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Cap du Caramel Mou n'était pas réputé pour ses seules plages
de sucre roux saupoudré de vanille. Si comme nous l'avons vu durant l'Eté,
tout un chacun pouvait s'y rendre et profiter des galets de calissons et autres
réjouissances du même ordre, une fois l'Hiver revenu, les véritables
possesseurs de ces terres reprenaient leurs droits. Et personne n'avait dans l'idée
de les leur contester. Bien sûr, il s'agissait de terres tout simplement
magiques, qui plus est gratifiées d'un climat idéal puisqu'il y
faisait toujours chaud et beau. Un endroit rêvé pour passer bien
plus que des vacances. Une péninsule paradisiaque. Le lagon bleu, en cent
fois mieux. Mais qui pour s'opposer aux pirates ? Ils étaient satisfaits
de ce territoire, et s'en contentaient. Dès lors, pour quelle raison leur
chercher querelle de toute manière, et s'embarrasser d'un conflit inutile
? Ils contrôlaient les côtes, et ne gênaient personne
Sauf que
Mais il n'est point encore temps de le révéler. Et
c'était ainsi, à quatre cents coudées de la grève,
que le Jolly-Roger, crasseux jusqu'à la coque, se prélassait
sur une mer d'huile, ou plutôt, de limonade. " Smee, Smee, Smee
! Dis-moi Smee ! J'ai fait un rêve ! J'ai fait un rêve ! " James
Crochet venait d'apparaître sur le pont supérieur, sa somptueuse
livrée à la mode de Charles II passablement froissée. Il
avait visiblement dû composer avec un sommeil agité. " J'ai
fait un rêve ! - Un rêve ? - Un rêve ! - Peter Pan
? - Peter P
En fait, non, pas Peter Pan ! " Le Capitaine Crochet
en était le premier étonné, maintenant qu'il en prenait conscience.
Tout autour de lui, ses hommes s'affairaient en chantant.
"
Tenez bon, hissez la voile ! Nous sommes les pirates, Si la mort nous sépare,
Nous nous retrouverons en enfer ! " |
Comment
cela se faisait-il ? Pourquoi ce maudit garnement ne lui était-il pas apparu
? Comment, lui, James Crochet, avait-il pu oublier n'était-ce qu'un moment,
Peter Pan ? Et pourtant, depuis combien de temps n'avait-il pas croisé
sa route ? Quand Peter Pan n'était pas là, ils ne faisaient jamais
la guerre. C'était là une idée qui ne leur traversait jamais
l'esprit. Voilà pourquoi sitôt avait-il eu connaissance de son départ,
il s'était lancé à sa poursuite, et son équipage avec
lui. Mais le jeune garçon s'était enfui bien trop loin à
l'intérieur des terres, au-delà de toute contrée connue d'eux,
et ils avaient donc jeté l'ancre ici
Désormais, Peter
Pan avait l'audace de disparaître de ses songes tourmentés ! Il y
avait des limites à tout ! Il fallait vraiment faire quelque chose pour
remédier à ce travers. Crochet observa ses troupes en silence. Sales,
dépenaillés, jurant, chiquant, buvant, crachant
Ah, qu'il
les aimait, tous, autant qu'ils étaient ! Il tapa du pied. " Smee
! Smee ! Vous devez m'aider ! - Tout de suite, capitaine ! - Ecoutez ! Mon
crochet d'apparat ! Je dois être de bon ton ! - Oh, mais vous l'êtes
déjà, capitaine ! - Ne discutez pas, Smee ! " Ainsi fut-il
décidé. " Compagnons flibustiers ! Êtes-vous avec
moi ? Est-ce que vous aussi, vous en avez assez, de cette existence ? De boire
la tasse dans ce sirop ? De vous prélasser en pêchant des coquillages
de meringue ? - Avec vous, Crochet ! " hurla l'un. Et le chur
des pirates tout entier reprit à l'unisson. " Crochet, Crochet,
Crochet, Crochet ! " Le vieux bonhomme malfaisant les considéra
d'un sourire cruel. " Merci, merci ! Merci, j'ai dit. Silence maintenant
! " Crochet n'aimait pas qu'on ne l'écoute pas attentivement lorsqu'il
prenait la parole pour se lancer dans un discours. " Camarades ! Nous
devons aller de nouveau à l'abordage ! L'infâme Peter Pan nous a
échappé une fois de plus ! scandait-il, crochet levé au-dessus
de la tête. Le fourbe, le lâche ! Eh bien, s'il croit pouvoir se jouer
de nous, il se trompe ! Mais chaque chose en son temps ! J'ai choisi
J'ai
choisi
De nous lancer dans une nouvelle campagne d'aventures ! On m'a apporté
un message l'autre jour
Je n'en avais pas tenu compte, et puis
, réfléchissait-il
à haute voix, tandis que ses hommes commençaient à se demander
où il voulait en venir. Hissez la grand voile ! rugit-il pour conclure.
Dépêchez-vous ! Nous partons ! " Smee lui-même, le
faible Smee, le patient Smee, ne comprenait pas comment le Capitaine Crochet pouvait
être sorti si vite de son apathie. Et vous non plus, mais il n'est point
temps encore de lever le voile. Son cur de pierre avait-il été
rappelé à son existence par une flamme nouvelle ? Quelle qu'en fusse
l'origine, son agitation était ravageuse. Tout l'équipage était
à présent parcouru de la même excitation. Ils allaient appareiller...
Six hommes suaient sang et eau pour remonter l'ancre et son énorme chaîne
capable de résister aux pires tempêtes, d'autres s'activaient aussi
bien à la poupe qu'à la proue, pendant que les plus chanceux, ce
qui n'était toutefois qu'une façon de parler, recevaient des instructions
plus précis de la part du Capitaine, sur les questions de navigation. Enfin,
les voiles s'enflèrent comme par magie au passage d'une brise sucrée,
et le Jolly-Roger fendit les flots jusqu'alors si paisibles

Archibald
fit la moue. Certes, l'invitation du Roi Nougat lui faisait plaisir. Lui au moins
le considérait vraiment comme un héros ! C'était écrit
en toutes lettres sur le carton d'invitation, et le jeune homme l'avait relu une
bonne cinquantaine de fois. Toutefois, de tortueuses pensées le préoccupaient,
et il avait la sinistre impression de se voir éloigné du centre
des évènements par le Doyen. Il lui cachait quelque chose, c'était
certain. Pourquoi, contrairement à ce qui s'était passé dans
son cas, Miss Indrema s'était-elle entretenue si discrètement avec
le vieux sorcier ? La dryade avait bien fait un rapport sur son entrevue surprise
avec l'Ennemi devant tous les professeurs réunis, mais il ne fallait pas
être très malin pour deviner qu'elle avait occulté une partie
des faits
Malheureusement, Archibald n'avait jamais été locataire
du 221 Baker Street. Ni du au 21 Jump Street, alors, pour ses qualités
de détective, il faudrait repasser
Et Derek ! Quel était
donc le tour que ce professeur tout sourire lui avait joué ? Impossible
de le retrouver en tête à tête pour tirer les choses au clair
! Pour un peu, il en aurait préféré le Prince Charmant !
Lui aussi savait être fourbe, mais il n'était pas très futé
: lorsqu'il était impliqué, il n'était pas bien compliqué
de s'en rendre compte. Archibald appuya férocement sur l'accélérateur.
Le moteur de la Vanquish rugit en engloutissant quelques bûches de
plus. Le jeune homme avait retrouvé son carrosse Martin Aston préféré.
C'était à son bord qu'il devait rallier la capitale du Roi Nougat,
afin d'être le représentant de la Tour du Savoir Secret Salvateur
sur les terres du Royaume des Confiseries. Le Doyen avait brièvement fait
le point de sa rencontre avec les émissaires des Jeux Pâtissiers,
mais il avait laissé à Archibald de quoi se documenter en route.
Cependant, comment lire tandis que vous deviez conduire ? En ayant recours à
un co-pilote ! Ou plutôt
" Je me demande si le voyage va être
long, soupira la fée Lacyon. - J'espère bien que non ! -
J'aime bien ce qui est long
- La seule chose de longue que j'ai, c'est
mon épée. - Ah, longue et dure, exactement comme j'aime
", roucoula-t-elle en entortillant ses boucles argentées autour d'un
doigt coquin. Le jeune homme avait levé les yeux au ciel. Effectivement,
le voyage risquait d'être très long. Archibald acceptait que le vieux
sorcier n'ait pas voulu le laisser partir seul sur les routes, mais tout de même
Pourquoi la fée ? Il se sentait déjà brimé de ne pas
avoir eu l'autorisation de se servir de la DeLorean, sous prétexte
qu'elle était trop voyante et qu'il était plus prudent de ne pas
se faire remarquer outre mesure, et voilà qu'il le plaçait sous
surveillance. Et quelle surveillance
A dire vrai, il fallait admettre que
la fée Lacyon présentait plusieurs avantages et qu'on ne pouvait
pas s'en passer aussi facilement une fois que l'on y avait eu recours. Toutefois,
il n'en demeurait pas moins pénible de devoir composer avec elle alors
que l'on aspirait à plus de tranquillité. Archibald grimaça
lorsque le carrosse percuta une grosse racine. Il y avait encore du travail à
faire sur les suspensions ! Ils devaient traverser la Forêt des Rêves
Multicolores, mais pour y rouler depuis trois heures, l'orée du bois semblait
tout sauf proche. Pourtant, c'était aussi pour cela que la fée était
là, parce qu'elle connaissait le moindre sentier et pouvait renseigner
le jeune homme de façon bien plus efficace que la consultation de n'importe
quelle carte. Sans compter que des cartes avec les mensurations de Lacyon, on
ne devait pas mettre le nez dedans tous les jours
Est-ce qu'elle était
en train de le perdre volontairement pour passer plus de temps seule en sa compagnie
? Archibald ne pouvait imaginer cela. Evidemment, cela pourrait correspondre à
un travail de sape comme seule la fée Lacyon en était capable, mais
même dans ce cas, elle n'obtiendrait pas les effets escomptés avec
lui. Après avoir freiné devant un panneau indicateur dont il
se demandait s'il ne l'avait pas déjà vu un moment plus tôt,
le jeune homme décida de changer un peu de conversation. Il avait des choses
à découvrir. " Dîtes-moi, Lacyon
Comment était
Lord
Comment était l'Ennemi lorsqu'il était élève
à la faculté ? - Oh, et pour la première fois, Archibald
la vit être désarçonnée, ce qui ne devait pas lui arriver
souvent, même dans l'intimité. C'est à dire
Je ne l'ai
pas beaucoup connu, je n'étais pas dans la même classe que lui. Et
puis, le Doyen a dû vous entretenir à ce sujet. - Il m'entretient
selon son bon vouloir. Et puis, j'aimerais autant avoir l'avis d'une élève
qui l'a côtoyé
Allons, vous n'allez pas faire la timide ! Et
puis, nous sommes loin de la Tour maintenant, il n'y a personne pour vous entendre,
à part moi. " Ce dernier point parut rassurer la fée. "
Très bien
C'était quelqu'un de très secret. Un véritable
génie, mais il ne paraissait pas se soucier de ses études. Il voyait
déjà plus loin. - Vous avez tenté vos charmes sur lui
? fit le jeune homme dans un sourire, imaginant déjà la scène
et le contraste entre les deux. - Je m'en suis bien gardée
, répondit
Lacyon, toute penaude. De ce côté-là, vous êtes semblables.
Vous ne me regardez pas. Vous n'avez d'yeux que pour une seule personne, et ce
n'est même pas la peine de chercher à vous en détourner. " Archibald
se sentit rougir. " Oui, enfin, c'est vous qui le dîtes
-
Vous cherchez à vous en défendre ? Vous tournez toutes mes avances
en dérision. C'est devenu un jeu pour moi aussi. Mais pourquoi faîtes-vous
ça ? C'est bien parce que vous considérez qu'il ne peut rien vous
arriver de sérieux avec une autre femme. - C'est vrai
, reconnut
finalement le jeune homme, tout en tentant de s'intéresser à la
route, mais n'ayant plus que Kate en tête. Mais j'avoue qu'imaginer Lord
Funkadelistic dans la même situation
Je n'ai pas tellement envie de
partager quoi que ce soit avec lui. - A l'époque, il ne portait pas
encore ce nom, ajouta sa co-pilote d'un ton rêveur. - J'ai cru comprendre
cela, répondit Archibald, en lui lançant un regard en coin. -
Je ne peux pas vous le révéler, anticipa la fée, d'un ton
aussi catégorique que lorsqu'elle vous passait les menottes aux poignets.
C'est quelque chose de tabou pour nous, depuis
Depuis que tout cela est
arrivé, avec le vol des Objets Magiques. - Et ce n'est pas encore terminé
", maugréa le jeune homme. De toute évidence, ce n'était
pas la peine d'insister. Le Doyen avait dû suffisamment imposer ses directives
pour qu'il n'arrive à rien. Tout le monde dans la Tour paraissait hermétique
à tout compromis sur cette question. Même Loup n'avait pas voulu
se lancer dans une recherche de renseignements et autres tentatives de corruption
Cela voulait tout dire ! Et en attendant, Archibald ne parvenait toujours pas
à retrouver son chemin. Le Roi Nougat était pourtant un voisin !
Il interrogea la fée une nouvelle fois à ce sujet, mais elle se
contenta de lui répondre qu'elle avait bien l'impression qu'ils suivaient
la bonne route. Le jeune homme aurait bien aimé en ce qui le concernait
pouvoir profiter de la puissance de son véhicule dernier cri. Il avait
bien mérité cette petite escapade, qui de plus à cette occasion,
était officielle. Rien à voir avec son séjour aux sports
d'hiver, pour qualifier pudiquement sa rencontre avec Santa Claus et ses camarades.
De plus, cela lui permettait de fuir quelque peu l'ambiance de la Tour, et ses
professeurs. En lieu et place de rééducation, il avait dû
endurer des cours de maintien et de courtoisie avec
Charmant ! Comme s'il
en avait besoin ! Ses parents avaient tout de même veillé à
son instruction, et il n'en avait pas fallu plus pour le faire bouillir intérieurement.
Le Doyen avait bien calmé les choses en expliquant que les habitants du
Pays des Contes avaient leurs propres règles de politesse, et que si lui
était venu enseigner les us et coutumes de son monde, il pouvait bien avoir
à l'inverse à suivre des cours. Mais c'était autre chose
de supporter Charmant, et cela, le vieux sorcier ne semblait pas vouloir le concevoir.
D'autant plus intolérable lorsque l'on savait qu'il avait été
plus qu'au bord de la trahison il y avait seulement quelques mois. Archibald en
conservait une aigreur supplémentaire vis-à-vis du Doyen. Eh bien,
qu'il garde donc pour lui toutes ses cachotteries, on verrait s'il s'en porterait
mieux ! Mais qu'il ne s'avise plus de recommencer à lui faire subir les
remarques volontairement blessantes de Charmant ! Ce nigaud s'en était
tiré à bon compte
Si le jeune homme n'avait déjà
pas eu tant de problèmes en tête, il lui aurait bien enseigné
quelques petites choses à propos de son monde, mais rien de commun avec
les formules de politesse
Notre héros respira profondément.
Il étouffait littéralement dans la Tour. La peur qui tenaillait
chacun de subir une attaque surprise de l'Ennemi, cette atmosphère lourde
de sous-entendus inavouables. Evidemment, les étudiants avaient pour unique
sujet de conversation toutes ces choses prétendument défendues.
Archibald aurait bien aimé être l'un d'eux plutôt qu'un professeur.
Il le savait de par ce qu'il vivait dans son monde d'origine, il préférait
le statut d'étudiant. Il préférait être un enfant et
ne pas se soucier de considérations pour grandes personnes. Toutefois
Brusque freinage. Et la fée Lacyon, surprise, manqua d'être projetée
là où son nom aurait été le mieux approprié
étant donné les circonstances. Le jeune homme venait de remarquer
un écureuil sur le bord du sentier. Après tout, pourquoi pas
"
Bien le bonjour, monsieur l'écureuil ! se risqua-t-il, s'accommodant déjà
des moqueries de la fée. Le petit animal roux le considéra un
moment les pupilles rondes, la noisette inquisitrice. Mais en définitive,
il ne garda pas le silence. " Hello, Archibald Bellérophon ! -
Ah, tiens, décidément
Et c'est le Doyen qui voulait qu'on
voyage incognito, c'est réussi, toute la forêt est au courant ma
parole
- Vous dîtes ? s'enquit l'écureuil tout en grignottant. -
Rien d'important
Alors, à part ça, ça va ? - Oh,
vous savez, les glands sont durs
" Que pouviez-vous bien répondre
à cela ? " Ma foi
Cela dépend tout de même des
circonstances, bégaya tant bien que mal le jeune homme. Pendant que j'y
suis
- Oui ? - J'aurais une question. - You are quite welcome.
- C'est gentil de votre part
, ne trouva qu'à répondre
le jeune homme, étonné de voir un écureuil manier sa langue
maternelle aussi bien que sa longue queue touffue. Eh bien, je voulais vous demander
Est-ce la bonne direction pour se rendre au Royaume des Confiseries ? - Oh,
vous vous rendez au paradis des grignoteurs ? Je confirme, vous êtes sur
le bon chemin, rassurez-vous. Continuez tout droit, puis prenez à droite
après le tronc d'arbre couché qui fait comme une fourche au-dessus
de la route, et
" Archibald sentit son enthousiasme redescendre.
Peu importe la dimension où vous vous trouvez, les êtres vivants
qui vous expliquent votre chemin rivalisent de détails qui ne peuvent que
vous embrouiller
" J'ai bien cru qu'il n'en finirait jamais ! décréta-il
un moment plus tard, alors qu'ils avaient repris la route. - En tous cas,
vous avez pu constater que j'avais raison, lui rappela Lacyon. - Certes ! Mais
tout de même, quel blaireau
, poursuivit Archibald, qui n'avait pas
du tout apprécié les gesticulations de l'écureuil parlant
alors qu'ils s'apprêtaient à repartir. Etait-ce sa faute si sa compagne
lui avait jeté ses noisettes à la figure parce qu'il était
en retard pour le déjeuner ? - Vous ne voudriez pas me laisser le manche,
Archibald ? fit la fée d'une voix qui pour une fois ne prêtait pas
à des allusions. - Pourquoi donc ? - Si vous n'êtes plus capable
de distinguer un écureuil d'un blaireau, vous devez être très
fatigué
" Le jeune homme faillit manquer le virage suivant.
Pour ménager la susceptibilité de la fée et pour sa propre
quiétude, il se retint de lui demander si c'était du premier ou
du second degré. Deux heures plus tard, les murailles de la cité
du Roi Nougat étaient enfin en vue. Mais Lacyon décréta qu'ils
devaient faire une courte pause avant cette ultime ligne droite. Archibald descendit
du carrosse en haussant les épaules. Si ça pouvait lui faire plaisir
Ils n'étaient pas attendus avant la soirée de toute manière.
Le jeune homme s'éloigna à travers le premier rideau d'arbres bordant
le sentier, laissant derrière lui la fée. Qu'elle fasse donc tout
ce qui pouvait bien lui passer par la tête du moment qu'il n'avait aucun
rôle à y jouer, physiquement parlant
Tout de suite, un tronc
différent des autres attira son attention. On aurait dit l'exacte réplique
de ceux dans lesquels les ours de dessins animés viennent plonger leur
patte pour en extraire du miel
Mu par la curiosité, il s'apprêtait
à y passer prudemment la tête pour tenter d'apercevoir autre chose
qu'un puits de noirceur lorsqu'une voix monta des profondeurs du tronc et le fit
sursauter. " Bonjour monsieur Bellérophon. Votre mission, si toutefois
vous l'acceptez, sera de profiter de votre séjour à la cour du Roi
Nougat afin de tenter de savoir ce que l'Ennemi peut bien lui vouloir. Il se trouve
que d'après nos suppositions, celui-ci s'intéresserait de près
à certains des monuments de la cité. Son occupation du château
il y a quelques mois a été trop brève pour lui donner satisfaction
et lui permettre de terminer ses recherches, mais il semblerait qu'il ait choisi
la voie de l'espionnage pour les poursuivre, et non plus celle de la conquête.
L'émoi et la foule drainés par les Jeux Pâtissiers pourraient
être une occasion idéale pour lui de mener à terme ses projets.
Etant donné qu'il semble étonnamment bien disposé à
votre égard, à vous de mettre cela à profit pour en apprendre
autant que possible, par tous les moyens. Pour atteindre votre but, nous avons
procédé à une sélection de nos représentants
habituels appelés à vous épauler. Mais attention, vous devrez
composer avec une équipe réduite. Vous êtes déjà
familier de la fée Lacyon. Sur place, vous retrouverez aussi quelqu'un
qui vous a déjà été présenté, mais c'est
en chemin que vous ferez la rencontre d'une autre personne devant vous aider.
Surtout, écoutez-là bien jusqu'au bout ! Comme toujours, au cas
où vous, ou l'un des membres de votre unité, était capturé,
la Tour niera avoir connaissance de vos activités. Ce message s'autodétruira
dans cinq secondes
Cinq, quatre, trois
" Le jeune homme se
jeta vivement en arrière lorsqu'une fois le décompte achevé,
une colonne d'abeilles surgit du tronc avant de disparaître en vrombissant
dans les airs. Comment le Doyen pouvait-il lui reprocher d'aimer se faire remarquer
quand il se permettait de mettre en scène tout ceci ? Surtout pour raconter
n'importe quoi ! Ils n'avaient croisé personne sur la route alors qu'ils
étaient presqu'arrivés à destination ! Ce n'était
tout de même pas
L'écureuil ? A l'instant même où
Archibald établissait cette conclusion plus que suspecte, il y a eu de
nouveaux bruits tout aussi incongrus dans les sous-bois. Cette forêt était
soudainement un peu trop animée à son goût. Pire que le parc
national le plus visité ! Et ce n'était pas la peine de compter
sur le garde-chasse
Un coup d'il par-dessus l'épaule lui
confirma que cela ne pouvait pas venir de Lacyon. Elle n'avait pas bougé
du carrosse, ou du moins, était remontée dans la Martin Aston.
Le temps que ses yeux jonglent d'un angle à un autre, et elle était
devant lui. Le jeune homme demeura bouche bée. Une jeune fille gracile
était apparue, coiffée d'un chapeau pointu de feutre noir, et d'une
tenue de cuir de même teinte, très près du corps, qui mettait
remarquablement en valeur sa peau d'ivoire
Pour parler franc, on aurait
pu la croire tout droit sortie d'un catalogue de lingerie de charme, tant elle
en avait les proportions, et les sous-vêtements adéquats puisqu'ils
découvraient entièrement ses longues jambes au galbe parfait et
offraient une vue généreuse sur ses attributs rebondis
Du
moins aurait-elle eu les jambes nues si elle n'avait été chaussée
de cuissardes. Et ce n'était pas l'épais chaudron en fonte qu'elle
portait en bandoulière qui changeait quoi que ce soit à ce constat
que, comme par hasard, Archibald avait très vite établi... Son
petit nez retroussé s'agita, avant qu'elle ne prenne la parole. Cela semblait
être un tic. " Vous êtes Archibald Bellérophon ? -
On dirait bien que tout le monde le sait, répondit-il, en panne de répliques
acides. - Il n'y a là rien d'étonnant. Vous avez sauvé
les Terres de Féerie, expliqua-t-elle avec un grand sourire. - Ah,
merci de vous en souvenir. Mais
Veuillez excusez mon insolence, mais qui
êtes
Vous êtes quoi ? - Je suis une sorcière,
voyons ! " Et elle se mit à rire à gorge déployée,
à en avoir les larmes aux yeux. Face à la mine déconfite
du jeune homme, elle se crut tenue de préciser. " Vous pensiez
que nous étions toutes vieilles et décrépies ? Eh bien, non
! Par contre, nous dansons effectivement nues sous la caresse de la Lune ! ajouta-t-elle
encore d'un clin d'il. - Ah, d'accord, d'accord
, rougit Archibald,
une main dans les cheveux pour se donner contenance. - Nous avons un Sabbat
bientôt, je m'y rendais. C'est un carrosse que vous avez là ? -
Oui. Je dois me
- Pouvez-vous m'emmener avec vous ? Je n'ai pas d'argent,
mais il m'est permis de vous payer par d'autres moyens
- C'est à
dire que
- Vous acceptez ? Comme c'est gentil ! Vous êtes trop
mignon, merci encore ! " Le jeune homme n'avait plus qu'une seule chose
à faire. Se retourner pour voir la sorcière trottiner vers la Martin
Aston en se trémoussant de façon fort démonstrative,
mais en rien désagréable
Comme les fées ou les dryades,
par rapport à ce qu'il savait de celles-ci, elle avait une bonne tête
de moins que lui. Peut-être une constante chez les êtres féeriques
Cependant, ce n'était pas sa tête qu'il observait pour l'instant.
" A propos, je me nomme Esméralda ! " s'écria-t-elle
sans cesser de courir, à bout de souffle. En tous les cas, voilà
qui tombait à pic. Ce devait être la personne à laquelle faisait
référence la missive à tendance suicidaire du Doyen. Archibald
faillit se mettre à rire. Et dire qu'il avait songé à l'écureuil
! Pendant qu'il se moquait de lui-même, la fée avait accueilli la
nouvelle venue sans se poser de question, lui faisant tout de suite une place
à côté d'elle. Il était vrai qu'elle était beaucoup
plus menue qu'un Barbe Bleue, pour qui se souvenait de leurs aventures passées,
mais tout de même
Ce fut d'un il faussement suspicieux que le
jeune homme redémarra la Martin Aston. Quoique suspicieux ne fusse
pas le terme adéquat. Etait-il possible
Allaient-elles se livrer
à certains petits jeux fripons défiant l'imagination ? Archibald
secoua la tête. Vivement qu'ils soient parvenus à destination, car
la fatigue commençait pour de bon à lui peser
" Déjà
que je me suis toujours demandé à quoi pouvait bien servir leurs
balais quand
, marmotta-t-il dans le duvet qui lui servait encore de barbe
à son âge. - A nous envoyer en l'air ", évidemment,
le renseigna Esméralda, posant sa tête sur son épaule. Nouvelle
embardée évitée de justesse. " Vous devriez soigner
votre vocabulaire, si vous me permettez
De là d'où je viens,
on ne dit pas des choses pareilles, pas avec ces mots en tous cas
" Oui,
indubitablement, vivement le Roi Nougat et son verbiage proverbial !
Deux mondes
Deux mondes, l'un
empli de magie et l'autre qui en est dépourvu, mais ne manque pas de ressources
pour autant. L'un et l'autre cohabitent désormais sans même en avoir
conscience, partageant de lointains souvenirs d'un destin commun, pour certains.
Et pourtant
Au-dessus des châteaux et des immeubles, au-dessus des
nuages, plus haut, bien plus haut, là où l'on ne pouvait plus croiser
ni avions, ni dragons, ni même un satellite ou une cité volante,
où les cieux n'étaient plus comparables à un océan
de pur azur, nappé dans le vide de l'univers
Il y avait encore une
chose que les habitants des deux mondes avaient en commun. Une seule Lune
Le soleil se levait sur l'horizon parsemé de pics déchiquetés.
Les mers et les continents lunaires étaient déjà arrosés
de ses rayons palots et fugaces. Il en aimait cette pureté désolée,
cet éclat opalescent dont personne ne savait observer la beauté.
Pourquoi tout le monde n'y voyait-il que des étendues mortes ? Depuis qu'il
avait dû fuir toutes ses attaches et qu'il s'était retrouvé
accusé des plus immondes forfaits, depuis qu'il avait bâti ici son
refuge
Il avait appris à revoir sa définition de la vie et
de la mort. Une poussière de lumière voletant au sommet d'une colline,
une goutte de glace accrochée au paroi d'un gouffre, une météorite
se fracassant sans bruit dans une plaine, la parant d'un nouveau cratère
Ce n'était presque rien, et certainement pas la vie telle qu'on l'entendait
dans l'une ou l'autre dimension
Mais il avait besoin d'y croire. Mu par
un impérieux désespoir. L'unique choix qui lui restait sinon était
de sombrer définitivement dans la folie. Il était hors de question
qu'il s'abaisse à cela. Il avait trop uvré pour abandonner
à présent en se livrant à une pareille infamie. Un instant,
il s'arrêta pour contempler le désert de nuit de sa face cachée.
Il avait longtemps hésité à édifier ici son abri.
Dans une dépression privée de toute lumière, gelée
jusqu'à se fendre encore et encore, avec pour panorama l'obscurité
à perte de vue et à jamais. Voilà qui était tentant
au plus haut point ! Mais c'était ailleurs qu'ils s'étaient installés.
Pour lui, cela aurait pu parfaitement convenir, mais il n'était pas seul,
et ce n'était pas à ses désirs morbides qu'il avait songé
Il sourit. Jamais il ne se serait cru capable d'autant d'autocritique et d'admettre
tout cela seulement quelques semaines auparavant. Sa défaite face à
Archibald Bellérophon lui avait été fort profitable, il fallait
en convenir. Alors finalement, son périple toucha à sa fin, et le
Lac des Songes apparut devant lui
Lacus Somniorum
Une immense
région aux contours irréguliers, encore très mal étudiée.
C'était exactement ce dont il avait besoin. Ses bottes s'enfoncèrent
dans une épaisse couche de poussière anthracite tandis qu'il posait
pied à terre. Peu importe les empreintes qu'il laissait derrière
lui. Personne n'imaginerait que c'était là que se dissimulait son
repaire. Sa construction était un véritable défi à
tous ses adversaires. Qu'ils viennent donc si c'était là ce qu'ils
désiraient ! Et Lord Funkadelistic leva soudain les yeux vers ce qu'il
avait fait ériger à sa mémoire, en attendant qu'elle lui
revienne enfin
Du Lac des Songes ou d'ailleurs
Des colonnes de nacre
par centaines, des flèches vertigineuses, des colliers d'absides comme
autant de perles géantes, des arches de cristal et des vitraux miroitant
d'acier poli, des jardins de rocailles et des étangs de quartz
Tout
était si magnifiquement figé. Insensible à l'usure du Temps,
quoi qu'il puisse advenir. D'un pas lent, il s'engouffra sous les portes de son
domaine, minuscule silhouette enténébrée sous les ogives
sculptées de motifs cabalistiques. Le Palais de la Lune. La nef centrale
était gigantesque, tout à la démesure du lieu, avec sa voûte
en berceau brisé qui semblait s'étendre à l'infini. Ses pierres
blanches et lisses étincelaient de mille feux. Lord Funkadelistic se dirigea
là où il se rendait toujours lorsqu'il revenait en sa demeure sélène.
La salle où ils pouvaient être tous les deux réunis, même
si ce n'était pas de la façon dont il l'espérait... Dont
ils l'espéraient tous les deux. Bien évidemment, la pénombre
était seule maîtresse. L'Ennemi demeura un moment sur le seuil. Il
réprima un autre sourire. Etrangement, il se sentait intimidé à
l'idée de la retrouver après une nouvelle et trop longue absence.
Pourtant, il n'aurait pas de reproches à endurer. Il aurait tellement préféré
devoir se justifier et subir son courroux pour tout ce qu'il avait fait depuis
Depuis qu'ils étaient
Enfin, il relâcha ses défenses
et se laissa apprivoiser par la faible lueur bleutée qu'il distinguait
par-delà la baie vitrée en demi-cercle, qui remplaçait ici
le mur extérieur. Lord Funkadelistic pénétra dans la salle,
toujours aussi mesuré dans ses gestes et s'avança jusqu'à
son centre. " Bientôt
" fut tout ce qu'il parvint à
articuler, paume à même le verre. Il se détourna vite.
Mais pas assez remis pour s'en retourner d'où il venait, il s'assit à
quelques pas de là seulement. Lord Funkadelistic fit glisser ses doigts
sur les touches les plus proches. Le son était toujours aussi céleste,
éclatant. Et doux à la fois. Un Steinway Style Baroque, acajou,
de 1915. Il avait payé cher pour obtenir un piano tel que celui-ci, un
piano relativement ancien de l'époque Moderne. Post-romantique. C'était
comme un signe du destin. Qui aurait pu le dire
Cette fois, il se permit
une grimace de dégoût. La destinée, et tout ce qui allait
de pair avec cela
Une bouffée de colère le happa, mais il
se retint de frapper les délicates touches de son poing serré. Les
uvres d'art ne méritaient pas de subir les vilenies de la nature
humaine
Et dans le silence, il se mit à jouer. Les premières
notes furent quelque peu hésitantes, mais bien vite, ses mains volèrent
sur le clavier. Mélancolique et puissante, les échos de la partition
qu'il ne suivait même pas des yeux, emplissaient la salle toute entière
de ses sonorités les plus variées, toutes retranscrites à
merveille par l'artiste et son instrument. Des années et des années
de pratique
Oh, cela ne lui amenait pas le repos de l'esprit, loin de là.
Mais il s'agissait pour lui de l'unique manière d'apaiser quelque peu ses
tourments. Jouer pour elle, face à elle, tous les deux seuls dans cette
grande pièce circulaire et dépourvue du moindre mobilier exceptée
ce somptueux piano et le mausolée central
En cet instant, il en avait
plus qu'assez de toutes ces manuvres, ces écheveaux d'alliances secrètes
et de toiles tissées dans le mensonge. Ég
Kasta Þeim Út Í Hylinn Og Reyni Að Hala Flugurnar Inn
Áður En Seiðin Ná Til Þar Sem Þær Berjast
Við Strauminn Og Vatnið. Þannig Líður Dagurinn. Sjálfur
Kominn Um Borð, Var Farinn Að Berjast Við Bæjarlækinn
Sem Hafði Þegar Deytt Svo Margar. Il ne chantait
pas, mais les paroles remontaient à la surface de sa conscience tourmentée.
Et les fantômes de ses regrets surgissaient un à un dans la salle,
spectres neigeux et informes, d'abord timidement, puis de plus en plus nombreux,
ils se pressaient, de plus en plus proches. Ce n'était pas la première
fois qu'il provoquait cela sans même le vouloir sciemment. Ég
Reyni Að Komast Um Borð. Ég Dreg Í Land Og Bjarga Því
Sjálfum Mér Aftur Á Bakkann. Á Heitan Stein Ég
Legg Mig Og Læt Mig Þorna Aftur. Ég Kasta Mér Út
Í Hylinn Og Reyni Að Hala Flugurnar Inn Áður En Seiðin
Ná Til Þeirra Þar Sem Þær Berjast Við Strauminn
Og Vatnið. Gustur, Allur Ennblautur. Ils demeuraient
en retrait, silencieux comme autant de tombes délaissées. Puis,
tandis que la musique continuait à s'élever jusqu'aux sommets du
palais, en spirales chaotiques et effrénées, l'un deux se distingua
des autres, et il y eut une ombre pour le rejoindre. Les autres spectres de souvenirs
s'écartèrent avec déférence. Leurs maîtres étaient
parmi eux. Hann Bæði Um Borð Í Sjó
Og Landi Bjargandi Flugunum Sem Farast Hér. Þó Sér
Í Lagi Sjálfum Sér. Eilíft Stríð Og
Hvergi Friður. En Það Verður Einhver Að Fórna
Sér. Dagarnir Eru Langir. L'homme saisit délicatement
la main de sa partenaire, après une révérence modeste. Mais
alors qu'ils allaient exécuter un premier pas de danse
"
Nous les avons retrouvés ", fit une voix surgie de nulle part. Tout
se brisa en un instant. Arès et Eris étaient apparus à côté
du piano, usant de leur don de téléportation. La main droite de
Lord Funkadelistic resta suspendue au-dessus du clavier. Il fallut longtemps à
la dernière note pour mourir, mais elle s'effaça à son tour
Lentement, il se tourna vers ses deux serviteurs. Ils n'eurent pas le temps de
croiser son regard, à la folie soudainement incontrôlable. Ses lunettes
ne purent la contenir. Les deux gardes du corps furent projetés hors
de la salle comme harponnés par une rafale d'une puissance démesurée.
Depuis les fondations jusqu'aux plus fines aiguilles, tout le palais trembla.
" Comment osez-vous vous inviter dans cette salle ! Misérables,
vous n'avez aucun droit ! " les accompagna Lord Funkadelistic dans un véritable
rugissement de rage. A leur suite, mais beaucoup plus dignement, il quitta
la pièce, et les contempla dans leur chute, alors qu'ils s'écrasaient
sur le sol, très loin en contrebas. " Vous êtes peut-être
au service de la même personne que moi, mais que cela ne vous fasse pas
croire que vous avez toutes les libertés ! Je suis le seul maître
ici et vous n'avez qu'une seule chose à faire, m'obéir ! Larves
que vous êtes ! " Il les gifla de toute sa morgue, et ce soufflet
fut plus terrible encore que le choc de leur chute qui les avait touchés
dans leur chair. Puis, se modérant finalement, il entreprit de les rejoindre.
Non pas en lévitant dans les airs, car il voulait leur faire sentir plus
longtemps encore le poids de son opprobre. Des blocs de pierre rectangulaires
jaillirent de toutes les directions, se plaçant sous ses pas comme autant
de marches d'escaliers, des escaliers en colimaçon qui le conduisirent
devant ses deux serviteurs trop zélés. Ils n'avaient plus bougé
d'un pouce, se contentant humblement de regarder leur maître descendre à
leur niveau en suivant ces centaines et centaines de marches qui allaient et venaient,
retournant se ranger en piles invisibles dans un angle oublié dès
lors qu'elles ne lui étaient plus d'utilité
" Vous
n'êtes rien de plus que cela, leur fit-il en désignant les blocs
d'albâtre. J'ose croire que vous avez compris, désormais. " Le
duo de gardes du corps acquiesça sans mot dire, d'un même mouvement
de tête. Lord Funkadelistic considérait qu'il était déjà
suffisamment intolérable d'avoir dû leur laisser ouvertes les portes
de cette demeure
Elle n'était pas faite pour accueillir des visiteurs,
quels qu'ils soient. Mais il était une volonté qu'il ne pouvait
contrecarrer, pour le moment
Arès, à moins que ce ne soit
Eris, lui tendit une missive cachetée. " Vous les avez donc bel
et bien retrouvés
- Comme vous nous l'aviez ordonné, maître.
" répondit le serviteur d'une voix monocorde. Lord Funkadelistic
décacheta la lettre avec précaution. " Les trois
Leurs
adresses
- Est-ce que tout va bien, maître ? risqua celui des deux
serviteurs qui n'avait encore rien dit. Ce devait être Eris. - Oui
Tout va bien ! décréta Lord Funkadelistic après que ses yeux
d'ordinaire si ardents se soient voilés, manquant de vaciller. Partez.
Maintenant. " Ils disparurent immédiatement, usant une fois de
plus de leur don. Lui eut le désir de remonter s'asseoir au piano
Mais le moment était brisé. Il allait repartir en chasse. Se venger
de trois personnes. Les trois dernières. " Les trois dernières
Pour toi
Je te le promets. Ensuite, tout cela sera terminé pour de
bon ", chuchota-t-il. Essayait-il de se persuader lui-même ? Lord
Funkadelistic ferma son esprit à ces sourdes contestations et se tourna
vers un gigantesque hublot et la vue qui lui était offerte. Sous un ciel
moucheté d'étoiles inaccessibles, le globe saphir de la Terre s'était
imposé sur l'horizon lunaire
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