de fer se resserrant sur sa gorge.
" Mais, mais qu'est-ce qui vous prend ? hoquetait-il tant bien que mal.
- Avez-vous vu ce que vous avez fait ! Mes notes !
- Je ne vous avais pas vu… Par… Pardon… "
Derek lui adressa un regard fou. Mais lorsqu'il croisa celui de l'homme qu'il portait à bout de bras, complètement terrifié, cette colère subite le quitta sur le champ. Qu'était-il en train de faire ? Perdre pied ?
Le jeune homme laissa retomber sa proie les quatre fers en l'air, ramassa ses papiers éparpillés, et s'enfuit, jouant à son tour des coudes dans la foule éberluée, qui n'avait pas manqué de réagir à cet incident, sans pour autant oser s'interposer... En quelques minutes, Derek s'était formidablement éloigné du cirque, courant à perdre haleine, sans même regarder les rues qu'il empruntait. Il se retrouva rapidement dans les faubourgs…. La forêt n'était pas loin. Il pouvait en sentir les parfums… Les odeurs musquées des petits rongeurs… A nouveau, une bouffée d'envie gourmande le fit saliver. Le jeune homme se prit même à rêver d'une course sous la lune le ramenant à l'abri, dans ces chers sous-bois. Voilà qui était malheureusement impossible, se reprit-il en baissant les yeux, exténué. Que vaudrait sa parole, dans ce cas ? Ce ne serait même plus la peine de songer à retrouver les faveurs du Doyen.
Derek se reprit alors, comme il l'avait tenté déjà une fois auparavant lorsque l'agitation l'avait gagné. Il avait perdu tous ses repères en ville, mais un coup d'œil sur son plan devrait contribuer à dissiper ce problème. Cette auberge serait sans nul doute aisément reconnaissable, les représentants de la Tour ne pouvant loger que dans un établissement de qualité, à la réputation bien établie en ville. A présent, il n'avait rien de mieux à faire, simplement retrouver ses camarades afin de…
" Excusez-moi, noble sire, z'auriez pas l'heure s'il vous plaît ? "
Derek fut brutalement tiré de ses pensées par cette demande incongrue. Une dizaine d'hommes l'entouraient, surgis de nulle part dans cette ruelle ténébreuse. Il aurait dû à peine être capable de distinguer le reflet de leurs lames sous la lune, mais sa vue plus développée que la normale lui permettait de saisir bien des détails, notamment de leur tenue, tout aussi absurde que leur demande. Des pantalons de toile aux jambes trop courtes et déchiquetées en lambeaux, des chemises rayées, des sabres à la main, des anneaux aux oreilles, des dents en moins et des bandanas en plus… Des pirates ! Que pouvaient-ils bien pouvoir venir faire ici ? Derek huma l'air ambiant, au-delà des odeurs de pâtisseries vieillissantes… Il était vrai qu'on pouvait déceler le pétillant de la limonade venir vous chatouiller les narines. Il devait se trouver à quelques encablures des quais. Tandis que Derek en était maintenant venu à la conclusion que ses probables futurs assaillants n'étaient qu'une bande de traîne-guenilles, ceux-ci le détrompèrent.
" T'es bien prof à la Tour du Savoir Secret Salvateur, toi ?
- En quoi est-ce que cela vous concerne ?
- T'occupe !
- Ce n'est pas l'heure que vous vouliez ? répliqua Derek, pour diversion.
- Ne t'en fais pas, tu pourras nous la donner lorsque tu seras ligoté ! ricana l'un des pirates.
- Ecoutez, si c'est d'argent dont vous avez besoin pour assister aux Jeux Pâtissiers, ou de la nourriture…
- Non, non, non ! Nous, on veut seulement ce nouveau professeur de la Tour. Et on dirait bien qu'on a de la chance d'être tombé sur toi, pas vrai ?
- Bon, oui, je suis effectivement professeur là-bas, mais je ne crois pas que… ", voulut encore les raisonner Derek.
Un coup de sabre mit fin à la conversation.
" Allez les gars, on l'ligote, et… "
N'entendant pas de cris de joie de leur part, le pirate se retourna vers ses amis forbans, qui avaient visiblement oublié leurs instruments de musique... Ils levaient tous les yeux au ciel, bouche bée. Derek était monté sur un tonneau pour échapper à sa lame, mais si vite que personne ne l'avait encore remarqué avant cet instant, et encore moins le pirate qui était tellement certain de l'avoir frappé qu'il n'avait même pas suivi son sabre des yeux. Mais il n'avait fait que trancher du bois pourri.
" Mais… Quand c'est que t'es monté là, toi ! "
Derek ne parut pas entendre la question mais se tenait là bras écartés, et s'adressa aux flibustiers d'une voix tremblante.
" Je vous en prie, ne faîtes pas un pas de plus ! Vous vous trompez ! Ne vous a-t-on pas donné le nom de celui que vous deviez capturer ? Ne serait-ce pas Archibald Bellérophon ?
- Heu… "
Les pirates s'interrogèrent les uns les autres du regard. Maintenant qu'il le leur faisait remarquer… L'autre mousse à la gueule d'ange avait peut-être pas tort, mais ils n'avaient plus trop le temps de se poser des questions ! S'ils voulaient s'amuser un peu avec lui avant de l'rendre à leur capitaine, fallait se presser.
" T'es bien gentil de te soucier d'la réussite de not'mission, mais le Capitaine nous a demandé d'faire vite ! Dommage pour toi, on a pas toute la soirée ! C'est qu'on compte bien s'payer un coup à boire, alors, laisse-toi donc faire, mon joli !
- Et qui est votre capitaine ?
- Oh, l'autre ! soupira le pirate. Qu'est-ce que ça peut te faire ? Tu l'sauras bien assez tôt ! Nous, on est pas là pour parler, juste pour t'ramener !
- Dans ce cas… "
Derek plongea son regard dans la clarté laiteuse de la lune. Cela faisait si longtemps qu'il ne l'avait pas contemplée ainsi… Il avait cru qu'il serait transi de peur à l'idée de la revoir de nouveau, mais non… Ce n'était pas cela. Au contraire, c'était presqu'agréable. Oh, oui, c'était le mot. Derek sentit les larmes lui monter aux yeux. Ses bonnes résolutions étaient oubliées. Il s'apprêtait à trahir la parole qu'il avait donné au Doyen. Mais c'était pour mieux le servir ! Il ne pouvait pas se laisser capturer ! Et dire que c'était encore la faute de Bellérophon, puisqu'il était indéniable que ces pirates le confondaient avec lui ! Cette pensée le mit en colère. Plus que cela, elle le rendit tout à coup fou de rage. Il sentit sans vraiment en avoir conscience ses poings se serrer, ses muscles se contracter… Puis, sa pupille se dilata, de plus en plus, sa mâchoire commença à se déformer, ses os poussant, se faisant de plus en plus saillants, déformant sa colonne vertébrale. La douleur était si vive ! La vision de ce jeune homme debout sur un tonneau, rivé vers la voûte étoilée, se prenant la tête à deux mains en criant, n'était pas pour contenter les pirates.
" Bon, c'est pas le moment de l'laisser faire sa prière ! Découpez-moi ça en rondelles, les gars ! fit celui des flibustiers qui avait la plus grande gueule, sonnant la charge.
- C'est moi qui vais vous découper ! hurla alors en retour Derek, d'un ton qui n'avait plus rien de sa réserve habituelle.
Les visages des loups de mer se décomposèrent plus vite encore que lorsqu'ils étaient montés à bord d'un navire pour la première fois.
" J'y crois pas, c'est…
- C'est un loup-garou ! "
Les autres pirates n'eurent pas le temps d'aller plus loin que cette funeste constatation. Un monstre à la fourrure d'hermine et aux crocs ruisselant de bave avait bondi parmi eux et brisé leur cercle vicieux. Ils avaient beau être solidement armés et habitués aux bagarres en tous genres, les pirates étaient à présent très loin d'être rassurés quant à la réussite de leur mission…

A quelques centaines de pieds au-dessus de ce carnage en devenir, Lord Funkadelistic s'éloignait à tire d'aile en direction de son palais lunaire, montant un dragon de brume onyx, la dernière facétie imposée à Haine, qui s'était donc transformée en destrier cracheur de flammes. Mais alors qu'il s'apprêtait à franchir la barrière des nuages, une déflagration hallucinante se propagea depuis les cieux, et faillit le désarçonner, le condamnant à chuter dans le vide. Instinctivement, après avoir ajusté d'un doigt ses petites lunettes rondes qui avaient également souffert de ses soubresauts involontaires, l'Ennemi porta son regard aux limites de l'horizon, au-delà de la Forêt des Rêves Multicolores. Le château d'Adrian Farenheights Tepes brillait de mille feux, comme si le soleil s'était oublié et était reparu au milieu des autres étoiles alors que la nuit n'était pas encore terminée. Après avoir été plongé dans les ténèbres les plus opaques durant des décennies…
Lord Funkadelistic sentit un frisson courir sur son échine. Peut-être était-ce le froid dont la morsure se faisait plus cruelle en altitude. Ou bien, était-ce parce que le maître immortel d'Arès et d'Eris l'avait pris de vitesse quelle que soit l'étendue de ses ruses et stratagèmes, pour résoudre en personne les difficultés qui lui étaient posées… Lord Funkadelistic savait bien que pour lui, ce n'étaient que des broutilles. A présent, le chemin étoilé du Palais de la Lune avait été rendu inaccessible. Il n'avait pas la moindre idée de ce que son… mécène avait pu leur réserver, car il ne serait pas le seul visé par son courroux. Et Lord Funkadelistic en était par contre déjà le spectateur privilégié, dominant les débats.
Avant d'en être la victime, lui souffla sa conscience…

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