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Auteurs, E-mail : Gillossen
Numéro ICQ : 72496479
Dernière Mise à jour : 12/04/2002

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Is this the end, my friend...

Chapitre 18 > Épilogue [PDF]

out au bout du compartiment, assis sur la banquette en forme de fer à cheval coupée en deux en son centre pour laisser le passage libre jusqu'à l'entrée arrière du tramway, se trouvaient serrés l'un contre l'autre la jeune fille et le dénommé Brandon… Ce qui fit immédiatement tiquer - pour ne pas dire plus - notre héros consistait en l'allure du nouveau venu, en tous les cas pour lui. Il devait avoir trente ans ! Dans un sobre costume deux pièces, sans une trace de pellicule sur les épaules, le bronzage impeccable, un attaché-caisse d'un noir mat à la main, on aurait dit une version édulcoré de Patrick Bateman, le héros de American Psycho, roman de Brett Easton Ellis. En tous les cas, il devait avoir souscrit une assurance pour son sourire, garanti éblouissant en toutes circonstances. Il tendit à Archibald une main ferme que le jeune homme serra machinalement et entama son speech d'une voix parfaitement assurée. Même le Prince Charmant était moins intolérable !
" Ravi de vous rencontrer Archibald. Kate m'a dit que vous êtes des connaissances… Vous ne vous êtes pas vus depuis longtemps à ce que je sais, ça doit vous faire plaisir…"
Des connaissances ? l'interrogea-t-il du regard, tentant de dissimuler son étonnement croissant, sans parler de son écœurement. Des connaissances ? C'était tout ce qu'ils étaient l'un pour l'autre à présent ! Voilà comment elle l'avait présenté ?
" Moi de même, finit-il par lui répondre d'une voix enrouée, éprouvant bien du mal à le regarder en face. Vous… Vous travaillez dans… ", essaya-t-il, sans parvenir à ajouter quoi que ce soit.
Heureusement, une stridente sonnerie de téléphone portable vint le sortir de l'embarras.
" Oh, excusez-moi une seconde, fit Brandon, avec un chaleureux sourire, exhibant de sa veste un téléphone Nokia qui avait l'air d'être parmi les plus récents modèles haut de gamme. Quand les sirènes du boulot vous appellent… Allo ? "
Archibald le catalogua immédiatement, avec une mauvaise foi certaine, dans la famille des gens avec qui vous ne pouvez mener une conversation normale que durant 48 secondes et 57 centièmes. A ce moment-là, immanquablement, leur téléphone sonnait, et c'était parti pour une interruption à la durée beaucoup moins quantifiable et quantifiée. Ce coup de fil semblait en tous cas lui donner raison, car Brandon semblait en avoir pour un certain temps avant de pouvoir raccrocher. Il décida même de se lever pour s'isoler de l'autre côté de la porte, là où Kate s'était tenue pour aider le jeune homme à monter. A la rejoindre, avait-il cru…
Archibald en profita pour lui parler plus librement. Assise en face de lui, emmitouflée dans son manteau sombre et avec une écharpe de laine rouge autour du cou qui lui mangeait le menton, elle paraissait pourtant des plus indisposées à discuter, mais cela ne le découragea pas… Après tout, il en avait déjà vu beaucoup depuis qu'il s'était réveillé, alors maintenant, il se tenait prêt à tout. Mais cette nouvelle avait été la goutte d'eau qui fait déborder le vase… Sa bonhomie avait tout de même des limites.
" Qu'est-ce que c'est que ça, Kate ? chuchota-t-il d'une voix qui ne masquait pas tout à fait ses accents de colère et d'incompréhension.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? répliqua-t-elle sur la défensive.
- Depuis… Depuis quand sors-tu avec ce type ?
- En quoi est-ce que cela te regarde ?
- Tu plaisantes ?
- Et toi, c'est pour plaisanter que tu as disparu pendant six mois ? le gifla-t-elle de ses mots. Six mois, Archibald ! répéta-t-elle alors qu'il demeurait sans rien dire. Six mois ! Je t'ai cherché partout où je le pouvais ! Tu es parti du jour au lendemain, et tu reviens comme une fleur ! Tu t'attendais à quoi en te comportant ainsi ?
- Mais… Mais je… Tu ne te souviens de rien ? se décida-t-il à demander, tentant le tout pour le tout. Après tout, son rêve n'en était peut-être pas un visiblement…
- Me souvenir de quoi ? De tes absences ? De mes pleurs ? De mes nuits sans sommeil ?
- Mais non ! Je ne sais pas moi, du Pays des Contes, du zeppelin, de notre saut de l'ange, de la Faculté, du Doyen de la fée Lacyon…
- La fella…, hoqueta la jeune fille en écarquillant ses beaux yeux clairs. Ma parole, soi tu as perdu l'esprit, soit tu es encore plus méchant que j'en étais venu à le penser ! Cesse tout de suite tes bêtises ou…
- Enfin, ce n'est pas ça que je voulais dire ! Tu ne te souviens donc de rien de ce qui t'est arrivée…, soupira Archibald, recevant un nouveau coup au cœur.
- Je ne me souviens que de ton départ sans explication…
- Nous ne sommes pas mariés…, maugréa le jeune homme, se laissant dominer par sa frustration.
- Exactement ! rebondit Kate. Et c'est bien pour cela que je n'ai aucun compte à te rendre ! appuya-t-elle ses paroles avec un long regard pour Brandon, de l'autre côté de la vitre, toujours le téléphone collé à l'oreille. Cet imbécile heureux lui fit un signe de la main en lui dédiant un large sourire.
- Combien de temps ? répéta obstinément Archibald, rageant contre lui-même de réagir comme il le faisait à présent, mais sans être capable de s'en empêcher.
- Deux mois et demi… Tu es satisfait ?
- A ton avis ?
- Cela ne m'intéresse pas…
- Mais qu'est-ce que tu lui trouves ! explosa le jeune homme en chuchotements rauques, manquant de se lever de son siège, bouillant intérieurement. Il a au moins trente ans ! C'est du détournement de mineur à ce train-là !
- Trente et un, corrigea Kate, lasse.
- Oh, j'en suis fort aise ! fit avec aigreur Archibald. Et je suis sûr qu'il a une très bonne situation, qu'il roule en Mercedes
- En Audi A6, si tu veux tout savoir, et il travaille dans le commerce international ! Mais cela n'a aucune importance ! Ecoute Archibald, tu sais bien que je ne suis pas le genre de filles à courir après les hommes qui ont de l'argent ou de l'influence, ou sinon, je n'aurais pas…, ne termina-t-elle pas sa phrase, déjà lourde de sens et d'un certain mépris… Alors, ne complique pas un peu plus les choses… Tout va bien avec Brandon. Et je ne veux pas tout gâcher maintenant.
- Qu'est-ce qu'il a de plus que moi ?
- Qu'est-ce que c'est que cette question stupide ? Je suis bien avec Brandon, c'est tout. Il est là pour moi… Pourquoi ne veux-tu pas comprendre ? Est-ce que tu ne veux pas admettre que je puisse avoir droit à une histoire comme tout le monde, normale ? haussa-t-elle le ton à son tour.
- Mais… Peut-être parce que tu vaux mieux que cela, mieux qu'une histoire normale. Banale… ", rétorqua le jeune homme d'une voix blême, les prunelles enflammées, après un long silence.
La jeune fille le regarda sans mot dire, les lèvres pincées, les yeux aux reflets durs. Tout à coup, Archibald sursauta, tandis que le tramway ralentissait. On arrivait en vue de la faculté… C'était son arrêt. Brandon franchit la porte pour laisser les gens se lever et se préparer à descendre, revenant s'asseoir. Kate pouvait se permettre d'attendre l'arrêt suivant, et elle ne s'en priverait évidemment pas. La voix désincarnée du tramway, presqu'aussi atone que celle de Kate, résonna à ses oreilles.
" Arrêt, Université John Ronald Reuel Tolkien. Prière de dégager les portes. "
Ce n'est pas moi…, fit Archibald sans laisser échapper un son, la jeune fille devant lire sur ses lèvres, alors qu'il descendait sans plus la saluer, elle ou son petit ami. Je sais ce que vous devez penser, chers lecteurs. Pour avancer un pareil argument, il faut être certainement proche du désespoir. Mais il faut également être très, très amoureux, et c'était bel et bien le cas du jeune homme qui aurait dû s'en apercevoir plus tôt… Archibald se retrouva donc seul, devant les grilles de sa faculté de toujours, dont les hauts murs de pierres grises à demi rongées par le lierre happaient les étudiants en effervescence par centaines. Le vénérable établissement était depuis toujours le plus renommé de la ville, et son nouveau nom de baptême n'avait fait qu'attirer encore plus les foules, bien évidemment…
Pas plus alerte qu'un zombie, le jeune homme s'avança machinalement vers le large perron après avoir franchi la place à fontaine le précédant, grimpa les marches, laissa l'un des lourds battants de chêne s'ouvrir automatiquement devant lui… L'architecture néo-gothique de l'université J.R.R Tolkien n'empêchait pas un certain modernisme, contrairement à ce que l'on trouvait dans des établissements comme l'Université Miskatonic d'Arkham, qu'il avait eu l'occasion de visiter. Après tout, autant prendre le meilleur de chaque camp. C'était aussi pour cela que l'intérieur des bâtiments était tout en marbre, moulures et boiseries des plus luxueuses, si bien qu'on se serait parfois plus cru dans le hall ou les salons d'un hôtel 5 étoiles que dans un lieu d'études… Constat que certains étudiants n'avaient d'ailleurs pas tardé à mettre en pratique en passant plus de temps dans les couloirs, le service de restauration ou les bibliothèques que dans les salles de cours, et ce d'autant plus aisément que le cadre était des plus propices au repos, un îlot de verdure au cœur de la ville… Archibald préféra ne pas s'étendre en pensées là-dessus, sachant bien à quelles conclusions il pourrait parvenir. Après tout, lui aussi… Bref. Il avait mieux à faire ! Trouver sa salle d'examen par exemple. Il croisa quelques têtes connues au détour des couloirs qui sentaient encore les produits d'entretien, mais eut droit en retour à des regards surpris, ou intrigués. Lorsque l'on ne vous avait pas vu depuis six mois, il ne fallait pas s'attendre à autre chose.
De toute manière, Archibald n'en avait que faire. Il avait bien d'autres soucis en tête que de savoir ce que pouvait penser à son égard tel ou telle de ses camarades. Repérant le tableau voulu, il mit la main sur le numéro de salle dont il avait besoin, ainsi que sur l'épreuve. Oh, oh, cela ne risquait pas d'être facile… Mais cela ne pouvait tout de même pas être pire quoi qu'il arrive que ce qu'il venait de traverser ! S'il ne s'était agi que de la rue… Mais Kate ! Voilà ce que c'était, de s'absenter six mois ! Il ne comprenait pas pourquoi la jeune fille ne se souvenait de rien ! Après tout, puisque lui en avait jusqu'à la moindre trace conservée intacte dans son cerveau, pourquoi pas Kate ? Même son enlèvement semblait lui être sorti de la tête !
Le jeune homme avait entendu dire que certains traumatismes trop importants pour être endurés par leurs victimes étaient oubliés par l'inconscient. Evidemment, tout ce que Kate avait vécu pouvait être rangé dans cette catégorie… Et elle avait dû connaître ce Brandon avant son kidnapping, si bien qu'en retournant dans leur monde, elle croyait être toujours avec lui ! Son absence à elle ayant été beaucoup plus courte, l'autre n'avait pas dû se formaliser de ne plus la voir de quelques temps. Il n'y avait peut-être pas à aller chercher plus loin. Comme il n'avait pas à se rendre bien loin pour trouver sa salle… Il ne pouvait plus rien lui arriver de pire ! Entre cette absence de six mois alors qu'il lui avait paru de son côté ne pas en dépasser un, cette descente de lit au moment le plus inopportun, cette course-poursuite avec le tramway dans les rues, et cette rencontre avec Kate… Que le sujet ne lui dise rien et qu'il soit contraint de rendre feuille blanche, il s'y préparait déjà.
Il franchit la porte à double-battant à peine une minute avant que la cloche ne retentisse, et posa ses fesses sur le siège en parfaite harmonie avec celles-ci. Voilà au moins un réflexe qu'il n'avait pas perdu ! Les copies attendaient… Les professeurs, tout à fait humains ceux-là, étaient déjà présents, se partageant l'estrade de cet amphithéâtre au confort bien plus spartiate que les couloirs. A la craie blanche, avait été écrit sur le tableau les diverses consignes à respecter : pas de portables, pas de sacs, pas de chinois à emporter… Cinq heures de diète sur tous les plans, ça ne serait pas aisé. Les autres étudiants, déjà la tête penchée sur leurs copies, avaient pour la plupart visiblement déjà pris leurs œillères. Ils étaient environ trois cents disposés à travers tout l'hémicycle. Cette épreuve s'annonçait d'ores et déjà particulièrement longue à endurer… Enfin, cela devrait lui laisser par contre largement le temps de ruminer ses sinistres pensées du moment. Car il n'avait certainement rien à espérer du sujet. Il lui était déjà arrivé de manquer six jours, mais six mois…
" Très bien, chers étudiants, mesdemoiselles et messieurs ! fit le professeur Lepage, un grand bonhomme efflanqué qui devait avoir plus de quarante ans et ne parvenait toujours pas à faire mieux que d'être chargé des Travaux Dirigés. Nous allons vous distribuer les sujets ! Bien entendu, pas un bruit à partir de maintenant. Vous devez attendre au moins une heure avant de décider de partir. Ou d'abandonner devrais-je plutôt dire dans ce cas, précisa-t-il avec un mince sourire qui n'avait rien d'amical. Je compte sur votre coopération et vous souhaite bonne chance !
- Bonne chance à tous ! " ajoutèrent en chœur ses trois collègues, qu'Archibald n'avait encore jamais vus, ce qui n'était pas pour le rassurer sur ses chances de parvenir à éviter le zéro éliminatoire. Si même les professeurs ne lui disaient plus rien, qu'est-ce que cela pouvait être de leurs cours !
Les quatre subordonnés à la surveillance s'éparpillèrent à travers la salle, selon un parcours bien précis qui ne pouvait être dévié, répandant de part et d'autre de l'amphithéâtre leur feuille plus terrible que des lettres de cachet. D'ailleurs, en prévision de ce qui l'attendait selon lui, le jeune homme se contenta de grommeler quelques syllabes indistinctes, se refusant en tous les cas à dire merci. Ne voulant pas regarder encore l'intitulé du sujet, il se contenta de lever la tête vers ses compagnons de bagne. Il valait mieux profiter de cela, car ce serait sans doute la dernière fois qu'il pourrait lever la tête sans attirer sur lui les soupçons les plus divers… C'était une vue édifiante. Beaucoup tombèrent à la lecture de l'énoncé, les pertes des effectifs devaient à vue d'œil atteindre le cinquième des étudiants. Quel gâchis, si jeunes ! Décidément, Archibald était d'humeur bien morbide pour son retour dans le "vrai " monde… Si seulement il avait pu rapporter l'un des Objets Magiques avec lui, l'un ou l'autre aurait peut-être pu lui être utile… Voilà qu'il se mettait à divaguer !
Il n'avait aucune chance que cela se produise. Si, encore une fois, ce dont il avait rêvé n'était pas un simple songe, il était rentré chez lui les mains vides, et juste au moment où… Mais ce n'était peut-être pas la peine de penser à ça maintenant. Sans même avoir le bout des doigts qui tremblent, il retourna la feuille, et découvrit finalement quel serait le sujet sur lequel il devrait travailler… Hum… Non, pas travailler… C'était bel et bien couru d'avance. Comment pouvait-il traiter une dissertation sur les invasions Hittites et leurs conséquences commerciales en Mésopotamie du sud ? Qu'est-ce que c'était que cette plaisanterie ? Sa mémoire était tellement amoindrie par les évènements du Monde des Contes qu'il ne se souvenait même pas s'être inscrit à un cours traitant de tout cela… Son cas était désespéré… Perdu pour perdu, avec tout de même une petite flamme de fierté bien peu disposée à rendre les armes devant les troupes véhémentes de l'ignorance, il se lança bille en tête dans un brouillon, chose qu'il ne faisait jamais d'habitude. Mais il fallait bien donner l'impression de réfléchir, et pas meilleur moyen pour cela que de noircir du papier sans interruption !
Si seulement cela avait été le jour des épreuves optionnelles, telle que la littérature Fantasy ! Ah ! Même sans notes et révisions, il aurait très bien pu livrer une composition de bonne facture ! Alors que là, elle allait être sacrément salée… Archibald en était au stade de se gratter la tête avec son capuchon de stylo, mais cette tentative plus ou moins conscience d'irrigation du cerveau ne semblait pas parvenir à grand chose… Il s'aperçut alors avec désarroi qu'il n'avait ni bouteille d'eau, ni provisions pour tenir jusqu'au bout de l'épreuve, tandis que certains paraissaient vouloir se construire des murailles de coupe-faims et de gobelets plastiques vides arrachés aux distributeurs… En fin de compte, qu'il n'ait rien de trop à écrire n'était peut-être pas plus mal, cela lui éviterait au moins de s'évanouir pour avoir trop sollicité ses capacités mentales sans avoir les réserves nécessaires… Quoique… Mais bon, un peu plus ou un peu moins dans son cas, cela n'avait plus vraiment d'importance en ce jour.
Le jeune homme leva le nez en direction des professeurs, dont deux patrouillaient de rangs en rangs, pendant que les deux autres se contentaient de discuter attablés au bureau, en échangeant sourires et coups d'œil en direction de l'hémicycle, ce qui n'est jamais très agréable pour un étudiant en plein travail. On a toujours l'impression d'être pris pour un imbécile ou un cochon bientôt saigné, et vous conviendrez qu'il n'est jamais agréable de s'imaginer transformé en jambon, même pour un amateur de charcuterie… Ce fut à cet instant, pendant cette douloureuse et pathétique inspection de la tournure des évènements, qu'Archibald sursauta, bien qu'il eut entendu quelque chose de bien plus plaisant pour le coup.
Bellérophon est revenu, tiens… Il a toujours d'aussi jolies petites f…
La décence retient ma main de compléter cette réflexion cher lecteur. Qu'est-ce que c'était encore que cela ! eut-il l'impression de penser pour la dixième fois de la journée. Qui avait donc pu chuchoter de telles paroles ? Pour qu'elles parviennent jusqu'à ses oreilles, devenues rouge vif, il fallait que la jeune fille - c'était une voix féminine - se soit exprimée drôlement fort en de pareilles circonstances, surtout qu'il n'y avait personne à proximité, ni devant, ni derrière, ni à droite, ni à gauche ! Etouffant un raclement de gorge, et n'ayant rien de mieux à faire pour le moment, le jeune homme tourna discrètement la tête en arrière, degré par degré, tout en conservant un œil sur sa feuille où il n'avait rien trouvé de mieux à faire que de rédiger la liste de ses prochaines courses, ce qui impliquait une certaine gymnastique oculaire… Trois rangs derrière lui, il y avait bien trois filles installées sur les bancs et possibles " coupables "… Il croisa le regard de l'une d'elle, qui aussitôt baissa la tête en rougissant ! Ca devait être elle !
Ah, mince, il a fallu qu'il me voie ! Tu es trop bête, Chloé, remets-toi donc au travail !
Archibald sursauta cette fois comme s'il avait mis les doigts là où il ne fallait pas... Je fais ici allusion à une prise électrique, entendons-nous bien, esprits pervers et corrompus ! Il était certain de ne pas avoir vu ses lèvres bouger, et elle était décidément trop loin de lui pour qu'il l'entende avec une telle netteté ! Est-ce que… Est-ce que… Est-ce qu'il l'avait entendu penser ? se dit-il avec incrédulité. C'était la seule solution pourtant qui lui apparaissait plausible, bien que particulièrement farfelue, ce qui allait de soit… On pourrait considérer d'une moue critique que le jeune homme en venait à cette conclusion bien rapidement et avec philosophie, mais rien n'aurait pu l'étonner à présent, à moins évidemment de l'annonce d'un bon film avec Kevin Costner dans la distribution…
" Attention, vous ! fit une voix, bien réelle celle-là. Retournez-vous, si vous ne voulez pas être rayé des listes ! "
Quelques têtes se relevèrent, mais c'était bien Archibald qui était interpellé depuis l'autre bout de la salle, par l'une des magisters de l'endroit, une vieille dame à la mine sévère, et aux lunettes d'écaille qui lui mangeaient le visage, qu'elle avait fort ridé de toute façon et ne valait sûrement pas la peine d'une description approfondie, encore moins ici et maintenant. Ah, décidément, il était parti pour réussir le grand Chelem des ennuis en tous genres ce matin ! Sa situation avait été trop belle pour être vraie ! Il ne lui manquait plus qu'une panne de stylo. Il avait déjà celle d'inspiration…
Quel jeune sot ! Et ça passe son temps à rêvasser au lieu d'étudier, et voilà le résultat ! Je suis sûre qu'il n'a pas écrit encore une ligne correcte !
Le jeune homme frémit en comprenant qu'il était maintenant en train de lire les pensées de la vieille peau ! Elles s'annonçaient bien moins agréables que celles de la petite Chloé, une fille de sa promotion qu'il ne connaissait pas à dire vrai en dehors de son prénom qui lui était revenu après l'avoir entendu, mais dont il n'aurait pas de mal à se souvenir étant donné son penchant pour lui, et ses fesses surtout… Si seulement il n'avait pas été blessé, se dit-il en portant machinalement la main à son unique souvenir de Lord Funkadelistic, au pansement toujours présent. Après tout, il n'en méritait pas mieux, autant pour lui.
Oh, non, pas ça, je vais craquer…, fit alors son amoureuse secrète en gémissant intérieurement… Les deux mains d'Archibald réapparurent sur son bureau comme s'il avait touché un fer à repasser brûlant, et il se tortillait sur son siège. La température devenait trop chaude pour lui… Et il ne voulait pas condamner la pauvre petite et lui faire rater son examen, tout ça pour s'être tripoté en public… D'autant que cela ne lui arrivait jamais d'ordinaire, bien sûr, en tous cas, pas à la vue de tous, et pas de ce côté-là ! Mieux valait encore se rabattre sur les divagations de la vieille morue pour se refroidir les esprits. Evidemment, elle était encore occupée en fulminer contre lui, ce qui démontrait une fois de plus que les professeurs disposent d'un certain temps libre bien mal géré.
Il ne sait même pas quoi faire de ses mains ! Ah, pour assister à un cours sur deux ou parasiter la cafétéria, il y a du monde ! Mais il va être bien puni, comme les autres ! Cette bande de cloportes ! Ah, de mon temps, pas un n'aurait été accepté en études supérieures, moi je vous le dis ! Si ce n'est pas malheureux d'être de tellement mauvaise volonté, c'est un sujet si simple ! Il y a juste à savoir qu'il faut commencer par…
A mesure qu'il écoutait soudainement avec avidité ses pensées, le jeune homme gratifiait ce professeur aigri d'un sourire radieux aux confins de la bêtise… Sans même le soupçonner, l'autre était en train de lui expliquer tout ce qui lui fallait pour décrocher la note maximale à cette épreuve !
Et il suffit évidemment d'éviter le piège de se lancer dans une étude comparative de la cavalerie légère hittite avec leurs homologues…
Trop de bonheur ! Archibald affichait une stupidité sans nom sur les moindres traits de son visage, d'un pli faussement réfléchi sur le front à la fossette de son menton, mais il n'en avait cure ! Il n'avait plus qu'à écouter et prendre des notes ! Evidemment, le jeune homme se garda bien de sembler tout à coup être en proie à une inspiration géniale, histoire de ne pas cesser trop vite d'agacer et retenir l'attention de ladite prof. Au contraire, il s'ingéniait à avoir l'air tour à tour perdu ou désintéressé, perplexe ou hagard. Des expressions faciales qu'il maîtrisait sur le bout des doigts ou plutôt du nez par la grâce des vertus du chanvre… Pour une fois. A mesure qu'il se rendait insupportable sous les yeux de cette surveillante, celle-ci ne pouvait s'empêcher de débiter de A à Z ce qu'elle était certaine qu'il ne saurait jamais faire !
Au bout de quatre heures et trente et une minutes très exactement, Archibald en avait terminé, remerciant muettement à chaque seconde sa bienfaitrice qui s'ignorait elle-même. Il se relut bien plus consciencieusement qu'il ne l'avait supposé de prime abord - chose logique quand on pense rendre une copie vierge - tassa ses feuilles, plia en quatre ses pages de brouillon multicolores, et se leva, au grand étonnement de beaucoup. Bien entendu, certains avaient déjà jeté l'éponge, estimant qu'il était toujours plus utile d'aller réviser pour la suite que d'attendre jusqu'au bout pour rien, mais la majorité des élèves était encore en train de peiner avec toutes les douleurs du monde. Le jeune homme essaya de ne pas afficher un sourire hâbleur alors qu'il compatissait sincèrement avec eux pour être passé bien près de la catastrophe. Il choisit plutôt de se retourner vers l'estrade.
Après tout, ce n'était pas le moment de se casser une jambe en dévalant les marches qu'il avait montées le cœur gros ! Archibald réalisa alors qu'il connaissait deux des professeurs ! Le premier n'était autre que monsieur Park, un enseignant pour qui la chose la plus importante semblait être d'arriver en cours suffisamment imbibé pour ne pas se rendre compte de la médiocrité de ces élèves, du moins était-ce l'excuse qu'il se trouvait… Quant à l'autre… Il s'agissait de Larry Labensky, un étudiant un peu plus âgé que le jeune homme, et qui aurait dû terminer ses études depuis deux ans en théorie. Mais il était évident qu'il avait choisi de prendre son temps pour parler aimablement… Et il prenait également ses petites amies parmi les élèves de première année qu'il était censé simplement aider et superviser, en tant qu'ancien de la faculté… Le genre à tenter de ne jamais quitter les lieux pour profiter de l'endroit bien plus qu'aucun élève ne le ferait jamais.
Autant dire qu'Archibald ne l'appréciait pas du tout, cela se sentait aisément. Tandis qu'il s'apprêtait à déposer sa copie sur la pile déjà formée, il le regarda se préparer à écrire quelque chose au tableau, sans doute indiquer combien de temps il restait, et qu'il était interdit d'ignorer la sonnerie à venir plus d'une minute… Le jeune homme se dit alors sans le quitter des yeux que ce serait assez drôle, s'il écrivait quelque chose comme…
Je suis vraiment un très mauvais coup, surtout ne vous retrouvez jamais avec moi dans un lit et encore moins ailleurs…
La stupeur d'Archibald fut tout aussi énorme que celle de l'assistance qui avait levé les yeux vers le tableau en entendant les crissements de la craie, mais les gloussements de rire qu'ils partagèrent tous n'avaient rien à voir avec l'embarras soudain et imprévu de Labensky. Il avait réellement écrit ce que le jeune homme avait pensé, comme si sa main avait été possédée à la façon de celle de Ash dans les deux premiers Evil Dead ! Archibald quitta ensuite la salle en marchant à reculons, savourant le spectacle de la confusion de Larry, effaçant au plus vite toute trace de ce que tout le monde avait pris pour un aveu involontaire. Mais il avait beau faire, la nouvelle aurait fait le tour de l'université avant la fin de la journée, et sa réputation serait plombée pour longtemps. Le jeune homme se souvint au dernier moment, alors qu'il allait quitter la salle, qu'il n'avait pas signé la feuille d'émargement, avec tous ces rebondissements ! C'était bien la peine d'avoir accompli tout cela ! Repassant la première, Archibald s'avança jusqu'aux bureaux.
" Madame, interpella-t-il sa protectrice du jour. Excusez-moi, mais je crois bien que je n'ai pas signé la feuille, là…
- Ah, oui, vous ! fit-elle d'une voix revêche, le reconnaissant, et énervée par ce qu'elle prenait pour une plaisanterie stupide de son futur collègue. Je ne suis pas sûre que cela vous soit bien utile de toute manière, mais tenez… se permit-elle de commenter en lui tendant le précieux sésame.
- Tu verras bien quand j'aurais décroché un 16 ou un 18 grâce à tes bons conseils, ma vieille poule ! " marmonna-t-il entre ses dents.
Pour le coup, elle eut l'air de le comprendre très distinctement, et se retrouva la bouche grande ouverte, tel un vieux thon hors de l'eau, bien évidemment incapable de comprendre ce qu'il pouvait bien vouloir dire par-là. Qu'est-ce que ce jeune malappris voulait lui faire croire ? Désirait-il se rattraper aux branches ? Elle savait pertinemment en tous cas qu'elle ne l'avait pas vu une seule fois durant le semestre qui venait de s'écouler ! Encore un bel exemple de l'assiduité proverbiale des étudiants en université !
Pour tout dire, le jeune homme ne se souciait déjà plus d'elle, cherchant d'ailleurs plutôt à oublier son visage, ce qui était un objectif plus intéressant, et surtout, salvateur. Supporter ses avis de vieille bourrique pendant plus de trois heures avait été un supplice largement suffisant. Il méritait bien sa future note ! Archibald émergea dans des couloirs tout à coup pratiquement désertés alors que midi était déjà passé depuis une bonne demi-heure. Les étudiants avaient dû aller déjeuner, ou bien étaient rentrés chez eux, contents ou non de ce qu'ils avaient fait. Le jeune homme marchait à pas lents, essayant de rassembler ses pensées, le nez en l'air, se repérant par rapport aux lampes ornant le plafond pour retrouver son chemin jusqu'à la sortie principale, les mains dans les poches, encore une preuve que ses réflexes revenaient peu à peu. Il lui fallait en tous cas se rendre à l'évidence. Il était revenu du Monde des Contes avec un pouvoir qui n'était pas de son monde. En se concentrant suffisamment, il parvenait à lire dans l'esprit d'une personne donnée… Et… Tout lui revint ! Cette énigmatique sentence du Doyen avant qu'il ne soit entraîné dans les étages par Miss Indrema !
" Vous serez maintenant plus clairvoyant, et j'espère que cela vous aidera. Mais j'espère que vous n'emploierez pas cela à mauvais escient… " avait-il dit avec une pointe d'inquiétude.
C'était cela ! Et ce que le vieux sorcier avait voulu dire par mauvais escient, signifiait détourner cette nouvelle aptitude, la retourner pour au lieu de lire les pensées des autres, leur renvoyer les siennes ! Tant qu'il n'en abusait pas à tors et à travers, tant qu'il ne violait l'intimité de quiconque, ou réservait tout cela à des gens comme Labensky, ce n'était pas bien méchant… Contrairement à la cruelle vision de Kate à moins de cinquante pas de lui, dans le hall de la faculté, sa serviette tournoyant autour d'elle alors qu'elle tourbillonnait elle-même dans les bras de ce maudit Brandon. Mais qu'est-ce qu'il venait donc faire ici celui-là ! Autour d'eux, les élèves, les professeurs, ou les simples employés de l'université allaient et venaient, sans leur accorder plus d'un coup d'œil tout au mieux. Mais pas Archibald… Rien que le voir tenir la jeune fille par la taille lui donnait envie de le rendre manchot, voire plus, mais tout de même, nous sommes lus par de jeunes lecteurs, il ne s'agit pas de surenchérir sans interruption dans le graveleux, n'est-il pas...
Archibald rasa les murs, décidé à sortir sans se faire remarquer, mais contraignant ceux qu'il croisait à se détourner. Ah, cette vision le dégoûtait jusqu'à la nausée. Lui qui croyait avoir réussi à inverser la tendance, avant que la jeune fille et son nouveau petit ami ne lui remémorent maintenant qu'elle avait pour sa part totalement oublié leurs aventures féeriques, dans tous les sens du terme ! Il les entendait par contre, à mesure qu'il se rapprochait pour les contourner, beaucoup trop distinctement à son goût.
" Tu es venue me chercher ? Fallait pas ! Comme c'est attentionné !
- Mais non, c'est tout à fait normal.
- Tu es vraiment trop gentil… Embrasse-moi… "
Non ! Pas de ça ici, devant lui, pensa très fort l'unique spectateur de la représentation, livide. C'était vraiment beaucoup plus qu'il n'était en état de supporter avec cette journée déjà bien éprouvante, même si c'était pour disparaître aussitôt à l'abri des portes et se retrouver à l'air libre, loin de cette atmosphère tout à coup des plus étouffantes… Si seulement… Si seulement… Archibald se prit brusquement d'un véritable accès de cette jalousie qu'il n'avait admise qu'à demi-mots, toute son attention concentrée sur le dénommé Brandon, dont les lèvres évidemment putrides se rapprochaient trop de celles de Kate pour qu'il puisse recouvrer un quelconque semblant de calme… Le jeune homme ne prononça pas un seul mot, et certainement pas par peur d'être entendu. Non, fronçant les sourcils, il choisit plutôt de projeter dans l'esprit de Brandon une image des plus répugnantes qu'il ne serait pas de bon ton de rapporter ici, car il pouvait parfois être remarquablement dégoûtant. On trouvait vraiment de tout sur Internet… Mais en tous les cas, ce fut très efficace ! Juste avant qu'il ne soit trop tard pour préserver la pureté de la jeune fille, du moins selon ses propres critères, l'autre eut un mouvement de recul indéniable.
" Quelque chose ne va pas ? lui demanda Kate.
- Non, je, c'est que… Je… ", bredouilla la grande asperge. Rien, rien, se reprit-il.
Archibald n'apprécia pas du tout le sourire que lui lança la jeune fille, et encore moins la seconde tentative de son benêt de service… Bien mal lui en pris… Le jeune homme récidiva, se dissimulant dans le même temps derrière un pilier, histoire de ne pas attirer le moindre soupçon. C'était peut-être inutile, si Kate ne se souvenait vraiment de rien, mais on ne sait jamais… Brandon se redressa cette fois droit comme un piquet, pantois, se passant une main sur le visage comme s'il s'était trouvé au contact d'une méduse. Il devait se demander pourquoi le fait de vouloir embrasser la jeune fille lui faisait tout à coup aussitôt penser à… Evidemment, Archibald jubilait. Après une troisième, puis une quatrième tentative, quand bien même Kate ne s'était pas énervée mais était tout de même de plus en plus perplexe, Brandon décida d'arrêter. Il ne parvenait pas à faire autre chose que de détourner la tête au dernier moment, incapable de se dominer ! Sorcellerie ! Le cadre supérieur n'avait aucune envie d'attirer l'attention et les moqueries face à de petits gamins à peine sortie de la puberté !
" Ecoute, Kate, je suis désolé, finit-il par lui dire. Mais… Je ne me sens pas très bien, je te prie de m'excuser. Oh, je n'ai plus le temps, j'ai un rendez-vous dans 20 minutes ! " s'esquiva-t-il avec un coup d'œil trop bref à sa montre pour avoir vu quoi que ce soit.
Et sans même attendre sa réponse, desserrant son nœud de cravate qui le serrait tout à coup terriblement, Brandon fut le premier à sortir de l'enceinte de la faculté, bien avant que le jeune homme ne lui emboîte le pas. Après avoir observé Kate, interdite, pendant près d'une minute, Archibald se décida à quitter à son tour l'établissement, et rentrer chez lui prendre un repos bien mérité. Au passage, il se mit cette fois bien en évidence, saluant aimablement la jeune fille, avec un grand sourire. Kate ne broncha pas, mais ne se mit pas en colère, ni se détourna. C'était toujours ça… Le jeune homme rentra chez lui à pieds, se déchaussa, et se coucha immédiatement. Il dormit une dizaine d'heures d'une traite. Il allait avoir fort à faire dans les jours à venir, et il ne pensait pas forcément à ses partiels…
Pendant une semaine entière, il suivit la jeune fille autant qu'il le put, ce qui n'était tout de même pas trop compliqué pour lui étant donné que son emploi du temps n'était guère différent de celui d'Archibald, si ce n'était pour une question d'options. Plusieurs fois, il se retrouva même dans la même salle qu'elle pour passer un examen, ce qui était de loin le schéma le plus pénible. Il ne la perdait pas de vue ensuite, passant de couloir en couloir, de rue en rue… Jamais il ne se montra, et jamais il n'osa lire dans les pensées de Kate, encore moins lui imposer les siennes, qui parfois prenaient un tour parfaitement inconvenant pour une jeune fille de bonne famille… Par contre, à peine apercevait-il la silhouette de Brandon qu'il s'en donnait à cœur joie ! L'autre dût traverser l'une des pires semaines de son existence.
Au moindre geste tendre à l'intention de la jeune fille, il était pris de tremblements, de sueurs froides, ou de toutes sortes de symptômes que l'on peut avoir en venant de connaître une peur bleue. Archibald avait commencé par varier les visions d'horreur qu'il lui imposait, avec un humour très particulier. Mais lorsque vous donnez l'impression d'être sur le point de vomir à chaque fois que votre petite amie vous demande de l'embrasser, il y a du souci à se faire… C'était le cas pour Brandon. D'autant plus que le jeune homme avait décidé d'employer son talent dans les deux sens, stimulant positivement l'esprit de Brandon lorsque celui-ci posait les yeux sur une autre fille au moyen d'images beaucoup plus évocatrices. Archibald pouvait pour cela puiser dans une bibliothèque de scènes obscènes dont nous tairons la provenance, mais dont lui se souvenait parfaitement… La fin des partiels, tous plus ou moins correctement négociés par le jeune homme, sonna le glas de la parenthèse Brandon.
Il y passa ses journées entières, y trouvant un passe-temps qui en valait bien un autre, si ce n'était l'inconfort de se promener tout le temps en fronçant les sourcils. Bientôt, l'autre ne pouvait plus faire un pas dans la rue sans avoir l'air de vouloir se jeter sur toutes les femmes qu'il croisait, Archibald prenant soin de ne pas faire de différence dans ses cibles, qu'elles aient vingt ou cinquante ans… Bien entendu, Brandon n'en était pas très satisfait, lui, surtout quand la situation avec Kate était bien loin de s'améliorer, en sens inverse. Très cartésien, le jeune cadre dynamique ne chercha pas très longtemps la raison de tout cela, décidant que la jeune fille devait être responsable : sans aucun doute n'était-elle pas faite pour lui. Ils étaient vraisemblablement incompatibles, Kate ayant même une mauvaise influence sur lui. Oh ! Elle était jolie, gentille, et plutôt intelligente, mais Brandon devait se rendre à l'évidence, il n'en était pas amoureux. Son dégoût croissant à son égard, ainsi que son attirance pour les autres femmes, toutes les autres femmes qu'il croisait dans les rues ou les magasins ne pouvaient signifier que cela…
La rupture préparée méthodiquement eut lieu dans l'entrée de la faculté, à l'endroit même où Archibald les avait vus la première fois enlacés. Lui-même était caché derrière un autre pilier, beaucoup plus heureux que lors de leur précédente entrevue. Cette fois, il n'aurait pas envie de siffler à la fin de la représentation, et encore moins de lancer des tomates pourries sur le premier rôle masculin…
" Ecoute, Kate, ça ne peut plus durer comme cela entre nous… Je sais que je vais te faire souffrir, commença l'autre.
- Quel imbécile, grogna le jeune homme. Non mais, pour qui se prend-il à faire des phrases comme ça ? "
La jeune fille ne semblait pas déconfite outre mesure. Quinze jours à ce régime avait dû commencer à faire leur effet sur elle aussi. Et Archibald était convaincu qu'elle ne devait pas apprécier plus que cela le discours pompeux de monsieur le détaché au commerce international. Ce n'était pas dans sa nature. Elle avait beau être bien plus terre-à-terre que lui parfois, elle aimait rêver. Et ce Brandon ne lui offrait rien de tout cela.
" Très bien, Brandon, tu as sans doute raison… Mieux vaut que cela se termine comme ça…, répondit-il d'une voix placide.
- Je savais que ce serait dur, sois forte, continuait l'autre. Quoi ? C'est tout ? s'étrangla-t-il, comme offusqué.
- Comment ça ? Tu t'attendais à ce que je me jette à tes pieds en larmes peut-être ?
- Mais je… Je… Ah, vous êtes bien toutes les mêmes, vous les sales gamines de vingt ans !
- Pour information, j'en ai vingt deux ! " lui rétorqua-t-elle avec un sourire narquois.
Brandon ne le vit pas, se contenant de ses paroles, tandis qu'il dévalait les marches du perron de l'entrée principale de la faculté, et s'apprêtait à rejoindre son lieu de travail… Comme souvent, le jeune homme laissa quant à lui passer une minute, puis sortit de sa cachette, après que de toute façon il ait attiré quelques regards étranges sur lui. On ne se cache pas derrière un pilier sans attirer l'attention de quelqu'un à un moment ou un autre, car après tout, il n'y a rien à faire de bien palpitant dans cette position, à moins de s'y adosser pour lire, mais Archibald avait autre chose à faire que penser à emporter de la lecture... Les bras ballants, la démarche pataude, il s'avança jusqu'à Kate…
" Bonjour, Archibald, lui fit-elle sans se tourner pour lui faire face, les yeux toujours dans le vague, devant elle…
- Salut Kate… Je n'ai pas pu m'empêcher de…
- Ton poteau était suffisamment confortable, j'espère ? lui demanda-t-elle alors tout de go, mais avec une pointe d'amusement qui rassura immédiatement le jeune homme, qui s'était senti tout à coup en panique.
- Ma foi, pour ce que je voulais en faire… Je ne suis pas un toutou, alors finalement, j'ai préféré aller aux toilettes… "
La jeune fille pouffa. Décidément, c'était à la fois mieux ou moins bien. Archibald sourit comme un nigaud, mais ce n'était pas cela qui l'inquiétait. Elle lui faisait décidément trop d'effet. Il fallait qu'il le lui dise, sinon, cela allait devenir de plus en plus alambiqué pour lui…
" Tes examens sont finis, à toi aussi ? lui demanda-t-il, bien qu'il connusse pertinemment la réponse.
- Oui, et elle se tourna pour la première fois vers lui, droit dans les yeux.
- Tu veux… Enfin… Est-ce que tu voudrais que…
- Oui ?
- Non, mais je pense être assez clair… Euh… Je me demandais si tu voudrais venir avec