| Bikers'Alley
Un endroit tout ce qu'il y a de moins recommandable
Une ruelle en cul-de-sac,
avec de vieux bidons rouillés aux couleurs délavées dans
lesquels on avait allumé des feux mourants. Des morceaux de grillage sur
le sol, des flaques d'huile luisantes, des reflets irisés arrachés
par la lueur falote des flammes. Et des motos. Toutes sortes de motos, mais en
très large majorité de grosses cylindrées. Et leurs propriétaires
étaient tous à l'intérieur, dans le bar adjacent, avec son
enseigne au même nom que la rue, dont la moitié des lettres en néon
ne fonctionnaient même plus sans que cela parusse inquiéter quiconque,
surtout pas le propriétaire de cet établissement
Une autre
source lumineuse vint alors prendre le relais. Les papiers tâchés
de graisse de vieux hamburgers rances s'envolèrent comme si les vents avaient
soudainement décidé de purifier cet endroit sordide. Deux bidons
se renversèrent bruyamment, en vomissant leurs braises. Une sphère
lumineuse était apparue comme née du néant, passage aux contours
instables s'ouvrant sur une autre dimension. Chers lecteurs, si vous avez jeté
un il à Stargate ou encore plus à Sliders, vous
comprendrez à quoi il est fait ici allusion, particulièrement pour
ses jolis tons bleutés
Un homme en jaillit tête la première,
s'écroulant aussitôt sur le sol comme une masse. Il tremblait, replié
sur lui-même en position ftale. Son visage était invisible,
ses longs cheveux de jais trempés de sueur et de suie le dissimulant presqu'entièrement.
Un filet de sang lui coulait sur la joue droite, c'était tout ce qu'il
était permis de discerner. A l'intérieur du respectable établissement
Les bikers étaient tous rassemblés au comptoir ou entassés
autour des tables et du billard au tapis déchiré, entre parts de
frites et chopes de bière. Jeans troués, blousons de cuir avec des
chaînes qui pendaient plus ou moins - chacun voulant visiblement avoir la
plus longue - foulard ou bandanas sur la tête ou crâne rasé,
et pour tous, lunettes noires, même dans la pénombre enfumée
du bar
S'il y avait des femmes dans le lot, impossible de les distinguer
à la vue
Les discussions semblaient passionnées, entre la
dernière blague à caractère pornographique entendue et les
opinions sur le nouveau carburateur installé sur sa bécane, le confort
d'une selle rembourrée achetée le jour même ou la façon
dont on avait décoré son casque
A l'évidence, on ne
devait pas discuter de Rembrandt tous les jours par ici. Le patron de l'établissement,
lui aussi motard, arborait la barbe la plus fournie - sans doute un signe de reconnaissance
quasiment tribal - tandis qu'il essuyait tant bien que mal des verres crasseux
à l'aide d'un torchon qui aurait paru plus à son aise dans son garage,
un vrai ZZ Top à la retraite. Aussi la vision d'un jeune homme complètement
nu si ce n'était une paire de bottes qu'il quitta de plus presqu'aussitôt,
entrant en claquant la porte, visiblement pas le moins du monde gêné,
était bien plus incongrue encore. Et déjà, des jointures
craquaient
" Mais qu'est-ce que c'est que ça ? Dîtes-moi
les gars ! fit l'un des bikers. - Hey, mon grand, pourquoi tu te promènes
à poil comme ça ? Tu viens faire la manche ? - Peut-être
que c'est un
gay ? renchérit un troisième en prenant une voix
de fausset, déclenchant une cascade de rires gras et sonores qui firent
frissonner les lampes pendues au plafond dépourvues du moindre abat-jour.
- Je ne suis pas gay
", répondit-il alors le nouveau venu,
imperturbable. Il se tenait là, debout de toute sa hauteur, au milieu
des tables éparpillées, comme si de rien n'était, de petites
lunettes rondes aux branches abîmées pendant sur son nez. "
Alors comme ça, tu ne viens pas pour te faire ramoner le pot d'échappement,
sale junkie ? - Comme c'est spirituel, repartit l'autre avec un fin sourire,
rejetant ses cheveux en arrière. - On va te faire passer l'envie de
nous répondre comme ça ! A quoi tu t'attends en venant ici ? Tu
veux p'têt mon fut et mon blouson ? Comme dans ce film, là ! -
Et ta moto, pour bien faire ! - Ouais, sa belle moto ! Comme dans
Predator,
je crois bien ! " L'autre les toisait, levant les yeux au ciel à
ces mots, bras croisés, attendant visiblement le plus patiemment du monde
qu'ils en aient terminé avec leurs bravades avinées. "
C'est si gentiment proposé, convint-il lorsque le tumulte commença
à présenter des signes de faiblesse. Je me vois mal refuser
" Sa voix feutrée n'avait rien à voir avec les braillements
vulgaires de cette assemblée à qui il paraissait faire honneur de
sa présence, même nu. Elle parut couvrir peu à peu leurs accès
de rires démesurés. " Mais c'est qu'il serait sérieux
! Tu vas voir ! On va te recevoir comme il faut, mon gars ! " Quatre ou
cinq des ivrognes se levèrent tant bien que mal, titubant différemment
selon leur taux d'alcoolémie, en tous les cas bien avancé. L'un
d'eux, le poing ganté de cuir, tenta d'adresser un direct en plein visage
à l'inconnu. Celui-ci se mut si vite qu'on eut dit qu'il n'avait même
pas bougé. A la seconde tentative, il bloqua simplement le coup en emprisonnant
la main de son adversaire dans sa paume. L'autre voulut immédiatement se
dégager, mais n'y parvenant pas, il commença à ahaner en
suant bien vite à grosses gouttes, sous les regards vitreux et incrédules
de ses acolytes éthyliques. Leur étrange visiteur ne semblait produire
aucun effort. " Un problème ? s'enquit-il d'un ton poli. -
C'est toi qui va avoir un problème, si tu ne me lâches pas tout de
suite ! jappa l'autre. - Mais comme il vous plaira. " Ecartant les
doigts de façon fort théâtrale, il libéra son adversaire,
qui le toisa en ricanant. " Tu fais moins le malin maintenant ! Je vois
que tu as compris que tu risquais gros si
" Il s'interrompit lorsqu'il
réalisa qu'il ne parvenait plus à refermer le poing. Ses doigts
étaient translucides ! Du givre, comme lorsqu'il prenait tranquillement
une bière dans son congélateur avant d'aller s'asseoir dans le canapé,
s'était déposé sur ses jointures et recouvrait peu à
peu toute sa main ! " Qu'est-ce que tu m'as fait, toi ! " hurla-t-il. Il
aurait voulu pointer du doigt celui qu'il détestait maintenant plus que
tout, mais en faisant ce geste
Sa main se détacha de son corps en
ne laissant qu'un moignon sanglant ! Ce n'était plus qu'un bloc de glace
qui éclata en morceaux contre la poitrine nue du nouveau venu. Instant
de stupeur
Puis tous se jetèrent contre lui, empoignant tout ce qui
leur tombait sous la main, queue de billard, bouteilles, chaises, fléchettes
Il esquivait toutes les attaques en bondissant en tous sens, semblait en rire,
puis, alors que la petite assemblée avinée reprenait son souffle
entre deux assauts, il s'empara d'un verre de whisky à moitié rempli
qui traînait sur une table. Son contenu s'éleva dans les airs, comme
un liquide en apesanteur, alors que les autres le regardaient bouche bée.
Puis, tout s'accéléra, et l'un d'eux s'effondra sur le sol, renversant
deux chaises. Un pic de glace couleur whisky enfoncé en plein cur.
Voilà ce qu'il avait fait de cette boisson ! Une arme mortelle ! "
On ne vous a jamais dit que l'alcool pouvait tuer ? " se fit-il sentencieux.
Un rugissement furieux l'empêcha de juger de l'effet de son jeu de mot
dont il était d'ores et déjà fort satisfait. Il n'avait pas
anticipé une réaction si vive, et il ne put éviter le coup
de massue qui le frappa en plein visage, comme une énorme gifle. Ses pieds
quittèrent les lattes du parquet crasseux, et il retomba à son tour
face contre terre après avoir plusieurs fois tourbillonné sur lui-même.
A genoux, un autre coup tout aussi violent le cueillit sur le sommet du crâne.
Le gigantesque motard n'attendit pas qu'il se redresse. Ivre de rage, il le frappa
à coups de pieds, de ses imposantes chaussures cloutées. Tout à
coup, on entendit des os se briser, distinctement. Mais les pleurs exsangues de
l'étranger couvrirent aussitôt ses sinistres craquements. "
Ah, tu peux gémir, espèce de bâtard ! Je sais pas d'où
tu sors pour débarquer ici comme ça, mais les drogués comme
toi, on les éclate en morceaux ! " le rudoya encore le colosse, accompagnant
ses mots d'un crachat pour le moins verdâtre
Tous ses petits camarades
reprirent ses déclarations en chur, tous en rangs derrière
lui. Leur adversaire aux pouvoirs tellement irrationnels était toujours
étendu sur le sol comme ils l'auraient été eux-mêmes
à la fin de la soirée, noyés dans leurs vomissures. Il avait
le dos maintenant couvert de bleus violacés et de meurtrissures diverses,
et de puissants sanglots continuaient de le faire tressauter tels les témoins
des spasmes de la douleur lancinante qui devait certainement le déchirer
de part en part. " Tu vas la fermer ! s'écria le grand motard,
passablement sur les nerfs, sans compter qu'aucun d'entre eux ne comprenaient
ce qui avait pu arriver à leurs camarades morts. On ne va pas te laisser
t'échapper après ce que tu as fait, je peux te le dire, alors, au
lieu de pleurer, tu ferais mieux de faire tes prières ! " Mais
au contraire, les sanglots redoublèrent de violence. Et ce fut à
cet instant scellant leur destin que les bikers réalisèrent trop
tard qu'il n'était plus question de geindre pour le mince jeune homme aux
lunettes aux verres brisés. Il riait. Il riait tandis qu'il se redressait
lentement, d'un rire de dément. " Oh, c'est bien not'chance, il
a fallu qu'on tombe sur un échappé de l'asile ! fit l'un, lui-même
hystérique. - Ou un membre du Fight Club, chef ! J'ai vu ça
dans un film, ils aiment se faire cogner sur la gueule jusqu'à pisser le
sang ! " brailla l'un des motards, les yeux exorbités. Apparemment,
il n'y avait pas que de l'alcool ou des motos pour circuler dans les environs,
le crack aussi
" Le roman de Chuck Palahniuk est meilleur que le
film de David Fincher, très bon au demeurant, mais c'est un peu le cas
de toutes les adaptations, même les plus réussies
, leur précisa
stoïquement l'étranger, assis par-terre, dodelinant nonchalamment
de la tête. - Mais qu'est-ce que tu marmonnes, espèce de malade
mental ! " Le biker aux énormes biceps tatoués voulut le
rosser encore, pour le faire taire pour de bon désormais. Il le saisit
par les cheveux avant qu'il se soit remis debout, ses jambes paraissant à
peine en mesure de le porter. Il n'avait pas encore croisé à nouveau
son regard, ce regard amusé bien à l'abri derrière ses lunettes.
Il devait avoir perdu de sa superbe, de cette lueur frondeuse
Le motard
le laissa retomber sur le sol en criant lorsque sa victime tourna les yeux vers
lui. " Mais qu'est-ce que c'est que cette chose ! - Qu'y a-t-il maintenant
? Tu ne veux plus me frapper ? - J'ai entendu tes vertèbres se briser
! Tu n'aurais pas dû pouvoir bouger comme ça ! - Oh, mes vertèbres
? fit l'autre d'un ton doucereux, la tête exagérément inclinée
sur le côté. C'est sans doute mieux ainsi
" Roulant
des épaules tout en reprenant une position plus classique, tous purent
entendre effectivement les craquements de ses articulations comme autant de rouages
retrouvant leur position. Le dernier client en date du bar était à
nouveau en état de commander, mais ce n'était pas ce qui semblait
l'intéresser. Debout au milieu des tables renversées, des chaises
aux pieds cassés, des flaques déjà à moitié
bues par le plancher qui en avait vu d'autres, il toisait chacun des bikers un
par un, de ce regard horrifiant pour quiconque le contemplait sans pouvoir s'en
protéger. " Alors, plus personne ? " Les bikers n'attendirent
pas plus, se ruant en avant comme un seul homme. Mais ils ne voulaient plus se
frotter à cet être inqualifiable, eux qui avaient pourtant d'ordinaire
comme passe-temps favori la distribution d'insultes à qui ne faisait pas
partie de leur bande. C'était l'entrée qu'ils visaient, ou plutôt
la sortie. Quelques uns réussirent à passer. " Pas toi
! " fit leur adversaire à celui qui l'avait battu comme plâtre,
alors qu'il tentait de fuir sur sa droite. Rapide comme l'éclair, il
le saisit par une cheville, et le souleva ensuite au-dessus de lui sans la moindre
difficulté, après avoir raffermi sa prise en attrapant sa ceinture
par la boucle aux couleurs du drapeau des Etats-Unis d'Amérique. Le lourdaud
mal rasé s'en alla voltiger derrière le comptoir, amenant de quoi
boire avec lui au passage lorsqu'il brisa une bonne part des étagères.
Aucun de ses camarades ne se préoccupaient de lui. Ils sortaient en se
poussant du coude avec des bourrades tout sauf amicales, se couvraient d'injures,
et déjà, des moteurs pétaradaient, des pneus crissant sur
l'asphalte. " Attends un peu, toi
Tu ne m'avais pas promis tes vêtements
Et ta moto ? - Si, si, bien, bien, bien sûr ! bégaya le motard.
- C'est une Harley, j'espère ? s'enquit l'autre, d'un ton narquois.
- Pas qu'un peu ! Qu'est-ce que tu crois ? Je l'ai payée assez chère
pour avoir la même que le Rebelle ! - Le Rebelle ? Eh bien, je vous plains
Il y a tellement mieux
" Le dernier des bikers à ne pas
être encore sorti les pieds devant n'était autre que celui qui s'était
cru spirituel en lançant la boutade qui se retournait maintenant contre
lui, alors que l'inconnu l'interpellait à l'autre bout du bar. A marcher
pieds nus de la sorte, il aurait dû d'ailleurs laisser du sang derrière
lui à chaque pas, entre les échardes et les éclats de verre.
Ses horions disparaissaient déjà aussi
Mais le motard était
trop apeuré pour faire attention à pareil détail. Il s'était
dissous sur place, incapable de faire le moindre mouvement. Tout son corps tendait
vers la sortie, mais sa tête était immanquablement retenue en arrière,
comme hypnotisée. Il n'eut même pas le temps de répondre.
Le jeune éphèbe était déjà sur lui, l'assommant
d'un unique coup de poing, avant même qu'il ait pu acquiescer, ce qu'il
s'apprêtait pourtant à faire avec un enthousiasme toutefois très
particulier. Le motard voltigea, se retrouvant la tête enfoncée jusqu'aux
épaules dans le mur le plus proche, là où se trouvait quelques
minutes auparavant un tableau de jeu de fléchettes. En plein dans le mille
L'inconnu aux longs cheveux lustrés s'approcha alors de lui, maintenant
qu'il n'y avait plus personne dans les environs, puis commença à
le déshabiller. Après avoir récupéré son blouson
et son pantalon, et remis ses propres bottes
Il haussa un sourcil interrogateur
sur ce qu'il venait de découvrir. " Un string panthère ?
Ah, les bikers ne sont plus ce qu'ils étaient ! " Faisant la moue,
l'inconnu paraissait on ne peut plus circonspect quant à finalement porter
ce qu'il considérait visiblement comme rien de moins que des haillons.
Il s'avança sur le pas de la porte désertée, fit mine de
sauter sur place, et
disparut dans les cieux, entre deux immeubles. Biker's
Alley était plus calme qu'elle ne l'avait jamais été,
vidée de ses habituels occupants. Même l'incendie qui gagnait peu
à peu le bar semblait vouloir prendre son temps pour tout brûler.
Comme pour que l'inconnu puisse tranquillement
être de retour. Son
pied toucha les marches de l'entrée à la façon de n'importe
quelle personne. Mais il venait d'enjamber d'un seul bond la moitié de
la ville
" Rien de tel qu'un détour au pressing pour avoir
des vêtements propres et repassés
" Lorsqu'il reparut
dans l'allée, il n'était plus nu. Et il avait trouvé une
autre paire de lunettes. Il enfourcha la puissante machine, sentit ses cylindrées
vibrer sous ses cuisses
Il tâtonna du bout des doigts moins d'une
seconde pour trouver dissimulé
" Un fusil à pompe
à canon scié, bien vu ! " Seul dans la nuit, il s'en alla
sur sa nouvelle acquisition, accélérant, et accélérant
encore, son rire surpassant toujours le rugissement du moteur. Il en avait réchappé
! Il avait réchappé à la fournaise, à cette bande
d'imbéciles, et à tant d'autres dangers ! Il avait surtout survécu
à la terrible perte qui avait brisé sa vie
Et déjà,
alors qu'il fonçait à toute allure sur des routes inconnues, se
succédaient dans son cerveau bouillonnant, des plans de revanche tous plus
élaborés les uns que les autres
Il avait seulement besoin
d'un peu de temps. 21 Octobre 2002. Paris. Pont
des Arts. Une silhouette émergeait à pas comptés
de l'un des nombreux escaliers donnant sur les quais de la Seine, dont les pavés
polis subissent les assauts continuels des passants promeneurs et des touristes
pressés
. Elle était emmitouflée dans un long manteau
noir. Pas l'une de ces parures élimées d'étudiants faussement
ténébreux voulant paraître plus sérieux qu'ils ne le
sont. Mais une riche pèlerine plus sombre que la nuit, admirablement coupée,
se déployant dans la fraîche brise automnale comme une cape. Personne
dans la foule qui s'entassait sur les trottoirs ne semblait se rendre compte de
la présence de cette ombre, et pourtant, chacun s'écartait de son
chemin par un crochet juste avant de la percuter. Et, que l'on veuille s'excuser
ou au contraire se plaindre, tout le monde se retournait en cherchant des yeux
celui ou celle qui avait manqué les faire tomber, sans parvenir à
le trouver. Il sourit. Coup d'il aux étals des bouquinistes sagement
alignés le long des quais. Une vieille revue jaunie avec Bruce Lee en couverture,
un poster de Janis Joplin, une gravure de gargouille de Notre-Dame, un plateau
de Tour Eiffel en plastique
Il aurait bien aimé pouvoir trouver un
recueil de ce poète solaire qu'il aimait tant
Mais lui revenait toujours,
guidé par un phare au faisceau d'obsessions morbides, vers la face la plus
sombre de celui-ci, celle qui demeurait pour toujours plongée dans les
ténèbres glacées. Il lui vint immédiatement à
l'esprit ce poème, qui était devenu celui qu'il préférait
entre tous avec haine et rage, par la faute du destin
Il aurait tant désiré
pouvoir lui en réciter un autre, s'ils avaient pu se promener ici-bas tous
les deux, ensemble. I. You say you love; but with a voice Chaster than a nun's, who
singeth The soft Vespers to herself While the chime-bell ringeth - O
love me truly! II. You say
you love; but with a smile Cold as sunrise in September, As you were Saint
Cupid's nun, And kept his weeks of Ember. O love me truly! III. You
say you love - but then your lips Coral tinted teach no blisses. More
than coral in the sea - They never pout for kisses - O love me truly!
IV. You
say you love; but then your hand No soft squeeze for squeeze returneth, It
is like a statue's dead - While mine to passion burneth - O love me truly!
V. O
breathe a word or two of fire! Smile, as if those words should burn be, Squeeze
as lovers should - O kiss And in thy heart inurn me! O love me truly! |
Resserrant
son écharpe de soie d'une blancheur d'hermine plus par réflexe que
par crainte du froid, le jeune homme s'avança jusqu'aux abords du Pont
des Arts. Ah, le Louvre
Si l'Académie Française qui se dressait
dans son dos n'avait jamais été pour lui un sujet d'études
captivant, il avait par contre la prédilection des musées. Combien
de fois avait-il pu justement visiter le Louvre, parcourant durant des heures
et des heures ses allées et ses salles ? Il peignait lui-même. Oh,
en amateur toutefois. Alessandro Filipepi, plus connu sous le patronyme de Botticelli,
avait ses préférences : son allégorie de l'Automne
aurait fait merveille pour trouver une incarnation en ce jour. Il en avait reproduit
quelques copies tout à fait méritantes. Sans plus se soucier
d'être vu, il gagna soudain le milieu de la passerelle, refermant deux mains
soigneusement gantées sur la rambarde d'un geste mesuré. De là,
il pouvait contempler un tel panorama
La Seine et ses bateaux-mouches si
peu discrets, les grappes d'êtres humains venus quérir les derniers
rayons de soleil de l'année, la nef aérienne de la Samaritaine comme
un navire au-dessus des flots, et plus loin encore, Notre Dame, la cathédrale
et ses gargouilles aux grimaces courroucées
Il s'enquit de l'heure,
impatient malgré tout et se gardant bien d'inspirer à pleins poumons
l'air vicié qui l'entourait. Il aimait se réfugier à Paris,
mais non pas ce qu'elle était devenue. Le jeune garçon qui se tenait
sur sa gauche, droit comme un I, et tendu comme un T, semblait bien moins serein
encore, dans son costume plutôt baroque pour l'époque. Comme son
maître, il attendait le retour de son jumeau, - c'était peut-être
sa jumelle, mais il était impossible de les différencier - envoyé
en mission à quelques rues de là. Oh, il n'en allait pas d'une charge
entraînant une destruction quelconque. Ce n'était pas ici, dans ce
monde, qu'il comptait frapper en premier lieu. S'il avait revu de nombreux points
concernant ses plans, celui-ci n'avait pas été modifié. Le
Monde des Contes serait son point de départ pour sa conquête globale.
Bien entendu, cela ne l'empêcherait pas de procéder à des
interventions de par ce côté-ci de l'univers connu. Comme par exemple
de se faire acheter une sélection bien précise de thés, parmi
les plus raffinés. C'était ainsi qu'il patientait en guettant d'un
il faussement désintéressé le retour d'Eris. "
J'espère que toute votre commande sera honorée
", souffla
son acolyte, ne sachant jamais trop comment interpréter les innombrables
silences de leur maître. Celui-ci eut un sourire torve, à l'expression
accentuée par la désinvolture des gestes de la main qui l'accompagnèrent.
" Il n'y a aucune raison pour que ça ne soit pas le cas. Je n'ai
rien exigé de tellement extravagant, que je sache
Un peu de Yunnan,
du Tung Ting, du Yin Zhen, et du Gyokuro
Evidemment, on ne trouve pas cela
à tous les coins de rue, mais si même eux ne sont plus capables d'assurer
ce service
" Il soupira. Si ce n'était pas malheureux
Voilà à quoi il était condamné à utiliser ses
immenses pouvoirs magiques pour l'instant
Transformer des prospectus divers
en billets de banque pour régler ses achats en liquide intégral.
Cela faisait bien longtemps qu'il avait renoncé à toute identité
de ce côté-ci de la réalité, aussi n'entretenait-il
plus aucune relation avec les banques, quelles qu'elles soient. Tout autre que
lui aurait certainement pu y trouver un motif de satisfaction, mais ce n'était
pas son cas. Toutes ces choses bassement matérielles, c'était si
inconvenant ! Néanmoins, il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même
et en était tout à fait conscient. Il n'aurait pas dû laisser
passer la chance qui lui avait été offerte quelques mois auparavant.
Sa puissance pure avait de plus beaucoup diminué, avec l'abandon des Objets
Magiques des Contes. Cela représentait la perte d'atouts majeurs ! Il
sourit à nouveau, crispé tout à coup. Il avait toujours pour
lui une maîtrise de la magie que personne ne pouvait égaler dans
la Tour du Savoir Secret Salvateur, pas même le Doyen. N'avait-il pas déjà
planté de nouvelles banderilles dans le dos de ses ennemis ? Si, et il
procéderait différemment cette fois. La destruction de la Tour ne
l'obsèderait plus. Pourquoi avait-il fallu qu'il se laisse griser par cet
objectif ? Sans doute encore une fois, l'arrivée d'Archibald Bellérophon
n'y avait pas été étrangère. Il avait pu se reconnaître,
oh, très vaguement, en lui
Cette fois, cela ne lui importait plus.
Il pouvait bien tous survivre, ce n'était pas un problème. Qu'ils
vivent heureux jusqu'à la fin de leurs jours et aient beaucoup d'enfants
si cela leur convenait. Il avait quant à lui d'autres projets, et il s'y
tiendrait. Tant pis pour la vengeance
Il laisserait cela à l'autre.
Il était fatigué. Tout ce qu'il voulait, c'était retrouver
sa
" Me voilà, monsieur ! " l'interpella sobrement Eris,
portant délicatement un grand sac en papier. Il y a tout ce que vous aviez
demandé. - C'est très bien. Et dîtes-moi, Eris, Arès,
c'est toujours mieux qu'un sac de fast-food, n'est-ce pas ? " Les jumeaux
acquiescèrent vivement. Ils formaient un étrange duo. Mais leur
maître ne les avaient pas choisis. Il lui fallait tout de même endurer
quelques décisions imposées, surtout après un premier échec.
Sa tête était pour ainsi dire mise à prix, et il avait beau
inspirer la crainte, il y aurait toujours des chasseurs de prime féeriques
pour se jeter sur ses traces pour l'appât du gain. On avait donc décidé
de lui adjoindre une paire de gardes du corps. Et s'il voulait récupérer
les Sept Objets, il n'y avait plus d'alternative pour lui. Depuis qu'ils le suivaient
partout, avec cette même attitude servile et réservée, il
n'avait pas abaissé sa garde une seule fois devant eux. Des " hommes
" de confiance
Certainement pas. Ce mot n'existait plus pour lui. Et
ce n'était pas à deux clones de Nightcrawler qu'il allait l'accorder.
Ils avaient en effet beaucoup de points communs avec le célèbre
mutant du comics X-Men : cette attitude bohème jusque dans leurs
vêtements, cette agilité d'acrobate, et d'autres talents qu'il était
préférable de ne pas dévoiler en public, comme la téléportation
ou le fait qu'ils fussent de parfaits escrimeurs. En tant qu'outils, ils étaient
très utiles. Mais pas question d'y avoir recours de quelque autre façon
que ce soit. Il ne serait pas un jouet. Jamais. Eux n'existaient que pour cela,
ils avaient été créés par les puissances supérieures
sur un moule identique. Après avoir inspecté l'intérieur
de son sac à provisions et constaté que toutes les boîtes
de thé qu'il avait commandées étaient bien là et en
parfait état, avec même un petit mot doux de la boutique, il s'était
finalement retourné vers la populace amassée sur le pont. Une fois
de plus, quelle parade
C'était le bon moment. Une main sur les boutons
dorés à l'or fin de son manteau
Il en écarta un pan,
orné de véritables motifs traditionnels des indiens d'Amérique.
Pour bondir sur le parapet dans un équilibre parfait. Quelques badauds
levèrent la tête, intrigués, mais blasés. Encore un
spectacle de rue ! Qu'est-ce qu'on allait encore inventer ? Est-ce qu'on ne pouvait
pas tranquillement les laisser prendre leurs photos avec leurs appareils jetables,
ou discuter à même les planches, avec un groupe d'amis et leur Fuck
the System attitude ? Toutefois
Un à un, ils pivotaient pour
observer plus aisément le surprenant personnage qui se dressait devant
eux, à contre-jour. Pas même besoin d'un quelconque sort, le magnétisme
était naturel
Il avait par contre dû avoir recours à
sa magie pour que chacun puisse le comprendre dans sa propre langue, ce qui n'était
pas chose aisée à Paris. " Chers amis ! Passez-vous un
agréable moment ? Je l'espère pour vous ! Non loin d'ici, si vous
vous donnez la peine, la cathédrale Notre-Dame défie les cieux !
s'enflamma-t-il, démonstratif au possible. Qu'en dîtes-vous ? Tenez
Saviez-vous que la plus grande cloche de la cathédrale se nomme Emmanuel
? Pas la peine de plonger le nez dans vos guides touristiques, je vous l'affirme
! Et cela signifie en hébreu
Dieu avec Nous ! N'est-ce pas des plus
risibles ? Car
, reprit-il après un silence théâtral,
Dieu vous a désertés, mes amis ! On ne le trouve plus ici-bas !
Et, il n'est pas prêt de revenir, je le crois
Il s'est détourné
de vous tous ! Profitez-bien de votre temps ! Il ne durera plus très longtemps
! Trop de parasites pullulent où que vous posiez les yeux autour de vous
! Contemplez ces misérables créatures que vous exécrez !
s'emporta-t-il en pointant du doigt des pigeons qui picoraient non loin, entre
les badauds badins. Qu'est-ce donc
Ce ne sont que des rats, qui profitent
de vos déchets, d'hideuses créatures incapables de valoir leurs
congénères ! Pourquoi ne pas éradiquer cette vermine rampante
? C'est tout ce qu'ils méritent de connaître, l'éradication
! Et voilà ce que vous, vous êtes également pour votre dieu
! Rien de plus ! On vous crache en pleine face, et vous ne voyez rien ! " Et
dans un fulgurant écart, il atterrit au milieu de la foule, avec une étourdissante
révérence à son adresse. Des applaudissements et des sifflets
fusèrent ci et là. Un touriste américain qui portait des
lunettes de soleil bien que le temps soit à un pâle astre du jour
laissa même échapper un sonore " Rock'n'roll, man ! "
mais il ne s'intéressait déjà plus à tout cela. Les
jumeaux lui emboîtèrent le pas, alors qu'il laissait derrière
lui le Pont des Arts en poursuivant sa traversée. Il avait appris à
ne plus se soucier de l'impact de ses paroles et avait fait cela avant tout pour
s'amuser d'un discours grandiloquent. Il savait pertinemment que cela ne changerait
rien pour tous ces gens, qui n'auraient vu en lui qu'un saltimbanque comme on
pouvait en croiser vingt au cours d'une telle balade parisienne. Peut-être
un membre d'une secte, qui sait ? Toujours était-il qu'il ne faudrait pas
longtemps pour que tous l'oublient
Lui avait toujours l'image de ce
pigeon dans son esprit. Ce regard vide de toute étincelle d'intelligence,
ces roucoulements mécaniques, ce ramage grisâtre, cette perpétuelle
recherche de la plus infime miette rivé au sol
Puis, son plus proche
voisin lui apparut ensuite, et un autre, et encore un autre
Peu à
peu, tous les pigeons proches du pont lui étaient visibles. Puis, de la
rue adjacente. Des quais de la Seine tout entier. De toute la cité. La
vision de ces milliers et milliers de pigeons tourbillonnait dans son esprit,
à chaque seconde plus intense
Il aurait pu, d'une simple et brève
formule magique, tous les transformer en torches. Il y songea. Puis, la raison
reprit le dessus. Voilà qui attirerait fatalement l'attention ! C'était
une chose de jouer au vagabond harangueur de foules, une autre de calciner tous
les pigeons d'une ville comme Paris. Si personne ne pourrait comprendre ce qui
s'était passé, la surveillance de ce monde par les espions de la
Tour ferait immanquablement le rapprochement avec lui. Autant ne pas leur offrir
un moyen de le localiser, même temporairement. " Suivez-moi tous
les deux ! ordonna-t-il aux jumeaux. Il faut y aller, je ne veux pas courir le
risque d'arriver en retard au concert de The Music
" The
people, the people, the people, change the way you live now ! The people,
the people, the people, change the way you live now ! |
Le
soleil se couchait déjà à l'horizon. Les jours étaient
tristement courts. Il leva les yeux vers la lune, qui déjà le remplaçait
dans les cieux, prenant le relais du roi de l'azur pour mieux éclairer
les ténèbres où chacun disparaîtrait. Tandis qu'elle
C'était la pleine Lune aujourd'hui, et encore un cycle entier qui n'aurait
vu aucun progrès dans sa quête
" Tu vas devoir m'attendre
encore, ma reine
, murmura-t-il. Je suis tellement désolé de
devoir te laisser seule dans notre refuge. Bientôt
Bientôt
Tu ne seras plus pareille à une statue de pierre
" Lord Funkadelistic
avait beaucoup à faire. Et s'il s'était déplacé jusqu'à
Paris, ce n'était certes pas uniquement à cause d'un quelconque
concert ou d'assortiments de thé. Il était sur la piste du dernier
indice qui lui manquait pour trouver bien plus capital encore pour lui que les
Sept Objets Magiques
" La Lexus est avancée, maître.
" Voilà qui était tout de même plus confortable qu'une
Harley Davidson

Le
même jour. Irlande, Greenbarrow. Meredith Bellérophon
tira les rideaux de sa chambre et s'assit au bord du lit. Son mari dormait toujours
d'un profond sommeil. On avait autorisé son retour dans leur manoir irlandais,
car tous les traitements essayés avaient échoué, et il ne
gagnait donc rien à occuper une chambre d'hôpital. Impossible d'obtenir
quoi que ce soit, la moindre réponse. Combien de fois s'était-t-elle
déplacée en vain, emplie d'espoir ? Même encore maintenant,
certains spécialistes étrangers venaient d'eux-mêmes sonner
à sa porte pour proposer quelque chose. Ils voyaient le cas Bellérophon
comme un défi à leur science, un cas unique pour les expérimentations
les plus farfelues. Et pourquoi fallait-il que Millington soit si paisible dans
son sommeil ! Son épouse aurait encore préféré qu'il
s'agite, qu'il soit en sueur, qu'il crie ! Même plongé dans des cauchemars,
elle aurait pu tenter de le réconforter. Mais il était si immobile,
et elle se sentait tellement inutile ! C'était comme s'il paraissait perpétuellement
sur le point d'ouvrir les yeux
Les épaules de Meredith s'affaissèrent,
tandis qu'elle serrait toujours la main de son mari. Tant de soucis
Elle
aurait voulu pouvoir résister comme leur fils. Peut-être dissimulait-il
sa peine sous ses airs enjoués, justement pour ne pas dévoiler son
réel abattement devant elle
Il n'avait en tous cas manifesté
aucun laisser-aller. Elle lui avait expliqué tout ce qu'elle savait, ils
en avaient tous les deux discuté. Quelles mesures envisager, quoi décider
en dernier lieu
Meredith avait regretté d'imposer tout cela à
la fiancée de son fils pour une première visite chez eux, mais elle
n'avait véritablement pas eu une seconde à lui consacrer. Et puis,
cela se comprenait, non ? La jeune Kate ne s'était d'ailleurs plainte de
rien, se proposant pour les aider autant qu'elle le pouvait, étant donné
la difficile situation dans laquelle elle se trouvait plongée. Elle avait
dû souhaiter bien autre chose comme accueil
Et elle aussi. A
présent, Meredith se retrouvait seule dans leur vaste demeure. Elle avait
en effet préféré donner congé à leur majordome,
James. Le pauvre, lui aussi, peut-être plus encore qu'elle, se sentait totalement
impuissant à changer la donne. Il était préférable
pour lui qu'il ne se laisse pas défaire. Meredith avait également
fermé sa galerie, pour quelques temps
Elle pouvait continuer à
faire bonne figure, mais dans certaines limites, et c'était vraiment de
trop, même si discuter de peinture autour d'une bonne tasse de thé
aurait pu lui changer les idées dans une certaine mesure. A elle d'endurer
tout cela. Archibald était reparti pour ses études. Et tant d'autres
choses. Elle n'avait pas voulu le retenir, surtout pas. Et lui-même ne s'était
pas proposé. Meredith n'avait pas été étonné
plus que cela. Son fils avait toujours été assez fantasque, et elle
en était fière, même dans ses circonstances. Il se tramait
de drôles de choses autour de lui, mais cela non plus, ce n'était
pas nouveau. Est-ce que sa grand-mère paternelle ne s'était pas
rengorgée en disant que ce petit avait été touché
par les fées, la première fois qu'elle l'avait pris dans ses bras
? Encore de bien étranges déclarations qu'elle avait toujours prises
avec sa fantaisie habituelle. La mère d'Archibald se releva à
demi, se pencha pour embrasser tendrement son mari. C'était tout ce qu'elle
pouvait faire pour le moment. L'antique téléphone se mit à
sonner au rez-de-chaussée. Meredith choisit de ne pas répondre
C'était Archibald, qui laissait un message. Il était de passage
sur Paris pour assister à un concert pour en faire le compte-rendu aux
jeunes gens qu'il avait sous sa responsabilité à la faculté.
Voilà qui était nouveau : Archibald, s'investir dans la vie étudiante
? Décidément, elle n'était pas au bout de ses surprises.
Assister à un concert dans de telles conditions, c'était tout de
même peu banal. Mais depuis qu'elle avait lu la lettre d'un certain Lord
Funkadelistic, plus rien de l'étonnait. Et surtout pas ce que son fils
avait décidé de lui avouer ensuite lorsqu'ils en avaient discuté.
Elle aurait pu être horrifiée par ces révélations,
ou bien prendre son fils pour un fou dangereux. Cependant
Tout ce que Millington
avait pu lui raconter sur les histoires de famille des Bellérophon depuis
la nuit des temps lui était revenu en mémoire, tel un coup de poing
dans l'estomac. Lui-même ne prétendait-il pas avoir voyagé
chez les Elfes lorsqu'il était encore petit garçon ? "
Hoi mummig ! Je t'appelle d'une cabine, je dois faire court. Je suis
avec Kate, nous allions partir pour la salle de concert, mais je tenais à
te saluer avant ! J'espère
J'espère que Papa va bien. Bon
On dirait que tu n'es pas là, tant pis
Je t'embrasse, à plus
tard ! En avant la musique, comme on dit ! " |