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lors, Bellérophon,
tu joues moins les hâbleurs de service,
on dirait ! Tu n'es pas content
de revoir ton amie ? Tu ne lui dis
même pas bonjour ? Ce n'est pas
très poli envers une si charmante
demoiselle... "
Et en effet, Archibald n'aurait
jamais imaginé une chose pareille.
Lord Funkadelistic s'était servi
de ses connaissances immenses pour
retourner dans son monde d'origine
et capturer la pauvre Kate. Le jeune
homme savait qu'il était capable
de passer d'un univers à l'autre,
mais il ne se serait jamais douté
que ce serait à cette fin. Ainsi,
il comptait s'en prendre directement
à lui. Mais pourquoi ? C'était la
première fois qu'ils se rencontraient
! Que pouvait-il bien savoir de
lui pour que cela le pousse à s'en
prendre à sa camarade ? Archibald
ne s'attendait nullement à être
exposé de la sorte, et elle encore
moins. Qui sait ce que leur Ennemi
avait pu lui faire ? Le jeune homme
eut beaucoup de mal à déglutir en
pensant au pire... Outre le fait que
Kate soit évanouie, elle était surtout
ligotée par des chaînes, menottée,
et portait une tenue moulante tout
en cuir qui faisait plus que mettre
ses formes en valeur, et qu'il ne
lui avait jamais vue.
" Décidément, tu restes sans voix,
se félicitait Lord Funkadelistic.
- Comment... Comment as-tu pu oser...,
croassa Archibald, les poings serrés,
les mâchoires roidies.
- Ah, enfin, tu réagis ! J'ai bien
cru que jamais tu ne souffrirais
de cette vision...
- Oh oui, je souffre ! Je veux savoir,
comment as-tu fait ! Elle n'a jamais
voulu jouer à la maîtresse SM avec
moi ! s'écria le jeune homme, les
larmes aux yeux.
- Plaît-il ? Mais de quoi... "
Même pour l'Ennemi en personne,
Archibald savait se montrer complètement
déconcertant. D'un doigt, Lord Funkadelistic
rajusta ses lunettes, ses lèvres
minces et pâles formant un rictus
indécis. Puis il embrassa d'un regard
toute l'étendue de la vaste prairie
maintenant dévastée, chaises et
tables renversées, tentes dont les
pans volaient aux vents, stands
délabrés, le tout en quelques secondes
à peine... Derrière lui, les misérables
érudits de la Faculté s'étaient
réfugiés dans leur tour faite de
citrouilles... Son sourire frondeur
revint. Il aurait pu la transformer
en autant de Jack O'Lantern flambant
du premier au dernier étage en un
seul mot de commandement, mais il
se retint. Le moment n'était pas
encore venu.
" Ecoute-moi bien, Bellérophon.
Quoi que tu puisses dire, cela ne
changera de toute manière rien du
tout.
- Non, mais attends un peu, espèce
de sosie de John Lennon au rabais
! Je ne t'ai strictement rien demandé,
moi ! C'est toi qui vient de m'interpeller,
avec tes déclarations grandiloquentes
! Mais tu es grotesque, laisse-moi
te dire ça, puisque tu n'a pas l'air
d'être en mesure de t'en rendre
compte tout seul ! Et si c'est là
tout ce que tu as à me dire, eh
bien, tu peux plier bagage ! Non,
mais, franchement, tu viens troubler
cette fête juste pour nous dire
trois mots ? Rentre chez toi !
- Tu voudrais me faire croire que
voir ton amie Kate ainsi à mes pieds
ne te dérange absolument pas ? s'enquit
doucereusement l'Ennemi, apparemment
peu dérangé par l'aplomb du jeune
homme.
- C'est cela même, répliqua celui-ci,
croisant les bras sur son torse,
et défiant Lord Funkadelistic du
regard.
- Eh bien, je n'en crois pas un
strict mot. Mais libre à toi de
mentir. Après tout, ce n'était qu'une...
visite de courtoisie de sa part,
prit-il le temps de bien choisir
ses mots. Et puis, elle va repartir
avec moi. Lorsque je l'ai trouvée,
commença-t-il à raconter d'un ton
badin, laissant chacun libre de
l'entendre, jusqu'à l'autre bout
de la prairie, elle n'était pas
très contente de son sort. Déjà
que tu la délaissais, mais là... Cinq
mois sans nouvelles... Tu avais
battu ton record !
- Cinq mois ? ne put se retenir
de s'exclamer en écho Archibald.
- Oui, cinq... Je vois que l'on s'est
bien gardé de t'expliquer exactement
ce qu'il en était de la différence
d'écoulement du temps entre ces
deux mondes, n'est-ce pas ? Quelle
faute de goût impardonnable ! C'était
pourtant la moindre des choses,
tu n'es pas de mon avis ? Bref...,
et son sourire s'élargit tandis
qu'il contemplait la mine défaite
de son compatriote d'exil, j'ai
une prédilection pour les jeunes
filles qui viennent de connaître
une déception amoureuse, et on peut
dire que dans le cas de la petite
Kate, c'était plus qu'une évidence...
Elles sont... à la recherche d'un
certain réconfort, de quelqu'un
qui les comprenne sans les juger,
je crois que tu me suis. Elles sont
fragiles et plus malléables que
d'ordinaire... Je n'ai plus qu'à claquer
des doigts, et je leur impose mes
quatre volontés, il suffit de demander
! Et tu imagines ce que j'ai pu
lui demander, bien gentiment ? murmura
l'Ennemi, se penchant en avant,
son ombre enveloppant le jeune homme
tout entier.
- Des œufs au plat ? Appeler l'hôpital
psychiatrique le plus proche ? Te
payer une cure de désintox sexuelle
comme Michael Douglas ? En tous
cas, tu ne dois pas être l'instigateur
de la journée de la femme, ça...
- Tu es méprisable..., déclara en
retour Lord Funkadelistic, d'un
ton ô combien sentencieux. Tu aurais
dû deviner que je parlais d'autre
chose... De choses à un endroit jugé
communément inconfortable... Non,
je ne parle pas de la banquette
arrière d'une Volkswagen, petit
amateur d'humour douteux ! Mais
peu m'importe, je ne vais pas te
supporter plus longtemps pour le
moment. J'ai beaucoup mieux à faire,
tu devrais être content de me voir
partir. Ce n'est pas le cas à voir
ta tête, étrange, non ? Est-ce à
cause de Katie ? Quoi qu'il en soit,
je tenais simplement à ce que vous
vous rappeliez tous clairement ma
présence, toujours au-dessus de
vous... Vous ne pourrez pas y réchapper.
"
Sur ces lugubres paroles, leur Ennemi
s'en alla comme il était venu, dans
un tourbillon d'éclairs, abandonnant
chacun à ses propres stupeur et
anéantissement. La fête qui aurait
dû célébrer la levée d'une brise
d'espoir pour tous les gens ici
réunis s'était changée en une horrible
tempête de dévastation qui n'avait
pas épargné le moindre buisson.
Les rongeurs des deux brigades de
C.R.S couraient en tout sens, piaillant,
agitant en l'air leurs petites épées,
et paraissant surtout tout à coup
bien dérisoires et incapables face
à la mission qui leur avait été
assignée. Mais qu'auraient-ils pu
faire ? Qui aurait pu faire quoi
que ce soit à leur place ? Archibald
n'en savait rien. Ses étourdissements
le reprirent, et il ne fit pas d'efforts
pour se contenir lorsqu'il sentit
que ses jambes ne souhaitaient pas
le porter plus longtemps pour l'instant.
A genoux dans l'herbe, hébété, il
ne regardait nulle part ailleurs,
entendant à peine le brouhaha qui
s'étendait tout autour de lui. Les
portes de la Tour du Savoir Secret
Salvateur s'ouvraient à nouveau,
la cour du Roi Nougat, abusée jusqu'au
dernier de ses membres, se précipitait
en direction de son campement sans
se soucier de plus rien d'autre,
et tous les autres convives se contentaient
d'échanger des regards pour le moins
inexpressifs, eux aussi encore sous
le coup de l'apparition spectaculaire
de Lord Funkadelistic.
Sans crier gare, le jeune homme
vit se planter devant lui les deux
longues jambes de Miss Indrema,
et tout ce qui allait avec le corps
sculptural de la dryade.
" Allons, levez-vous, lui dit-elle,
et Archibald obtempéra sans même
lui rétorquer une réplique acerbe.
Je voulais vous dire, continua-t-elle,
les traits durs, les mains sur les
hanches. Vous m'avez encore déçue,
j'espérais mieux de vous ! N'avez-vous
donc aucune compassion pour cette
pauvre fille ? "
Le jeune homme se redressa tout
à fait, sursautant. Miss Indrema
interpréta mal ce geste, croyant
simplement qu'il réagissait à sa
remarque sur sa prétendue indifférence.
Archibald écarquilla les yeux en
la dévisageant... Elle ne vit pas
venir sa gifle cinglante. Médusée
à son tour, il lui fallut un certain
temps avant d'oser lui faire face
à nouveau, alors que de nombreuses
personnes s'étaient retournées de
leur côté au bruit de la claque.
" Vous n'avez absolument rien compris,
la semonça Archibald, plus sérieux
qu'elle ne l'avait jamais vu auparavant.
Vous pensez sincèrement que ce que
j'ai vu m'a plu ? Ou que je m'en
fichais éperdument ? C'est d'une
bêtise ! Il n'attendait que ça,
votre Ennemi, que je me laisse aller
! Et si j'avais opté pour ce qu'il
espérait de moi, qui sait ce qu'il
aurait fait à Kate pour mieux me
rendre fou ? J'ai préféré jouer
le détachement, et tant pis s'il
ne m'a pas vraiment cru... L'essentiel
est qu'il n'ait rien tenté contre
elle. Devant moi...
- Cela, vous n'en savez rien, intervint
Charmant, qui arrivait en courant
auprès d'eux, essoufflé. Et excusez-vous
tout de suite ! C'est incroyable
! Pour qui vous prenez-vous ? Oser
frapper une femme ! Miss Indrema,
vous allez bien ? Ce rustre ne vous
a pas fait trop mal ?
- Non, je n'ai rien, lui répondit-elle
à contre-cœur, alors qu'elle aurait
préféré garder le silence. Et puis,
je l'ai mérité..., acheva-t-elle pour
elle-même.
- Oh, Charmant, je vous conseille
vivement de vous taire, le tança
le jeune homme. Je ne suis pas d'humeur
à vous supporter... Just shut the
fuck up !
- Voilà qui est clair, grinça des
dents le Prince en retour. Laissez-moi
vous dire alors que je ne vous aime
pas du tout !
- Comme si je n'avais pas remarqué,
sombre idiot...
- Et que quand je vois que c'est
encore à cause de vous que tout
cela s'est produit, je...
- A cause de moi ? s'emporta un
Archibald cette fois les nerfs à
vif. Vous... Oh, je ne sais même pas
quoi dire tant votre cas semble
désespéré ! Il s'est trouvé que
j'étais dans le coin et qu'il m'a
vu, mais il comptait venir de toute
manière, alors arrêtez de divaguer,
vous l'avez entendu aussi bien que
moi ! "
Sur ce, le jeune homme partit à
grandes enjambées à la recherche
d'un arbre sous lequel s'asseoir,
quand bien même ce n'était pas dans
l'espoir de trouver la sérénité
du Buddha. Tous les autres professeurs
étaient maintenant sortis pour une
réunion improvisée en plein air,
de la plus haute importance. La
dryade s'était éloignée, demandant
à Charmant de la laisser seule elle
aussi, et s'était portée au secours
du Doyen de la Faculté, qui reprenait
à peine ses esprits. La vision de
Lord Funkadelistic pénétrant si
facilement au cœur de leurs défenses,
dupant la confiance et la vigilance
de tous avait fait plus que l'ébranler.
Il avait été bien près de prendre
une attaque et de mourir sans combattre
face à son pire Ennemi. Cette éventualité
pathétique lui cuisait tout autant
que si cela s'était vraiment passé.
Soutenu d'un bras par Miss Indrema,
il vint lentement rejoindre son
personnel, tandis que ceux-ci s'occupaient
de répondre aux diverses sollicitations
dont ils étaient tous l'objet en
tant que responsables ou du moins
tenus tel quel.
Pendant ce temps, la Belle au Bois
Dormant et tous ses gens organisaient
déjà leur départ, prompts à retrouver
les épaisses murailles de leur château,
qu'ils estimaient bien plus sûres,
surtout après ce terrible fiasco.
Peu importait ce qu'elle était censée
incarner, peu importait le sort
du véritable Roi Nougat, et ce qu'il
pouvait bien subir en ce moment
même... Chacun ne se préoccupait que
de lui seul, partout. La cohue était
maintenant tout aussi importante
que sur le coup de ce dramatique
incident. Le vieux sorcier en était
encore à reprendre son souffle et
tenter de faire le vide dans son
esprit lorsque la voix nasillarde
du Prince Charmant s'éleva une fois
de plus pour se plaindre.
" Bellérophon n'est pas là, Doyen
! De plus, il s'est comporté comme
un goujat avec Miss Indrema ! Je
propose que l'on commence sans lui
! De toute façon, il n'écoute jamais
!
- Est-ce vrai ? s'enquit le vieux
sorcier en levant les yeux vers
la dryade, sans plus se soucier
que cela des protestations de Charmant.
- C'est sans importante, affirma-t-elle
en dirigeant son regard noisette
vers la seule personne qui ne la
questionnerait pas même muettement,
Vlad, enfermé dans son cercueil.
- Bien..., préféra ne pas aller plus
loin le Doyen. Chers enseignants,
de tous bords... Le plus dur nous
attends, je le crains... Est-ce que
quelqu'un pourrait aller chercher
le professeur Bellérophon ? soupira-t-il
en s'appuyant tout à coup sur sa
canne de tout son poids, oubliant
pour la première fois en public
les apparences.
- J'y vais ! " fit une petite voix
savoureuse et bondissante.
Sans demander son reste, la fée
Lacyon s'était levée et était partie
en voletant droit sur le jeune homme,
plus rapide qu'une fusée, et tant
pis si ainsi de nombreux mâles quels
qu'ils soient profitaient de la
vue pour suivre du regard son popotin
volant, spectacle toujours appréciable,
j'ose croire que vous amis lecteurs
ne me contredirez pas, même si vous
n'avez pas pu assister à ce genre
de scène, du moins, pas exactement
de manière identique...
" Archibald ! l'apostropha-t-elle
en se posant devant lui. Je suis
venue vous chercher... "
Le jeune homme lui jeta un œil sans
s'attarder sur son apparence faussement
négligée, avachi contre le tronc
du chêne sous lequel il s'était
laissé tomber. Bien évidemment,
comme par hasard, l'épaule gauche
de la fée s'était dénudée durant
le trajet, et il fallait qu'elle
fasse admirer son déhanché tout
en lui parlant... Archibald se sentit
gagné par une nouvelle bouffée d'euphorie,
mais cette fois, c'était le comportement
de Lacyon qui en était à l'origine.
Elle paraissait tellement peu concernée
par tout ce qui se passait autour
d'elle ! Lui-même, alors que ce
n'était pas son monde, s'investissait
plus, donnait de sa personne, en
subissait les conséquences ! Epuisé
nerveusement, il ne put s'empêcher
de lui rire au nez.
" Vous avez effectué un joli vol,
en rase-mottes.
- N'est-ce pas ? lui répliqua-t-elle
avec un sourire frondeur. C'était
pour aller plus vite, améliorer
la... pénétration...
- Dans l'air.
- Pardon ?
- Vous avez oublié dans l'air, dans
votre phrase. La pénétration dans
l'air.
- C'était peut-être un manque volontaire...,
ronronna-t-elle, s'inclinant devant
lui, les deux mains sur ses genoux,
lui offrant un panorama complet
du Grand Canyon, tête en bas.
- Oui, il doit y avoir un sacré
manque... Vous n'arrêtez jamais, exact
? rétorqua-t-il, sans dissimuler
le fait qu'il ne la regardait pas
dans les yeux.
- Le devrais-je ? le caressa-t-elle
du regard encore un ton plus bas.
- D'accord, alors dans ce cas, écoutez
un peu. Oui, oui, à l'oreille !
"
La fée Lacyon se rapprocha alors
encore du jeune homme, intriguée
et curieuse. Celui-ci se redressa
quelque peu contre le tronc, et
joignit le geste à la parole en
lui chuchotant d'indistinctes paroles
au creux de l'oreille, empêchant
tout indiscret de les entendre en
s'isolant de sa main. Les seules
choses à être visibles étaient le
teint de plus en plus rouge de Lacyon
et ses ailes battant machinalement
à une cadence de plus en plus soutenue...
Au bout de plusieurs minutes, Archibald
s'écarta benoîtement, sans la quitter
des yeux, le sourire aux lèvres.
La fée lui demanda quelque chose,
et il acquiesça vivement, accompagnant
cette réponse positive par d'étranges
gestes presque cabalistiques, traçant
diverses figures dans l'air, sous
le nez mutin de Lacyon qui n'en
paraissait que plus troublée, le
dit nez s'agitant plus encore que
celui d'un lapin nain courant à
travers tout votre appartement avec
pour seul but, des fils électriques
à ronger... Puis, le jeune homme lui
tira la langue, ou plutôt, il la
laissa s'agiter à l'extérieur avant
de la faire claquer et de terminer
par un clin d'œil appuyé. La fée
s'en retourna à pieds, incapable
de décoller.
" Alors ? fit le Doyen.
- Il... Il arrive..., bégaya-t-elle
distraitement.
- Et c'est cela qui vous a mise dans
cet état ? se moqua de sa voix rugissante
Barbe Bleue, s'en tapant les cuisses
de rire en voyant le visage congestionné
de la fée, des perles de sueur roulant
de sa chevelure argentée.
- Mais non, gros imbécile ! C'est
juste que... qu'il m'a expliqué ce
qu'il me ferait si je continuais
à... à... le harceler, poursuivit-il
en écorchant ce dernier mot, comme
si le terme de harcèlement lui était
complètement étranger.
- Il vous a donc menacée, le malotru
! s'indigna le Prince Charmant,
se levant de son siège.
- Pas du tout..., fit rêveusement
Lacyon, deux doigts passant sur
ses lèvres. Il a juste dit qu'avec
ses... [censuré] et sa...[censuré],
il me...[censuré] et...[censuré] puis
qu'il...[censuré] jusqu'à ce que je...[censuré]
- Mais.. Mais, mais... Sans sa...[censuré]
Enfin, son...[censuré] ?
- Oui, oui, sans sa...[censuré] Juste
un...[censuré]
- Oh ! répondit Charmant en hochant
la tête, alors qu'il n'avait pas
compris la moitié de ce que voulait
exprimer la fée. Je ne savais pas
que l'on pouvait faire des choses
là, seulement avec sa...[censuré]
Et ses...[censuré] "
Malheureusement pour lui, le Prince
connaissait l'infortune d'être en
plus de quelqu'un de superficiel,
vain, et borné, un amant bien peu
imaginatif... Il se rassit l'air dubitatif,
comme s'il tentait de rassembler
ses pensées en quête des éléments
manquants, une main triturant la
poignée de son épée d'apparat. Quelque
peu gêné, le Doyen toussota en demandant
un rappel au calme. Chacun se ressaisit
sous la pression de son regard.
Ils n'auraient jamais pensé tous
autant qu'ils étaient qu'il leur
faudrait improviser si vite un conseil
de guerre, et encore moins que cela
se déroulerait après une débâcle,
le jour même des célébrations qui
auraient dû les voir reprendre courage...
Comble de l'infortune, la sensibilité
de chacun était bien trop exacerbée
en ce jour, et les discussions ne
tardèrent pas à s'envenimer, tout
le monde pestant après tout le monde,
et Charmant faisant encore et toujours
remarquer l'absence d'Archibald,
qui semblait introuvable, ne se
sentant visiblement pas d'humeur
à rendre la justice ou autre chose
sous son chêne... Ils étaient tous
debout à se quereller tout en jouant
à qui hurlerait plus fort que le
voisin, tout cela sans que personne
ne se soucie de les voir se déchirer
en public, lorsque le jeune homme
réapparut, comme sorti de nul part.
Peut-être était-ce le nuage de fumée
qui l'entourait qui avait préservé
son approche surprise. Archibald
leur présenta alors sa création,
comme un magicien fait sortir un
bouquet de fleurs de son chapeau.
" Bon, écoutez tous, si l'on veut
avancer, il serait peut-être temps
de fumer le calumet de la paix !
Je vous présente ma création ultime
dans ce domaine, le porc-épic !
"
Loup l'avait bien mis en garde devant
ce monstre de plus d'un pied de
long, sur le fait que malgré ses
dimensions impressionnantes, il
risquait fort de manquer d'efficacité
pour cause de tirage trop faible,
quand bien même il comptait plusieurs
entrées... Le pourfendeur des trois
petits cochons - qui n'avait pas
mis longtemps à retrouver ses chaînes
et son bonnet cette fois aux couleurs
de l'équipe de base-ball des New
York Yankees - était surtout
mécontent parce qu'il avait perdu
l'équivalent de cinq barrettes de
Népalais qu'il avait bien eu du
mal à récupérer et qu'il aurait
pu mettre des semaines entières
à écouler dans l'enceinte de la
Faculté. Mais il fallait bien obéir
à ses professeurs. Si l'on commençait
à mettre en doute cette règle de
conduite, où s'arrêterait-on ? En
attendant, le jeune homme n'avait
pas perdu une seconde une fois la
bête en main, l'allumant tandis
qu'il courait rejoindre ses collègues.
Avant même que le Doyen ait pu dire
quoi que ce soit en guise de protestation,
Archibald lui tomba dessus.
" Et ne crapotez pas ! " le pria-t-il
en lui tapotant le dos.
Il ne fallut pas longtemps pour
que l'ambiance plombée et orageuse
ne redevienne beaucoup plus respirable,
du moins, façon de parler. Les sages
s'étaient isolés dans les hauteurs
de leurs cimes inaccessibles, protégés
par une ceinture de brume odorante...
De temps à autre, leurs rires descendaient
jusqu'au commun des mortels, ne
sachant comment interpréter ces
signes... Les élèves avaient été bien
entendu maintenus tous à l'intérieur
de la Tour du Savoir Secret Salvateur,
parqués là par les surveillants
et même quelques marmitons appelés
à la rescousse. Certains ne savaient
strictement rien de ce qui avait
pu advenir, mais les plus grands
ne manquaient pas d'avancer hypothèse
sur hypothèse, convaincus d'avoir
raison à chaque fois. Tous pressentaient
bien par contre qu'il y avait eu
des difficultés imprévues, c'était
le moins que l'on pouvait dire.
Mais le personnel de la Faculté
ne voulait rien leur révéler, pas
encore du moins. La classe dont
Archibald était professeur principal
était la plus soucieuse de toutes.
Car il était aisé pour eux d'immédiatement
imaginer que leur enseignant était
directement impliqué, étant donné
ce qu'il avait déjà fait depuis
son arrivée. Un professeur bien occupé...
" Alors comme ça, ça fait cinq mois
que je suis ici ?
- Hi, hi, hi, mais oui, mais oui
! lui répondait le Doyen, riant
aux larmes.
- Et vous comptiez me prévenir quand
?
- Jamais, voyons !
-Ah, ah, comme c'est drôle ! " gloussait
avec lui Archibald, mais d'un rire
jaune, récupérant le grand cône
pas encore à moitié fumé pour le
passer à nouveau au vieux sorcier.
Vraiment, vous êtes un sacré plaisantin
! Et vous supposiez sans doute que
je ne vous poserais jamais la question
?
- Le fait est que je vous pense trop
bête pour vous en soucier ! Vous
posez la question, j'élude, et vous
ne revenez pas à la charge avant
dix jours. Et ainsi de suite !
- Comme c'est astucieux ! renchérit
le jeune homme, les yeux tout aussi
pétillants que ceux du Doyen, mais
la voix sarcastique au possible.
- Je ne vous le fais pas dire !
"
Archibald avait été contraint de
faire appel à Loup pour trouver
de l'herbe enchantée en provenance
de son propre monde, et non pas
de ce pays féerique. Il lui devait
donc un service, mais il savait
qu'il pouvait compter sur le loup
pour ne pas lui causer de soucis
supplémentaires avec cela pour le
moment. Le jeune homme avait voulu
obtenir confirmations de certains
des dires de Lord Funkadelistic,
sans parler de faire un peu bouger
les choses, ce qui pouvait sembler
paradoxal, je vous l'accorde, chers
lecteurs. En général, fumer du cannabis
n'est pas le meilleur moyen de se
plonger avec volonté et promptitude
dans de nouvelles perspectives.
Toutefois, Archibald était convaincu
qu'ils perdraient tous moins de
temps à planer une heure que se
disputer durant toute la nuit. Et
il n'avait pas tort. Sous la pâle
lueur des blanches étoiles, un nébuleux
nuage, opaque et aux lourdes effluves,
se répandait peu à peu dans tous
les recoins de la prairie, grimpant
jusqu'au premier étage de la Tour,
et tous ceux qui s'apprêtaient à
fuir au plus vite s'en retrouvaient
apaisés, minimisant l'apparition
dantesque et terrifiante de l'Ennemi
dans un bouquet de pensées toutes
plus colorées les unes que les autres.
" Ah, vous voyez bien que cela ne
servait à rien de se précipiter
comme ça ! Il faut toujours faire
confiance au Judgement Night
! " décréta encore le jeune homme,
se souvenant du seul film à sa connaissance
à avoir rapporté plus d'argent par
le biais de sa bande originale que
par ses entrées aux guichets.
Miss Indrema était en réalité seule
à ne ressentir aucun effet du chanvre,
quelle que soit sa provenance, de
par sa condition de dryade, être
vivant profondément relié à la Nature.
Et pourtant, elle se sentait étrangement
perturbée depuis la veille. C'était
pareil à un engourdissement l'envahissant
peu à peu. Pourtant, elle ne pouvait
déjà être appelée à rejoindre la
Forêt, elle était bien trop jeune
! Depuis son " aventure " avec Archibald
Bellérophon, elle s'était posée
de nombreuses questions à ce sujet.
Avait-elle trouvé l'amour ? Et voilà
qu'au contraire de ce qu'elle était
venue à imaginer, elle se montrait
réceptive aux avances de Charmant
tandis qu'une nouvelle venue était
apparue du côté du jeune homme,
la dénommée Kate... Etait-ce là un
signe destiné à lui montrer qu'il
ne fallait pas chercher à aller
plus loin ? Il y avait quelque chose
de réellement troublant... Charmant
lui avait fait tant de fois comprendre
son intérêt pour elle, et en retour
Miss Indrema lui avait signifié
avec une obstination comparable
qu'elle n'était pas du tout intéressée.
Et ce soir, elle n'avait réagi qu'après
qu'il ait posé les mains sur elle,
et sans le rejeter. Elle n'avait
tout simplement pas pu... Mais à présent,
Charmant était atteint par la somnolence,
comme tous les autres professeurs,
excepté le Doyen, toujours surexcité
en ce qui le concernait, et Archibald,
qui n'avait pour ainsi dire pas
touché à son cône magique. Au moment
où celui-ci fit mine de s'éclipser,
la dryade lui emboîta le pas. Comme
s'il ne l'avait pas vue le suivre,
Archibald continuait droit devant
lui, s'éloignant en direction de
la Tour. Il fit signe au loup de
le rattraper à l'intérieur du bâtiment,
ce à quoi l'animal lui répondit
d'un geste de la patte. Mais Miss
Indrema le saisit par le poignet.
Le jeune homme fit prestement volte-face,
prouvant qu'il n'avait pas été dupe
des intentions de la dryade.
" Si vous voulez des excuses, elles
sont à vous, lui annonça-t-il sans
attendre.
- Ce n'est pas de ça dont il s'agit.
Ou plutôt... Ce serait à moi de vous
faire des excuses...
- Et si vous m'offriez vos charmes
alors pour vous faire pardonner
? Je plaisante, ajouta-t-il avant
de se prendre une gifle selon lui
tout aussi méritée que celle qu'il
lui avait donnée.
- Vous l'aimez ? Cette jeune femme
? demanda-t-elle timidement.
- L'aimer ? Je ne sais pas..., secoua-t-il
la tête. Je ne me suis jamais vraiment
posé la question avec elle. On se
retrouvait, même si à côté, on...
En fait... A supposer que... Ce serait
la seule personne avec qui je pourrais
tromper quelqu'un d'autre sans me
sentir en faute. Cela doit bien
avoir un sens...
- Oui sans doute, ce que je vois,
c'est que vous n'êtes pas très moral,
rétorqua Miss Indrema en faisant
la moue.
- Vous me posez une question, j'y
réponds, fit Archibald en haussant
les épaules. Que voulez-vous que
je vous dise de plus ? Ce qui est
sûr, c'est que je ne compte pas
la laisser entre les mains de ce
malade. Après tous les efforts que
j'ai pu faire... Il est hors de question
que ce soit lui qui en profite !
Ah, dire qu'elle était toute de
cuir vêtue..., soupira-t-il, rêveur.
- Je vois...
- Oh, je n'en suis pas sûr, mais
si vous le croyez... Vous savez, je
n'apprécie vraiment pas que personne
ne m'ait prévenu que le temps passait
aussi vite, de ce côté-ci de la
barrière, changea-t-il de sujet.
Alors que personne n'a pris de
pincettes pour m'adresser toutes
sortes de reproches, même à propos
de choses totalement insignifiantes.
Je crois sincèrement que s'il n'y
avait pas Kate maintenant... Je serais
déjà parti, et peu m'importe ce
que le Lord Fucka peut comploter
!
- Ce n'est pas Lord F...
- Je ne crois pas que cette divergence
de prononciation soit des plus appropriées
à débattre pour le moment ! déclara
le jeune homme la bouche en cœur.
Ecoutez, je veux sauver une jeune
fille en détresse, je trouve que
c'est exactement dans le ton d'une
aventure en Terre de Féerie, vous
ne trouvez pas, chère dryade, reine
de ces bois ? Alors, au lieu de
me retarder...
- Parce que vous comptez foncer
tête baissée ? le rabroua Miss Indrema,
loin de le laisser s'en aller, mais
au contraire resserrant sa prise.
- Ne serrez pas si fort, s'il vous
plait, on dirait un vieux saule
!
- C'est complètement idiot ! Tout
à l'heure, vous m'avez fait comprendre
que vous n'aviez pas voulu répondre
à ses provocations, mais ça ne vous
empêche pas de le faire maintenant,
pour autant que je puisse en juger
! Vous voulez vous jeter dans la
gueule du loup ! s'écria-t-elle,
hystérique.
- On m'appelle ? s'enquit Loup,
les pattes en porte-voix.
- Non ! répondirent les deux autres
à l'unisson.
- A quoi cela aura donc servi, que
vous me fassiez la leçon tout à
l'heure ? reprit la dryade un ton
plus bas, étouffant un sanglot.
- C'est donc ça, vous m'en voulez
bel et bien d'avoir levé la main
sur vous. Je suis dé...
- Mais non ! l'interrompit net Miss
Indrema. Je ne disais pas ça vis-à-vis
de moi, mais... pour vous. "
Archibald entendit à peine ses derniers
mots. Et ce fut tout aussi doucement
qu'il lui répondit.
" Je... Eh bien... Je n'aurais pas cru
que vous aviez un cœur d'artichaut,
et pourtant, c'est vrai que puisque
vous êtes une dryade, c'est possible
", voulut-il maladroitement plaisanter.
Il saisit son menton du bout des
doigts et l'obligea à le regarder.
" Ecoutez... Il ne faut pas pleurer
! Si vous êtes bien sage, lorsque
je reviendrai, je vous ferai...,
commença-t-il.
- Si c'est pour répéter ce que vous
avez dit à Lacyon, j'ai tout à fait
compris, rassurez-vous ! l'empêcha-t-elle
d'en rajouter.
- Dans ce cas, inutile de vous faire
un dessin. Je vais avoir besoin
de mon épée. Euh, pour autre chose,
se crut-il obligé de préciser. Je
compte aller visiter le château
du Roi Nougat. Après tout, le Doyen
avait eu quelques mots à son sujet
lors de mon arrivée ici. Il avait
dit, attendez, laissez-moi me souvenir,
c'est que ça date du premier chapitre,
hum... Il faudra vous y rendre
un jour, question de patrimoine...
A mon avis, cela a à voir avec mon
nom, vous ne croyez pas ? J'ai déjà
récupéré mon épée, peut-être qu'il
y a autre chose à trouver, vous
ne pensez pas ? Lorsqu'il sera dégrisé,
il faudra que je tire ça au clair.
Quoique, ce n'est pas vraiment la
peine d'attendre. Let's go !
Oh, une dernière chose ! Si... Si
vous savez de quoi je voulais parler
tout à l'heure, il faudrait peut-être
en profiter pour proposer au Doyen
d'instaurer des cours d'éducation
sexuelle, qu'est-ce que vous en
dîtes ? Et ça vous dirait de faire
des démonstrations en ma compagnie
? l'interrogea-t-il avec une niaiserie
dépassant tous les critères humains...
- Pas en ces termes...
- On en reparlera. En attendant,
si vous pouviez demander à Loup
de réunir son gang... Hum, sa famille.
Ce petit nuage parfumé m'a donné
des idées... "
A des lieues et des lieues de là,
ou plus exactement deux cent cinquante
bâtonnets de réglisse, le château
du Roi Nougat était tombé depuis
deux heures, le souverain préférant
se rendre et sauver ainsi la vie
de quelques uns de ses défenseurs.
C'était avant que son conquérant,
Lord Funkadelistic, ne décide de
faire périr par le fer tous ceux
qui avaient déposé les armes face
à lui et ses armées, comme autant
de lâches qu'ils étaient, d'après
lui. Les murailles avaient été lourdement
endommagées, des pans entiers de
murs disparaissant sous les coups
de boutoirs des béliers en bûche
au chocolat, des boulets de gelée
multicolores qui s'étaient écrasés
tout sauf mollement contre les remparts,
et des bananes flambées qui avaient
allumé des incendies un peu partout
dans la forteresse.
Il n'y avait plus âme qui vive dans
les alentours. Avec Lord Funkadelistic
étaient entrées des hordes entières
de corbeaux qui n'avaient pas tardé
à chercher pitance sur les cadavres,
nuée nuisible de ténèbres se déversant
dans les ruelles. Au sommet de la
plus haute tour du donjon du château
du Roi Nougat, l'un des oiseaux
poussa son cri, dressant son bec
crochu et tâché de sang vers une
Lune aux reflets rougeoyants. Ils
furent des centaines et centaines
à l'imiter, et tout autant à tournoyer
sans cesse comme autant de gardiens
mangeurs de morts. Tout à coup,
un faucon aux étincelantes plumes
blanches arriva de l'est, accélérant
sa course céleste plutôt que de
se laisser porter par les courants
ascendants. Il plongea en piqué
sur la masse perpétuellement en
mouvement des corbeaux, qui s'écartèrent
aussitôt à son passage. L'un d'eux
ne s'éloigna pas assez vite, et
les serres du faucon lui labourèrent
les ailes. Il s'écrasa sur le pavé
dans une bouillie de chair lacérée
et de plumes ensanglantées.
Un moment plus tard, Lord Funkadelistic
congédia d'un geste son animal,
qui quitta son épaule en silence.
Le jeune homme savourait sa victoire,
un sourire torve fendant son visage.
Il rajusta ses petites lunettes
rondes, mais il n'y avait personne
à impressionner, aucun esprit à
briser en lui faisant contempler
quelques instants l'insondable folie
qui ne cessait de brûler au fond
de ces orbites, obscures et incommensurables
puits de ténèbres. Il n'y avait
qu'une seule âme en peine à ses
côtés en cet instant, au plus profond
de la nuit, lovée contre lui, sa
tête blonde sur ses cuisses, dans
l'immense fauteuil qu'il avait fait
sien. Comme tout ce qu'il croisait
en travers de sa route. Kate... L'être
qui comptait certainement le plus
pour Bellérophon. Cela avait été
un plaisir de se l'approprier, et
tellement facile ! Il n'avait pas
menti à son camarade d'exil. La
jeune fille n'était plus qu'un chaton
abandonné et peureux, qui quémandait
qu'on la recueille... Elle était assez
jolie, ce n'était pas une gageure.
Petite, fine, mais bien en formes,
ses cheveux blonds tombaient dans
son cou, une mèche perdue venant
de temps à autre dissimuler son
regard azur, presque trop clair.
Lorsque Lord Funkadelistic l'avait
faite sourire, une irrésistible
malice avait illuminé ses traits opalins,
fins et doux.
Mais depuis qu'il était retourné
avec elle en Terre de Féerie, il
la maintenait dans un état de stase
comparable à ce qu'elle connaîtrait
si elle était perpétuellement droguée
à l'opium. Dans cet état de demi
sommeil permanent, il devait la
guider pour chacun des gestes... Il
lui fallait préserver sa santé mentale.
Du moins, pour un temps... Tandis
qu'il lui caressait les cheveux
d'une main, il l'entendit quitter
sa torpeur quelques instants.
" Est-ce que... Est-ce qu'il va venir
? "
Lord Funkadelistic ferma les yeux,
goûtant finalement un peu de repos.
Les doigts de sa main libre tapotant
le renflement de l'accoudoir en
bois précieux, accélèrent leur mouvement,
puis se crispèrent.
" Oui... Tu peux en être certaine.
Oh oui, il va venir. Bientôt. "
Et l'Ennemi se laissa aller contre
le dossier de son siège, à la lueur
évanescente des flammes mourantes.
Le monde qui s'offrait à lui suivrait
le même chemin.
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