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Auteurs, E-mail : Gillossen
Numéro ICQ : 72496479
Dernière Mise à jour : 05/04/2002

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Où l'on assiste à des discussions passionnées, et où Archibald atterrit véritablement.

Chapitre 17 > Chapitre 18 [PDF] > Épilogue

l fallut moins d'une journée à Archibald pour être complètement rétabli de son vol avec turbulences... C'est le genre de choses tout de suite plus facile lorsque vous vous êtes posé en vainqueur. Le moral étant des plus guillerets, le corps suit sans trop rechigner, surtout si comme le jeune homme, votre seule blessure se trouvait être tout juste superficielle… Bon, certes, il avait bel et bien reçu une balle, mais dans la fesse. Certes, son atterrissage sur la selle de Pégase n'avait pas été franchement agréable, et il avait un énorme bleu qui débordait de tous les côtés de son pansement. Mais cela n'allait pas plus loin, et Kate, elle, n'avait pas souffert de son sauvetage le moins du monde semblait-il, ce qui était un moindre mal après ce qu'elle avait dû supporter… La seule chose que regrettait légèrement Archibald était de devoir marcher les jambes quelque peu arquées, ce qui n'avait selon lui rien de bon quant aux interprétations qui auraient pu être faites par ceux qui ne savaient rien de ce qui s'était produit. De ce côté-là, si l'on pouvait s'exprimer de la sorte, ses réticences étaient toujours les mêmes qu'au moment où la balle était entrée…
Mais qui pouvait bien ne pas être au courant de cet affrontement dans les cieux ?
La nouvelle de la mort de Lord Funkadelistic avait déjà été relayée dans les contrées les plus reculées de la Terre de Féerie. Quelque chose se préparait maintenant dans la Tour du Savoir Secret et Salvateur, mais personne ne voulait rien expliquer au jeune homme, consigné à l'intérieur. Il était pour le moment condamné à arpenter sa chambre de long en large, ou à tenter des incursions dans le couloir. Mais dès qu'il faisait mine de descendre les escaliers pour rejoindre le hall de la faculté… Il y avait toujours quelqu'un pour l'en empêcher. Ce petit manège durait depuis des heures déjà, et cette nuit était bien avancée. Sans que personne n'ait cru bon par contre de lui signaler s'il avait la permission de voir Kate ou non, ce qui était des plus désobligeants ! Si cela n'avait tenu qu'à lui, il l'aurait bien prise lui-même, sans leur demander leur avis à tous… Il s'était maintenant rendu compte combien il tenait à elle sous ses dehors dilettantes, et il aurait bien aimé pouvoir prendre de ses nouvelles, autre chose qu'un " Elle est entre de bonnes mains ". Il n'appréciait pas du tout cette phrase. Non seulement parce que dans les films ou les séries américaines, ce n'était généralement pas bon signe, et puis surtout parce qu'il ne voulait pas que d'autres mains que les siennes la touchent à compter de maintenant…
On le maintenait en cage, et cela l'horripilait au plus haut point, jusqu'à tirer les rideaux des fenêtres, et faire tout pour qu'il ne puisse pas les écarter à moins de les déchirer avec les dents, puisqu'il n'avait pas de paires de ciseaux sous la main. Malgré tout, il savait qu'il y avait des gens pour s'affairer dehors dans la nuit noire, torches à la main. Qu'est-ce qu'on allait encore lui préparer ? N'aurait-il pas droit à un peu de véritable répit ? Depuis que Pégase avait fini par se poser dans l'herbe fraîche, sous les vivats intarissables de la foule, Archibald avait été happé par Le Doyen et ses questions. Bien entendu, il avait donc été soigné, mais sans que le vieux sorcier ne le quitte d'un pouce, le harcelant pour savoir ce qui s'était passé " là-haut " dans les moindres détails. Puis donc conduit dans la chambre qui lui avait été allouée depuis son arrivée sans qu'il ne puisse poser une seule question en retour, ou moins, sans qu'il obtienne ses réponses. En voilà des façons de traiter un héros qui venait de leur sauver la mise à tous !
Le jeune homme eut juste le temps de se recoucher quand la porte s'ouvrit. Mais ce n'était pas le Doyen qui lui rendait visite, mais Loup, son élève, un moindre mal. Il ne l'avait pas encore vu depuis son retour d'expédition, lui non plus. Etrangement, il portait un bonnet, mais de nuit.
" Tu as croqué une grand-mère de plus ? s'enquit aussitôt Archibald, ne plaisantant qu'à moitié.
- Vous dîtes ça à cause du bonnet ? répliqua le loup, d'un ton qui sous-entendait qu'il ne trouvait aucune amélioration qualitative dans les jeux de mots de son professeur. Eh bien, non. De toute manière, je crois pas qu'il y ait encore une seule grand-mère vivante dans toute cette forêt, si vous voulez tout savoir… Ou alors, estropiée. Elles ont toujours un bout en moins…
- Oh, très bien… C'est le Doyen qui t'envoie en sous-main ? poursuivit le jeune homme, rendu très suspicieux par cette visite nocturne à trois heures du matin.
- J'dirais pas ça comme ça ! C'est juste qu'ils sont débordés en bas, alors, c'est à moi qu'on a demandé d'aller voir ce que vous faîtes…
- Et qu'est-ce qu'ils s'imaginent tous que je puisse bien comploter ? C'est la meilleure ! On continue de me faire des cachotteries, et c'est moi qu'on surveille !
- Hé, vous énervez pas, professeur, ce n'est pas ma faute ! Moi, je fais seulement ce qu'on me dit. Depuis quelques temps, j'ai pris cette habitude, et ce n'est pas forcément désagréable…
- Oui, tu découvres les joies de Panurge, après tout, les moutons, ça devrait te plaire, maugréa Archibald.
- Vous dîtes ?
- Rien, rien…
- Si vous en avez assez d'être coincé ici, vous n'auriez peut-être pas dû renvoyer vot'cheval à ailes…
- Pégase ! Il s'appelle Pégase, et je ne pouvais pas faire autrement ! Tu sais, il ne faut pas croire que c'est moi qui le commande… Quand il en a eu assez…, ajouta-t-il le jeune homme avec un geste de la main qui en disait long.
- Ah bon ?
- Tu es sûr que le Doyen ne t'a pas demandé de me faire répéter mon histoire pour voir si je ne lui aurai pas caché des choses ?
- Oh, vous savez, votre histoire…, fit Loup en se lustrant les griffes. Elle ne doit pas être si palpitante que ça… Et puis, moi, j'ai presque tout vu !
- Comment ça, pas palpitante ? se redressa le jeune homme, rejetant les couvertures qui le bordaient. Tu vas voir… "
Vous l'aurez compris chers lecteurs, Archibald venait de se faire avoir, et le loup ne se privait pas de s'en féliciter en souriant ouvertement, mais le jeune homme ne prêta pas attention à ses babines retroussées, car après tout, on n'a pas tous les jours l'occasion de voir un loup sourire, ce qui a pour conséquence que lorsque cela arrive, on ne s'en doute pas. Si Archibald ne l'avait pas mieux connu, il aurait même pu croire qu'il avait des idées de repas en tête.
" Il est pas très malin le Doyen, se félicitait-il comme s'il l'avait berné, c'est lui-même qui m'a mis sur la piste de Pégase ! En fait, la clé se trouvait chez le Roi Nougat. Il y a là-bas une statue très intéressante, si tu vois ce que je veux dire…, précisa-t-il sur le ton de la confidence.
- Pas vraiment.
- Eh bien, il y a une statue qui représente Pégase !
- Vous voulez dire ces machins sculptés pour ressembler à d'autres machins qui existent déjà pour de vrai ?
- Euh, si tu veux… Bref… Lorsque je suis monté dessus… Seul l'hériter de l'antique Bellérophon pouvait éveiller le cheval ailé de son sommeil !
- Ah, je vois. Mais pourquoi ne pas avoir fait appel à Pégase pour atteindre le zeppelin de l'Ennemi ?
- C'est pourtant simple, l'effet de surprise ! Et puis… Il n'était pas très coopératif… M'est avis qu'il est un peu peureux, ce cheval… Depuis que mon ancêtre avait voulu atteindre l'Olympe avec lui, je crois qu'il a le vertige.
- Pas très pratique pour un cheval ailé.
- Non ! Si tu savais ! Ce fut déjà assez compliqué de lui faire comprendre qu'il devait venir nous attendre Kate et moi, sans se faire repérer ! Encore que pour cela, je pouvais être sûr qu'il le fasse, il craignait trop de recevoir un boulet de canon… Heureusement que j'avais prévu de quoi amortir ma chute sur sa croupe en tous cas. Mais si j'avais su que je serais blessé, j'aurais prévu plus de couvertures…
- Ah, ça vous fait une blessure de guerre.
- Oui, mais pas facile à exhiber…
-Evidemment, si c'est l'usage que vous pensez en faire… Je croyais que vous vous étiez… apaisé. Si j'avais su, j'aurais laissé venir la fée Lacyon à ma place. Elle en avait très envie, vous savez !
- Je n'en doute pas, acquiesça le jeune homme d'une voix rêveuse. As-tu vu la jeune fille qui est revenue avec moi ?
- Non… Mais Miss Indrema m'a demandé de vous dire que ses blessures sont avant tout superficielles. Elle ne devrait pas avoir à souffrir de séquelles…
- Oui, les suites à rallonge, ça n'a jamais été…
- Ce n'était pas le sens que je voulais…
- Evidemment, l'interrompit Archibald. Simplement, tu aurais pu me le dire plus tôt et commencer par ça !
- Oh, mais excusez-moi, vous oubliez un peu vite que je ne suis qu'un pauvre loup ! Moi, vos histoires d'humains…
- Quand c'est pour faire des affaires…
- Bon, fit Loup sans relever plus avant, et ne voulant pas s'attarder outre mesure. Je vais y aller, moi ! Je vous conseille de dormir, il paraît que demain la journée va être longue ! "
Bien entendu, il s'abstint d'en dire plus…

En fin de compte, lorsqu'il se réveilla, le jeune homme convint qu'il n'aurait pas voulu en savoir plus de toute manière… Il ne lui fallut que quelques secondes pour réaliser qu'on l'avait rhabillé des pieds à la tête, dans son lit, durant son sommeil !
" Quelqu'un peut m'expliquer ? demanda-t-il à haute voix, avant de voir la mine réjouie de la fée Lacyon se pencher sur lui.
- Moi, si vous voulez bien…Ceci est votre tenue pour les cérémonies du jour… "
" Ceci " était une tenue ridicule selon les critères d'Archibald, à base de collants moulants de couleur écru, et d'une culotte des plus bouffantes, sans parler d'une énorme fraise multicolore lui engonçant le cou…
" Les cérémonies ? Quelles cérémonies ? Je viens à peine d'être soigné ! Je n'ai aucune envie de faire quoi que ce soit aujourd'hui, si ce n'est… "
Il s'interrompit en examinant sa nouvelle garde-robe plus en détails.
" Mais… Mais… Vous avez changé mes sous-vêtements ! Je ne crois pas que cela ait été prévu !
- Conscience professionnelle, fit la fée d'une voix trop ronronnante pour être tout à fait honnête.
- Là-dessus, je vous fais confiance… "
La porte de sa chambre s'ouvrit une fois de plus, au grand dam du jeune homme, bien que ce fusse au tour de Miss Indrema de faire son apparition. Elle aussi avait changé de tenue, mais en mieux ! Archibald avait toujours trouvé qu'elle s'habillait de façon particulièrement seyante, mais cette fois, la dryade était à couper le souffle, sans pour autant en laisser voir plus que d'habitude, sinon moins. Ses cheveux de paille étaient tirés en arrière avant de retomber en cascade de boucles dans son cou gracile, une couronne d'épis de blé surmontant cette coiffe de résille de clématites, sa robe de soie vert pâle à vertugadin, subtilement échancrée était en parfaite harmonie avec son teint et effleurait le sol sans pour autant risquer de prendre la poussière à chaque pas, et elle portait également une parure de houx en fleurs.
" Bonjour Archibald, le salua-t-elle d'une voix fruitée. Il est l'heure.
-Vous êtes…, ne put-il s'empêcher de répondre. Vous êtes… Je crois que là je peux bander à bloc et ensuite tout lâcher… "
La fée Lacyon elle-même ouvrit la bouche de façon charmante, interloquée et désarmée par ce que son esprit interpréta aussitôt d'une certaine façon...
" Vous… Vous parliez de tir à l'arc…, finit-elle par répondre après un coup d'œil vers Miss Indrema, dont le visage mutin s'était coloré pour arborer une teinte aubergine. On vous a mis au courant sans doute de la compétition qui aurait lieu tout à l'heure… Mais… Je ne pense pas que vous puissiez y participer.
- Bien sûr, bien sûr ! " confirma le jeune homme en se levant d'un bon.
Après tout, si on comptait l'embêter sans même lui laisser le temps de respirer dès le début de la matinée, il ne se laisserait pas manœuvrer sans rien faire ou dire pour autant ! Archibald quitta donc sa chambre étroitement encadré par ses deux collègues du Monde des Contes, ce qui n'avait en soi absolument rien de déplaisant, évidemment. Toutefois, il se demandait toujours pourquoi elles, et tout ceux qu'ils croisaient, semblaient avoir sorti leur tenue de soirée. Est-ce que cette histoire de cérémonies pouvaient avoir à voir avec la Belle au Bois Dormant ? Est-ce que les festivités interrompues par la venue impromptue de Lord Funkadelistic devaient reprendre ? Le jeune homme en était arrivé à cette conclusion quand tous traversèrent sans un mot le hall d'entrée entièrement désert désormais…
" Bon, allez-vous enfin me dire de quoi il retourne ? "
La question d'Archibald fut couverte par le tintamarre des trompettes d'argent qui s'agitèrent sous son nez à peine la porte franchie. Il y avait là sous son regard éberlué deux rangées de soldats dont l'accoutrement lui rappelait la garde du palais de Buckingham Palace, cuivre à la bouche donc, sur plus de deux cents pas, espacées de trente. De part et d'autres de ces olibrius, une foule bigarrée comme il n'en avait jamais vue, même lors d'un quelconque concert rock, se massait là, leurs regards convergeant vers lui. Qu'est-ce qu'on lui voulait encore ? Ce fut alors qu'à l'autre bout de l'allée ainsi formée, il aperçut alors deux trônes, occupés, par une femme et un homme, mais il ne pouvait être plus précis. La seule personne qu'il connaissait à ses abords était le Doyen de la Faculté… Les soldats firent vibrer une nouvelle fois leurs instruments, dont les échos cristallins s'élevèrent très haut dans les cieux d'une pureté limpide. Sur le pas même de l'entrée à l'autre bout de cette drôle d'avenue, rien de plus, pas d'estrade pour les trônes par exemple. Une certaine idée de la simplicité semblait être de nouveau à l'ordre du jour.
" Il vous faut approcher, lui souffla alors la dryade. C'est le Roi Nougat que vous voyez là-bas, et je suppose que vous reconnaîtrez assez tôt la Belle.
- Où est Kate ? répéta opiniâtrement le jeune homme.
- Elle se repose encore, vous pourrez la voir plus tard. Pour le moment, on veut vous célébrer ! A votre place, j'en profiterai, ce ne sera pas si souvent.
- Merci, lui répliqua-t-il avec fiel.
- Mais je vous en prie, tout le plaisir est pour moi…
- Plaisir…, lui chuchota de l'autre côté Lacyon.
- Non, pitié, ce n'est pas le moment pour ça, je crois ", regimba-t-il, alors que sa fesse douloureuse l'élançait de plus belle.
Et le jeune homme choisit d'aller de l'avant, n'ayant pas vraiment d'autre porte de sortie à sa disposition pour cette fois. Lorsqu'il eut parcouru la moitié du chemin sous les clameurs des trompettes, Archibald fut surpris de son observation plus détaillée du Roi-Nougat. Il avait imaginé un grand-père bonhomme, toujours prêt à sortir une friandise de son pardessus. Hum, ce n'était peut-être pas une bonne comparaison, manteau royal ou pas… En tous les cas, c'était comme cela qu'on le lui avait décrit, et il n'aurait jamais songé à un vigoureux jeune homme qui devait avoir néanmoins entamé la trentaine au moins en apparence, âge qu'on lui donnait de toute manière à cause de sa barbe blonde, point trop longue cependant. Sans la barbe, c'était bien simple, on aurait dit Brad Pitt, dans un manteau d'hermine couleur crème Mont Blanc parfum caramel, une couronne de choux à la chantilly sur la tête.
Le visage de la Belle au Bois Dormant assise à sa droite était beaucoup moins inédit pour Archibald, quoique c'était la première fois qu'il ne la voyait pas avec un pli revêche au coin des lèvres, ce qui la rendait tout de suite plus agréable à regarder, surtout dans cette robe d'altesse sérénissime. Elle le gratifia même d'un petit signe de tête tout ce qu'il y avait de plus amical. Décidément, le jeune homme passait de surprise en surprise. Il assista à la suivante, lorsque le Roi Nougat fit taire ses trompettistes, eux qui étaient apparemment les seuls membres survivants de son armée défaite par Lord Funkadelistic, et débuta un discours dont Archibald n'aurait pu deviner l'ampleur et la longueur…
" Salut à toi, Archibald Bellérophon ! Ô libérateur des Contrées de Féerie, que grâce te soit rendue ! Tu es venu, par un jour d'espoir, toi qui est né de l'autre côté des barrières de l'espace et du temps, et dans l'immensité de ton incommensurable courage, tu as su trouver les ressources pour faire parler ton indéniable perspicacité, ô toi, juste successeur de ton ancêtre au destin héroïque, tu as su dans ton… "
Si ces premières lignes lues sur un parchemin plurent beaucoup au jeune homme qui s'était machinalement arrêté au centre de l'allée, et se trouvait par conséquent bien visible de tous, la suite, toujours aussi pompeuse et rivalisant de superlatifs, commença bien vite à user ses nerfs. D'autant plus qu'à ses côtés, Miss Indrema et la fée Lacyon paraissaient toutes les deux avoir toute la peine du monde à conserver leur sérieux, tandis que le souverain énumérait les prétendus exploits d'Archibald, depuis son arrivée à la Faculté à son retour du navire amiral de l'Ennemi… Il va sans dire que pour quelqu'un comme les deux professeurs qui avaient vécu la majorité de l'histoire à proximité du feu de l'action, il y avait effectivement de quoi rire, ce qui n'était pas des plus satisfaisants pour le jeune homme, rouge de honte et de colère, et non pas à cause des compliments qu'on lui faisait, ainsi que le croyait la foule. D'autant plus que le Roi Nougat n'en finissait plus ! Les passages à propos de son " bras victorieux " et de son " verbe glorieux " semblaient les plus croustillants aux oreilles pointues de la dryade et de la fée.
Qu'il pouvait être étouffant de porter une collerette ! Et comme si tout voulait se liguer contre lui après qu'il eut été porté aux nues, il lui était impossible d'esquisser le moindre geste pour se défaire de cette étreinte qui n'avait rien d'agréable. Il devait avoir l'air ridicule, à suer sang et eau engoncé dans une livrée qui aurait bien mieux convenu au Prince Charmant ! Lui se serait sans aucun doute senti parfaitement à l'aise dans cette situation, à fanfaronner en tous sens sans même se rendre compte de l'absurdité de la chose. Et où était-il d'ailleurs ? S'il s'était simplement rangé dans la foule comme n'importe quelle personne de la plèbe, ce qui aurait été fort étonnant de sa part, il devait en tous les cas bien rire, lui aussi ! Etonnant comme tout le monde avait l'air sérieux. Un coup de coude de Miss Indrema, et Archibald reprit sa marche en avant, alors que l'affluence qui comprenait aussi bien de grands ogres de quinze pieds de haut que des grappes entières de lutins parfois nichés sur l'épaule des géants conservait un silence de cathédrale, et seule la voix douce et ferme du Roi Nougat, visiblement très inspiré par son discours, ou lui-même, résonnait jusque dans les fourrés alentours.
" Oui, approche, ô toi élu des deux mondes, qui a su avec une éclatante astuce triompher du Mal, et son vil héraut, sombre séide des puissances démoniaques qui par leur ardeur tristement ressuscitée, ont tenté par félonie d'abuser de la merveilleuse et inaltérable mansuétude de cette Tour, formidable phare ouvert aux quatre horizons, dispensatrice de la connaissance, qu'un misérable individu, être honni entre tous, avait voulu pervertir afin de… "
Le jeune homme avait seulement une furieuse envie de se boucher les oreilles, et s'il avait eu les mains libres à ce moment-là, nul doute qu'il se serait carrément crevé les tympans avec ses deux index. Mais, enfin, contre toute attente, son calvaire se termina au bout de… trois heures de discours à sens unique ! Fidel Castro avait eu chaud, et nul doute en tous cas que le souverain dans un bon jour aurait pu rivaliser avec le leader de Cuba… Le Roi Nougat accorda un long regard scrutateur à Archibald, agrémenté d'un bon sourire qui fendit sa barbe en deux. A sa droite donc, la Belle au Bois Dormant rougit légèrement au coup d'œil du jeune homme, mais ne dit mot. La dryade et sa comparse Lacyon s'étaient écartées, rejoignant maintenant le Doyen, parmi les rares personnes à entourer directement les deux trônes disposés là. Il s'agissait d'ambassadeurs et autres émissaires officiels, apprendrait plus tard Archibald, qui ne les avaient pour la plupart jamais vus.
" Merci, Archibald, lui dit-il alors avec une sincérité sensible, et d'un ton moins grandiloquent. Grâce à toi, mon royaume est libre à nouveau, ainsi que toutes les terres menacées de Féerie. Nous allons avoir beaucoup à faire, mais tu es parvenu pour nous à préserver l'essentiel par ta bravoure, en mettant fin aux agissements de Lord Funkadelistic. Sitôt la nouvelle de sa mort arrivée jusqu'à nous, ses hommes ont perdu toute contenance, et il ne nous a pas fallu longtemps pour les mettre en fuite ! Mais sans toi, rien n'aurait été possible ! Et je dois dire que si ton inestimable…, reprit-il après avoir inspiré à fond.
- Inutile d'en dire plus, c'est déjà trop d'honneur, majesté ! osa le jeune homme, peu disposé à endurer encore ses galimatias verbeux. Je ne sais déjà plus où me mettre ! enchaîna-t-il le plus rapidement possible, constatant que le souverain ne semblait pas s'offusquer de cette interruption. Pourrais-je en retour vous poser une question ? et sa curiosité reprenait le dessus.
- Tout ce que voudrez, héros !
- Eh bien… La Belle ici présente est-elle votre promise ? Dans ce cas, je voudrais vous présenter mes meilleurs vœux de bonheur sans plus tarder ! "
La réaction de la princesse ne se fit pas attendre, rougissant de plus belle, tandis que le Roi-Nougat avait les yeux aussi pétillants qu'un verre de limonade.
" Si fait, tu as lu juste dans nos cœurs, noble sire ! J'ai dû rencontrer la Belle en de pressantes circonstance, et nos âmes se sont parlées avant même que nos bouches le fassent ! Elle m'a fait l'honneur d'accepter ma demande en mariage, précisa-t-il en se tournant vers la Belle, le visage radieux.
- Comme c'est beau, un vrai conte de fées ! plaisanta Archibald. C'est de circonstances, on dirait.
- Il en va comme tu le dis ! Mais j'ai ouï dire noble sire, que toi aussi, tu t'étais battu avec le feu de l'amour coulant dans tes veines, nourrissant ton courage de ses milliers de…, recommençait-il soudain à s'enflammer.
- Euh, oui, oui, c'est exact ! Majesté, puis-je approcher ? J'aurais quelque chose à vous dire en privé, si vous le permettez.
- Faîtes donc ! "
Boitant à moitié toujours à cause de sa blessure, le jeune homme se réjouit tout de même en découvrant comment le Doyen s'était raidi, tendu par la peur de voir Archibald causer un incident diplomatique quelconque. Si ce n'était pas malheureux, qu'il ne lui fasse toujours pas plus confiance. Comme si renverser l'Ennemi n'y suffisait pas. Cependant, il s'agissait peut-être seulement d'un relent de réflexe quasi conditionné avec lui… Magnanime, le jeune homme laissa le bénéfice du doute au vieux sorcier tandis qu'il chuchotait à l'oreille royale :
" J'espère que vous ne me considérez pas comme effronté, mais je tenais à prévenir sa Majesté. Vous le savez, j'ai eu… l'honneur, dirons-nous, de côtoyer quelques temps votre promise, et je dois dire que… Eh bien, j'espère que vous êtes préparé, parce que… Elle n'est pas d'un caractère très facile, si vous voyez ce que je veux dire… Ne voyez pas cela comme une offense, je tiens juste à vous prévenir de par ma propre expérience. "
Le Roi Nougat ne s'en formalisa pas, au contraire, il lui tapota gentiment l'épaule.
" Grande et flatteuse est ta générosité, noble sire ! Mais ne t'en fais pas trop pour moi, le lion sait rentrer ses griffes lorsque son égal se montre docile…
- Eh bien, si vous le dîtes ", ne trouva qu'à répondre Archibald, quelque peu décontenancé par l'abondance toujours renouvelée des métaphores et autres figures de style employées par l'ampoulé souverain.
Le Doyen intervint alors lui aussi, le tirant cette fois de l'embarras avec un petit sourire de fouine qui n'était pas pour lui plaire.
" Bravo, Archibald… Vous serez maintenant plus clairvoyant, et j'espère que cela vous aidera. Mais j'espère que vous n'emploierez pas cela à mauvais escient…, avait-il dit avec une pointe d'inquiétude.
- Euh, si vous le dîtes, vous aussi… "
Décidément, les gens étaient bizarres dans le coin ! Déjà qu'ils semblaient toujours trouver un prétexte pour célébrer tel ou tel événement, quand bien même l'anéantissement grondait… Maintenant voilà que c'était lui le centre des festivités, alors qu'il avait été longtemps ignoré, même par ceux à qui il avait rendu service, pas toujours comme ils s'y attendaient, mais sans jamais tricher…
" Mais vous devez vous demander à quoi tout cela rime ? devina habilement le monarque. Il ne s'agit pas d'un caprice de ma part, simplement pour vous rencontrer… J'ai un présent pour vous. Je préfère dire cela plutôt que récompense… Car aucune ne serait assez grande dans ce cas, je crois… Que tous m'entendent ! se redressa-t-il bien droit sur son trône, après s'être penché pour écouter la confidence du jeune homme. Archibald Bellérophon mérite notre respect et notre reconnaissance ! Ignorant le danger, il a bravé l'adversité, seul, pour être bien sûr que personne ne courre de danger à cause de lui ! "
Les applaudissements reprirent de plus belle. Le jeune homme craignait qu'il en soit malheureusement de même avec les accès de lyrisme du Roi Nougat, mais celui-ci, si tant est qu'il en eut vraiment envie, réussit à se contenir.
" Voilà le cadeau de notre royaume au nom de tous les peuples libres des Terres de Féerie : Archibald Bellérophon, vous voilà désormais Baron de la Forêt Noire ! tonna-t-il de sa plus belle voix de ténor lors d'un concert de Pavarotti.
- Baron ? hoqueta le jeune homme, qui s'attendait à tout sauf à cela tout de même. Lui, baron ?
- C'est cela même, baron. J'espère que cela ne te paraît pas trop peu ? " s'enquit le souverain, réellement soucieux.
C'est qu'il ne plaisantait pas, le bougre ! Lui, baron ? Il avait déjà eu du mal à se faire à son statut de professeur, et ne parvenait que rarement à demeurer dans le cadre de ses attributions, alors un titre de noblesse… Pour le peu qu'il avait pu en discuter avec le Marquis de Carabas lorsqu'il s'était retrouvé en sa présence - c'était l'un des professeurs les plus discrets qui se sentait un peu perdu sans son matou - ce n'était pas vraiment la vie de château, malgré les apparences… Vous aviez toujours quelque chose à faire quand vous imaginiez avoir tout fini, et cela, c'était un malus très important sur l'échelle des valeurs d'Archibald. Pour fonctionner pleinement, son esprit comme son corps avait besoin d'avoir de longues périodes de repos, et il avait dilapidé l'ensemble de ses réserves de paresse pour les coups durs contre Lord Funkadelistic… Celui-là avait bien mérité ce qui lui était arrivé en tous cas, même mort il lui causait encore des problèmes, quel acharné !
- Votre Majesté ! se décida-t-il à objecter, je crains que cela ne soit trop, au contraire !
- Mais tu l'as amplement mérité ! fit le monarque, chagriné.
- Loin de moi l'idée de mésestimer votre présent, voulut l'apaiser au plus vite le jeune homme qui après tout ne savait pas très bien comment il pouvait réagir, mais j'ai déjà beaucoup à faire ici et ailleurs ! Je crains de ne pouvoir m'occuper de mon domaine et de.. et de… Ah, ce sentencieux personnage ne pouvait pas utiliser des tournures de phrases moins compliquées ? Et tout ce qui s'en suit…, en termina le jeune homme, faute de mieux.
- J'avoue que cela n'était pas apparu dans les vues de mon esprit…, concéda aussitôt le Roi Nougat. Noble sire, ta lucidité éclairée t'aurait-elle soufflé une alternative qui puisse pourvoir aux besoins de ma reconnaissance éternelle à ton égard ? "
Le temps qu'il finisse ses phrases, et Archibald était en mesure de réfléchir suffisamment longtemps pour répondre sans le faire patienter, lui au moins, nota-t-il avec un agacement qui enflait au fur et à mesure que le Roi Nougat faisait de la surenchère verbale proprement gratuite.
" Oui, votre Majesté, je pense avoir trouvé une bonne façon de me récompenser, fit-il avec un petit sourire. L'Ennemi a commis bien des forfaits, et j'avais pensé que vous pourriez accorder vos faveurs à tous ceux qui ont souffert de tout cela. Aujourd'hui, poursuivit-il d'une voix claire, c'est la fête, mais demain, il faudra penser à rebâtir ce qui a été perdu ! Je ne désire rien pour moi-même en tous cas.
- Ah, tes paroles me mettent le cœur en joie ! Ton âme est altière, et ton esprit chevaleresque ! Sonnez trompettes, sonnez pour Archibald Bellérophon ! " s'enthousiasma le monarque, bondissant sur ses deux pieds, les bras écartés, et gratifiant le jeune homme d'une chaleureuse accolade, sous le regard point trop réprobateur de sa future épouse.
Archibald ne savait plus où se mettre, et ne le sut toujours pas durant les heures qui suivirent. Cette matinée ne représentait que le début des festivités organisées à la hâte mais dans la liesse générale. Lorsque la cérémonie du Roi Nougat fut terminée, débutèrent toutes sortes de jeux dans tous les coins de la pelouse bordant la Tour du Savoir Secret Salvateur : concours de poésies, tir à l'arc, joutes, compétition pour savoir qui ingurgiterait le plus de chopines d'hydromel, et même une chasse à courre dans les bois environnants dont le seul gibier à être proposé n'était pas de pauvres cerfs bramant à la mort, mais de façon plus amusante, des animaux en chocolat à qui l'on avait conféré la capacité de mouvement par l'intermédiaire d'un tour de magie comme un autre. Autant dire qu'en fin de journée, ceux qui avaient passé l'après-midi à courir dans les sous-bois pour se goinfrer d'un morceau de poule 100% cacao se débattant encore entre leurs mains même après avoir été brisé en l'équivalent d'une dizaine de tablettes étaient parmi les plus sujets aux crises de foie…
Le jeune héros du jour observait cela d'un œil dubitatif, passant d'un groupe d'inconnus à un autre, sans jamais avoir le temps de leur accorder plus d'une poignée de minutes, ou de mains, ce qui était de toute manière bien suffisant pour ceux qui ne désiraient pas plus que voir de près celui qui avait réussi à réduire à néant les plans de leur pire Ennemi alors même que tout semblait perdu pour eux avec la chute du Roi Nougat. La moindre minute peut vous paraître des heures à ce rythme, ce qui était vraiment le cas. Pour le coup, Archibald aurait bien souhaité n'avoir simplement qu'à discourir avec les professeurs, ou même surveiller ses élèves, mais ni les uns ni les autres n'étaient visibles, ou en tous cas, assez proches de lui pour être abordés. C'était la foule qui se chargeait de cela. De loin en loin, il entrapercevait bien le Doyen ou Miss Indrema, voire même le Petit Chaperon Rouge ou le Renard de la fable se plier avec bonne grâce aux joies des réceptions de l'ambassadeur, mais c'était bien tout. Sans compter qu'on ne lui avait laissé le temps ni de manger ou même de boire ! Ah, les bonnes manières se perdaient !
Le jeune homme parvint tout de même à échapper à la cohue, cessant de serrer des mains et de signer des autographes jusqu'à se fouler le poignet et attraper une tendinite. Une chose était certaine, jamais il ne se présenterait à une quelconque élection après tout cela ! S'éclipsant discrètement, si ce mot pouvait avoir encore un sens avec lui désormais, il finit par se retrouver à l'abri à l'intérieur de la Faculté quasiment désertée, se dirigeant aussitôt là où il savait maintenant trouver Kate… Arrivant en vue de la porte, il se préparait à frapper délicatement, un bouquet de roses arraché à la décoration du grand salon plus ou moins délicatement, quand il entendit le rire melliflu de la jeune femme. Qui donc était venu lui tenir compagnie à sa place et l'avait devancé ? Archibald s'abstint en conséquence de s'annoncer et entra silencieusement, son bouquet caché derrière le dos.
" Charmant…, grinça-t-il des dents dans la seconde.
- Professeur Bellérophon ! " fit mine de s'étonner l'autre, se redressant.
Il était assis dans un siège d'osier, à côté de la couche dans laquelle se reposait Kate, drapée dans ses couvertures jusqu'aux épaules, confortablement adossée contre une pile d'oreillers rose bonbon, une table basse de l'autre côté du lit, avec un verre vide et un pichet d'eau claire.
" Peut-être pourriez-vous m'appeler par mon prénom, depuis le temps ! se surprit le jeune homme.
- Oh ! fit le Prince, trahissant son étonnement partagé pour l'occasion. Eh bien, j'en serais ravi, positivement ! J'étais venu faire connaissance avec votre amie, Archibald, et voir si elle se remettait bien. Je vois que Lord Funkadelistic avait l'âme bien noire…, souffla-t-il avec une gravité qu'on lui voyait rarement.
- Pour être noire, elle l'était ! J'espère seulement que personne, ici, dans l'autre camp, ne s'était laissé abuser… Il y a toujours des choses difficiles à expliquer, même à présent…
- Vous pensez donc toujours à un traître ? s'enquit Charmant, recouvrant son expression pincée.
- Peut-être que ce terme est un peu fort, je l'admets…, répondit simplement Archibald, laissant planer ses sous-entendus avec une évidence identique à celle du Prince. Maintenant, il serait charmant de votre part que vous nous laissiez, Prince !
- Mais bien sûr… Je devais justement aller présenter mes hommages à la Belle ! Dame Kate, au plaisir… " ajouta-t-il en roucoulant, lui saisissant la main pour y déposer au revers un chaste baiser que le jeune homme considérait comme des plus dispensables…
Une fois seule avec la jeune fille Archibald demeura planté là quelques secondes sans trouver quoi dire ou quoi faire, tandis que Kate ne le quittait pas des yeux, affichant un visage paisible. Le jeune homme fit grise mine malgré lui en apercevant ses bandages sous sa chemise de nuit beaucoup trop grande pour elle, mais Miss Indrema l'avait rassuré sur ce sujet. Ses talents de guérisseuse auraient bien vite raison des tourments infligés par l'Ennemi…
" Charmant doit surtout chercher à récupérer une invitation pour la réception qui suivra le mariage ! " lança-t-il finalement à la cantonade.
Il lui était difficile de regarder la jeune fille bien en face, car la sérénité qui émanait d'elle lorsqu'elle le dévisageait en silence depuis son entrée le mettait mal à l'aise.
" Pourquoi me fais-tu les gros yeux, Archibald ? demanda-t-elle soudain. C'est à cause du Prince ? Ce n'était qu'une visite de courtoisie… C'est la première fois que je le voyais.
- Courtoisie, courtoisie…, grommela le jeune homme en haussant les épaules. Avec lui, je préfère m'attendre à tout…
- Oh, oh… Tu es… jaloux ? "
A ces mots, Archibald la foudroya du regard, mais son minois angélique avait disparu derrière le bol de soupe qu'elle avait porté prestement à ses lèvres. Seuls ses yeux à l'éclat amusé étaient encore visibles, soutenant son regard avec malice.
" Moi ? Jaloux ? De lui ? se rengorgea donc de façon fort prévisible le jeune homme. Allons, ne dis pas n'importe quoi ! Ah, c'est tout simplement risible ! tenta-t-il de plaisanter. Enfin… Bien sûr que je suis jaloux ! " soupira-t-il, constatant que rire jaune ne suffisait pas et n'ayant pas d'autres couleurs à sa disposition.
Il se laissa lourdement retomber dans le fauteuil d'osier, ses sentiments complètement éventés par Kate. Celle-ci avait à nouveau braqué toute son attention sur lui, et la douceur rayonnante de son regard dérangeait toujours Archibald. Se pouvait-il qu'elle soit amoureuse de lui à ce point ? Hum, l'un dans l'autre, cela devrait faciliter les choses, puisqu'il comptait l'entretenir de tout cela, au détour de la conversation sans doute, l'air de rien… A la voir, ce ne serait pas facile, d'aborder ce sujet avec légèreté. Le jeune homme déglutit péniblement.
" Il n'y a pas de honte à être jaloux…, déclara-t-elle.
- Euh, oui, oui…
- La fête a l'air de battre toujours son plein, estima-t-elle en se tournant vers la fenêtre de sa chambre. C'est bien... "
Ah, misère ! Pourquoi fallait-il que son sourire soit si désarmant ! Elle semblait si contente pour les autres, alors qu'elle avait en quelque sorte souffert pour eux, qu'elle avait été entraînée malgré elle dans une aventure qui n'avait été qu'un long calvaire, sans qu'elle sache jamais pourquoi ! Lui avait-on expliqué quoi que ce soit d'ailleurs, depuis leur retour avec Pégase ? Peut-être que non, si on l'avait jugée trop faible pour supporter d'interminables et embrouillées explications… Ce n'était en effet certainement pas le moment de la perturber un peu plus. Il fallait déjà qu'elle récupère physiquement avant de tenter de lui faire comprendre que tout ceci n'était malheureusement pas qu'un vilain cauchemar. Et Kate était tout de même bien plus terre-à-terre que lui, ça ne serait donc vraisemblablement pas une mince affaire, du moins, pour commencer…
" Oh, tu sais, des fêtes, ce n'est pas ce qui manque !
- Oui, sans doute… Mais tu es le héros de la journée. Et tu le mérites bien.
- Eh bien, c'est gentil, bredouilla Archibald. Mais héros, c'est un bien grand mot ! Après tout, je n'ai fait qu'un petit tour en dirigeable, quelques étirements, fait mumuse avec un bâton en fer, un peu de chute libre… Il n'y pas à en faire tant. Le Roi-Nougat est quelqu'un de très démonstratif, j'ai l'impression, voulut minimiser le jeune homme, d'une voix hésitante.
- Allons, allons, le fit taire gentiment Kate. Ne dis pas des choses pareilles. Je ne sais pas exactement tout ce qui a pu se passer, mais je sais que tu as fait bien plus que mumuse, comme tu dis. Pour moi, comme pour eux…
- Ah, peut-être après tout…, fit Archibald en croisant les mains derrière sa tête, pour donner l'impression de se détendre, ce qui était loin d'être le cas.
- Ne joue pas au faux modeste, tu n'es pas comme ça. "
Et lui qui avait cru qu'être celui qui n'était pas dans le lit faisait de vous le meneur de la discussion ! Il ne devait pas avoir de chance : qu'il soit couché, assis, ou debout, il avait toujours le désavantage… Finalement, en comparaison d'une conversation avec la jeune fille, affronter Lord Funkadelistic n'était pas si terrifiant. Lui au moins était prévisible dans ses réactions, même si sa langue acerbe était plus blessante. A peu de choses près, il avait réagi de la façon dont il s'y attendait, même lorsqu'il l'avait plus ou moins dérouté pour sa part. Si le jeune homme s'était retrouvé suspendu par les mains au rebord de du pont supérieur, nul doute que l'Ennemi aurait voulu lui écraser les doigts sous son talon pour lui faire lâcher prise, comme dans n'importe quel film d'action... Mais Kate lui donnait envie de se mordre les doigts justement, par moments.
" Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, essaya-t-il de s'expliquer d'un ton penaud. C'est juste que… Je n'avais pas du tout à l'esprit l'envie de jouer au super-héros, tu comprends ? Quand j'ai décidé d'aller à la rencontre de Lord Funkadelistic, je voulais juste… Enfin, je voulais seulement…
- Tu voulais ? l'encouragea la jeune fille d'une toute petite voix, la tête légèrement inclinée comme pour mieux deviner ses pensées.
- Eh bien, je ne pensais pas du tout à sauver le monde, et toutes ces choses-là, du moins, pas sciemment ! Et récupérer les Objets Magiques, très franchement, c'était le cadet de mes soucis !
- Alors, qu'est-ce qui comptait vraiment pour toi ? "
Cette fois, le jeune homme sourit d'une oreille à l'autre.
" Je pense que tu le sais, et ce n'est pas très gentil de t'amuser comme ça avec moi…
- Ah, oui, tu crois ? fit-elle en battant des cils. Pour ce qui est de s'amuser, le Prince Charmant m'a pourtant fait comprendre que tu t'étais amusé, toi, avec certaines de tes collègues, monsieur le professeur… "
Voilà que ses démangeaisons dans le cou reprenait le jeune homme de plus belle, comme par hasard… Oh, le fourbe Charmant ! Archibald comprenait mieux maintenant pourquoi il avait été si compréhensif et avait quitté la chambre sans faire de difficulté. Il était venu répandre son venin, l'air de ne pas y toucher…
" Quelque chose ne va pas, Archy ? le titillait Kate, la bouche en cœur. C'était à croire qu'ils s'étaient tous fait passer le mot ! C'est ton déguisement peut-être ? Très seyants, ses bas, dis-moi… Tu devrais en mettre plus souvent. "
Archibald lui coula un long regard et ils éclatèrent de rire tous les deux. Il réalisa tout à coup qu'ils se tenaient la main. Depuis combien de temps, et sans que l'un ou l'autre ne l'ait remarqué… Ou alors, sans le dire, pour la jeune fille…
" Kate ?
- Oui ?
- Je crois que ce n'est plus la peine de le cacher alors. Quoique j'ai pu faire pendant mon séjour ici… Si je suis allé là-haut, c'était pour… te ramener à la maison. "
Une, deux, trois secondes… Comment allait-elle réagir ? Lorsqu'ils s'étaient quittés, ce n'était pas dans les meilleurs termes, et bien qu'objectivement, il ne puisse être tenu responsable de la folie de l'Ennemi qui l'avait poussé à enlever Kate… Elle lui serra la main, plus fort, posant même sa main droite par-dessus...
" Je sais… Quand est-ce que nous rentrons ?