Retour au SeuilLes Webmestres, etc...Page PrécédentePage SuivanteMettez ce site dans vos favorisLes Forums concernant le film, Tolkien, la Fantasy, etc...Venez chatter !Venez signer ou lire le livre d' orCe site vous plait ? Conseillez le à un ami !Section achat d' Elbakin.net
 

Auteurs, E-mail : Gillossen
Numéro ICQ : 72496479
Dernière Mise à jour : 27/09/2002

Retour index Archibald

Où l'appel de la forêt n'est pas le plus pénétrant et où Archibald se joint pourtant à la meute…

Opening > Chapitre 01 [PDF] > Chapitre 02

rchibald referma la porte de l'immeuble de la pointe de sa chaussure, sa trottinette sous le bras. Kate était déjà dehors, sur le trottoir, à nouer les lacets de ses rollers. Lorsqu'elle releva sa tête aux boucles blondes, elle considéra son petit ami avec une certaine appréhension.
" Archy… Tu es sûr que tu veux ?
- Que je veux quoi ? répliqua-t-il en dépliant son engin tout en le posant sur le sol. Faire cette course ? Plus que jamais ! " fanfaronna-t-il ouvertement.
Cela n'empêcha pas la jeune fille de poursuivre, désignant d'un froncement de nez la trottinette.
" Non, pas la course. Je parlais de ça. Tu crois vraiment que tu fais bien de te promener avec partout ? "
Par ça, Kate désignait en fait la trottinette elle-même, d'un rouge brillant, aux couleurs des Teletubbies. Le jeune homme avait remué ciel et terre afin de trouver la même que celle que possédait Po dans la série pour les tout-petits. (Archibald préférait revendiquer pudiquement que c'était une série adaptée aux esprits ayant conservé la fraîcheur de leur âme d'enfant…) Il était même allé jusqu'à la recouvrir d'autocollants la représentant, en grand fan qu'il était. Ce que Kate considérait avec une exaspération amusée.
" Mais bien sûr ! Pourquoi, je ne devrais pas ? Peut-être est-ce seulement un moyen pour toi de vouloir renoncer à ce défi, hmm ? fit-il en haussant les sourcils, et se croyant extrêmement perspicace.
- Comment ça ? C'est toi qui me l'a lancé, ce défi ! Comment veux-tu aller plus vite que moi en trottinette alors que je suis en rollers, honnêtement ? Tu n'as aucune chance, conclut-elle avec un petit sourire.
- C'est ce qu'on va voir, ma puce… "
Les deux jeunes gens se défièrent du regard une poignée de secondes supplémentaires. Il était encore tôt, et la soirée s'annonçait douce. La circulation n'était pas dense, la plupart des gens étant déjà rentré chez eux. C'était le bon moment pour lancer leur course. Le parcours était simple : tout d'abord, suivre le boulevard en ligne droite, avec pour seul obstacle les rangées d'arbre et les bancs qui leur tenaient compagnie. La suite serait certainement un peu plus ardue puisqu'il faudrait composer avec la circulation et un foisonnement d'embranchements… Tout cela pour aboutir au Pont de l'Aube et terminer dans le parc le plus proche. Ce qui représentait malgré les apparences une balade de plus de deux miles…

I'm gonna get free
I'm gonna get free
I'm gonna get free
Ride Into the Sun

She never loved me
She never loved me
She never loved me
Why should anyone ?

Le jeune homme, son minidisc harnaché à la poitrine, se passait en boucle le refrain de Get Free de The Vines, de plus en plus fort. Il fallait faire monter la pression, pour ne pas rater son démarrage, et quoi de mieux qu'une bonne chanson post-grunge d'un trio australien ! Des regards qui se croisent… Toujours les mêmes gestes… Mains moites sur le guidon…
" M'sieur ! fit tout à coup une voix derrière Archibald.
- Loup ? " répondit aussitôt le jeune homme en se retournant sans attendre.
Mais ce n'était pas son élève de la Faculté des Sciences Humaines. Il s'était laissé abuser par ce diminutif souvent plaintif dont le canis lupus usait fréquemment à son égard. Celle qui lui avait adressée la parole et lui tirait sur la manche n'était autre qu'une petite fille inconnue de quatre ans tout au plus, avec un charmant ruban dans les cheveux et un bâton de réglisse dans sa main libre.
" Oui, qu'est-ce que je peux faire pour toi ? s'enquit Archibald en se pliant à sa hauteur.
- Ta trottinette…
- Oui ?
- C'est celle de Po ? Tu es fan des Teletubbies ? "
Evidemment, mignonne comme elle était et avec ses piaillements aigus, tout le monde se retournait en passant pour la regarder. Et le jeune homme sentait bien que sa question faisait sourire les passants. Ah, pourquoi lui ? Et il apparaissait comme inexorable que Kate renchérisse en lui soufflant à l'oreille.
" Alors, tu ne lui réponds pas ? Tu as renoncé à être la star des bacs à sable ? Je suis sûr que tu en impressionnerais plus d'une en équilibre sur une roue ! "
Archibald marmonna quelques mots dont il valait mieux pour la petite fille qu'ils demeurent indistincts. Il n'avait pas honte de ses passions, que non pas. Mais il avait déjà si bien affiché ses penchants qu'il risquait de devenir bientôt connu dans toute la ville. Que cela soit pour sa paresse et autres travers le dérangeait moins. Après tout, qui ne le savait pas déjà ? Il était toutefois en train de réfléchir à comment expliquer à la petite fille qu'il était disposé à faire pour elle et ses amis un show spécial dans le jardin municipal le plus proche pendant la récréation de l'après-midi, mais qu'il devait s'y prendre en cachette… Lorsqu'il réalisa qu'elle avait disparu… Interloqué, il se releva lentement, avant de deviner au cri de surprise de Kate qu'il y avait de l'imprévu dans l'air. C'était le cas de le dire : une fée Lacyon bien plus courte qu'à l'ordinaire voltigeait maintenant autour de leurs têtes baignée d'un halo de lumière blanche et sirupeuse.
" Bien le bonjour, cher Archibald !
- La fée ! C'était vous, la petite fille ? répliqua-t-il sans se démonter.
- C'était bien moi, confirma-t-elle en souriant de toutes ses dents. Il fallait que je vois si je pouvais vous approcher facilement et si mon déguisement était trompeur…
- Je dois avouer que je vous ai reconnue à la sucette…
- Lorsque vous aurez fini de vous amuser tous les deux, maugréa Kate, faîtes-moi donc signe. "
La fée, invisible aux yeux de tout autre humain, se posa sur l'épaule d'Archibald et renchérit en dévisageant la jeune fille.
" Ne vous en faîtes donc pas, je ne suis là que pour lui dire que les vacances sont achevées, et qu'il faut reprendre le chemin de l'école… C'est tout.
- Comment, déjà ? ronchonna aussitôt le jeune homme. Vous vous moquez de moi, j'ai encore deux semaines de vacances !
- Ici peut-être, mais pas en Terre de Contes, fit Lacyon avec un sourire coquin.
- Je veux pas y aller…, devint-il plaintif. Kate… "
Mon son regard " Labrador en détresse levant les yeux vers sa tendre maîtresse " ne pouvait l'aider cette fois-ci. Profitant du fait qu'il ne lui prêtait plus attention, la fée lui souffla dans la figure une poudre étoilée… Archibald éternua, puis ses paupières lui parurent aussitôt si lourdes…


La Tour du Savoir Secret Salvateur était toute entière agitée de soubresauts, de la plus grande à la plus petite de ses citrouilles. Non pas que des lutins farceurs soient en pleine expérimentation, mais plutôt parce que la rentrée était là. Elèves comme professeurs, de l'une ou l'autre des deux Universités rassemblées sous le même toit, s'en trouvaient tout excités, d'une manière ou d'une autre. Bien entendu, il n'y avait pas que du positif, et pour beaucoup, on avait traîné les pieds, lorsque l'on en avait, ou bien les pattes… En tous les cas, on discutait beaucoup, et dans tous les coins : est-ce que les emplois du temps allaient être meilleurs que l'année dernière, comprendre allait-on pouvoir terminer plus tôt ? Est-ce que les professeurs seraient moins revêches que précédemment ? Et des nouveaux, est-ce qu'il y aurait des nouveaux ? Qui réussirait le plus beau pentacle ? La Faculté des Sciences Féeriques oublierait-elle un peu ses airs de supériorité ? Son acolyte dirigée par le Doyen disposerait-elle d'enseignants moins farfelus ? Telles étaient les interrogations revenant le plus souvent, partagées par tous.
Bien entendu, les conversations prenaient souvent un cours autre au bout d'un moment, autour des évènements de la fin d'année dernière, qui remontaient en réalité à quelques mois seulement. Chacun se souvenait que cette nouvelle rentrée aurait bien pu ne jamais avoir lieu. Un ancien élève bien plus rancunier que la moyenne avait tout simplement failli inventer une nouvelle sorte de recette de cuisine en faisant exploser la Tour et tous ceux qui auraient pu être à l'intérieur à ce moment-là avec. Heureusement, il avait été stoppé à temps par le surprenant Archibald Bellérophon, pour sa part récent professeur sur place. Ils étaient très nombreux à le trouver pour le moins étrange, dans ses actes comme dans ses méthodes d'enseignement, mais il avait fini par emporter l'adhésion d'une large majorité. Après tout, n'était-il pas l'héritier du tueur de la Chimère, de celui qui était parvenu à monter Pégase ? Il fallait bien que cela apparaisse d'une façon ou d'une autre, et autrement que par sa propension aux blagues salaces !
Archibald Bellérophon était donc un nom qui revenait plus qu'un autre dans les discussions chuchotées qui parcouraient la Tour. Si les étages étaient déjà bien garnis, principalement par du personnel toutefois, la cour était la propriété des élèves. Sur les pelouses à nouveau taillées impeccablement après quelques semaines de liberté, des groupes d'étudiants se formaient peu à peu à mesure que l'heure de la reprise des cours se rapprochait. Comme pour n'importe quelle rentrée des classes de n'importe quel univers, il y avait ceux qui se connaissaient déjà, ceux qui au contraire demeuraient un peu à l'écart en tentant ou non de s'intégrer à une conversation de groupe en groupe, ceux qui fanfaronnaient pour cacher leur appréhension, ceux qui donnaient au contraire libre cours à des peurs qui n'avaient rien de surnaturelles. On pouvait tout aussi bien être là depuis cinq ans et détester toujours autant ce moment comme intégrer les rangs de ce prestigieux établissement pour la première fois et s'y sentir déjà à l'aise.
Une rentrée, c'est l'affaire de chacun. Mais le sentiment général, qu'on soit gêné ou pas, était tout de même dominé par une forte envie de prolonger quelque peu ses vacances. Motivé ou non pour retourner à l'école, personne ne l'était pour autant pour se pencher trop vite sur son pupitre et dans ses livres de classe. Une bonne semaine, voilà ce qu'il fallait… Et c'était le choix que semblait avoir fait le dénommé Archibald Bellérophon, de s'accorder une semaine supplémentaire de vacances… Car il n'était toujours pas là, et des figures les plus connues de l'école, c'était bien lui qui se distinguait entre toutes… Par son absence. Peu à peu, tous les enseignants se réunissaient à l'entrée de la Tour du Savoir Secret Salvateur, affichant des sourires de circonstance. Ce n'était pas le moment de manifester des signes d'agacement alors que le premier cours de l'année n'avait pas encore commencé. D'autant que la majorité des dissensions rencontrées s'étaient apaisées par le biais des actes dudit Bellérophon. Les liens s'étaient resserrés entre collègues et entre facultés de même à la suite de la guerre menée par Lord Funkadelistic. Et voilà qu'il se distinguait à nouveau, Archibald ! Diantre !
Si les professeurs disciplinés et toujours dignes de la Faculté des Sciences Féeriques ne disaient mot, conservant l'attitude froide et distante qui leur était commune, le Doyen était convaincu qu'ils devaient se moquer de lui en riant sous cape. Il avait beau se dire qu'il n'y avait aucune raison, que les différents avaient été aplanis, et qu'il était après et malgré tout le Doyen de la Faculté avec tout le respect que cela impliquait à son égard, il ne parvenait pas à se raisonner. Extérieurement, il respirait la dignité et la sagesse avec sa belle toge blanche et sa barbichette taillée au poil, plus lustrée que celle de la chèvre de Monsieur Seguin. Mais à l'intérieur… Le seul spectacle d'un Charmant se pavanant devant ses élèves ou d'une fée Lacyon ne pouvant résister à se présenter aux nouveaux membres mâles de l'établissement l'exaspérait au plus haut point, et c'était peu de le dire. Alors, constater que Bellérophon n'était pas encore arrivé et que les nettoyages intempestifs de ses petits verres demi-lune n'y changeaient rien… C'était de trop.
Tout le reste avait pu être achevé à temps, même les travaux de restauration de la Tour, qui avaient demandé autant d'architectes et d'ouvriers du bâtiment que de cuisiniers étant donné la composition de ses murs. D'importantes rénovations avaient eu lieu, sans parler de constructions qui n'avaient pas été originellement planifiées mais s'étaient aux yeux du Conseil de la Tour rendues indispensables. Et c'était avec une certaine nostalgie teintée d'une indéfectible amertume que le Doyen avait assisté à la reconstruction du Grand Escalier ornant anciennement l'entrée de la Tour, ainsi que des Sept Piliers en périphérie de la clairière, au sommet desquels reposaient les Sept Objets Sacrés des Contes, à l'abri dans un sanctuaire constellé de pierreries…
Il n'avait plus qu'une poignée de minutes pour se montrer. Et même dans ce cas, il serait de toute façon en retard, comparé aux autres professeurs qui s'étaient déjà vu distribuer classes et emplois du temps. Mais il pourrait tout de même faire illusion, ce qui serait un moindre mal. Pour lui, mais avant tout pour la Faculté des Sciences Humaines, la seule chose qui comptait vraiment aux yeux pétillants de colère, et non de malice ce matin, du Doyen.
" Est-ce que vous allez bien ? "
Il sursauta. Miss Indrema venait de lui adresser la parole pour la première fois de la matinée. Elle aussi devait se sentir quelque peu mal à l'aise, alors qu'elle avait personnellement insisté auprès de Bellérophon pour qu'il soit à l'heure, et même plus que cela. La dryade portait une robe tout ce qu'il y avait de plus stricte, d'un beau vert de mousse. Encore une fois, elle jouait le rôle souvent ingrat qui consistait à préserver les apparences au mieux en voltigeant telle une feuille poussée par le vent d'un groupe à l'autre, histoire de les occuper suffisamment pour ne pas se soucier des apparents désagréments qui auraient la malchance de survenir… Mais pour l'heure, elle avait retrouvé sa place parmi les enseignants.
" Si, si, tout va très bien, la rassura finalement le vieux sorcier après être demeuré quelques instants bouche bée, perdu dans ses pensées. Ce serait toutefois encore mieux si Bellérophon pouvait daigner se montrer à présent. Je suppose que vous n'en pensez pas moins, miss !
- Oui…, acquiesça-t-elle, les lèvres pincées. Mais peut-être que ce retard… ne lui est pas imputable. On ne sait pas… Il nous a montré tout de même qu'on pouvait avoir confiance en lui. A plusieurs reprises.
- Ah, soupira à demi le Doyen. Je vois que vous le soutenez… Sachez que je ne suis pas contre lui. Je sais que c'est une personne de valeur, et il sait que je l'apprécie. Le plus souvent, nous nous accrochons presque pour le plaisir, si je puis dire… Désormais… L'Ennemi n'est pas mort… Il rôde encore. Malgré le revers que le jeune Bellérophon lui a infligé, il n'a pas perdu de temps pour reprendre la main. Vous avez vu ce qu'il a fait au père de ce pauvre garçon ! Depuis, nous n'avons plus de nouvelles de l'Ennemi. Il sera beaucoup plus prudent que précédemment. Alors, comprenez que je souhaiterais savoir précisément où se tient Bellérophon, car nous aussi, nous devons redoubler de précautions ! Il ne s'agit pas de jouer les fanfarons ! Nos élèves ne réalisent pas vraiment, et il ne faut pas qu'ils s'inquiètent outre mesure, sinon, comment étudier profitablement ? Mais un conflit comme celui de l'année passée laisse fatalement des traces.
- Vous… Vous songez à l'Ennemi pour expliquer la cause de son retard ? osa à peine formuler Miss Indrema, et réalisant de fait la réelle et plus profonde cause de l'appréhension du vieux sorcier.
- J'espère que non. Je l'espère de tout cœur. Nous ne pourrions pas nous permettre une telle perte, pas comme ça, pas maintenant… Nous n'en sommes qu'au début. Au début de tout cela. Si seulement Bellérophon était là, nous pourrions l'avoir à l'œil. Pour le moment, nous sommes pieds et poings liés. Il est comme perdu dans la nature.
- Nous l'avons laissé ainsi durant toute la durée des vacances.
- Oui, mais il y a eu comme une trêve tacite entre nous et l'Ennemi. Lui aussi avait malgré tout besoin de reprendre des forces. Et nous étions de toute manière incapable de le frapper, une cible insaisissable, soupira tout à fait le Doyen. Alors qu'à présent… Il ne manquerait plus qu'il se soit fait capturer ! Il ne reste que deux minutes à ma montre-gousset… "
Un instant, le vieux sorcier ferma les yeux. L'image d'une jeune fille diaphane s'effondrant sur le sol, sa robe souillée d'ocre, tandis qu'elle portait une main à son côté, lui traversa l'esprit. Cendrillon… Pourquoi fallait-il qu'il pense à nouveau à elle et à son terrible destin en cet instant ?
" Son souvenir vous hante encore, discerna la dryade, d'une voix qui se voulait douce mais était encore et toujours trop cruelle aux oreilles du Doyen. J'imagine que c'est à cause de l'horloge, comme avec les douze coups de minuit… "
Miss Indrema croyait certainement qu'il avait peur qu'Archibald Bellérophon connaisse le même destin funeste que Cendrillon, et comme elle par la main de Lord Funkadelistic. Mais le vieux sorcier savait mieux quelles étaient les véritables raisons de ses stupeurs et tremblements… Il n'en était que trop conscient, depuis longtemps, seul, tout seul. Désormais, il était contraint d'avancer coûte que coûte et de mener cette lutte contre l'Ennemi jusqu'au bout. Il était impératif qu'il disparaisse pour de bon. Dire que Bellérophon était passé si près ! Mais Lord Funkadelistic était malheureusement plus tenace qu'il ne l'avait espéré. Il le savait pourtant. Il l'avait tout de suite deviné dans son regard depuis le premier jour. Pourquoi avait-il fallu que cela se termine comme cela entre eux… Le vieux sorcier eut un sourire triste. Ce n'était pas du tout fini. Combien de temps son orgueil lui permettrait-il de tenir, leur permettrait-il à tous les deux, monstres de prétention ?
Ils paraissaient toutefois avoir un nouveau rival dans ce domaine…
A l'orée de la clairière qui isolait la Tour et ses propriétés du reste de la Forêt des Rêves Multicolores, les derniers pâtés de maisons des écureuils, volants ou non, voyaient leurs branches être secouées à toute force, et une brise tout ce qu'il y avait de moins naturelle se mit à souffler jusque sur l'assistance. Quelques couvre-chefs changèrent de propriétaire de manière totalement imprévue, mais personne n'eut le temps de jouer à savoir à qui était l'un ou l'autre. Tous les élèves présents, pourtant triés sur le volet - voire la porte-fenêtre ! - et habitués à l'emploi de la magie se rapprochèrent presqu'instinctivement, occultant leurs dissemblances. Tous étaient bien évidemment interpellés, mais certains plus que d'autres, à l'image d'Hansel et Gretel qui n'avaient pas encore compris qu'ils auraient pu demander de l'aide aux services sociaux anti-mégères trop bonne pâte… Ils s'étaient réfugiés auprès des professeurs rassemblés en rangs serrés comme pour une photo d'école un peu trop précipitée. Parmi eux également, les réactions n'étaient pas les mêmes pour tous. Alors que la plupart s'inquiétaient de voir là la première étape d'une nouvelle offensive de l'Ennemi, Charmant pour sa part se contentait de pester après sa coiffure altérée par les vents. Il aurait été plus juste qu'il dise cela du gel, étant donné qu'il avait sur la tête plus de laque en pot que de cheveux… Ceux de la dryade s'étaient hérissés, et ils auraient sûrement pu s'enflammer tel le fétu de paille qu'ils étaient en fait, tant elle brûlait de colère en assistant à ce spectacle de frondaisons tourbillonnantes, s'élevant à des hauteurs vertigineuses. Qui donc osait ainsi profaner la forêt ? Ce ne pouvait être que…
" Archibald… C'est Archibald ! s'écria tout à coup Miss Indrema.
- Et qu'est-ce qui vous permet donc de décréter cela ? " se retint à grand peine de la tancer l'un des enseignants de la Faculté des Sciences Féeriques.
Derrière lui, ses collègues s'étaient immédiatement mis en cercle et s'apprêtaient sans aucun doute à lancer un sort à l'encontre de cette tempête imprévue, quoi qu'elle puisse dissimuler.
" Etes-vous complètement fous ? Qu'est-ce que vous êtes en train de faire, sans aucune consultation ? les rabroua cette fois le Doyen, abandonnant la turpitude de sa mémoire, sa canne pivotant entre ses mains plus vite qu'un bâton de majorette.
- A votre avis ? Nous assurons la protection de la Tour, comme toujours ! déclara pompeusement l'autre, lissant ses fines moustaches. Nous, les mages, nous ne passons pas notre temps à rien faire en comptant sur notre nature de créatures de conte ! Grotesque ! se gaussa-t-il en considérant du même œil professeurs et élèves. Nous avons plus d'un tour dans notre sac. Et il est hors de question que nous prenions le moindre risque avec cet imprévu !
- Alors, votre solution, c'est de raser la forêt sur je ne sais combien d'acres, sans même savoir ce qui se cache derrière cette agitation ! s'emporta la dryade, oubliant sa retenue coutumière.
- Nous savons ce que nous avons à savoir, que cela vient droit sur nous ! Il n'y a rien de plus à considérer dans un cas pareil !
- C'est plutôt vous, qui êtes un cas sans pareil ! lui renvoya du tac-au-tac Miss Indrema, bras croisés.
- Plaît-il ? Oh, vous, les soi-disant enseignants de Sciences Humaines, vous êtes toujours si beaux parleurs ! la reprit leur contestataire, avec une moue de dégoût. Vous vous croyez tellement supérieurs à nous parce que vous êtes des êtres " mythologiques " ! Mais dîtes-moi, vieille branche, qu'est-ce que vous pouvez bien nous apporter vraiment ? Rien ! Et le pire dans tout cela, c'est que vous jouez sur votre nature pour vous mettre en avant avec vos connaissances sur ses médiocres humains ! Vous jouez aux faux modestes, tous autant que vous êtes !
- Et vous, au véritable prétentieux ! maugréa le Doyen entre ses dents. Je vous prie de vous ressaisir ! Ce n'est pas le moment de régler vos comptes ! Ah, quelle harmonieuse entente, quelle sereine image ! Oubliez-vous que tous les élèves vous regardent ! Nous aurons vraiment de la chance si aucun d'entre eux n'a réussi à saisir vos amabilités !
- Rassurez-vous, monsieur le Doyen, cela m'étonnerait fort que ces oreilles vierges aient compris quoi que ce soit, susurra soudainement la fée, tenant des propos sérieux pour la première fois depuis... des semaines. Et maintenant, si vous le permettez, poursuivit-elle sur le même ton, je m'en vais voir de quoi il retourne pendant que vous vous chamaillez ! "
Et elle s'envola sans attendre ni piper mot, ses petites ailes battant si vite qu'elles soulevaient sa masse de cheveux argentés… Voilà qui n'était pas une mince affaire lorsqu'on constatait avec quelle vigueur la brise qui s'était levée continuait de souffler dans la direction contraire. On aurait dit qu'un orage se préparait à éclater sans jamais y parvenir tout à fait.
" Vous pensez sérieusement que c'est Bellérophon qui prépare son entrée ? reprit le vieux sorcier à l'adresse de Miss Indrema, quelque peu rasséréné par la fée Lacyon, ce qui était généralement une constante assez bien établie.
- Oui, confirma-t-elle sans hésiter. Ce genre de choses ressemble trop peu à l'Ennemi. S'il avait été bien plus discret, ou si au contraire, il avait tout détruit sur son passage comme ces… imbéciles se préparaient à le faire, ne put-elle se retenir, j'aurais pu y croire. Mais pas cette fois, c'est autre chose… Je crois simplement qu'on ne peut pas empêcher Archibald Bellérophon de s'amuser. "
Ils n'eurent que très peu de temps à patienter avant de voir revenir Lacyon, volant à tire d'aile. La fée au fessier rebondi avait les joues rougies, sans doute d'excitation.
" Vous aviez raison, Indrema ! C'est bien Archibald qui s'annonce !
- Vous êtes bien sûr de vous ? la questionna le Doyen, apparemment impassible au fait qu'elle ait choisi le vol stationnaire à quelques mètres au-dessus de l'assemblée, un vol stationnaire et sans culotte…
- Aussi sûr que je suis certaine que les 1ere année sont en train de profiter de la vue sous tous les angles ! gloussa-t-elle vivement, tout en effectuant un tour complet sur elle-même tandis que de nombreuses têtes baissaient instantanément le nez. Mais il n'est pas seul !
- Pas seul ? "
Le vieux sorcier ne put ajouter un seul mot de plus. Une cohorte comme il n'en avait jamais vue se pressait à l'entrée de la clairière. Et au moment même où il reconnaissait en tête de file Loup Sr, le père du jeune élève lupin qu'ils accueillaient sous leur toit, une espèce d'engin comme une sorte de réplique " modèle réduit " des hélicoptères de l'armée américaine apparut en trombes au-dessus des arbres, toutes pales dehors… Avec à son bord… Loup, lui-même ! Il surplombait un étrange défilé de compatriotes, une véritable meute ! Mais ces loups n'avaient que peu de rapport avec ceux que l'on pouvait croiser en Terre de Féerie ou dans le monde des Humains… Ou plutôt, ils partageaient des traits communs à ceux issus des deux cultures. Si physiquement, ils étaient semblables aux loups du parc du Mercantour, ils marchaient sur deux pattes, parlaient, et arboraient blousons de cuir et bandanas, ce qui les rattachaient alternativement à l'un comme à l'autre. Et tous s'interpellaient à qui mieux mieux sans paraître se soucier le moins du monde du tapage qu'ils pouvaient occasionner. Ils étaient une bonne cinquantaine, tous plus chargés les uns que les autres en bijoux et autres ornements de museau, et leurs tatouages n'avaient rien à voir avec ceux que les gentils chienchiens possédaient généralement derrière l'oreille. Si certains se contentaient de gambader par leurs propres moyens, d'autres étaient montés à bord de Jeep qui semblaient avoir été fabriquées dans la même usine que l'hélicoptère, excepté le fait que les moteurs électriques avaient été remplacés par des éoliennes miniatures. Et assis à califourchon sur l'arceau de sécurité de l'une d'elles, Bellérophon, qui s'imaginait en l'instant même dans Mad Max 2.
" Mais qu'est-ce que c'est que ce bazar ! glapit le Doyen, indigné. Dîtes-moi que je rêve ! Ce n'est pas possible ! "
Perché dans son appareil à rotors, Loup n'avait bien entendu pas compris les paroles du vieux sorcier qu'il observait en contrebas, mais il n'était pas bien difficile de les deviner, à son teint aussi cramoisi que les citrouilles de la faculté. La langue pendante en signe de détresse, il se saisit de son talkie-walkie pour contacter l'instigateur de tout cela, le facétieux Archibald Bellérophon.
" M'sieur ! Je crois qu'on devrait arrêter maintenant, non ? On nous a assez remarqués !
- Tu crois ? fit la voix du jeune homme, rendue crachotante par les difficultés de communication. N'est-ce pas un peu prématuré ?
- Mais on fait ça depuis notre entrée dans les bois ! Vous vous rendez compte ? C'est une meute de loups, ma famille tout entière que vous persécutez ! Nous faire souffler à perdre haleine devant, derrière, sur les côtés ! Ce n'est pas un sort de féroce prédateur, ça !
- Eh bien, quoi ? gloussa Archibald à l'autre bout tout en lui faisant un signe de la main depuis le sentier qui allait en s'élargissant à mesure qu'ils approchaient de la Tour. C'était à toi de ne pas faire de bêtises ! Et puis, n'est-ce pas ton père qui m'a dit que c'était une tradition familiale de souffler partout, depuis ce qui est arrivé aux maisons des trois petits cochons ? Ce n'est tout de même pas moi qui lui ai demandé d'installer des hélices sur ses jeeps… Si tu n'avais pas voulu jouer au plus malin en t'improvisant des vacances de détective privé avec ton cousin Lycos… Tu n'en serais pas là !
- Mais comment vous pouvez dire des choses comme ça, m'sieur ! Faut vraiment être gonflé ! Vous avez croisé notre ch'min par hasard tout à l'heure ! Par hasard ! C'est vous qui rebondissez là-dessus maintenant pour organiser vot' plan ! Vous n'avez pas honte, vous ! Pire que tonton Crocs de Tartre lorsqu'il avait voulu arnaquer une bande de lapins-nains psychotiques…
- Hum, vous, ça va comme ça, je crois avoir saisi, l'interrompit le jeune enseignant. Dis à ton pilote qu'il arrête de jouer au planeur et toi, remets-moi cette sono en marche ! Nous n'avons plus que quelques mètres à faire, en avant ! "
Loup renfonça son bonnet au maximum sur ses oreilles duveteuses en écrasant un juron. Archibald Bellérophon était intenable ! Il fallait avoir vu comment il avait surgi du bois au détour d'un fourré, pour se présenter à son père en immobilisant net leur convoi. Tout cela avait failli mal tourner avant même d'être commencé. La famille de Loup n'avait que modérément apprécié ce que le professeur de l'héritier de la dynastie leur avait fait subir, à eux, mais surtout à leur trésor de guerre. Ce n'était déjà pas facile de négocier avec des habitants du monde d'origine de ce Bellérophon alors qu'ils vous prenaient pour des bêtes sauvages, mais si en plus vous vous retrouviez dépossédés de votre moyen de négociation numéro 1, à quoi bon ?
Archibald leur avait causé bien des soucis pour être poli, et il n'avait pas été surpris pour sa part de voir pointé sur lui une bonne dizaine de pétoires toutes plus grosses les unes que les autres. Les membres du ga…, ou plutôt de la meute, l'avaient ainsi gardé en joue de longs instants, la queue dressée, grognant. S'ils avaient décidé d'accompagner Loup jusqu'à la Tour du Savoir Secret Salvateur, ce n'était pas pour se venger de son professeur ou bien même vérifier qu'il ne sèche pas son premier jour de rentrée, mais bien pour assurer sa protection, face à la menace représentée par Lord Funkadelistic. Et cela, l'élève de deuxième année de la Faculté des Sciences Humaines avait bien du mal à l'admettre, à s'en mordre la queue. Une fois qu'Archibald eut compris cela, il en joua plutôt habilement, à la grande honte de son étudiant. Après avoir fait remarquer à son paternel qu'il avait sauvé la vie de sa progéniture et surtout, après l'avoir informé de ce qu'il avait appris de la bouche de la fée Lacyon sur ses activités extra-scolaires, le chef de la meute s'était retrouvé avec une nouvelle dette imprévue sur la croupe, d'honneur, celle-là. Et c'était à grand peine que ses loups de patte avaient rangé leur artillerie pour l'empêcher de se couper sur le champ une patte pour s'en acquitter. S'en était suivi palabres et discours divers mais tous très pompeux sur le respect des valeurs et le code d'honneur de la famille, tant et si bien que Loup avait opté pour son casque.
Archibald avait alors expliqué comment il avait perdu son chemin à travers la forêt, et combien il serait aimable qu'il puisse leur tenir compagnie jusqu'à la Tour. Rien de mieux qu'une rencontre parents-professeurs improvisée pour faire disparaître les a-priori avait-il décrété. Loup avait été satisfait jusqu'à cet instant de constater que son professeur ne l'avait apparemment pas remarqué, mais le clin d'œil qu'il lui adressa une fois l'affaire rondement menée signifiait le contraire. Toute personne normalement constituée, humain ou animal merveilleux, détestait être amenée par ses parents jusqu'à l'entrée de son école, et surtout être vue avec eux. Alors, imaginez, avec toute une meute en déplacement… Et un enseignant en sus ! Mais pire que tout, Archibald l'avait surpris à bord de cet hélicoptère de poche. Son père avait usé d'une partie de ce qu'il restait de la fortune familiale pour acheter cette maquette au 1/3 d'un hélicoptère de combat Blackhawk. Puis Loup avait vu toutes ses affaires pour l'année être entassées à l'intérieur, son cousin prendre les commandes de l'engin dont les radiocommandes avaient été modifiées comme on fait démarrer une voiture sans clé de contact et il avait dû finalement monter à bord lui aussi, tout penaud.
Tout cela parce que son père ne voulait prendre aucun risque en le mêlant à la foule de la famille ! Comme s'il n'était pas une aussi jolie cible en plein ciel ! Malgré cela, il avait tout de même pu négocier un atterrissage à proximité de la Tour, de façon à ne pas être vu. Jusqu'à ce qu'Archibald soit intervenu… Depuis cet instant, Loup n'avait pas cessé d'être aux platines tout en tournoyant autour de leur troupe en expédition, inondant la Forêt des Rêves Multicolores de mixes improbables de hits des 80's parmi les plus goulûment kitschs qui fussent, entre deux rugissements des pales de l'hélicoptère : Wake me up when you Go-Go de Wham, Beat It de Michael Jackson ou encore Relax de Frankie Goes to Hollywood. Il y avait de quoi être mortifié, et si Loup avait eu ce mot à disposition dans son vocabulaire, nul doute qu'il l'aurait employé.
A côté de lui, sur le siège du pilote, Lycos Brown était bien loin de ces considérations-là.
" Ah, cousin, sérieux, je m'y perds ! Entre ce poste de commande et tes tables de mixage, y a comme qui dirait trop de boutons qui clignotent de partout !
- Oh, oublie-moi, c'est pas ma faute ! Terre à Licky : le responsable de tout cela, c'est mon prof ! Comme si faire du bruit pouvait suffire à éloigner quelqu'un comme l'Ennemi… A part faire déguerpir les hérissons ou les pinsons… Mon matos aurait dû rester dans la soute !
- Ah oui ? Terre à Loup : je le sais bien, c'est pas ce qui m'empêchera de me plaindre !
- Terre à Supercopter ! Fallait penser à débrancher ton talkie-walkie ! trancha une troisième voix.
- Manquait plus que ça…, fit Loup en sentant sa truffe s'assécher. Est-ce qu'on ne pourrait pas arrêter avec cette histoire de Terre à … ?
- Terre à Loup : c'est toi qui a commencé ! se permit de plaisanter une dernière fois Archibald. Et puis, ce n'est pas vraiment la Terre qui t'appelle, tu sais…
- Oui, j'l'avais compris, ça ! Quand je pense qu'on aurait pu faire le remake du clip de California Love de 2Pac et qu'on doit supporter du George Michael… "
Quelle pénible existence. D'autant plus dure lorsque l'on conservait tout un dossier dans le bureau de son agence Loup & Associés, enquêtes en tous genres, à propos de la mort controversée dudit 2Pac. C'était le Kennedy de Loup.
" Bon, assez ri, vous m'avez vu les visages congestionnés de tous ces gens ! On croirait qu'ils vous croisent un Samedi soir dans un endroit pas clair…
- C'est sans doute à cause de vot' musique, m'sieur…, glissa Loup.
- Ton père n'a rien contre, ma foi !
- Arrêtez de toujours parler de p'pa comme ça, ça devient gênant ! S'il a flashé sur vos combines, rêvez pas, c'est à cause de vot' Armani Jeans…
- Hem, c'est peut-être aussi ma grosse épée, proposa le jeune homme en passant négligemment une main dans son dos pour caresser la garde de l'Epée de la Chimère.
- En tous cas, c'est pas le chandail tricoté par vot'mère qui lui a donné envie, se permit Loup, bien à l'abri dans les hauteurs.
- Du calme, on ne critique pas ma tenue, là-haut ! Et puis, ma mère a joliment brodé les armoiries de la famille, alors… Fin de communication. "
Lycos eut un rictus aussi joyeux que s'il avait eu un gigot sous les yeux.
" Bien joué, right here ! Tu lui as fermé son clapet ! "
Impossible de se taper dans la patte cependant.
" Coupe le son ! Objet Volant Non Identifié en vue !
- Qu'est-ce que tu me racontes là ? intervint à nouveau Archibald alors qu'ils passaient tous ensemble les portes fictives du domaine de la Tour. N'est-ce pas plutôt un OFSC ?
- Un… Quoi donc ?
- Un Objet Féerique Sans Culotte, vous devez bien comprendre de qui je parle, tous les deux…
- Damnit, il n'a pas tardé à prendre sa revanche, conclut Licky.
- Non m'sieur, réfuta Loup sans l'écouter. Ce n'était pas la fée, et ça a disparu de notre champ de vision.
- Mince, pas le temps de lancer le moindre petit missile, se désola le jeune homme, pince-sans-rire. Très bien, dans ce cas, atterrissez, nous sommes arrivés à destination, les enfants ! "
Loup manqua une fois de plus de s'étrangler, mais ce n'était pas loin d'être une constante aujourd'hui. Aucune mère-grand, même la plus avariée ne pouvait avoir plus mauvais goût que les blagues d'Archibald Bellérophon. D'un mouvement de patte, il indiqua les nouvelles directives à son cousin qui n'avait rien suivi. Plus bas, les pieds solidement ancrés sur le sol, Archibald affrontait les premiers remous de la colère du Doyen, en petit comité. Les autres enseignants s'étaient dispersés sur les pelouses, non pas par crainte d'essuyer les plâtres, mais tout simplement pour poursuivre l'accueil des élèves. Sitôt la menace d'une attaque de Lord Funkadelistic écartée, la tension du vieux sorcier s'était tout de même relâchée quelque peu, et il avait exigé que les professeurs n'attendent pas plus pour aller accueillir les élèves plus avant. Autant parce que c'était l'heure et parce qu'ils n'avaient pas à assister à ce qui allait suivre… Le spectacle d'une meute de loups, l'être qui terrifiait par nature la moitié des autres créatures des contes, en goguette, encadrant de tous côtés un Archibald Bellérophon sourire aux lèvres avait quelque chose de suffisamment surprenant et totalement inapproprié pour une rentrée des classes, qui se voulait tout ce qu'il y avait de plus banale, même en Terre de Féerie.
Bien entendu, il y avait eu un petit groupe d'élèves pour se retrouver malgré ces précautions esseulés et se précipiter en direction des nouveaux venus.
" Ah, regardez bien comme ma popularité est grande ! commentait le jeune homme autour de lui en observant ces étudiants qui se jetaient bras tendus vers lui, sans se soucier de sa garde lupine. Je suis bien content que l'on soit reconnaissant de ce que j'ai pu faire pour cette faculté, ajouta-t-il avec contentement. Venez les enfants, venez, je suis là ! " s'enflamma-t-il avec une emphase ostentatoire au possible.
Il baissa légèrement la tête tout en se grattant les cheveux, comme pour se donner une contenance modeste avant de recevoir ces embrassades qu'il pensait largement méritées de toute façon. Mais… On lui passa devant sans lui adresser le moindre coup d'œil… Contenant cette première déception, Archibald se dit alors que les élèves avaient dû être mus par la curiosité… Loup lui-même était surpris. Ce n'était pas la raison susnommée. Derrière leur petite troupe, un autre retardataire arrivait seulement maintenant. Archibald se retourna à demi lorsqu'il entendit glousser la demi-douzaine de jeunes filles de races diverses qu'il avait cru lui être destinée. Elles s'étaient agglutinées comme des mouches sur un pot de miel, emprisonnant le nouveau venu.
" Qui est-ce donc ? demanda-t-il en découvrant un garçon qui semblait de quelques années son cadet, un blondinet fluet qui n'avait cependant rien à voir avec le Prince Charmant. Il paraissait de fait beaucoup plus gentil, avec ses livres de classe sous le bras, et surtout très gêné par cette démonstration de sympathie que le Doyen régula soudainement en se grattant la gorge tel un vieillard qui aurait oublié d'acheter son vaccin pour la grippe… Et le nouveau venu de se joindre à eux et pour de bon droit sur Archibald, lui tendant une main amicale.
" Bonjour, monsieur Bellérophon, je m'appelle Derek, je suis le nouveau professeur d'Elévation Spirituelle. Je suis ravi de vous rencontrer ! Je suis votre plus grand fan ! " précisa-t-il avec un beau sourire juvénile.
- Mer… Merci ! " répondit celui-ci.
Il avait déjà à faire volte-face pour répondre au Doyen qui les avaient entraînés au pied de l'Escalier, face à un Archibald pour le moins circonspect. Qui était ce fringuant et déjà populaire professeur qui rejoignait les rangs de la faculté ?
" J'attends, piaffait le Doyen, expliquez-vous ! Qu'est-ce que c'est que ce défilé ? Et retenez-moi le chef de cette meute ! Enfin, JR, vous n'allez pas vous couper une patte à tout bout de champ ! "
Le vieux sorcier connaissait bien le père de Loup pour l'avoir lui-même eu comme élève de son temps. JR n'était pas un mauvais bougre, mais il était par contre très émotif. Pour l'instant, il lui fallait trois de ses compatriotes pour le retenir à nouveau. Pour la simple raison qu'il tenait à payer pour le dérangement occasionné à la Tour. Il avait agi parfaitement consciemment, sa progéniture passant avant toute autre chose, comme n'importe quel père digne de ce nom l'aurait fait.
" Chef, faîtes pas ça, chef !
- Reprenez-vous, chef !
- Allons, c'est pas si grave, chef ! "
Mais aussi de poignants :
" P'pa, tu me fiches la tehon ! "
Le Doyen préférait encore écouter les palabres de Bellérophon.
" Un défilé ? Mais pas du tout. C'était mon premier cours de l'année, au contraire, ou plutôt, un cours particulier sur l'évolution musicale des goûts d'une certaine catégorie de population au cours des années 80 jusqu'à la transition post-yuppie des…
- Oh, ne commencez pas à me compliquer les choses, suffit ! Vous vous expliquerez plus tard, en avant !
- Très bien, vénéré Doyen ! "
Le jeune homme aurait cru être le seul à sourire. Il avait cru demander à Loup de renchérir et de clore son entrée spectaculaire par une suite de scratches effrénés se basant sur le riff étourdissant de One I Love de Coldplay. Après tout, ne lui avait-il pas demandé de passer une version remixée de In the Jungle de The Vines * tout en pilotant le biplan qui le ramenait à la Tour une fois son épée récupérée ? Là encore, ça n'était pourtant pas le bon moment.
Mais ce n'était pas le cas.
" Ah ? Qu'y a-t-il ? Je vous étonne ? Vous me trouvez trop calme ? Alors laissez-moi vous dire une chose, il faudra plus que ça, pointa-t-il du doigt la colonne des loups pour nous impressionner cette année. Vos vantardises sont terminées, Bellérophon ! Cette année, vos élèves vont connaître de nouvelles disciplines, et pas des moindres ! J'ai recruté des professeurs bien plus méritants que vous. "
Il s'écarta, et les pans de sa toge avec lui, fort théâtral.
" Je vous présente… Robin des Bois, et Peter Pan… Et vous connaissez déjà Derek… ", précisa-t-il en indiquant de son menton de bouquetin en rut le prétendu fan d'Archibald Bellérophon.

* L'auteur vous le confirme : relisez donc cette introduction à la saison 2 en écoutant ce morceau en même temps !

Opening > Chapitre 01 > Chapitre 02

Nom et Prénom :
Adresse E-Mail :
Commentaire / Critique :