| rchibald
referma la porte de l'immeuble de la pointe de sa chaussure, sa trottinette sous
le bras. Kate était déjà dehors, sur le trottoir, à
nouer les lacets de ses rollers. Lorsqu'elle releva sa tête aux boucles
blondes, elle considéra son petit ami avec une certaine appréhension.
" Archy
Tu es sûr que tu veux ? - Que je veux quoi ?
répliqua-t-il en dépliant son engin tout en le posant sur le sol.
Faire cette course ? Plus que jamais ! " fanfaronna-t-il ouvertement. Cela
n'empêcha pas la jeune fille de poursuivre, désignant d'un froncement
de nez la trottinette. " Non, pas la course. Je parlais de ça.
Tu crois vraiment que tu fais bien de te promener avec partout ? " Par
ça, Kate désignait en fait la trottinette elle-même, d'un
rouge brillant, aux couleurs des Teletubbies. Le jeune homme avait remué
ciel et terre afin de trouver la même que celle que possédait Po
dans la série pour les tout-petits. (Archibald préférait
revendiquer pudiquement que c'était une série adaptée aux
esprits ayant conservé la fraîcheur de leur âme d'enfant
)
Il était même allé jusqu'à la recouvrir d'autocollants
la représentant, en grand fan qu'il était. Ce que Kate considérait
avec une exaspération amusée. " Mais bien sûr ! Pourquoi,
je ne devrais pas ? Peut-être est-ce seulement un moyen pour toi de vouloir
renoncer à ce défi, hmm ? fit-il en haussant les sourcils, et se
croyant extrêmement perspicace. - Comment ça ? C'est toi qui
me l'a lancé, ce défi ! Comment veux-tu aller plus vite que moi
en trottinette alors que je suis en rollers, honnêtement ? Tu n'as aucune
chance, conclut-elle avec un petit sourire. - C'est ce qu'on va voir, ma puce
" Les deux jeunes gens se défièrent du regard une poignée
de secondes supplémentaires. Il était encore tôt, et la soirée
s'annonçait douce. La circulation n'était pas dense, la plupart
des gens étant déjà rentré chez eux. C'était
le bon moment pour lancer leur course. Le parcours était simple : tout
d'abord, suivre le boulevard en ligne droite, avec pour seul obstacle les rangées
d'arbre et les bancs qui leur tenaient compagnie. La suite serait certainement
un peu plus ardue puisqu'il faudrait composer avec la circulation et un foisonnement
d'embranchements
Tout cela pour aboutir au Pont de l'Aube et terminer dans
le parc le plus proche. Ce qui représentait malgré les apparences
une balade de plus de deux miles
I'm
gonna get free I'm gonna get free I'm gonna get free Ride Into the Sun She
never loved me She never loved me She never loved me Why should anyone
? |
Le jeune homme, son minidisc
harnaché à la poitrine, se passait en boucle le refrain de Get
Free de The Vines, de plus en plus fort. Il fallait faire monter la pression,
pour ne pas rater son démarrage, et quoi de mieux qu'une bonne chanson
post-grunge d'un trio australien ! Des regards qui se croisent
Toujours
les mêmes gestes
Mains moites sur le guidon
" M'sieur
! fit tout à coup une voix derrière Archibald. - Loup ? "
répondit aussitôt le jeune homme en se retournant sans attendre.
Mais ce n'était pas son élève de la Faculté des
Sciences Humaines. Il s'était laissé abuser par ce diminutif souvent
plaintif dont le canis lupus usait fréquemment à son égard.
Celle qui lui avait adressée la parole et lui tirait sur la manche n'était
autre qu'une petite fille inconnue de quatre ans tout au plus, avec un charmant
ruban dans les cheveux et un bâton de réglisse dans sa main libre.
" Oui, qu'est-ce que je peux faire pour toi ? s'enquit Archibald en se
pliant à sa hauteur. - Ta trottinette
- Oui ? - C'est celle
de Po ? Tu es fan des Teletubbies ? " Evidemment, mignonne comme
elle était et avec ses piaillements aigus, tout le monde se retournait
en passant pour la regarder. Et le jeune homme sentait bien que sa question faisait
sourire les passants. Ah, pourquoi lui ? Et il apparaissait comme inexorable que
Kate renchérisse en lui soufflant à l'oreille. " Alors,
tu ne lui réponds pas ? Tu as renoncé à être la star
des bacs à sable ? Je suis sûr que tu en impressionnerais plus d'une
en équilibre sur une roue ! " Archibald marmonna quelques mots
dont il valait mieux pour la petite fille qu'ils demeurent indistincts. Il n'avait
pas honte de ses passions, que non pas. Mais il avait déjà si bien
affiché ses penchants qu'il risquait de devenir bientôt connu dans
toute la ville. Que cela soit pour sa paresse et autres travers le dérangeait
moins. Après tout, qui ne le savait pas déjà ? Il était
toutefois en train de réfléchir à comment expliquer à
la petite fille qu'il était disposé à faire pour elle et
ses amis un show spécial dans le jardin municipal le plus proche pendant
la récréation de l'après-midi, mais qu'il devait s'y prendre
en cachette
Lorsqu'il réalisa qu'elle avait disparu
Interloqué,
il se releva lentement, avant de deviner au cri de surprise de Kate qu'il y avait
de l'imprévu dans l'air. C'était le cas de le dire : une fée
Lacyon bien plus courte qu'à l'ordinaire voltigeait maintenant autour de
leurs têtes baignée d'un halo de lumière blanche et sirupeuse.
" Bien le bonjour, cher Archibald ! - La fée ! C'était
vous, la petite fille ? répliqua-t-il sans se démonter. - C'était
bien moi, confirma-t-elle en souriant de toutes ses dents. Il fallait que je vois
si je pouvais vous approcher facilement et si mon déguisement était
trompeur
- Je dois avouer que je vous ai reconnue à la sucette
-
Lorsque vous aurez fini de vous amuser tous les deux, maugréa Kate, faîtes-moi
donc signe. " La fée, invisible aux yeux de tout autre humain,
se posa sur l'épaule d'Archibald et renchérit en dévisageant
la jeune fille. " Ne vous en faîtes donc pas, je ne suis là
que pour lui dire que les vacances sont achevées, et qu'il faut reprendre
le chemin de l'école
C'est tout. - Comment, déjà
? ronchonna aussitôt le jeune homme. Vous vous moquez de moi, j'ai encore
deux semaines de vacances ! - Ici peut-être, mais pas en Terre de Contes,
fit Lacyon avec un sourire coquin. - Je veux pas y aller
, devint-il
plaintif. Kate
" Mon son regard " Labrador en détresse
levant les yeux vers sa tendre maîtresse " ne pouvait l'aider cette
fois-ci. Profitant du fait qu'il ne lui prêtait plus attention, la fée
lui souffla dans la figure une poudre étoilée
Archibald éternua,
puis ses paupières lui parurent aussitôt si lourdes
La
Tour du Savoir Secret Salvateur était toute entière agitée
de soubresauts, de la plus grande à la plus petite de ses citrouilles.
Non pas que des lutins farceurs soient en pleine expérimentation, mais
plutôt parce que la rentrée était là. Elèves
comme professeurs, de l'une ou l'autre des deux Universités rassemblées
sous le même toit, s'en trouvaient tout excités, d'une manière
ou d'une autre. Bien entendu, il n'y avait pas que du positif, et pour beaucoup,
on avait traîné les pieds, lorsque l'on en avait, ou bien les pattes
En tous les cas, on discutait beaucoup, et dans tous les coins : est-ce que les
emplois du temps allaient être meilleurs que l'année dernière,
comprendre allait-on pouvoir terminer plus tôt ? Est-ce que les professeurs
seraient moins revêches que précédemment ? Et des nouveaux,
est-ce qu'il y aurait des nouveaux ? Qui réussirait le plus beau pentacle
? La Faculté des Sciences Féeriques oublierait-elle un peu ses airs
de supériorité ? Son acolyte dirigée par le Doyen disposerait-elle
d'enseignants moins farfelus ? Telles étaient les interrogations revenant
le plus souvent, partagées par tous. Bien entendu, les conversations
prenaient souvent un cours autre au bout d'un moment, autour des évènements
de la fin d'année dernière, qui remontaient en réalité
à quelques mois seulement. Chacun se souvenait que cette nouvelle rentrée
aurait bien pu ne jamais avoir lieu. Un ancien élève bien plus rancunier
que la moyenne avait tout simplement failli inventer une nouvelle sorte de recette
de cuisine en faisant exploser la Tour et tous ceux qui auraient pu être
à l'intérieur à ce moment-là avec. Heureusement, il
avait été stoppé à temps par le surprenant Archibald
Bellérophon, pour sa part récent professeur sur place. Ils étaient
très nombreux à le trouver pour le moins étrange, dans ses
actes comme dans ses méthodes d'enseignement, mais il avait fini par emporter
l'adhésion d'une large majorité. Après tout, n'était-il
pas l'héritier du tueur de la Chimère, de celui qui était
parvenu à monter Pégase ? Il fallait bien que cela apparaisse d'une
façon ou d'une autre, et autrement que par sa propension aux blagues salaces
! Archibald Bellérophon était donc un nom qui revenait plus qu'un
autre dans les discussions chuchotées qui parcouraient la Tour. Si les
étages étaient déjà bien garnis, principalement par
du personnel toutefois, la cour était la propriété des élèves.
Sur les pelouses à nouveau taillées impeccablement après
quelques semaines de liberté, des groupes d'étudiants se formaient
peu à peu à mesure que l'heure de la reprise des cours se rapprochait.
Comme pour n'importe quelle rentrée des classes de n'importe quel univers,
il y avait ceux qui se connaissaient déjà, ceux qui au contraire
demeuraient un peu à l'écart en tentant ou non de s'intégrer
à une conversation de groupe en groupe, ceux qui fanfaronnaient pour cacher
leur appréhension, ceux qui donnaient au contraire libre cours à
des peurs qui n'avaient rien de surnaturelles. On pouvait tout aussi bien être
là depuis cinq ans et détester toujours autant ce moment comme intégrer
les rangs de ce prestigieux établissement pour la première fois
et s'y sentir déjà à l'aise. Une rentrée, c'est
l'affaire de chacun. Mais le sentiment général, qu'on soit gêné
ou pas, était tout de même dominé par une forte envie de prolonger
quelque peu ses vacances. Motivé ou non pour retourner à l'école,
personne ne l'était pour autant pour se pencher trop vite sur son pupitre
et dans ses livres de classe. Une bonne semaine, voilà ce qu'il fallait
Et c'était le choix que semblait avoir fait le dénommé Archibald
Bellérophon, de s'accorder une semaine supplémentaire de vacances
Car il n'était toujours pas là, et des figures les plus connues
de l'école, c'était bien lui qui se distinguait entre toutes
Par son absence. Peu à peu, tous les enseignants se réunissaient
à l'entrée de la Tour du Savoir Secret Salvateur, affichant des
sourires de circonstance. Ce n'était pas le moment de manifester des signes
d'agacement alors que le premier cours de l'année n'avait pas encore commencé.
D'autant que la majorité des dissensions rencontrées s'étaient
apaisées par le biais des actes dudit Bellérophon. Les liens s'étaient
resserrés entre collègues et entre facultés de même
à la suite de la guerre menée par Lord Funkadelistic. Et voilà
qu'il se distinguait à nouveau, Archibald ! Diantre ! Si les professeurs
disciplinés et toujours dignes de la Faculté des Sciences Féeriques
ne disaient mot, conservant l'attitude froide et distante qui leur était
commune, le Doyen était convaincu qu'ils devaient se moquer de lui en riant
sous cape. Il avait beau se dire qu'il n'y avait aucune raison, que les différents
avaient été aplanis, et qu'il était après et malgré
tout le Doyen de la Faculté avec tout le respect que cela impliquait à
son égard, il ne parvenait pas à se raisonner. Extérieurement,
il respirait la dignité et la sagesse avec sa belle toge blanche et sa
barbichette taillée au poil, plus lustrée que celle de la chèvre
de Monsieur Seguin. Mais à l'intérieur
Le seul spectacle d'un
Charmant se pavanant devant ses élèves ou d'une fée Lacyon
ne pouvant résister à se présenter aux nouveaux membres mâles
de l'établissement l'exaspérait au plus haut point, et c'était
peu de le dire. Alors, constater que Bellérophon n'était pas encore
arrivé et que les nettoyages intempestifs de ses petits verres demi-lune
n'y changeaient rien
C'était de trop. Tout le reste avait pu être
achevé à temps, même les travaux de restauration de la Tour,
qui avaient demandé autant d'architectes et d'ouvriers du bâtiment
que de cuisiniers étant donné la composition de ses murs. D'importantes
rénovations avaient eu lieu, sans parler de constructions qui n'avaient
pas été originellement planifiées mais s'étaient aux
yeux du Conseil de la Tour rendues indispensables. Et c'était avec une
certaine nostalgie teintée d'une indéfectible amertume que le Doyen
avait assisté à la reconstruction du Grand Escalier ornant anciennement
l'entrée de la Tour, ainsi que des Sept Piliers en périphérie
de la clairière, au sommet desquels reposaient les Sept Objets Sacrés
des Contes, à l'abri dans un sanctuaire constellé de pierreries
Il n'avait plus qu'une poignée de minutes pour se montrer. Et même
dans ce cas, il serait de toute façon en retard, comparé aux autres
professeurs qui s'étaient déjà vu distribuer classes et emplois
du temps. Mais il pourrait tout de même faire illusion, ce qui serait un
moindre mal. Pour lui, mais avant tout pour la Faculté des Sciences Humaines,
la seule chose qui comptait vraiment aux yeux pétillants de colère,
et non de malice ce matin, du Doyen. " Est-ce que vous allez bien ? " Il
sursauta. Miss Indrema venait de lui adresser la parole pour la première
fois de la matinée. Elle aussi devait se sentir quelque peu mal à
l'aise, alors qu'elle avait personnellement insisté auprès de Bellérophon
pour qu'il soit à l'heure, et même plus que cela. La dryade portait
une robe tout ce qu'il y avait de plus stricte, d'un beau vert de mousse. Encore
une fois, elle jouait le rôle souvent ingrat qui consistait à préserver
les apparences au mieux en voltigeant telle une feuille poussée par le
vent d'un groupe à l'autre, histoire de les occuper suffisamment pour ne
pas se soucier des apparents désagréments qui auraient la malchance
de survenir
Mais pour l'heure, elle avait retrouvé sa place parmi
les enseignants. " Si, si, tout va très bien, la rassura finalement
le vieux sorcier après être demeuré quelques instants bouche
bée, perdu dans ses pensées. Ce serait toutefois encore mieux si
Bellérophon pouvait daigner se montrer à présent. Je suppose
que vous n'en pensez pas moins, miss ! - Oui
, acquiesça-t-elle,
les lèvres pincées. Mais peut-être que ce retard
ne
lui est pas imputable. On ne sait pas
Il nous a montré tout de même
qu'on pouvait avoir confiance en lui. A plusieurs reprises. - Ah, soupira
à demi le Doyen. Je vois que vous le soutenez
Sachez que je ne suis
pas contre lui. Je sais que c'est une personne de valeur, et il sait que je l'apprécie.
Le plus souvent, nous nous accrochons presque pour le plaisir, si je puis dire
Désormais
L'Ennemi n'est pas mort
Il rôde encore. Malgré
le revers que le jeune Bellérophon lui a infligé, il n'a pas perdu
de temps pour reprendre la main. Vous avez vu ce qu'il a fait au père de
ce pauvre garçon ! Depuis, nous n'avons plus de nouvelles de l'Ennemi.
Il sera beaucoup plus prudent que précédemment. Alors, comprenez
que je souhaiterais savoir précisément où se tient Bellérophon,
car nous aussi, nous devons redoubler de précautions ! Il ne s'agit pas
de jouer les fanfarons ! Nos élèves ne réalisent pas vraiment,
et il ne faut pas qu'ils s'inquiètent outre mesure, sinon, comment étudier
profitablement ? Mais un conflit comme celui de l'année passée laisse
fatalement des traces. - Vous
Vous songez à l'Ennemi pour expliquer
la cause de son retard ? osa à peine formuler Miss Indrema, et réalisant
de fait la réelle et plus profonde cause de l'appréhension du vieux
sorcier. - J'espère que non. Je l'espère de tout cur.
Nous ne pourrions pas nous permettre une telle perte, pas comme ça, pas
maintenant
Nous n'en sommes qu'au début. Au début de tout
cela. Si seulement Bellérophon était là, nous pourrions l'avoir
à l'il. Pour le moment, nous sommes pieds et poings liés.
Il est comme perdu dans la nature. - Nous l'avons laissé ainsi durant
toute la durée des vacances. - Oui, mais il y a eu comme une trêve
tacite entre nous et l'Ennemi. Lui aussi avait malgré tout besoin de reprendre
des forces. Et nous étions de toute manière incapable de le frapper,
une cible insaisissable, soupira tout à fait le Doyen. Alors qu'à
présent
Il ne manquerait plus qu'il se soit fait capturer ! Il ne
reste que deux minutes à ma montre-gousset
" Un instant,
le vieux sorcier ferma les yeux. L'image d'une jeune fille diaphane s'effondrant
sur le sol, sa robe souillée d'ocre, tandis qu'elle portait une main à
son côté, lui traversa l'esprit. Cendrillon
Pourquoi fallait-il
qu'il pense à nouveau à elle et à son terrible destin en
cet instant ? " Son souvenir vous hante encore, discerna la dryade, d'une
voix qui se voulait douce mais était encore et toujours trop cruelle aux
oreilles du Doyen. J'imagine que c'est à cause de l'horloge, comme avec
les douze coups de minuit
" Miss Indrema croyait certainement qu'il
avait peur qu'Archibald Bellérophon connaisse le même destin funeste
que Cendrillon, et comme elle par la main de Lord Funkadelistic. Mais le vieux
sorcier savait mieux quelles étaient les véritables raisons de ses
stupeurs et tremblements
Il n'en était que trop conscient, depuis
longtemps, seul, tout seul. Désormais, il était contraint d'avancer
coûte que coûte et de mener cette lutte contre l'Ennemi jusqu'au bout.
Il était impératif qu'il disparaisse pour de bon. Dire que Bellérophon
était passé si près ! Mais Lord Funkadelistic était
malheureusement plus tenace qu'il ne l'avait espéré. Il le savait
pourtant. Il l'avait tout de suite deviné dans son regard depuis le premier
jour. Pourquoi avait-il fallu que cela se termine comme cela entre eux
Le
vieux sorcier eut un sourire triste. Ce n'était pas du tout fini. Combien
de temps son orgueil lui permettrait-il de tenir, leur permettrait-il à
tous les deux, monstres de prétention ? Ils paraissaient toutefois avoir
un nouveau rival dans ce domaine
A l'orée de la clairière
qui isolait la Tour et ses propriétés du reste de la Forêt
des Rêves Multicolores, les derniers pâtés de maisons des écureuils,
volants ou non, voyaient leurs branches être secouées à toute
force, et une brise tout ce qu'il y avait de moins naturelle se mit à souffler
jusque sur l'assistance. Quelques couvre-chefs changèrent de propriétaire
de manière totalement imprévue, mais personne n'eut le temps de
jouer à savoir à qui était l'un ou l'autre. Tous les élèves
présents, pourtant triés sur le volet - voire la porte-fenêtre
! - et habitués à l'emploi de la magie se rapprochèrent presqu'instinctivement,
occultant leurs dissemblances. Tous étaient bien évidemment interpellés,
mais certains plus que d'autres, à l'image d'Hansel et Gretel qui n'avaient
pas encore compris qu'ils auraient pu demander de l'aide aux services sociaux
anti-mégères trop bonne pâte
Ils s'étaient réfugiés
auprès des professeurs rassemblés en rangs serrés comme pour
une photo d'école un peu trop précipitée. Parmi eux également,
les réactions n'étaient pas les mêmes pour tous. Alors que
la plupart s'inquiétaient de voir là la première étape
d'une nouvelle offensive de l'Ennemi, Charmant pour sa part se contentait de pester
après sa coiffure altérée par les vents. Il aurait été
plus juste qu'il dise cela du gel, étant donné qu'il avait sur la
tête plus de laque en pot que de cheveux
Ceux de la dryade s'étaient
hérissés, et ils auraient sûrement pu s'enflammer tel le fétu
de paille qu'ils étaient en fait, tant elle brûlait de colère
en assistant à ce spectacle de frondaisons tourbillonnantes, s'élevant
à des hauteurs vertigineuses. Qui donc osait ainsi profaner la forêt
? Ce ne pouvait être que
" Archibald
C'est Archibald
! s'écria tout à coup Miss Indrema. - Et qu'est-ce qui vous
permet donc de décréter cela ? " se retint à grand peine
de la tancer l'un des enseignants de la Faculté des Sciences Féeriques.
Derrière lui, ses collègues s'étaient immédiatement
mis en cercle et s'apprêtaient sans aucun doute à lancer un sort
à l'encontre de cette tempête imprévue, quoi qu'elle puisse
dissimuler. " Etes-vous complètement fous ? Qu'est-ce que vous
êtes en train de faire, sans aucune consultation ? les rabroua cette fois
le Doyen, abandonnant la turpitude de sa mémoire, sa canne pivotant entre
ses mains plus vite qu'un bâton de majorette. - A votre avis ? Nous assurons
la protection de la Tour, comme toujours ! déclara pompeusement l'autre,
lissant ses fines moustaches. Nous, les mages, nous ne passons pas notre temps
à rien faire en comptant sur notre nature de créatures de conte
! Grotesque ! se gaussa-t-il en considérant du même il professeurs
et élèves. Nous avons plus d'un tour dans notre sac. Et il est hors
de question que nous prenions le moindre risque avec cet imprévu ! -
Alors, votre solution, c'est de raser la forêt sur je ne sais combien d'acres,
sans même savoir ce qui se cache derrière cette agitation ! s'emporta
la dryade, oubliant sa retenue coutumière. - Nous savons ce que nous
avons à savoir, que cela vient droit sur nous ! Il n'y a rien de plus à
considérer dans un cas pareil ! - C'est plutôt vous, qui êtes
un cas sans pareil ! lui renvoya du tac-au-tac Miss Indrema, bras croisés.
- Plaît-il ? Oh, vous, les soi-disant enseignants de Sciences Humaines,
vous êtes toujours si beaux parleurs ! la reprit leur contestataire, avec
une moue de dégoût. Vous vous croyez tellement supérieurs
à nous parce que vous êtes des êtres " mythologiques "
! Mais dîtes-moi, vieille branche, qu'est-ce que vous pouvez bien
nous apporter vraiment ? Rien ! Et le pire dans tout cela, c'est que vous jouez
sur votre nature pour vous mettre en avant avec vos connaissances sur ses médiocres
humains ! Vous jouez aux faux modestes, tous autant que vous êtes ! -
Et vous, au véritable prétentieux ! maugréa le Doyen entre
ses dents. Je vous prie de vous ressaisir ! Ce n'est pas le moment de régler
vos comptes ! Ah, quelle harmonieuse entente, quelle sereine image ! Oubliez-vous
que tous les élèves vous regardent ! Nous aurons vraiment de la
chance si aucun d'entre eux n'a réussi à saisir vos amabilités
! - Rassurez-vous, monsieur le Doyen, cela m'étonnerait fort que ces
oreilles vierges aient compris quoi que ce soit, susurra soudainement la fée,
tenant des propos sérieux pour la première fois depuis... des semaines.
Et maintenant, si vous le permettez, poursuivit-elle sur le même ton, je
m'en vais voir de quoi il retourne pendant que vous vous chamaillez ! "
Et elle s'envola sans attendre ni piper mot, ses petites ailes battant si
vite qu'elles soulevaient sa masse de cheveux argentés
Voilà
qui n'était pas une mince affaire lorsqu'on constatait avec quelle vigueur
la brise qui s'était levée continuait de souffler dans la direction
contraire. On aurait dit qu'un orage se préparait à éclater
sans jamais y parvenir tout à fait. " Vous pensez sérieusement
que c'est Bellérophon qui prépare son entrée ? reprit le
vieux sorcier à l'adresse de Miss Indrema, quelque peu rasséréné
par la fée Lacyon, ce qui était généralement une constante
assez bien établie. - Oui, confirma-t-elle sans hésiter. Ce
genre de choses ressemble trop peu à l'Ennemi. S'il avait été
bien plus discret, ou si au contraire, il avait tout détruit sur son passage
comme ces
imbéciles se préparaient à le faire, ne put-elle
se retenir, j'aurais pu y croire. Mais pas cette fois, c'est autre chose
Je crois simplement qu'on ne peut pas empêcher Archibald Bellérophon
de s'amuser. " Ils n'eurent que très peu de temps à patienter
avant de voir revenir Lacyon, volant à tire d'aile. La fée au fessier
rebondi avait les joues rougies, sans doute d'excitation. " Vous aviez
raison, Indrema ! C'est bien Archibald qui s'annonce ! - Vous êtes bien
sûr de vous ? la questionna le Doyen, apparemment impassible au fait qu'elle
ait choisi le vol stationnaire à quelques mètres au-dessus de l'assemblée,
un vol stationnaire et sans culotte
- Aussi sûr que je suis certaine
que les 1ere année sont en train de profiter de la vue sous tous les angles
! gloussa-t-elle vivement, tout en effectuant un tour complet sur elle-même
tandis que de nombreuses têtes baissaient instantanément le nez.
Mais il n'est pas seul ! - Pas seul ? " Le vieux sorcier ne put ajouter
un seul mot de plus. Une cohorte comme il n'en avait jamais vue se pressait à
l'entrée de la clairière. Et au moment même où il reconnaissait
en tête de file Loup Sr, le père du jeune élève lupin
qu'ils accueillaient sous leur toit, une espèce d'engin comme une sorte
de réplique " modèle réduit " des hélicoptères
de l'armée américaine apparut en trombes au-dessus des arbres, toutes
pales dehors
Avec à son bord
Loup, lui-même ! Il surplombait
un étrange défilé de compatriotes, une véritable meute
! Mais ces loups n'avaient que peu de rapport avec ceux que l'on pouvait croiser
en Terre de Féerie ou dans le monde des Humains
Ou plutôt,
ils partageaient des traits communs à ceux issus des deux cultures. Si
physiquement, ils étaient semblables aux loups du parc du Mercantour, ils
marchaient sur deux pattes, parlaient, et arboraient blousons de cuir et bandanas,
ce qui les rattachaient alternativement à l'un comme à l'autre.
Et tous s'interpellaient à qui mieux mieux sans paraître se soucier
le moins du monde du tapage qu'ils pouvaient occasionner. Ils étaient une
bonne cinquantaine, tous plus chargés les uns que les autres en bijoux
et autres ornements de museau, et leurs tatouages n'avaient rien à voir
avec ceux que les gentils chienchiens possédaient généralement
derrière l'oreille. Si certains se contentaient de gambader par leurs propres
moyens, d'autres étaient montés à bord de Jeep qui semblaient
avoir été fabriquées dans la même usine que l'hélicoptère,
excepté le fait que les moteurs électriques avaient été
remplacés par des éoliennes miniatures. Et assis à califourchon
sur l'arceau de sécurité de l'une d'elles, Bellérophon, qui
s'imaginait en l'instant même dans Mad Max 2. " Mais qu'est-ce
que c'est que ce bazar ! glapit le Doyen, indigné. Dîtes-moi que
je rêve ! Ce n'est pas possible ! " Perché dans son appareil
à rotors, Loup n'avait bien entendu pas compris les paroles du vieux sorcier
qu'il observait en contrebas, mais il n'était pas bien difficile de les
deviner, à son teint aussi cramoisi que les citrouilles de la faculté.
La langue pendante en signe de détresse, il se saisit de son talkie-walkie
pour contacter l'instigateur de tout cela, le facétieux Archibald Bellérophon.
" M'sieur ! Je crois qu'on devrait arrêter maintenant, non ? On
nous a assez remarqués ! - Tu crois ? fit la voix du jeune homme, rendue
crachotante par les difficultés de communication. N'est-ce pas un peu prématuré
? - Mais on fait ça depuis notre entrée dans les bois ! Vous
vous rendez compte ? C'est une meute de loups, ma famille tout entière
que vous persécutez ! Nous faire souffler à perdre haleine devant,
derrière, sur les côtés ! Ce n'est pas un sort de féroce
prédateur, ça ! - Eh bien, quoi ? gloussa Archibald à
l'autre bout tout en lui faisant un signe de la main depuis le sentier qui allait
en s'élargissant à mesure qu'ils approchaient de la Tour. C'était
à toi de ne pas faire de bêtises ! Et puis, n'est-ce pas ton père
qui m'a dit que c'était une tradition familiale de souffler partout, depuis
ce qui est arrivé aux maisons des trois petits cochons ? Ce n'est tout
de même pas moi qui lui ai demandé d'installer des hélices
sur ses jeeps
Si tu n'avais pas voulu jouer au plus malin en t'improvisant
des vacances de détective privé avec ton cousin Lycos
Tu n'en
serais pas là ! - Mais comment vous pouvez dire des choses comme ça,
m'sieur ! Faut vraiment être gonflé ! Vous avez croisé notre
ch'min par hasard tout à l'heure ! Par hasard ! C'est vous qui rebondissez
là-dessus maintenant pour organiser vot' plan ! Vous n'avez pas honte,
vous ! Pire que tonton Crocs de Tartre lorsqu'il avait voulu arnaquer une bande
de lapins-nains psychotiques
- Hum, vous, ça va comme ça,
je crois avoir saisi, l'interrompit le jeune enseignant. Dis à ton pilote
qu'il arrête de jouer au planeur et toi, remets-moi cette sono en marche
! Nous n'avons plus que quelques mètres à faire, en avant ! " Loup
renfonça son bonnet au maximum sur ses oreilles duveteuses en écrasant
un juron. Archibald Bellérophon était intenable ! Il fallait avoir
vu comment il avait surgi du bois au détour d'un fourré, pour se
présenter à son père en immobilisant net leur convoi. Tout
cela avait failli mal tourner avant même d'être commencé. La
famille de Loup n'avait que modérément apprécié ce
que le professeur de l'héritier de la dynastie leur avait fait subir, à
eux, mais surtout à leur trésor de guerre. Ce n'était déjà
pas facile de négocier avec des habitants du monde d'origine de ce Bellérophon
alors qu'ils vous prenaient pour des bêtes sauvages, mais si en plus vous
vous retrouviez dépossédés de votre moyen de négociation
numéro 1, à quoi bon ? Archibald leur avait causé bien
des soucis pour être poli, et il n'avait pas été surpris pour
sa part de voir pointé sur lui une bonne dizaine de pétoires toutes
plus grosses les unes que les autres. Les membres du ga
, ou plutôt
de la meute, l'avaient ainsi gardé en joue de longs instants, la queue
dressée, grognant. S'ils avaient décidé d'accompagner Loup
jusqu'à la Tour du Savoir Secret Salvateur, ce n'était pas pour
se venger de son professeur ou bien même vérifier qu'il ne sèche
pas son premier jour de rentrée, mais bien pour assurer sa protection,
face à la menace représentée par Lord Funkadelistic. Et cela,
l'élève de deuxième année de la Faculté des
Sciences Humaines avait bien du mal à l'admettre, à s'en mordre
la queue. Une fois qu'Archibald eut compris cela, il en joua plutôt habilement,
à la grande honte de son étudiant. Après avoir fait remarquer
à son paternel qu'il avait sauvé la vie de sa progéniture
et surtout, après l'avoir informé de ce qu'il avait appris de la
bouche de la fée Lacyon sur ses activités extra-scolaires, le chef
de la meute s'était retrouvé avec une nouvelle dette imprévue
sur la croupe, d'honneur, celle-là. Et c'était à grand peine
que ses loups de patte avaient rangé leur artillerie pour l'empêcher
de se couper sur le champ une patte pour s'en acquitter. S'en était suivi
palabres et discours divers mais tous très pompeux sur le respect des valeurs
et le code d'honneur de la famille, tant et si bien que Loup avait opté
pour son casque. Archibald avait alors expliqué comment il avait perdu
son chemin à travers la forêt, et combien il serait aimable qu'il
puisse leur tenir compagnie jusqu'à la Tour. Rien de mieux qu'une rencontre
parents-professeurs improvisée pour faire disparaître les a-priori
avait-il décrété. Loup avait été satisfait
jusqu'à cet instant de constater que son professeur ne l'avait apparemment
pas remarqué, mais le clin d'il qu'il lui adressa une fois l'affaire
rondement menée signifiait le contraire. Toute personne normalement constituée,
humain ou animal merveilleux, détestait être amenée par ses
parents jusqu'à l'entrée de son école, et surtout être
vue avec eux. Alors, imaginez, avec toute une meute en déplacement
Et un enseignant en sus ! Mais pire que tout, Archibald l'avait surpris à
bord de cet hélicoptère de poche. Son père avait usé
d'une partie de ce qu'il restait de la fortune familiale pour acheter cette maquette
au 1/3 d'un hélicoptère de combat Blackhawk. Puis Loup avait
vu toutes ses affaires pour l'année être entassées à
l'intérieur, son cousin prendre les commandes de l'engin dont les radiocommandes
avaient été modifiées comme on fait démarrer une voiture
sans clé de contact et il avait dû finalement monter à bord
lui aussi, tout penaud. Tout cela parce que son père ne voulait prendre
aucun risque en le mêlant à la foule de la famille ! Comme s'il n'était
pas une aussi jolie cible en plein ciel ! Malgré cela, il avait tout de
même pu négocier un atterrissage à proximité de la
Tour, de façon à ne pas être vu. Jusqu'à ce qu'Archibald
soit intervenu
Depuis cet instant, Loup n'avait pas cessé d'être
aux platines tout en tournoyant autour de leur troupe en expédition, inondant
la Forêt des Rêves Multicolores de mixes improbables de hits des 80's
parmi les plus goulûment kitschs qui fussent, entre deux rugissements des
pales de l'hélicoptère : Wake me up when you Go-Go de Wham,
Beat It de Michael Jackson ou encore Relax de Frankie Goes to Hollywood.
Il y avait de quoi être mortifié, et si Loup avait eu ce mot à
disposition dans son vocabulaire, nul doute qu'il l'aurait employé. A
côté de lui, sur le siège du pilote, Lycos Brown était
bien loin de ces considérations-là. " Ah, cousin, sérieux,
je m'y perds ! Entre ce poste de commande et tes tables de mixage, y a comme qui
dirait trop de boutons qui clignotent de partout ! - Oh, oublie-moi, c'est
pas ma faute ! Terre à Licky : le responsable de tout cela, c'est mon prof
! Comme si faire du bruit pouvait suffire à éloigner quelqu'un comme
l'Ennemi
A part faire déguerpir les hérissons ou les pinsons
Mon matos aurait dû rester dans la soute ! - Ah oui ? Terre à
Loup : je le sais bien, c'est pas ce qui m'empêchera de me plaindre ! -
Terre à Supercopter ! Fallait penser à débrancher
ton talkie-walkie ! trancha une troisième voix. - Manquait plus que
ça
, fit Loup en sentant sa truffe s'assécher. Est-ce qu'on
ne pourrait pas arrêter avec cette histoire de Terre à
? -
Terre à Loup : c'est toi qui a commencé ! se permit de plaisanter
une dernière fois Archibald. Et puis, ce n'est pas vraiment la Terre qui
t'appelle, tu sais
- Oui, j'l'avais compris, ça ! Quand je pense
qu'on aurait pu faire le remake du clip de California Love de 2Pac et qu'on
doit supporter du George Michael
" Quelle pénible existence.
D'autant plus dure lorsque l'on conservait tout un dossier dans le bureau de son
agence Loup & Associés, enquêtes en tous genres, à
propos de la mort controversée dudit 2Pac. C'était le Kennedy de
Loup. " Bon, assez ri, vous m'avez vu les visages congestionnés
de tous ces gens ! On croirait qu'ils vous croisent un Samedi soir dans un endroit
pas clair
- C'est sans doute à cause de vot' musique, m'sieur
,
glissa Loup. - Ton père n'a rien contre, ma foi ! - Arrêtez
de toujours parler de p'pa comme ça, ça devient gênant ! S'il
a flashé sur vos combines, rêvez pas, c'est à cause de vot'
Armani Jeans
- Hem, c'est peut-être aussi ma grosse épée,
proposa le jeune homme en passant négligemment une main dans son dos pour
caresser la garde de l'Epée de la Chimère. - En tous cas, c'est
pas le chandail tricoté par vot'mère qui lui a donné envie,
se permit Loup, bien à l'abri dans les hauteurs. - Du calme, on ne
critique pas ma tenue, là-haut ! Et puis, ma mère a joliment brodé
les armoiries de la famille, alors
Fin de communication. " Lycos
eut un rictus aussi joyeux que s'il avait eu un gigot sous les yeux. "
Bien joué, right here ! Tu lui as fermé son clapet ! " Impossible
de se taper dans la patte cependant. " Coupe le son ! Objet Volant Non
Identifié en vue ! - Qu'est-ce que tu me racontes là ? intervint
à nouveau Archibald alors qu'ils passaient tous ensemble les portes fictives
du domaine de la Tour. N'est-ce pas plutôt un OFSC ? - Un
Quoi
donc ? - Un Objet Féerique Sans Culotte, vous devez bien comprendre
de qui je parle, tous les deux
- Damnit, il n'a pas tardé
à prendre sa revanche, conclut Licky. - Non m'sieur, réfuta
Loup sans l'écouter. Ce n'était pas la fée, et ça
a disparu de notre champ de vision. - Mince, pas le temps de lancer le moindre
petit missile, se désola le jeune homme, pince-sans-rire. Très bien,
dans ce cas, atterrissez, nous sommes arrivés à destination, les
enfants ! " Loup manqua une fois de plus de s'étrangler, mais ce
n'était pas loin d'être une constante aujourd'hui. Aucune mère-grand,
même la plus avariée ne pouvait avoir plus mauvais goût que
les blagues d'Archibald Bellérophon. D'un mouvement de patte, il indiqua
les nouvelles directives à son cousin qui n'avait rien suivi. Plus bas,
les pieds solidement ancrés sur le sol, Archibald affrontait les premiers
remous de la colère du Doyen, en petit comité. Les autres enseignants
s'étaient dispersés sur les pelouses, non pas par crainte d'essuyer
les plâtres, mais tout simplement pour poursuivre l'accueil des élèves.
Sitôt la menace d'une attaque de Lord Funkadelistic écartée,
la tension du vieux sorcier s'était tout de même relâchée
quelque peu, et il avait exigé que les professeurs n'attendent pas plus
pour aller accueillir les élèves plus avant. Autant parce que c'était
l'heure et parce qu'ils n'avaient pas à assister à ce qui allait
suivre
Le spectacle d'une meute de loups, l'être qui terrifiait par
nature la moitié des autres créatures des contes, en goguette, encadrant
de tous côtés un Archibald Bellérophon sourire aux lèvres
avait quelque chose de suffisamment surprenant et totalement inapproprié
pour une rentrée des classes, qui se voulait tout ce qu'il y avait de plus
banale, même en Terre de Féerie. Bien entendu, il y avait eu
un petit groupe d'élèves pour se retrouver malgré ces précautions
esseulés et se précipiter en direction des nouveaux venus. "
Ah, regardez bien comme ma popularité est grande ! commentait le jeune
homme autour de lui en observant ces étudiants qui se jetaient bras tendus
vers lui, sans se soucier de sa garde lupine. Je suis bien content que l'on soit
reconnaissant de ce que j'ai pu faire pour cette faculté, ajouta-t-il avec
contentement. Venez les enfants, venez, je suis là ! " s'enflamma-t-il
avec une emphase ostentatoire au possible. Il baissa légèrement
la tête tout en se grattant les cheveux, comme pour se donner une contenance
modeste avant de recevoir ces embrassades qu'il pensait largement méritées
de toute façon. Mais
On lui passa devant sans lui adresser le moindre
coup d'il
Contenant cette première déception, Archibald
se dit alors que les élèves avaient dû être mus par
la curiosité
Loup lui-même était surpris. Ce n'était
pas la raison susnommée. Derrière leur petite troupe, un autre retardataire
arrivait seulement maintenant. Archibald se retourna à demi lorsqu'il entendit
glousser la demi-douzaine de jeunes filles de races diverses qu'il avait cru lui
être destinée. Elles s'étaient agglutinées comme des
mouches sur un pot de miel, emprisonnant le nouveau venu. " Qui est-ce
donc ? demanda-t-il en découvrant un garçon qui semblait de quelques
années son cadet, un blondinet fluet qui n'avait cependant rien à
voir avec le Prince Charmant. Il paraissait de fait beaucoup plus gentil, avec
ses livres de classe sous le bras, et surtout très gêné par
cette démonstration de sympathie que le Doyen régula soudainement
en se grattant la gorge tel un vieillard qui aurait oublié d'acheter son
vaccin pour la grippe
Et le nouveau venu de se joindre à eux et pour
de bon droit sur Archibald, lui tendant une main amicale. " Bonjour, monsieur
Bellérophon, je m'appelle Derek, je suis le nouveau professeur d'Elévation
Spirituelle. Je suis ravi de vous rencontrer ! Je suis votre plus grand fan !
" précisa-t-il avec un beau sourire juvénile. - Mer
Merci ! " répondit celui-ci. Il avait déjà à
faire volte-face pour répondre au Doyen qui les avaient entraînés
au pied de l'Escalier, face à un Archibald pour le moins circonspect. Qui
était ce fringuant et déjà populaire professeur qui rejoignait
les rangs de la faculté ? " J'attends, piaffait le Doyen, expliquez-vous
! Qu'est-ce que c'est que ce défilé ? Et retenez-moi le chef de
cette meute ! Enfin, JR, vous n'allez pas vous couper une patte à tout
bout de champ ! " Le vieux sorcier connaissait bien le père de
Loup pour l'avoir lui-même eu comme élève de son temps. JR
n'était pas un mauvais bougre, mais il était par contre très
émotif. Pour l'instant, il lui fallait trois de ses compatriotes pour le
retenir à nouveau. Pour la simple raison qu'il tenait à payer pour
le dérangement occasionné à la Tour. Il avait agi parfaitement
consciemment, sa progéniture passant avant toute autre chose, comme n'importe
quel père digne de ce nom l'aurait fait. " Chef, faîtes
pas ça, chef ! - Reprenez-vous, chef ! - Allons, c'est pas si grave,
chef ! " Mais aussi de poignants : " P'pa, tu me fiches la tehon
! " Le Doyen préférait encore écouter les palabres
de Bellérophon. " Un défilé ? Mais pas du tout. C'était
mon premier cours de l'année, au contraire, ou plutôt, un cours particulier
sur l'évolution musicale des goûts d'une certaine catégorie
de population au cours des années 80 jusqu'à la transition post-yuppie
des
- Oh, ne commencez pas à me compliquer les choses, suffit
! Vous vous expliquerez plus tard, en avant ! - Très bien, vénéré
Doyen ! " Le jeune homme aurait cru être le seul à sourire.
Il avait cru demander à Loup de renchérir et de clore son entrée
spectaculaire par une suite de scratches effrénés se basant sur
le riff étourdissant de One I Love de Coldplay. Après tout,
ne lui avait-il pas demandé de passer une version remixée de In
the Jungle de The Vines * tout en pilotant le biplan qui le ramenait
à la Tour une fois son épée récupérée
? Là encore, ça n'était pourtant pas le bon moment. Mais
ce n'était pas le cas. " Ah ? Qu'y a-t-il ? Je vous étonne
? Vous me trouvez trop calme ? Alors laissez-moi vous dire une chose, il faudra
plus que ça, pointa-t-il du doigt la colonne des loups pour nous impressionner
cette année. Vos vantardises sont terminées, Bellérophon
! Cette année, vos élèves vont connaître de nouvelles
disciplines, et pas des moindres ! J'ai recruté des professeurs bien plus
méritants que vous. " Il s'écarta, et les pans de sa toge
avec lui, fort théâtral. " Je vous présente
Robin des Bois, et Peter Pan
Et vous connaissez déjà Derek
", précisa-t-il en indiquant de son menton de bouquetin en rut le
prétendu fan d'Archibald Bellérophon.
* L'auteur
vous le confirme : relisez donc cette introduction à la saison 2 en écoutant
ce morceau en même temps !
| Opening
> Chapitre 01 > Chapitre 02 | |