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Auteurs, E-mail : Gillossen
Numéro ICQ : 72496479
Dernière Mise à jour : 23/10/2002

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Où les moyens de transport sont nombreux et où Archibald n'a pas le bénéfice du voyage le plus calme…

Chapitre 04 > Chapitre 05 [PDF] > Chapitre 06

e Cap du Caramel Mou n'était pas réputé pour ses seules plages de sucre roux saupoudré de vanille. Si comme nous l'avons vu durant l'Eté, tout un chacun pouvait s'y rendre et profiter des galets de calissons et autres réjouissances du même ordre, une fois l'Hiver revenu, les véritables possesseurs de ces terres reprenaient leurs droits. Et personne n'avait dans l'idée de les leur contester. Bien sûr, il s'agissait de terres tout simplement magiques, qui plus est gratifiées d'un climat idéal puisqu'il y faisait toujours chaud et beau. Un endroit rêvé pour passer bien plus que des vacances. Une péninsule paradisiaque. Le lagon bleu, en cent fois mieux.
Mais qui pour s'opposer aux pirates ?
Ils étaient satisfaits de ce territoire, et s'en contentaient. Dès lors, pour quelle raison leur chercher querelle de toute manière, et s'embarrasser d'un conflit inutile ? Ils contrôlaient les côtes, et ne gênaient personne… Sauf que… Mais il n'est point encore temps de le révéler. Et c'était ainsi, à quatre cents coudées de la grève, que le Jolly-Roger, crasseux jusqu'à la coque, se prélassait sur une mer d'huile, ou plutôt, de limonade.
" Smee, Smee, Smee ! Dis-moi Smee ! J'ai fait un rêve ! J'ai fait un rêve ! "
James Crochet venait d'apparaître sur le pont supérieur, sa somptueuse livrée à la mode de Charles II passablement froissée. Il avait visiblement dû composer avec un sommeil agité.
" J'ai fait un rêve !
- Un rêve ?
- Un rêve !
- Peter Pan ?
- Peter P… En fait, non, pas Peter Pan ! "
Le Capitaine Crochet en était le premier étonné, maintenant qu'il en prenait conscience. Tout autour de lui, ses hommes s'affairaient en chantant.

" Tenez bon, hissez la voile !
Nous sommes les pirates,
Si la mort nous sépare,
Nous nous retrouverons en enfer ! "

Comment cela se faisait-il ? Pourquoi ce maudit garnement ne lui était-il pas apparu ? Comment, lui, James Crochet, avait-il pu oublier n'était-ce qu'un moment, Peter Pan ? Et pourtant, depuis combien de temps n'avait-il pas croisé sa route ? Quand Peter Pan n'était pas là, ils ne faisaient jamais la guerre. C'était là une idée qui ne leur traversait jamais l'esprit. Voilà pourquoi sitôt avait-il eu connaissance de son départ, il s'était lancé à sa poursuite, et son équipage avec lui. Mais le jeune garçon s'était enfui bien trop loin à l'intérieur des terres, au-delà de toute contrée connue d'eux, et ils avaient donc jeté l'ancre ici…
Désormais, Peter Pan avait l'audace de disparaître de ses songes tourmentés ! Il y avait des limites à tout ! Il fallait vraiment faire quelque chose pour remédier à ce travers. Crochet observa ses troupes en silence. Sales, dépenaillés, jurant, chiquant, buvant, crachant… Ah, qu'il les aimait, tous, autant qu'ils étaient ! Il tapa du pied.
" Smee ! Smee ! Vous devez m'aider !
- Tout de suite, capitaine !
- Ecoutez ! Mon crochet d'apparat ! Je dois être de bon ton !
- Oh, mais vous l'êtes déjà, capitaine !
- Ne discutez pas, Smee ! "
Ainsi fut-il décidé.
" Compagnons flibustiers ! Êtes-vous avec moi ? Est-ce que vous aussi, vous en avez assez, de cette existence ? De boire la tasse dans ce sirop ? De vous prélasser en pêchant des coquillages de meringue ?
- Avec vous, Crochet ! " hurla l'un.
Et le chœur des pirates tout entier reprit à l'unisson.
" Crochet, Crochet, Crochet, Crochet ! "
Le vieux bonhomme malfaisant les considéra d'un sourire cruel.
" Merci, merci ! Merci, j'ai dit. Silence maintenant ! "
Crochet n'aimait pas qu'on ne l'écoute pas attentivement lorsqu'il prenait la parole pour se lancer dans un discours.
" Camarades ! Nous devons aller de nouveau à l'abordage ! L'infâme Peter Pan nous a échappé une fois de plus ! scandait-il, crochet levé au-dessus de la tête. Le fourbe, le lâche ! Eh bien, s'il croit pouvoir se jouer de nous, il se trompe ! Mais chaque chose en son temps ! J'ai choisi… J'ai choisi… De nous lancer dans une nouvelle campagne d'aventures ! On m'a apporté un message l'autre jour… Je n'en avais pas tenu compte, et puis…, réfléchissait-il à haute voix, tandis que ses hommes commençaient à se demander où il voulait en venir. Hissez la grand voile ! rugit-il pour conclure. Dépêchez-vous ! Nous partons ! "
Smee lui-même, le faible Smee, le patient Smee, ne comprenait pas comment le Capitaine Crochet pouvait être sorti si vite de son apathie. Et vous non plus, mais il n'est point temps encore de lever le voile. Son cœur de pierre avait-il été rappelé à son existence par une flamme nouvelle ? Quelle qu'en fusse l'origine, son agitation était ravageuse. Tout l'équipage était à présent parcouru de la même excitation. Ils allaient appareiller... Six hommes suaient sang et eau pour remonter l'ancre et son énorme chaîne capable de résister aux pires tempêtes, d'autres s'activaient aussi bien à la poupe qu'à la proue, pendant que les plus chanceux, ce qui n'était toutefois qu'une façon de parler, recevaient des instructions plus précis de la part du Capitaine, sur les questions de navigation. Enfin, les voiles s'enflèrent comme par magie au passage d'une brise sucrée, et le Jolly-Roger fendit les flots jusqu'alors si paisibles…

Archibald fit la moue. Certes, l'invitation du Roi Nougat lui faisait plaisir. Lui au moins le considérait vraiment comme un héros ! C'était écrit en toutes lettres sur le carton d'invitation, et le jeune homme l'avait relu une bonne cinquantaine de fois. Toutefois, de tortueuses pensées le préoccupaient, et il avait la sinistre impression de se voir éloigné du centre des évènements par le Doyen. Il lui cachait quelque chose, c'était certain. Pourquoi, contrairement à ce qui s'était passé dans son cas, Miss Indrema s'était-elle entretenue si discrètement avec le vieux sorcier ? La dryade avait bien fait un rapport sur son entrevue surprise avec l'Ennemi devant tous les professeurs réunis, mais il ne fallait pas être très malin pour deviner qu'elle avait occulté une partie des faits… Malheureusement, Archibald n'avait jamais été locataire du 221 Baker Street. Ni du au 21 Jump Street, alors, pour ses qualités de détective, il faudrait repasser…
Et Derek ! Quel était donc le tour que ce professeur tout sourire lui avait joué ? Impossible de le retrouver en tête à tête pour tirer les choses au clair ! Pour un peu, il en aurait préféré le Prince Charmant ! Lui aussi savait être fourbe, mais il n'était pas très futé : lorsqu'il était impliqué, il n'était pas bien compliqué de s'en rendre compte. Archibald appuya férocement sur l'accélérateur. Le moteur de la Vanquish rugit en engloutissant quelques bûches de plus. Le jeune homme avait retrouvé son carrosse Martin Aston préféré. C'était à son bord qu'il devait rallier la capitale du Roi Nougat, afin d'être le représentant de la Tour du Savoir Secret Salvateur sur les terres du Royaume des Confiseries. Le Doyen avait brièvement fait le point de sa rencontre avec les émissaires des Jeux Pâtissiers, mais il avait laissé à Archibald de quoi se documenter en route. Cependant, comment lire tandis que vous deviez conduire ? En ayant recours à un co-pilote ! Ou plutôt…
" Je me demande si le voyage va être long, soupira la fée Lacyon.
- J'espère bien que non !
- J'aime bien ce qui est long…
- La seule chose de longue que j'ai, c'est mon épée.
- Ah, longue et dure, exactement comme j'aime… ", roucoula-t-elle en entortillant ses boucles argentées autour d'un doigt coquin.
Le jeune homme avait levé les yeux au ciel. Effectivement, le voyage risquait d'être très long. Archibald acceptait que le vieux sorcier n'ait pas voulu le laisser partir seul sur les routes, mais tout de même… Pourquoi la fée ? Il se sentait déjà brimé de ne pas avoir eu l'autorisation de se servir de la DeLorean, sous prétexte qu'elle était trop voyante et qu'il était plus prudent de ne pas se faire remarquer outre mesure, et voilà qu'il le plaçait sous surveillance. Et quelle surveillance… A dire vrai, il fallait admettre que la fée Lacyon présentait plusieurs avantages et qu'on ne pouvait pas s'en passer aussi facilement une fois que l'on y avait eu recours. Toutefois, il n'en demeurait pas moins pénible de devoir composer avec elle alors que l'on aspirait à plus de tranquillité.
Archibald grimaça lorsque le carrosse percuta une grosse racine. Il y avait encore du travail à faire sur les suspensions ! Ils devaient traverser la Forêt des Rêves Multicolores, mais pour y rouler depuis trois heures, l'orée du bois semblait tout sauf proche. Pourtant, c'était aussi pour cela que la fée était là, parce qu'elle connaissait le moindre sentier et pouvait renseigner le jeune homme de façon bien plus efficace que la consultation de n'importe quelle carte. Sans compter que des cartes avec les mensurations de Lacyon, on ne devait pas mettre le nez dedans tous les jours… Est-ce qu'elle était en train de le perdre volontairement pour passer plus de temps seule en sa compagnie ? Archibald ne pouvait imaginer cela. Evidemment, cela pourrait correspondre à un travail de sape comme seule la fée Lacyon en était capable, mais même dans ce cas, elle n'obtiendrait pas les effets escomptés avec lui.
Après avoir freiné devant un panneau indicateur dont il se demandait s'il ne l'avait pas déjà vu un moment plus tôt, le jeune homme décida de changer un peu de conversation. Il avait des choses à découvrir.
" Dîtes-moi, Lacyon… Comment était Lord… Comment était l'Ennemi lorsqu'il était élève à la faculté ?
- Oh, et pour la première fois, Archibald la vit être désarçonnée, ce qui ne devait pas lui arriver souvent, même dans l'intimité. C'est à dire… Je ne l'ai pas beaucoup connu, je n'étais pas dans la même classe que lui. Et puis, le Doyen a dû vous entretenir à ce sujet.
- Il m'entretient selon son bon vouloir. Et puis, j'aimerais autant avoir l'avis d'une élève qui l'a côtoyé… Allons, vous n'allez pas faire la timide ! Et puis, nous sommes loin de la Tour maintenant, il n'y a personne pour vous entendre, à part moi. "
Ce dernier point parut rassurer la fée.
" Très bien… C'était quelqu'un de très secret. Un véritable génie, mais il ne paraissait pas se soucier de ses études. Il voyait déjà plus loin.
- Vous avez tenté vos charmes sur lui ? fit le jeune homme dans un sourire, imaginant déjà la scène et le contraste entre les deux.
- Je m'en suis bien gardée…, répondit Lacyon, toute penaude. De ce côté-là, vous êtes semblables. Vous ne me regardez pas. Vous n'avez d'yeux que pour une seule personne, et ce n'est même pas la peine de chercher à vous en détourner. "
Archibald se sentit rougir.
" Oui, enfin, c'est vous qui le dîtes…
- Vous cherchez à vous en défendre ? Vous tournez toutes mes avances en dérision. C'est devenu un jeu pour moi aussi. Mais pourquoi faîtes-vous ça ? C'est bien parce que vous considérez qu'il ne peut rien vous arriver de sérieux avec une autre femme.
- C'est vrai…, reconnut finalement le jeune homme, tout en tentant de s'intéresser à la route, mais n'ayant plus que Kate en tête. Mais j'avoue qu'imaginer Lord Funkadelistic dans la même situation…Je n'ai pas tellement envie de partager quoi que ce soit avec lui.
- A l'époque, il ne portait pas encore ce nom, ajouta sa co-pilote d'un ton rêveur.
- J'ai cru comprendre cela, répondit Archibald, en lui lançant un regard en coin.
- Je ne peux pas vous le révéler, anticipa la fée, d'un ton aussi catégorique que lorsqu'elle vous passait les menottes aux poignets. C'est quelque chose de tabou pour nous, depuis… Depuis que tout cela est arrivé, avec le vol des Objets Magiques.
- Et ce n'est pas encore terminé… ", maugréa le jeune homme.
De toute évidence, ce n'était pas la peine d'insister. Le Doyen avait dû suffisamment imposer ses directives pour qu'il n'arrive à rien. Tout le monde dans la Tour paraissait hermétique à tout compromis sur cette question. Même Loup n'avait pas voulu se lancer dans une recherche de renseignements et autres tentatives de corruption… Cela voulait tout dire ! Et en attendant, Archibald ne parvenait toujours pas à retrouver son chemin. Le Roi Nougat était pourtant un voisin ! Il interrogea la fée une nouvelle fois à ce sujet, mais elle se contenta de lui répondre qu'elle avait bien l'impression qu'ils suivaient la bonne route. Le jeune homme aurait bien aimé en ce qui le concernait pouvoir profiter de la puissance de son véhicule dernier cri.
Il avait bien mérité cette petite escapade, qui de plus à cette occasion, était officielle. Rien à voir avec son séjour aux sports d'hiver, pour qualifier pudiquement sa rencontre avec Santa Claus et ses camarades. De plus, cela lui permettait de fuir quelque peu l'ambiance de la Tour, et ses professeurs. En lieu et place de rééducation, il avait dû endurer des cours de maintien et de courtoisie avec… Charmant ! Comme s'il en avait besoin ! Ses parents avaient tout de même veillé à son instruction, et il n'en avait pas fallu plus pour le faire bouillir intérieurement. Le Doyen avait bien calmé les choses en expliquant que les habitants du Pays des Contes avaient leurs propres règles de politesse, et que si lui était venu enseigner les us et coutumes de son monde, il pouvait bien avoir à l'inverse à suivre des cours. Mais c'était autre chose de supporter Charmant, et cela, le vieux sorcier ne semblait pas vouloir le concevoir.
D'autant plus intolérable lorsque l'on savait qu'il avait été plus qu'au bord de la trahison il y avait seulement quelques mois. Archibald en conservait une aigreur supplémentaire vis-à-vis du Doyen. Eh bien, qu'il garde donc pour lui toutes ses cachotteries, on verrait s'il s'en porterait mieux ! Mais qu'il ne s'avise plus de recommencer à lui faire subir les remarques volontairement blessantes de Charmant ! Ce nigaud s'en était tiré à bon compte… Si le jeune homme n'avait déjà pas eu tant de problèmes en tête, il lui aurait bien enseigné quelques petites choses à propos de son monde, mais rien de commun avec les formules de politesse… Notre héros respira profondément. Il étouffait littéralement dans la Tour. La peur qui tenaillait chacun de subir une attaque surprise de l'Ennemi, cette atmosphère lourde de sous-entendus inavouables. Evidemment, les étudiants avaient pour unique sujet de conversation toutes ces choses prétendument défendues. Archibald aurait bien aimé être l'un d'eux plutôt qu'un professeur. Il le savait de par ce qu'il vivait dans son monde d'origine, il préférait le statut d'étudiant. Il préférait être un enfant et ne pas se soucier de considérations pour grandes personnes.
Toutefois… Brusque freinage. Et la fée Lacyon, surprise, manqua d'être projetée là où son nom aurait été le mieux approprié étant donné les circonstances. Le jeune homme venait de remarquer un écureuil sur le bord du sentier. Après tout, pourquoi pas…
" Bien le bonjour, monsieur l'écureuil ! se risqua-t-il, s'accommodant déjà des moqueries de la fée.
Le petit animal roux le considéra un moment les pupilles rondes, la noisette inquisitrice. Mais en définitive, il ne garda pas le silence.
" Hello, Archibald Bellérophon !
- Ah, tiens, décidément… Et c'est le Doyen qui voulait qu'on voyage incognito, c'est réussi, toute la forêt est au courant ma parole…
- Vous dîtes ? s'enquit l'écureuil tout en grignottant.
- Rien d'important… Alors, à part ça, ça va ?
- Oh, vous savez, les glands sont durs… "
Que pouviez-vous bien répondre à cela ?
" Ma foi… Cela dépend tout de même des circonstances, bégaya tant bien que mal le jeune homme. Pendant que j'y suis…
- Oui ?
- J'aurais une question.
- You are quite welcome.
- C'est gentil de votre part…, ne trouva qu'à répondre le jeune homme, étonné de voir un écureuil manier sa langue maternelle aussi bien que sa longue queue touffue. Eh bien, je voulais vous demander… Est-ce la bonne direction pour se rendre au Royaume des Confiseries ?
- Oh, vous vous rendez au paradis des grignoteurs ? Je confirme, vous êtes sur le bon chemin, rassurez-vous. Continuez tout droit, puis prenez à droite après le tronc d'arbre couché qui fait comme une fourche au-dessus de la route, et… "
Archibald sentit son enthousiasme redescendre. Peu importe la dimension où vous vous trouvez, les êtres vivants qui vous expliquent votre chemin rivalisent de détails qui ne peuvent que vous embrouiller…
" J'ai bien cru qu'il n'en finirait jamais ! décréta-il un moment plus tard, alors qu'ils avaient repris la route.
- En tous cas, vous avez pu constater que j'avais raison, lui rappela Lacyon.
- Certes ! Mais tout de même, quel blaireau…, poursuivit Archibald, qui n'avait pas du tout apprécié les gesticulations de l'écureuil parlant alors qu'ils s'apprêtaient à repartir. Etait-ce sa faute si sa compagne lui avait jeté ses noisettes à la figure parce qu'il était en retard pour le déjeuner ?
- Vous ne voudriez pas me laisser le manche, Archibald ? fit la fée d'une voix qui pour une fois ne prêtait pas à des allusions.
- Pourquoi donc ?
- Si vous n'êtes plus capable de distinguer un écureuil d'un blaireau, vous devez être très fatigué… "
Le jeune homme faillit manquer le virage suivant. Pour ménager la susceptibilité de la fée et pour sa propre quiétude, il se retint de lui demander si c'était du premier ou du second degré. Deux heures plus tard, les murailles de la cité du Roi Nougat étaient enfin en vue. Mais Lacyon décréta qu'ils devaient faire une courte pause avant cette ultime ligne droite. Archibald descendit du carrosse en haussant les épaules. Si ça pouvait lui faire plaisir… Ils n'étaient pas attendus avant la soirée de toute manière. Le jeune homme s'éloigna à travers le premier rideau d'arbres bordant le sentier, laissant derrière lui la fée. Qu'elle fasse donc tout ce qui pouvait bien lui passer par la tête du moment qu'il n'avait aucun rôle à y jouer, physiquement parlant… Tout de suite, un tronc différent des autres attira son attention. On aurait dit l'exacte réplique de ceux dans lesquels les ours de dessins animés viennent plonger leur patte pour en extraire du miel…
Mu par la curiosité, il s'apprêtait à y passer prudemment la tête pour tenter d'apercevoir autre chose qu'un puits de noirceur lorsqu'une voix monta des profondeurs du tronc et le fit sursauter.
" Bonjour monsieur Bellérophon. Votre mission, si toutefois vous l'acceptez, sera de profiter de votre séjour à la cour du Roi Nougat afin de tenter de savoir ce que l'Ennemi peut bien lui vouloir. Il se trouve que d'après nos suppositions, celui-ci s'intéresserait de près à certains des monuments de la cité. Son occupation du château il y a quelques mois a été trop brève pour lui donner satisfaction et lui permettre de terminer ses recherches, mais il semblerait qu'il ait choisi la voie de l'espionnage pour les poursuivre, et non plus celle de la conquête. L'émoi et la foule drainés par les Jeux Pâtissiers pourraient être une occasion idéale pour lui de mener à terme ses projets. Etant donné qu'il semble étonnamment bien disposé à votre égard, à vous de mettre cela à profit pour en apprendre autant que possible, par tous les moyens. Pour atteindre votre but, nous avons procédé à une sélection de nos représentants habituels appelés à vous épauler. Mais attention, vous devrez composer avec une équipe réduite. Vous êtes déjà familier de la fée Lacyon. Sur place, vous retrouverez aussi quelqu'un qui vous a déjà été présenté, mais c'est en chemin que vous ferez la rencontre d'une autre personne devant vous aider. Surtout, écoutez-là bien jusqu'au bout ! Comme toujours, au cas où vous, ou l'un des membres de votre unité, était capturé, la Tour niera avoir connaissance de vos activités. Ce message s'autodétruira dans cinq secondes… Cinq, quatre, trois… "
Le jeune homme se jeta vivement en arrière lorsqu'une fois le décompte achevé, une colonne d'abeilles surgit du tronc avant de disparaître en vrombissant dans les airs. Comment le Doyen pouvait-il lui reprocher d'aimer se faire remarquer quand il se permettait de mettre en scène tout ceci ? Surtout pour raconter n'importe quoi ! Ils n'avaient croisé personne sur la route alors qu'ils étaient presqu'arrivés à destination ! Ce n'était tout de même pas… L'écureuil ? A l'instant même où Archibald établissait cette conclusion plus que suspecte, il y a eu de nouveaux bruits tout aussi incongrus dans les sous-bois. Cette forêt était soudainement un peu trop animée à son goût. Pire que le parc national le plus visité ! Et ce n'était pas la peine de compter sur le garde-chasse…
Un coup d'œil par-dessus l'épaule lui confirma que cela ne pouvait pas venir de Lacyon. Elle n'avait pas bougé du carrosse, ou du moins, était remontée dans la Martin Aston.
Le temps que ses yeux jonglent d'un angle à un autre, et elle était devant lui. Le jeune homme demeura bouche bée. Une jeune fille gracile était apparue, coiffée d'un chapeau pointu de feutre noir, et d'une tenue de cuir de même teinte, très près du corps, qui mettait remarquablement en valeur sa peau d'ivoire… Pour parler franc, on aurait pu la croire tout droit sortie d'un catalogue de lingerie de charme, tant elle en avait les proportions, et les sous-vêtements adéquats puisqu'ils découvraient entièrement ses longues jambes au galbe parfait et offraient une vue généreuse sur ses attributs rebondis… Du moins aurait-elle eu les jambes nues si elle n'avait été chaussée de cuissardes. Et ce n'était pas l'épais chaudron en fonte qu'elle portait en bandoulière qui changeait quoi que ce soit à ce constat que, comme par hasard, Archibald avait très vite établi...
Son petit nez retroussé s'agita, avant qu'elle ne prenne la parole. Cela semblait être un tic.
" Vous êtes Archibald Bellérophon ?
- On dirait bien que tout le monde le sait, répondit-il, en panne de répliques acides.
- Il n'y a là rien d'étonnant. Vous avez sauvé les Terres de Féerie, expliqua-t-elle avec un grand sourire.
- Ah, merci de vous en souvenir. Mais… Veuillez excusez mon insolence, mais qui êtes… Vous êtes quoi ?
- Je suis une sorcière, voyons ! "
Et elle se mit à rire à gorge déployée, à en avoir les larmes aux yeux. Face à la mine déconfite du jeune homme, elle se crut tenue de préciser.
" Vous pensiez que nous étions toutes vieilles et décrépies ? Eh bien, non ! Par contre, nous dansons effectivement nues sous la caresse de la Lune ! ajouta-t-elle encore d'un clin d'œil.
- Ah, d'accord, d'accord…, rougit Archibald, une main dans les cheveux pour se donner contenance.
- Nous avons un Sabbat bientôt, je m'y rendais. C'est un carrosse que vous avez là ?
- Oui. Je dois me…
- Pouvez-vous m'emmener avec vous ? Je n'ai pas d'argent, mais il m'est permis de vous payer par d'autres moyens…
- C'est à dire que…
- Vous acceptez ? Comme c'est gentil ! Vous êtes trop mignon, merci encore ! "
Le jeune homme n'avait plus qu'une seule chose à faire. Se retourner pour voir la sorcière trottiner vers la Martin Aston en se trémoussant de façon fort démonstrative, mais en rien désagréable… Comme les fées ou les dryades, par rapport à ce qu'il savait de celles-ci, elle avait une bonne tête de moins que lui. Peut-être une constante chez les êtres féeriques… Cependant, ce n'était pas sa tête qu'il observait pour l'instant.
" A propos, je me nomme Esméralda ! " s'écria-t-elle sans cesser de courir, à bout de souffle.
En tous les cas, voilà qui tombait à pic. Ce devait être la personne à laquelle faisait référence la missive à tendance suicidaire du Doyen. Archibald faillit se mettre à rire. Et dire qu'il avait songé à l'écureuil ! Pendant qu'il se moquait de lui-même, la fée avait accueilli la nouvelle venue sans se poser de question, lui faisant tout de suite une place à côté d'elle. Il était vrai qu'elle était beaucoup plus menue qu'un Barbe Bleue, pour qui se souvenait de leurs aventures passées, mais tout de même… Ce fut d'un œil faussement suspicieux que le jeune homme redémarra la Martin Aston. Quoique suspicieux ne fusse pas le terme adéquat. Etait-il possible… Allaient-elles se livrer à certains petits jeux fripons défiant l'imagination ? Archibald secoua la tête. Vivement qu'ils soient parvenus à destination, car la fatigue commençait pour de bon à lui peser…
" Déjà que je me suis toujours demandé à quoi pouvait bien servir leurs balais quand…, marmotta-t-il dans le duvet qui lui servait encore de barbe à son âge.
- A nous envoyer en l'air ", évidemment, le renseigna Esméralda, posant sa tête sur son épaule.
Nouvelle embardée évitée de justesse.
" Vous devriez soigner votre vocabulaire, si vous me permettez… De là d'où je viens, on ne dit pas des choses pareilles, pas avec ces mots en tous cas… "
Oui, indubitablement, vivement le Roi Nougat et son verbiage proverbial !

Deux mondes… Deux mondes, l'un empli de magie et l'autre qui en est dépourvu, mais ne manque pas de ressources pour autant. L'un et l'autre cohabitent désormais sans même en avoir conscience, partageant de lointains souvenirs d'un destin commun, pour certains. Et pourtant… Au-dessus des châteaux et des immeubles, au-dessus des nuages, plus haut, bien plus haut, là où l'on ne pouvait plus croiser ni avions, ni dragons, ni même un satellite ou une cité volante, où les cieux n'étaient plus comparables à un océan de pur azur, nappé dans le vide de l'univers… Il y avait encore une chose que les habitants des deux mondes avaient en commun. Une seule Lune…
Le soleil se levait sur l'horizon parsemé de pics déchiquetés. Les mers et les continents lunaires étaient déjà arrosés de ses rayons palots et fugaces. Il en aimait cette pureté désolée, cet éclat opalescent dont personne ne savait observer la beauté. Pourquoi tout le monde n'y voyait-il que des étendues mortes ? Depuis qu'il avait dû fuir toutes ses attaches et qu'il s'était retrouvé accusé des plus immondes forfaits, depuis qu'il avait bâti ici son refuge… Il avait appris à revoir sa définition de la vie et de la mort. Une poussière de lumière voletant au sommet d'une colline, une goutte de glace accrochée au paroi d'un gouffre, une météorite se fracassant sans bruit dans une plaine, la parant d'un nouveau cratère… Ce n'était presque rien, et certainement pas la vie telle qu'on l'entendait dans l'une ou l'autre dimension… Mais il avait besoin d'y croire. Mu par un impérieux désespoir. L'unique choix qui lui restait sinon était de sombrer définitivement dans la folie. Il était hors de question qu'il s'abaisse à cela. Il avait trop œuvré pour abandonner à présent en se livrant à une pareille infamie.
Un instant, il s'arrêta pour contempler le désert de nuit de sa face cachée. Il avait longtemps hésité à édifier ici son abri. Dans une dépression privée de toute lumière, gelée jusqu'à se fendre encore et encore, avec pour panorama l'obscurité à perte de vue et à jamais. Voilà qui était tentant au plus haut point ! Mais c'était ailleurs qu'ils s'étaient installés. Pour lui, cela aurait pu parfaitement convenir, mais il n'était pas seul, et ce n'était pas à ses désirs morbides qu'il avait songé… Il sourit. Jamais il ne se serait cru capable d'autant d'autocritique et d'admettre tout cela seulement quelques semaines auparavant. Sa défaite face à Archibald Bellérophon lui avait été fort profitable, il fallait en convenir. Alors finalement, son périple toucha à sa fin, et le Lac des Songes apparut devant lui… Lacus Somniorum… Une immense région aux contours irréguliers, encore très mal étudiée. C'était exactement ce dont il avait besoin.
Ses bottes s'enfoncèrent dans une épaisse couche de poussière anthracite tandis qu'il posait pied à terre. Peu importe les empreintes qu'il laissait derrière lui. Personne n'imaginerait que c'était là que se dissimulait son repaire. Sa construction était un véritable défi à tous ses adversaires. Qu'ils viennent donc si c'était là ce qu'ils désiraient ! Et Lord Funkadelistic leva soudain les yeux vers ce qu'il avait fait ériger à sa mémoire, en attendant qu'elle lui revienne enfin… Du Lac des Songes ou d'ailleurs… Des colonnes de nacre par centaines, des flèches vertigineuses, des colliers d'absides comme autant de perles géantes, des arches de cristal et des vitraux miroitant d'acier poli, des jardins de rocailles et des étangs de quartz… Tout était si magnifiquement figé. Insensible à l'usure du Temps, quoi qu'il puisse advenir. D'un pas lent, il s'engouffra sous les portes de son domaine, minuscule silhouette enténébrée sous les ogives sculptées de motifs cabalistiques. Le Palais de la Lune.
La nef centrale était gigantesque, tout à la démesure du lieu, avec sa voûte en berceau brisé qui semblait s'étendre à l'infini. Ses pierres blanches et lisses étincelaient de mille feux. Lord Funkadelistic se dirigea là où il se rendait toujours lorsqu'il revenait en sa demeure sélène. La salle où ils pouvaient être tous les deux réunis, même si ce n'était pas de la façon dont il l'espérait... Dont ils l'espéraient tous les deux. Bien évidemment, la pénombre était seule maîtresse. L'Ennemi demeura un moment sur le seuil. Il réprima un autre sourire. Etrangement, il se sentait intimidé à l'idée de la retrouver après une nouvelle et trop longue absence. Pourtant, il n'aurait pas de reproches à endurer. Il aurait tellement préféré devoir se justifier et subir son courroux pour tout ce qu'il avait fait depuis… Depuis qu'ils étaient…
Enfin, il relâcha ses défenses et se laissa apprivoiser par la faible lueur bleutée qu'il distinguait par-delà la baie vitrée en demi-cercle, qui remplaçait ici le mur extérieur. Lord Funkadelistic pénétra dans la salle, toujours aussi mesuré dans ses gestes et s'avança jusqu'à son centre.
" Bientôt… " fut tout ce qu'il parvint à articuler, paume à même le verre.
Il se détourna vite. Mais pas assez remis pour s'en retourner d'où il venait, il s'assit à quelques pas de là seulement. Lord Funkadelistic fit glisser ses doigts sur les touches les plus proches. Le son était toujours aussi céleste, éclatant. Et doux à la fois. Un Steinway Style Baroque, acajou, de 1915. Il avait payé cher pour obtenir un piano tel que celui-ci, un piano relativement ancien de l'époque Moderne. Post-romantique. C'était… comme un signe du destin. Qui aurait pu le dire… Cette fois, il se permit une grimace de dégoût. La destinée, et tout ce qui allait de pair avec cela… Une bouffée de colère le happa, mais il se retint de frapper les délicates touches de son poing serré. Les œuvres d'art ne méritaient pas de subir les vilenies de la nature humaine…
Et dans le silence, il se mit à jouer. Les premières notes furent quelque peu hésitantes, mais bien vite, ses mains volèrent sur le clavier. Mélancolique et puissante, les échos de la partition qu'il ne suivait même pas des yeux, emplissaient la salle toute entière de ses sonorités les plus variées, toutes retranscrites à merveille par l'artiste et son instrument. Des années et des années de pratique… Oh, cela ne lui amenait pas le repos de l'esprit, loin de là. Mais il s'agissait pour lui de l'unique manière d'apaiser quelque peu ses tourments. Jouer pour elle, face à elle, tous les deux seuls dans cette grande pièce circulaire et dépourvue du moindre mobilier exceptée ce somptueux piano et le mausolée central… En cet instant, il en avait plus qu'assez de toutes ces manœuvres, ces écheveaux d'alliances secrètes et de toiles tissées dans le mensonge.

Ég Kasta Þeim Út Í Hylinn Og Reyni Að Hala Flugurnar Inn Áður En Seiðin Ná Til Þar Sem Þær Berjast Við Strauminn Og Vatnið.
Þannig Líður Dagurinn.
Sjálfur Kominn Um Borð, Var Farinn Að Berjast Við Bæjarlækinn Sem Hafði Þegar Deytt Svo Margar.

Il ne chantait pas, mais les paroles remontaient à la surface de sa conscience tourmentée. Et les fantômes de ses regrets surgissaient un à un dans la salle, spectres neigeux et informes, d'abord timidement, puis de plus en plus nombreux, ils se pressaient, de plus en plus proches. Ce n'était pas la première fois qu'il provoquait cela sans même le vouloir sciemment.

Ég Reyni Að Komast Um Borð. Ég Dreg Í Land Og Bjarga Því Sjálfum Mér Aftur Á Bakkann.
Á Heitan Stein Ég Legg Mig Og Læt Mig Þorna Aftur.
Ég Kasta Mér Út Í Hylinn Og Reyni Að Hala Flugurnar Inn Áður En Seiðin Ná Til Þeirra Þar Sem Þær Berjast Við Strauminn Og Vatnið.
Gustur, Allur Ennblautur.

Ils demeuraient en retrait, silencieux comme autant de tombes délaissées. Puis, tandis que la musique continuait à s'élever jusqu'aux sommets du palais, en spirales chaotiques et effrénées, l'un deux se distingua des autres, et il y eut une ombre pour le rejoindre. Les autres spectres de souvenirs s'écartèrent avec déférence. Leurs maîtres étaient parmi eux.

Hann Bæði Um Borð Í Sjó Og Landi Bjargandi Flugunum Sem Farast Hér.
Þó Sér Í Lagi Sjálfum Sér.
Eilíft Stríð Og Hvergi Friður.
En Það Verður Einhver Að Fórna Sér.
Dagarnir Eru Langir.

L'homme saisit délicatement la main de sa partenaire, après une révérence modeste. Mais alors qu'ils allaient exécuter un premier pas de danse…
" Nous les avons retrouvés ", fit une voix surgie de nulle part.
Tout se brisa en un instant. Arès et Eris étaient apparus à côté du piano, usant de leur don de téléportation. La main droite de Lord Funkadelistic resta suspendue au-dessus du clavier. Il fallut longtemps à la dernière note pour mourir, mais elle s'effaça à son tour… Lentement, il se tourna vers ses deux serviteurs. Ils n'eurent pas le temps de croiser son regard, à la folie soudainement incontrôlable. Ses lunettes ne purent la contenir.
Les deux gardes du corps furent projetés hors de la salle comme harponnés par une rafale d'une puissance démesurée. Depuis les fondations jusqu'aux plus fines aiguilles, tout le palais trembla.
" Comment osez-vous vous inviter dans cette salle ! Misérables, vous n'avez aucun droit ! " les accompagna Lord Funkadelistic dans un véritable rugissement de rage.
A leur suite, mais beaucoup plus dignement, il quitta la pièce, et les contempla dans leur chute, alors qu'ils s'écrasaient sur le sol, très loin en contrebas.
" Vous êtes peut-être au service de la même personne que moi, mais que cela ne vous fasse pas croire que vous avez toutes les libertés ! Je suis le seul maître ici et vous n'avez qu'une seule chose à faire, m'obéir ! Larves que vous êtes ! "
Il les gifla de toute sa morgue, et ce soufflet fut plus terrible encore que le choc de leur chute qui les avait touchés dans leur chair. Puis, se modérant finalement, il entreprit de les rejoindre. Non pas en lévitant dans les airs, car il voulait leur faire sentir plus longtemps encore le poids de son opprobre. Des blocs de pierre rectangulaires jaillirent de toutes les directions, se plaçant sous ses pas comme autant de marches d'escaliers, des escaliers en colimaçon qui le conduisirent devant ses deux serviteurs trop zélés. Ils n'avaient plus bougé d'un pouce, se contentant humblement de regarder leur maître descendre à leur niveau en suivant ces centaines et centaines de marches qui allaient et venaient, retournant se ranger en piles invisibles dans un angle oublié dès lors qu'elles ne lui étaient plus d'utilité…
" Vous n'êtes rien de plus que cela, leur fit-il en désignant les blocs d'albâtre. J'ose croire que vous avez compris, désormais. "
Le duo de gardes du corps acquiesça sans mot dire, d'un même mouvement de tête. Lord Funkadelistic considérait qu'il était déjà suffisamment intolérable d'avoir dû leur laisser ouvertes les portes de cette demeure… Elle n'était pas faite pour accueillir des visiteurs, quels qu'ils soient. Mais il était une volonté qu'il ne pouvait contrecarrer, pour le moment… Arès, à moins que ce ne soit Eris, lui tendit une missive cachetée.
" Vous les avez donc bel et bien retrouvés…
- Comme vous nous l'aviez ordonné, maître. " répondit le serviteur d'une voix monocorde.
Lord Funkadelistic décacheta la lettre avec précaution.
" Les trois… Leurs adresses…
- Est-ce que tout va bien, maître ? risqua celui des deux serviteurs qui n'avait encore rien dit. Ce devait être Eris.
- Oui… Tout va bien ! décréta Lord Funkadelistic après que ses yeux d'ordinaire si ardents se soient voilés, manquant de vaciller. Partez. Maintenant. "
Ils disparurent immédiatement, usant une fois de plus de leur don. Lui eut le désir de remonter s'asseoir au piano… Mais le moment était brisé. Il allait repartir en chasse. Se venger de trois personnes. Les trois dernières.
" Les trois dernières… Pour toi… Je te le promets. Ensuite, tout cela sera terminé pour de bon ", chuchota-t-il.
Essayait-il de se persuader lui-même ? Lord Funkadelistic ferma son esprit à ces sourdes contestations et se tourna vers un gigantesque hublot et la vue qui lui était offerte. Sous un ciel moucheté d'étoiles inaccessibles, le globe saphir de la Terre s'était imposé sur l'horizon lunaire…

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