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Auteurs, E-mail : Gillossen
Numéro ICQ : 72496479
Dernière Mise à jour : 27/09/2002

Retour index Archibald

Où une réapparition longtemps attendue si non point espérée a lieu, et où Archibald se fait discret…

Chapitre 01 > Chapitre 02 [PDF] > Chapitre 03

Bikers'Alley… Un endroit tout ce qu'il y a de moins recommandable… Une ruelle en cul-de-sac, avec de vieux bidons rouillés aux couleurs délavées dans lesquels on avait allumé des feux mourants. Des morceaux de grillage sur le sol, des flaques d'huile luisantes, des reflets irisés arrachés par la lueur falote des flammes. Et des motos. Toutes sortes de motos, mais en très large majorité de grosses cylindrées. Et leurs propriétaires étaient tous à l'intérieur, dans le bar adjacent, avec son enseigne au même nom que la rue, dont la moitié des lettres en néon ne fonctionnaient même plus sans que cela parusse inquiéter quiconque, surtout pas le propriétaire de cet établissement…
Une autre source lumineuse vint alors prendre le relais. Les papiers tâchés de graisse de vieux hamburgers rances s'envolèrent comme si les vents avaient soudainement décidé de purifier cet endroit sordide. Deux bidons se renversèrent bruyamment, en vomissant leurs braises. Une sphère lumineuse était apparue comme née du néant, passage aux contours instables s'ouvrant sur une autre dimension. Chers lecteurs, si vous avez jeté un œil à Stargate ou encore plus à Sliders, vous comprendrez à quoi il est fait ici allusion, particulièrement pour ses jolis tons bleutés… Un homme en jaillit tête la première, s'écroulant aussitôt sur le sol comme une masse. Il tremblait, replié sur lui-même en position fœtale. Son visage était invisible, ses longs cheveux de jais trempés de sueur et de suie le dissimulant presqu'entièrement. Un filet de sang lui coulait sur la joue droite, c'était tout ce qu'il était permis de discerner.
A l'intérieur du respectable établissement…
Les bikers étaient tous rassemblés au comptoir ou entassés autour des tables et du billard au tapis déchiré, entre parts de frites et chopes de bière. Jeans troués, blousons de cuir avec des chaînes qui pendaient plus ou moins - chacun voulant visiblement avoir la plus longue - foulard ou bandanas sur la tête ou crâne rasé, et pour tous, lunettes noires, même dans la pénombre enfumée du bar… S'il y avait des femmes dans le lot, impossible de les distinguer à la vue… Les discussions semblaient passionnées, entre la dernière blague à caractère pornographique entendue et les opinions sur le nouveau carburateur installé sur sa bécane, le confort d'une selle rembourrée achetée le jour même ou la façon dont on avait décoré son casque… A l'évidence, on ne devait pas discuter de Rembrandt tous les jours par ici. Le patron de l'établissement, lui aussi motard, arborait la barbe la plus fournie - sans doute un signe de reconnaissance quasiment tribal - tandis qu'il essuyait tant bien que mal des verres crasseux à l'aide d'un torchon qui aurait paru plus à son aise dans son garage, un vrai ZZ Top à la retraite. Aussi la vision d'un jeune homme complètement nu si ce n'était une paire de bottes qu'il quitta de plus presqu'aussitôt, entrant en claquant la porte, visiblement pas le moins du monde gêné, était bien plus incongrue encore. Et déjà, des jointures craquaient…
" Mais qu'est-ce que c'est que ça ? Dîtes-moi les gars ! fit l'un des bikers.
- Hey, mon grand, pourquoi tu te promènes à poil comme ça ? Tu viens faire la manche ?
- Peut-être que c'est un… gay ? renchérit un troisième en prenant une voix de fausset, déclenchant une cascade de rires gras et sonores qui firent frissonner les lampes pendues au plafond dépourvues du moindre abat-jour.
- Je ne suis pas gay… ", répondit-il alors le nouveau venu, imperturbable.
Il se tenait là, debout de toute sa hauteur, au milieu des tables éparpillées, comme si de rien n'était, de petites lunettes rondes aux branches abîmées pendant sur son nez.
" Alors comme ça, tu ne viens pas pour te faire ramoner le pot d'échappement, sale junkie ?
- Comme c'est spirituel, repartit l'autre avec un fin sourire, rejetant ses cheveux en arrière.
- On va te faire passer l'envie de nous répondre comme ça ! A quoi tu t'attends en venant ici ? Tu veux p'têt mon fut et mon blouson ? Comme dans ce film, là !
- Et ta moto, pour bien faire !
- Ouais, sa belle moto ! Comme dans… Predator, je crois bien ! "
L'autre les toisait, levant les yeux au ciel à ces mots, bras croisés, attendant visiblement le plus patiemment du monde qu'ils en aient terminé avec leurs bravades avinées.
" C'est si gentiment proposé, convint-il lorsque le tumulte commença à présenter des signes de faiblesse. Je me vois mal refuser… "
Sa voix feutrée n'avait rien à voir avec les braillements vulgaires de cette assemblée à qui il paraissait faire honneur de sa présence, même nu. Elle parut couvrir peu à peu leurs accès de rires démesurés.
" Mais c'est qu'il serait sérieux ! Tu vas voir ! On va te recevoir comme il faut, mon gars ! "
Quatre ou cinq des ivrognes se levèrent tant bien que mal, titubant différemment selon leur taux d'alcoolémie, en tous les cas bien avancé. L'un d'eux, le poing ganté de cuir, tenta d'adresser un direct en plein visage à l'inconnu. Celui-ci se mut si vite qu'on eut dit qu'il n'avait même pas bougé. A la seconde tentative, il bloqua simplement le coup en emprisonnant la main de son adversaire dans sa paume. L'autre voulut immédiatement se dégager, mais n'y parvenant pas, il commença à ahaner en suant bien vite à grosses gouttes, sous les regards vitreux et incrédules de ses acolytes éthyliques. Leur étrange visiteur ne semblait produire aucun effort.
" Un problème ? s'enquit-il d'un ton poli.
- C'est toi qui va avoir un problème, si tu ne me lâches pas tout de suite ! jappa l'autre.
- Mais comme il vous plaira. "
Ecartant les doigts de façon fort théâtrale, il libéra son adversaire, qui le toisa en ricanant.
" Tu fais moins le malin maintenant ! Je vois que tu as compris que tu risquais gros si… "
Il s'interrompit lorsqu'il réalisa qu'il ne parvenait plus à refermer le poing. Ses doigts étaient translucides ! Du givre, comme lorsqu'il prenait tranquillement une bière dans son congélateur avant d'aller s'asseoir dans le canapé, s'était déposé sur ses jointures et recouvrait peu à peu toute sa main !
" Qu'est-ce que tu m'as fait, toi ! " hurla-t-il.
Il aurait voulu pointer du doigt celui qu'il détestait maintenant plus que tout, mais en faisant ce geste… Sa main se détacha de son corps en ne laissant qu'un moignon sanglant ! Ce n'était plus qu'un bloc de glace qui éclata en morceaux contre la poitrine nue du nouveau venu. Instant de stupeur… Puis tous se jetèrent contre lui, empoignant tout ce qui leur tombait sous la main, queue de billard, bouteilles, chaises, fléchettes… Il esquivait toutes les attaques en bondissant en tous sens, semblait en rire, puis, alors que la petite assemblée avinée reprenait son souffle entre deux assauts, il s'empara d'un verre de whisky à moitié rempli qui traînait sur une table. Son contenu s'éleva dans les airs, comme un liquide en apesanteur, alors que les autres le regardaient bouche bée. Puis, tout s'accéléra, et l'un d'eux s'effondra sur le sol, renversant deux chaises. Un pic de glace couleur whisky enfoncé en plein cœur. Voilà ce qu'il avait fait de cette boisson ! Une arme mortelle !
" On ne vous a jamais dit que l'alcool pouvait tuer ? " se fit-il sentencieux.
Un rugissement furieux l'empêcha de juger de l'effet de son jeu de mot dont il était d'ores et déjà fort satisfait. Il n'avait pas anticipé une réaction si vive, et il ne put éviter le coup de massue qui le frappa en plein visage, comme une énorme gifle. Ses pieds quittèrent les lattes du parquet crasseux, et il retomba à son tour face contre terre après avoir plusieurs fois tourbillonné sur lui-même. A genoux, un autre coup tout aussi violent le cueillit sur le sommet du crâne. Le gigantesque motard n'attendit pas qu'il se redresse. Ivre de rage, il le frappa à coups de pieds, de ses imposantes chaussures cloutées. Tout à coup, on entendit des os se briser, distinctement. Mais les pleurs exsangues de l'étranger couvrirent aussitôt ses sinistres craquements.
" Ah, tu peux gémir, espèce de bâtard ! Je sais pas d'où tu sors pour débarquer ici comme ça, mais les drogués comme toi, on les éclate en morceaux ! " le rudoya encore le colosse, accompagnant ses mots d'un crachat pour le moins verdâtre…
Tous ses petits camarades reprirent ses déclarations en chœur, tous en rangs derrière lui. Leur adversaire aux pouvoirs tellement irrationnels était toujours étendu sur le sol comme ils l'auraient été eux-mêmes à la fin de la soirée, noyés dans leurs vomissures. Il avait le dos maintenant couvert de bleus violacés et de meurtrissures diverses, et de puissants sanglots continuaient de le faire tressauter tels les témoins des spasmes de la douleur lancinante qui devait certainement le déchirer de part en part.
" Tu vas la fermer ! s'écria le grand motard, passablement sur les nerfs, sans compter qu'aucun d'entre eux ne comprenaient ce qui avait pu arriver à leurs camarades morts. On ne va pas te laisser t'échapper après ce que tu as fait, je peux te le dire, alors, au lieu de pleurer, tu ferais mieux de faire tes prières ! "
Mais au contraire, les sanglots redoublèrent de violence. Et ce fut à cet instant scellant leur destin que les bikers réalisèrent trop tard qu'il n'était plus question de geindre pour le mince jeune homme aux lunettes aux verres brisés. Il riait. Il riait tandis qu'il se redressait lentement, d'un rire de dément.
" Oh, c'est bien not'chance, il a fallu qu'on tombe sur un échappé de l'asile ! fit l'un, lui-même hystérique.
- Ou un membre du Fight Club, chef ! J'ai vu ça dans un film, ils aiment se faire cogner sur la gueule jusqu'à pisser le sang ! " brailla l'un des motards, les yeux exorbités.
Apparemment, il n'y avait pas que de l'alcool ou des motos pour circuler dans les environs, le crack aussi…
" Le roman de Chuck Palahniuk est meilleur que le film de David Fincher, très bon au demeurant, mais c'est un peu le cas de toutes les adaptations, même les plus réussies…, leur précisa stoïquement l'étranger, assis par-terre, dodelinant nonchalamment de la tête.
- Mais qu'est-ce que tu marmonnes, espèce de malade mental ! "
Le biker aux énormes biceps tatoués voulut le rosser encore, pour le faire taire pour de bon désormais. Il le saisit par les cheveux avant qu'il se soit remis debout, ses jambes paraissant à peine en mesure de le porter. Il n'avait pas encore croisé à nouveau son regard, ce regard amusé bien à l'abri derrière ses lunettes. Il devait avoir perdu de sa superbe, de cette lueur frondeuse… Le motard le laissa retomber sur le sol en criant lorsque sa victime tourna les yeux vers lui.
" Mais qu'est-ce que c'est que cette chose !
- Qu'y a-t-il maintenant ? Tu ne veux plus me frapper ?
- J'ai entendu tes vertèbres se briser ! Tu n'aurais pas dû pouvoir bouger comme ça !
- Oh, mes vertèbres ? fit l'autre d'un ton doucereux, la tête exagérément inclinée sur le côté. C'est sans doute mieux ainsi… "
Roulant des épaules tout en reprenant une position plus classique, tous purent entendre effectivement les craquements de ses articulations comme autant de rouages retrouvant leur position. Le dernier client en date du bar était à nouveau en état de commander, mais ce n'était pas ce qui semblait l'intéresser. Debout au milieu des tables renversées, des chaises aux pieds cassés, des flaques déjà à moitié bues par le plancher qui en avait vu d'autres, il toisait chacun des bikers un par un, de ce regard horrifiant pour quiconque le contemplait sans pouvoir s'en protéger.
" Alors, plus personne ? "
Les bikers n'attendirent pas plus, se ruant en avant comme un seul homme. Mais ils ne voulaient plus se frotter à cet être inqualifiable, eux qui avaient pourtant d'ordinaire comme passe-temps favori la distribution d'insultes à qui ne faisait pas partie de leur bande. C'était l'entrée qu'ils visaient, ou plutôt la sortie. Quelques uns réussirent à passer.
" Pas toi ! " fit leur adversaire à celui qui l'avait battu comme plâtre, alors qu'il tentait de fuir sur sa droite.
Rapide comme l'éclair, il le saisit par une cheville, et le souleva ensuite au-dessus de lui sans la moindre difficulté, après avoir raffermi sa prise en attrapant sa ceinture par la boucle aux couleurs du drapeau des Etats-Unis d'Amérique. Le lourdaud mal rasé s'en alla voltiger derrière le comptoir, amenant de quoi boire avec lui au passage lorsqu'il brisa une bonne part des étagères. Aucun de ses camarades ne se préoccupaient de lui. Ils sortaient en se poussant du coude avec des bourrades tout sauf amicales, se couvraient d'injures, et déjà, des moteurs pétaradaient, des pneus crissant sur l'asphalte.
" Attends un peu, toi… Tu ne m'avais pas promis tes vêtements… Et ta moto ?
- Si, si, bien, bien, bien sûr ! bégaya le motard.
- C'est une Harley, j'espère ? s'enquit l'autre, d'un ton narquois.
- Pas qu'un peu ! Qu'est-ce que tu crois ? Je l'ai payée assez chère pour avoir la même que le Rebelle !
- Le Rebelle ? Eh bien, je vous plains… Il y a tellement mieux… "
Le dernier des bikers à ne pas être encore sorti les pieds devant n'était autre que celui qui s'était cru spirituel en lançant la boutade qui se retournait maintenant contre lui, alors que l'inconnu l'interpellait à l'autre bout du bar.
A marcher pieds nus de la sorte, il aurait dû d'ailleurs laisser du sang derrière lui à chaque pas, entre les échardes et les éclats de verre. Ses horions disparaissaient déjà aussi… Mais le motard était trop apeuré pour faire attention à pareil détail. Il s'était dissous sur place, incapable de faire le moindre mouvement. Tout son corps tendait vers la sortie, mais sa tête était immanquablement retenue en arrière, comme hypnotisée. Il n'eut même pas le temps de répondre. Le jeune éphèbe était déjà sur lui, l'assommant d'un unique coup de poing, avant même qu'il ait pu acquiescer, ce qu'il s'apprêtait pourtant à faire avec un enthousiasme toutefois très particulier. Le motard voltigea, se retrouvant la tête enfoncée jusqu'aux épaules dans le mur le plus proche, là où se trouvait quelques minutes auparavant un tableau de jeu de fléchettes. En plein dans le mille…
L'inconnu aux longs cheveux lustrés s'approcha alors de lui, maintenant qu'il n'y avait plus personne dans les environs, puis commença à le déshabiller. Après avoir récupéré son blouson et son pantalon, et remis ses propres bottes… Il haussa un sourcil interrogateur sur ce qu'il venait de découvrir.
" Un string panthère ? Ah, les bikers ne sont plus ce qu'ils étaient ! "
Faisant la moue, l'inconnu paraissait on ne peut plus circonspect quant à finalement porter ce qu'il considérait visiblement comme rien de moins que des haillons. Il s'avança sur le pas de la porte désertée, fit mine de sauter sur place, et… disparut dans les cieux, entre deux immeubles. Biker's Alley était plus calme qu'elle ne l'avait jamais été, vidée de ses habituels occupants. Même l'incendie qui gagnait peu à peu le bar semblait vouloir prendre son temps pour tout brûler. Comme pour que l'inconnu puisse tranquillement… être de retour. Son pied toucha les marches de l'entrée à la façon de n'importe quelle personne. Mais il venait d'enjamber d'un seul bond la moitié de la ville…
" Rien de tel qu'un détour au pressing pour avoir des vêtements propres et repassés… "
Lorsqu'il reparut dans l'allée, il n'était plus nu. Et il avait trouvé une autre paire de lunettes. Il enfourcha la puissante machine, sentit ses cylindrées vibrer sous ses cuisses… Il tâtonna du bout des doigts moins d'une seconde pour trouver dissimulé…
" Un fusil à pompe à canon scié, bien vu ! "
Seul dans la nuit, il s'en alla sur sa nouvelle acquisition, accélérant, et accélérant encore, son rire surpassant toujours le rugissement du moteur. Il en avait réchappé ! Il avait réchappé à la fournaise, à cette bande d'imbéciles, et à tant d'autres dangers ! Il avait surtout survécu à la terrible perte qui avait brisé sa vie… Et déjà, alors qu'il fonçait à toute allure sur des routes inconnues, se succédaient dans son cerveau bouillonnant, des plans de revanche tous plus élaborés les uns que les autres…
Il avait seulement besoin d'un peu de temps.

21 Octobre 2002.
Paris.
Pont des Arts.

Une silhouette émergeait à pas comptés de l'un des nombreux escaliers donnant sur les quais de la Seine, dont les pavés polis subissent les assauts continuels des passants promeneurs et des touristes pressés…. Elle était emmitouflée dans un long manteau noir. Pas l'une de ces parures élimées d'étudiants faussement ténébreux voulant paraître plus sérieux qu'ils ne le sont. Mais une riche pèlerine plus sombre que la nuit, admirablement coupée, se déployant dans la fraîche brise automnale comme une cape. Personne dans la foule qui s'entassait sur les trottoirs ne semblait se rendre compte de la présence de cette ombre, et pourtant, chacun s'écartait de son chemin par un crochet juste avant de la percuter. Et, que l'on veuille s'excuser ou au contraire se plaindre, tout le monde se retournait en cherchant des yeux celui ou celle qui avait manqué les faire tomber, sans parvenir à le trouver.
Il sourit. Coup d'œil aux étals des bouquinistes sagement alignés le long des quais. Une vieille revue jaunie avec Bruce Lee en couverture, un poster de Janis Joplin, une gravure de gargouille de Notre-Dame, un plateau de Tour Eiffel en plastique… Il aurait bien aimé pouvoir trouver un recueil de ce poète solaire qu'il aimait tant… Mais lui revenait toujours, guidé par un phare au faisceau d'obsessions morbides, vers la face la plus sombre de celui-ci, celle qui demeurait pour toujours plongée dans les ténèbres glacées. Il lui vint immédiatement à l'esprit ce poème, qui était devenu celui qu'il préférait entre tous avec haine et rage, par la faute du destin… Il aurait tant désiré pouvoir lui en réciter un autre, s'ils avaient pu se promener ici-bas tous les deux, ensemble.

I.

You say you love; but with a voice
Chaster than a nun's, who singeth
The soft Vespers to herself
While the chime-bell ringeth -
O love me truly!

II.

You say you love; but with a smile
Cold as sunrise in September,
As you were Saint Cupid's nun,
And kept his weeks of Ember.
O love me truly!

III.

You say you love - but then your lips
Coral tinted teach no blisses.
More than coral in the sea -
They never pout for kisses -
O love me truly!

IV.

You say you love; but then your hand
No soft squeeze for squeeze returneth,
It is like a statue's dead -
While mine to passion burneth -
O love me truly!

V.

O breathe a word or two of fire!
Smile, as if those words should burn be,
Squeeze as lovers should - O kiss
And in thy heart inurn me!
O love me truly!

Resserrant son écharpe de soie d'une blancheur d'hermine plus par réflexe que par crainte du froid, le jeune homme s'avança jusqu'aux abords du Pont des Arts. Ah, le Louvre… Si l'Académie Française qui se dressait dans son dos n'avait jamais été pour lui un sujet d'études captivant, il avait par contre la prédilection des musées. Combien de fois avait-il pu justement visiter le Louvre, parcourant durant des heures et des heures ses allées et ses salles ? Il peignait lui-même. Oh, en amateur toutefois. Alessandro Filipepi, plus connu sous le patronyme de Botticelli, avait ses préférences : son allégorie de l'Automne aurait fait merveille pour trouver une incarnation en ce jour. Il en avait reproduit quelques copies tout à fait méritantes.
Sans plus se soucier d'être vu, il gagna soudain le milieu de la passerelle, refermant deux mains soigneusement gantées sur la rambarde d'un geste mesuré. De là, il pouvait contempler un tel panorama… La Seine et ses bateaux-mouches si peu discrets, les grappes d'êtres humains venus quérir les derniers rayons de soleil de l'année, la nef aérienne de la Samaritaine comme un navire au-dessus des flots, et plus loin encore, Notre Dame, la cathédrale et ses gargouilles aux grimaces courroucées…
Il s'enquit de l'heure, impatient malgré tout et se gardant bien d'inspirer à pleins poumons l'air vicié qui l'entourait. Il aimait se réfugier à Paris, mais non pas ce qu'elle était devenue. Le jeune garçon qui se tenait sur sa gauche, droit comme un I, et tendu comme un T, semblait bien moins serein encore, dans son costume plutôt baroque pour l'époque. Comme son maître, il attendait le retour de son jumeau, - c'était peut-être sa jumelle, mais il était impossible de les différencier - envoyé en mission à quelques rues de là. Oh, il n'en allait pas d'une charge entraînant une destruction quelconque. Ce n'était pas ici, dans ce monde, qu'il comptait frapper en premier lieu. S'il avait revu de nombreux points concernant ses plans, celui-ci n'avait pas été modifié. Le Monde des Contes serait son point de départ pour sa conquête globale. Bien entendu, cela ne l'empêcherait pas de procéder à des interventions de par ce côté-ci de l'univers connu. Comme par exemple de se faire acheter une sélection bien précise de thés, parmi les plus raffinés. C'était ainsi qu'il patientait en guettant d'un œil faussement désintéressé le retour d'Eris.
" J'espère que toute votre commande sera honorée… ", souffla son acolyte, ne sachant jamais trop comment interpréter les innombrables silences de leur maître.
Celui-ci eut un sourire torve, à l'expression accentuée par la désinvolture des gestes de la main qui l'accompagnèrent.
" Il n'y a aucune raison pour que ça ne soit pas le cas. Je n'ai rien exigé de tellement extravagant, que je sache… Un peu de Yunnan, du Tung Ting, du Yin Zhen, et du Gyokuro… Evidemment, on ne trouve pas cela à tous les coins de rue, mais si même eux ne sont plus capables d'assurer ce service… "
Il soupira. Si ce n'était pas malheureux… Voilà à quoi il était condamné à utiliser ses immenses pouvoirs magiques pour l'instant… Transformer des prospectus divers en billets de banque pour régler ses achats en liquide intégral. Cela faisait bien longtemps qu'il avait renoncé à toute identité de ce côté-ci de la réalité, aussi n'entretenait-il plus aucune relation avec les banques, quelles qu'elles soient. Tout autre que lui aurait certainement pu y trouver un motif de satisfaction, mais ce n'était pas son cas. Toutes ces choses bassement matérielles, c'était si inconvenant ! Néanmoins, il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même et en était tout à fait conscient. Il n'aurait pas dû laisser passer la chance qui lui avait été offerte quelques mois auparavant. Sa puissance pure avait de plus beaucoup diminué, avec l'abandon des Objets Magiques des Contes. Cela représentait la perte d'atouts majeurs !
Il sourit à nouveau, crispé tout à coup. Il avait toujours pour lui une maîtrise de la magie que personne ne pouvait égaler dans la Tour du Savoir Secret Salvateur, pas même le Doyen. N'avait-il pas déjà planté de nouvelles banderilles dans le dos de ses ennemis ? Si, et il procéderait différemment cette fois. La destruction de la Tour ne l'obsèderait plus. Pourquoi avait-il fallu qu'il se laisse griser par cet objectif ? Sans doute encore une fois, l'arrivée d'Archibald Bellérophon n'y avait pas été étrangère. Il avait pu se reconnaître, oh, très vaguement, en lui… Cette fois, cela ne lui importait plus. Il pouvait bien tous survivre, ce n'était pas un problème. Qu'ils vivent heureux jusqu'à la fin de leurs jours et aient beaucoup d'enfants si cela leur convenait. Il avait quant à lui d'autres projets, et il s'y tiendrait. Tant pis pour la vengeance… Il laisserait cela à l'autre. Il était fatigué. Tout ce qu'il voulait, c'était retrouver sa…
" Me voilà, monsieur ! " l'interpella sobrement Eris, portant délicatement un grand sac en papier. Il y a tout ce que vous aviez demandé.
- C'est très bien. Et dîtes-moi, Eris, Arès, c'est toujours mieux qu'un sac de fast-food, n'est-ce pas ? "
Les jumeaux acquiescèrent vivement. Ils formaient un étrange duo. Mais leur maître ne les avaient pas choisis. Il lui fallait tout de même endurer quelques décisions imposées, surtout après un premier échec. Sa tête était pour ainsi dire mise à prix, et il avait beau inspirer la crainte, il y aurait toujours des chasseurs de prime féeriques pour se jeter sur ses traces pour l'appât du gain. On avait donc décidé de lui adjoindre une paire de gardes du corps. Et s'il voulait récupérer les Sept Objets, il n'y avait plus d'alternative pour lui. Depuis qu'ils le suivaient partout, avec cette même attitude servile et réservée, il n'avait pas abaissé sa garde une seule fois devant eux. Des " hommes " de confiance… Certainement pas. Ce mot n'existait plus pour lui. Et ce n'était pas à deux clones de Nightcrawler qu'il allait l'accorder. Ils avaient en effet beaucoup de points communs avec le célèbre mutant du comics X-Men : cette attitude bohème jusque dans leurs vêtements, cette agilité d'acrobate, et d'autres talents qu'il était préférable de ne pas dévoiler en public, comme la téléportation ou le fait qu'ils fussent de parfaits escrimeurs. En tant qu'outils, ils étaient très utiles. Mais pas question d'y avoir recours de quelque autre façon que ce soit. Il ne serait pas un jouet. Jamais. Eux n'existaient que pour cela, ils avaient été créés par les puissances supérieures sur un moule identique.
Après avoir inspecté l'intérieur de son sac à provisions et constaté que toutes les boîtes de thé qu'il avait commandées étaient bien là et en parfait état, avec même un petit mot doux de la boutique, il s'était finalement retourné vers la populace amassée sur le pont. Une fois de plus, quelle parade… C'était le bon moment. Une main sur les boutons dorés à l'or fin de son manteau… Il en écarta un pan, orné de véritables motifs traditionnels des indiens d'Amérique. Pour bondir sur le parapet dans un équilibre parfait. Quelques badauds levèrent la tête, intrigués, mais blasés. Encore un spectacle de rue ! Qu'est-ce qu'on allait encore inventer ? Est-ce qu'on ne pouvait pas tranquillement les laisser prendre leurs photos avec leurs appareils jetables, ou discuter à même les planches, avec un groupe d'amis et leur Fuck the System attitude ?
Toutefois… Un à un, ils pivotaient pour observer plus aisément le surprenant personnage qui se dressait devant eux, à contre-jour. Pas même besoin d'un quelconque sort, le magnétisme était naturel… Il avait par contre dû avoir recours à sa magie pour que chacun puisse le comprendre dans sa propre langue, ce qui n'était pas chose aisée à Paris.
" Chers amis ! Passez-vous un agréable moment ? Je l'espère pour vous ! Non loin d'ici, si vous vous donnez la peine, la cathédrale Notre-Dame défie les cieux ! s'enflamma-t-il, démonstratif au possible. Qu'en dîtes-vous ? Tenez… Saviez-vous que la plus grande cloche de la cathédrale se nomme Emmanuel ? Pas la peine de plonger le nez dans vos guides touristiques, je vous l'affirme ! Et cela signifie en hébreu… Dieu avec Nous ! N'est-ce pas des plus risibles ? Car…, reprit-il après un silence théâtral, Dieu vous a désertés, mes amis ! On ne le trouve plus ici-bas ! Et, il n'est pas prêt de revenir, je le crois… Il s'est détourné de vous tous ! Profitez-bien de votre temps ! Il ne durera plus très longtemps ! Trop de parasites pullulent où que vous posiez les yeux autour de vous ! Contemplez ces misérables créatures que vous exécrez ! s'emporta-t-il en pointant du doigt des pigeons qui picoraient non loin, entre les badauds badins. Qu'est-ce donc… Ce ne sont que des rats, qui profitent de vos déchets, d'hideuses créatures incapables de valoir leurs congénères ! Pourquoi ne pas éradiquer cette vermine rampante ? C'est tout ce qu'ils méritent de connaître, l'éradication ! Et voilà ce que vous, vous êtes également pour votre dieu ! Rien de plus ! On vous crache en pleine face, et vous ne voyez rien ! "
Et dans un fulgurant écart, il atterrit au milieu de la foule, avec une étourdissante révérence à son adresse. Des applaudissements et des sifflets fusèrent ci et là. Un touriste américain qui portait des lunettes de soleil bien que le temps soit à un pâle astre du jour laissa même échapper un sonore " Rock'n'roll, man ! " mais il ne s'intéressait déjà plus à tout cela. Les jumeaux lui emboîtèrent le pas, alors qu'il laissait derrière lui le Pont des Arts en poursuivant sa traversée. Il avait appris à ne plus se soucier de l'impact de ses paroles et avait fait cela avant tout pour s'amuser d'un discours grandiloquent. Il savait pertinemment que cela ne changerait rien pour tous ces gens, qui n'auraient vu en lui qu'un saltimbanque comme on pouvait en croiser vingt au cours d'une telle balade parisienne. Peut-être un membre d'une secte, qui sait ? Toujours était-il qu'il ne faudrait pas longtemps pour que tous l'oublient…
Lui avait toujours l'image de ce pigeon dans son esprit. Ce regard vide de toute étincelle d'intelligence, ces roucoulements mécaniques, ce ramage grisâtre, cette perpétuelle recherche de la plus infime miette rivé au sol… Puis, son plus proche voisin lui apparut ensuite, et un autre, et encore un autre… Peu à peu, tous les pigeons proches du pont lui étaient visibles. Puis, de la rue adjacente. Des quais de la Seine tout entier. De toute la cité. La vision de ces milliers et milliers de pigeons tourbillonnait dans son esprit, à chaque seconde plus intense… Il aurait pu, d'une simple et brève formule magique, tous les transformer en torches. Il y songea. Puis, la raison reprit le dessus. Voilà qui attirerait fatalement l'attention ! C'était une chose de jouer au vagabond harangueur de foules, une autre de calciner tous les pigeons d'une ville comme Paris. Si personne ne pourrait comprendre ce qui s'était passé, la surveillance de ce monde par les espions de la Tour ferait immanquablement le rapprochement avec lui. Autant ne pas leur offrir un moyen de le localiser, même temporairement.
" Suivez-moi tous les deux ! ordonna-t-il aux jumeaux. Il faut y aller, je ne veux pas courir le risque d'arriver en retard au concert de The Music… "

The people, the people, the people,
change the way you live now !
The people, the people, the people,
change the way you live now !

Le soleil se couchait déjà à l'horizon. Les jours étaient tristement courts. Il leva les yeux vers la lune, qui déjà le remplaçait dans les cieux, prenant le relais du roi de l'azur pour mieux éclairer les ténèbres où chacun disparaîtrait. Tandis qu'elle… C'était la pleine Lune aujourd'hui, et encore un cycle entier qui n'aurait vu aucun progrès dans sa quête…
" Tu vas devoir m'attendre encore, ma reine…, murmura-t-il. Je suis tellement désolé de devoir te laisser seule dans notre refuge. Bientôt… Bientôt… Tu ne seras plus pareille à une statue de pierre… "
Lord Funkadelistic avait beaucoup à faire. Et s'il s'était déplacé jusqu'à Paris, ce n'était certes pas uniquement à cause d'un quelconque concert ou d'assortiments de thé. Il était sur la piste du dernier indice qui lui manquait pour trouver bien plus capital encore pour lui que les Sept Objets Magiques…
" La Lexus est avancée, maître. "
Voilà qui était tout de même plus confortable qu'une Harley Davidson…

Le même jour.
Irlande,
Greenbarrow.

Meredith Bellérophon tira les rideaux de sa chambre et s'assit au bord du lit. Son mari dormait toujours d'un profond sommeil. On avait autorisé son retour dans leur manoir irlandais, car tous les traitements essayés avaient échoué, et il ne gagnait donc rien à occuper une chambre d'hôpital. Impossible d'obtenir quoi que ce soit, la moindre réponse. Combien de fois s'était-t-elle déplacée en vain, emplie d'espoir ? Même encore maintenant, certains spécialistes étrangers venaient d'eux-mêmes sonner à sa porte pour proposer quelque chose. Ils voyaient le cas Bellérophon comme un défi à leur science, un cas unique pour les expérimentations les plus farfelues. Et pourquoi fallait-il que Millington soit si paisible dans son sommeil ! Son épouse aurait encore préféré qu'il s'agite, qu'il soit en sueur, qu'il crie ! Même plongé dans des cauchemars, elle aurait pu tenter de le réconforter. Mais il était si immobile, et elle se sentait tellement inutile ! C'était comme s'il paraissait perpétuellement sur le point d'ouvrir les yeux…
Les épaules de Meredith s'affaissèrent, tandis qu'elle serrait toujours la main de son mari. Tant de soucis… Elle aurait voulu pouvoir résister comme leur fils. Peut-être dissimulait-il sa peine sous ses airs enjoués, justement pour ne pas dévoiler son réel abattement devant elle… Il n'avait en tous cas manifesté aucun laisser-aller. Elle lui avait expliqué tout ce qu'elle savait, ils en avaient tous les deux discuté. Quelles mesures envisager, quoi décider en dernier lieu… Meredith avait regretté d'imposer tout cela à la fiancée de son fils pour une première visite chez eux, mais elle n'avait véritablement pas eu une seconde à lui consacrer. Et puis, cela se comprenait, non ? La jeune Kate ne s'était d'ailleurs plainte de rien, se proposant pour les aider autant qu'elle le pouvait, étant donné la difficile situation dans laquelle elle se trouvait plongée. Elle avait dû souhaiter bien autre chose comme accueil…
Et elle aussi.
A présent, Meredith se retrouvait seule dans leur vaste demeure. Elle avait en effet préféré donner congé à leur majordome, James. Le pauvre, lui aussi, peut-être plus encore qu'elle, se sentait totalement impuissant à changer la donne. Il était préférable pour lui qu'il ne se laisse pas défaire. Meredith avait également fermé sa galerie, pour quelques temps… Elle pouvait continuer à faire bonne figure, mais dans certaines limites, et c'était vraiment de trop, même si discuter de peinture autour d'une bonne tasse de thé aurait pu lui changer les idées dans une certaine mesure. A elle d'endurer tout cela. Archibald était reparti pour ses études. Et tant d'autres choses. Elle n'avait pas voulu le retenir, surtout pas. Et lui-même ne s'était pas proposé. Meredith n'avait pas été étonné plus que cela. Son fils avait toujours été assez fantasque, et elle en était fière, même dans ses circonstances. Il se tramait de drôles de choses autour de lui, mais cela non plus, ce n'était pas nouveau. Est-ce que sa grand-mère paternelle ne s'était pas rengorgée en disant que ce petit avait été touché par les fées, la première fois qu'elle l'avait pris dans ses bras ? Encore de bien étranges déclarations qu'elle avait toujours prises avec sa fantaisie habituelle.
La mère d'Archibald se releva à demi, se pencha pour embrasser tendrement son mari. C'était tout ce qu'elle pouvait faire pour le moment. L'antique téléphone se mit à sonner au rez-de-chaussée. Meredith choisit de ne pas répondre… C'était Archibald, qui laissait un message. Il était de passage sur Paris pour assister à un concert pour en faire le compte-rendu aux jeunes gens qu'il avait sous sa responsabilité à la faculté. Voilà qui était nouveau : Archibald, s'investir dans la vie étudiante ? Décidément, elle n'était pas au bout de ses surprises. Assister à un concert dans de telles conditions, c'était tout de même peu banal. Mais depuis qu'elle avait lu la lettre d'un certain Lord Funkadelistic, plus rien de l'étonnait. Et surtout pas ce que son fils avait décidé de lui avouer ensuite lorsqu'ils en avaient discuté. Elle aurait pu être horrifiée par ces révélations, ou bien prendre son fils pour un fou dangereux. Cependant… Tout ce que Millington avait pu lui raconter sur les histoires de famille des Bellérophon depuis la nuit des temps lui était revenu en mémoire, tel un coup de poing dans l'estomac. Lui-même ne prétendait-il pas avoir voyagé chez les Elfes lorsqu'il était encore petit garçon ?
" Hoi mummig !
Je t'appelle d'une cabine, je dois faire court. Je suis avec Kate, nous allions partir pour la salle de concert, mais je tenais à te saluer avant ! J'espère… J'espère que Papa va bien. Bon… On dirait que tu n'es pas là, tant pis… Je t'embrasse, à plus tard ! En avant la musique, comme on dit ! "

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