|
rchibald
avait ressenti une impression étrange
lorsque la plus haute citrouille
de la Faculté, couronnant
son sommet de ses rondeurs orangées,
avait émergé des arbres,
alors qu'ils abordaient à
peine la forêt. Le jeune homme
ne pouvait tout de même pas
dire qu'elle lui était familière
et qu'il se sentait rassuré
de la revoir, et c'était
pour autant un fait qu'il se devait
de considérer comme avéré.
La Tour du Savoir Secret Salvateur
lui apparaissait bel et bien tel
un refuge. Ce qui n'était
pas suffisant pour l'empêcher
de se faire du souci en imaginant
ce qui allait lui arriver. Alors
qu'ils pénétraient
à l'orée de la clairière
les menant à l'entrée
de l'immense bâtiment légumineux,
il était déjà
un peu tard pour s'en faire
" Princesse ! s'inclina bien
bas Archibald. Je vous en prie,
descendez, tout le monde vous attend
! "
Le jeune homme se tenait sur la
gauche du marche-pied du carrosse
qu'il avait dérobé
à l'aide de ses amis lupins
au Prince Charmant, une main tendue
pour recueillir la paume encore
tremblante de la Belle au Bois Dormant.
La princesse avait été
très surprise de le retrouver,
puis avait rechigné à
le suivre. Toutefois, le confort
du véhicule de location -
tel que le présentait Archibald
- avait été trop tentant.
Pas un reproche de sa part
Peut-être que le fait d'avoir
entendu dire que les loups mangeaient
les enfants qui n'étaient
pas sages et d'avoir en réalité
des choses à se reprocher
l'avaient enclin à se taire,
pour une fois
Le jeune homme
avait apprécié cela
quelle qu'en soit la raison.
Et à présent, il se
tenait tous deux dans la cour de
la Faculté, de bon matin,
alors que personne ne semblait avoir
remarqué leur arrivée.
" Vous devez jubiler ! furent
ses premiers mots depuis qu'elle
s'était terrée dans
un angle du carrosse.
- Je devrais ? Et pourquoi cela
?
- Comme si vous ne le saviez pas
! Mais parce que vous avez tout
ce dont vous aviez besoin pour rentrer
! Vous avez rendu le traîneau
à son propriétaire,
les cadeaux qu'il avait à
distribuer lui ont été
restaurés par la même
occasion, et vous m'avez retrouvée,
moi ! Tout est parfait pour vous
! Quoique vous ayez fait, vous ne
pourrez pas recevoir la punition
que vous mériteriez pourtant
! Pour un peu, même si vous
aviez dévasté la demeure
du Père Noël ou assommé
le Prince Charmant en route pour
me sauver, personne ne trouverait
rien à redire ! s'emportait-elle.
- Ma foi
, répondit
prudemment le jeune homme, quelque
peu interloqué par cet accès
de perspicacité, toutefois
involontaire. Je ne suis pas sûr
que le Doyen de la Faculté
soit du même avis que vous,
mais nous n'en sommes pas encore
là
- Ah oui ? et les yeux de la princesse
s'éclairèrent brusquement
comme une chatte devant une coupelle
de lait frais. Vous croyez qu'il
pourrait s'en prendre à vous,
c'est sûr ?
- Voilà qui vous plairait,
n'est-ce pas ? J'en étais
certain ! Tu es vraiment une peste,
il n'y a pas d'autre mot ! Oui,
effectivement, sois rassurée,
il y a de fortes chances que le
Doyen s'en prenne à moi,
et avec la manière encore
! Ah, je n'aurais jamais cru que
tu sois toujours comme ça
après tout ce temps !
- Tout ce temps ! se récria
prestement la Belle au Bois Dormant.
Mais enfin, nous nous connaissons
à peine depuis quelques jours,
si tant est que je puisse employer
un tel mot ! Certes non !
- Certes non ! la singea Archibald
avec toute la facétie dont
il était capable. Peut-être,
mais il me semble que nous avons
tous les deux vécu plus
de choses durant ce peu de temps
que vous depuis des années
et des années que vous étiez
endormie !
- Oui, endormie, et je n'en étais
pas plus mal !
- Ah bon ? Ecoute, dormir, c'est
très bien, pour tout un tas
de raisons physiologiques sur lesquelles
je ne reviendrais pas maintenant,
mais il y a une limite à
tout, princesse ! Si tu me dis que
tu aurais préféré
rester couchée, alors là,
tu es d'une mauvaise foi sans borne
!
- Comme vous voulez, mais c'est
la vérité ! s'écria-t-elle
en tremblant de la tête au
pied. Vous ne savez pas ce qui va
se passer lorsqu'on nous aura enfin
vus ! Vous serez porté en
triomphe, vous n'avez pas à
vous en faire, quoi qu'en dise votre
Doyen ! Je ne sais pas si vous vous
rendez bien compte, poursuivit-elle
en détachant chaque mot,
mais vous avez accompli le plus
grand exploit de ce monde, en brisant
le charme qui me retenait prisonnière
des Limbes !
- Et alors ? De quoi tu te plains
dans ce cas ? Toi aussi, tu auras
droit à ta part de compliments
! répliqua le jeune homme
en reniflant dédaigneusement.
Je m'en passe, moi, tu sais. Je
ne sais même pas pourquoi
je suis ici ! J'étais censé
être professeur pour une durée
indéterminée, mais
que j'osais croire la plus courte
possible ! Tu vois, quelque chose
comme une vacation ! Eh bien, rien
de tout ça ! La seule remarque
que je risque d'entendre, c'est
que je suis en retard sur mon programme
!
- Je ne comprends rien à
tout cela ! décréta
d'un ton sans appel la Belle au
Bois Dormant sans pour autant demander
la moindre explication.
- Eh bien, je ne peux pourtant guère
rien dire de plus ! Bon, maintenant,
tu descends, il faut y aller ! Je
n'ai aucune envie d'attendre qu'on
nous cueille, si tu vois ce que
je veux dire !
- Toujours pas !
- Hum, quelque chose me dit que
tu t'es retrouvée endormie
pas seulement pour ton sale caractère
! Ce qui te sert de cerveau devait
déjà l'être
depuis un moment ! maugréa-t-il
pour lui-même.
- Vous disiez ?
- Mais rien du tout, voyons
Allez, on avance ! la pria-t-il
exagérément.
- C'est vrai, ça, on avance,
jolis gigots ! renchérit
Loup, que l'on avait pas encore
entendu jusqu'ici.
- Surveillez votre langage, vous
! le sermonna alors faussement Archibald,
lui adressant un clin d'il
tout en faisant les gros yeux. On
ne s'adresse pas ainsi à
une princesse ! "
Le loup ricana en claquant des mâchoires,
conscient de l'ironie saupoudrant
les dires du jeune homme qui lui
n'avait toujours pas cessé
de tutoyer la Belle au Bois Dormant.
Loup était le seul de sa
bande à être encore
présent, en sa qualité
d'élève, évidemment.
Les autres étaient partis
tour à tour en cour de route,
mais cela n'avait que peu rassuré
la princesse. Tant qu'il y en avait
un auprès d'elle
C'était
suffisant pour la faire docilement
obtempérer.
" Bon, Loup, je crois que tu
devrais tenter de te faufiler discrètement
jusqu'à ta chambre, ce serait
pour le mieux, suggéra le
jeune homme.
- C'est bien ce que je comptais
faire. Mais j'attendais que la Miss
ait bien voulu poser son petit pied
sur le sol, vous comprenez. Et puis,
j'ai quelques petites choses à
ranger.
- Ah oui, c'est juste, acquiesça
Archibald en repensant à
l'impressionnant matériel
que le loup et ses camarades avaient
déballé au cours de
leur expédition au cur
des contrées polaires. Tes
cousins n'ont pas tout emporté
avec eux ?
- Hé, et puis quoi encore
? Qu'ils emportent ce qui est à
eux ! Mais je n'allais pas leur
laisser ce qui m'appartient, même
si ça aurait simplifié
les choses !
- Tu aurais pu leur laisser tout
ton
équipement, proposait
à contre-coup le jeune homme
en se retenant de prononcer le terme
" armement de pointe et de
masse destiné aux opérations
militaires de grande envergure ".
En
location, ou que sais-je
- Location ? On voit que vous ne
les connaissez pas bien ! sourit
le loup de tous ses crocs. Avec
eux, je risquerais de ne rien retrouver
du tout ! Ils auraient tout vendu
pour du matos différent.
- Certes, ça n'aurait pas
été une bonne solution
pour toi.
- Oh, cela n'aurait pas été
plus gênant que cela, vous
savez. C'est bien d'avoir le sens
des affaires, comme c'est le cas
dans la famille ! expliqua presque
pompeusement Loup. Je suis sûr
que je n'aurais pas perdu au change.
Mais bon, vous savez, continuait-il
encore en se grattant le crâne
entre les deux oreilles, il y a
des choses auxquelles on tient plus
que d'autres, question de souvenirs.
Tenez, le premier sec de la première
Grand-Mère que j'ai avalé
toute crue, eh bien
- Euh, bon, tu vas peut-être
t'interrompre ici, je crois avoir
saisi l'idée, l'interrompit
Archibald, mal à l'aise,
et se souvenant brusquement que
cet élève si sympathique
par égard n'était
pas non plus un caniche sans histoire
que l'on se contentait de toiletter
une fois par semaine et d'affubler
d'un manteau lorsque venait l'hiver.
Quoiqu'à la réflexion,
il portait bien des blousons de
cuir
Et plus chers que ceux
qu'aurait pu se payer le jeune homme
si cela avait été
son style de tenue. La princesse
et moi-même, nous allons devoir
y aller maintenant, le soleil va
bientôt se lever, et je ne
voudrais pas manquer l'ami du petit
déjeuner
- Quoi donc ? Enfin, vous vous souvenez
de ma présence ! s'enquit
la Belle au Bois Dormant.
- Oh, toi, tu ne vas pas te mettre
à tapoter du pied, tu me
l'as déjà faite, celle-là
! Et tant pis, si tu ne comprends
pas, j'y renonce. A présent,
suivez-moi, il nous faut rejoindre
la Faculté, pour de bon.
Nous n'allons pas demeurer dans
la cour pendant des heures ! "
l'enjoignit encore Archibald en
faisant le tour de la clairière
toujours aussi bien tondue du coin
de l'il.
- Très bien, je viens. De
toutes les manières, je n'ai
rien de mieux à faire, je
crois bien
, déclama-t-elle
d'un ton dont elle ne dissimulait
pas le mépris. Et votre carrosse
?
- Le carrosse ? Tiens, quelque chose
vous intéresserait ? se gaussa
le jeune homme, tout en se maudissant
d'avoir été si négligeant
qu'il avait fallu que ce soit la
Belle qui le rappelle à l'ordre.
Eh bien
- Pas de problème, intervint
le loup. Je m'en occuperai aussi.
Prenez les devants !
- Une seconde, une seconde, l'apostropha
Archibald, le prenant à part,
en laissant la princesse bouder
au pied du carrosse justement en
question. Puis-je savoir ce que
tu comptes faire du carrosse de
Charmant ?
- Ah, restez tranquille, professeur
! Rien de bien méchant !
Je vous ai déjà dit
que Charmant était d'une
haute lignée, ce qu'il ne
se lasse pas de répéter.
Vous avez vu tous ces gadgets !
Je me suis dit
Que
Eh
bien, ça serait sûrement
pas mal d'en récupérer
quelques uns, si cela m'est possible
!
- Tu veux
désosser
son drôle de véhicule
?
- Désosser, répéta
le loup en se pourléchant
les babines, oui, je crois que c'est
le bon mot ! Si j'ai le temps, glissa-t-il
en levant un il doré
vers le ciel qui arborait peu à
peu une teinte similaire. Mais je
vais d'abord commencer par aller
le cacher dans un coin !
- Là, dehors ? Mais si quelqu'un
tombe dessus ? Charmant lui-même,
lorsqu'il réapparaîtra
? Enfin, je sais que ça te
laisse plusieurs jours, mais
- Voilà, plusieurs jours
Vous inquiétez pas, je vous
dis ! J'ai déjà commencé
à regarder un peu comment
tout ça fonctionnait
Je n'avais jamais vu quelque chose
de ce genre, j'l'avoue ! Mais je
parviendrai bien à en arracher
ce que je veux. Le reste
Voilà
qui ferait un beau feu de joie !
- Pour réchauffer le cur
meurtri du Prince Charmant ! fit
le jeune homme d'un clin d'il.
- On mettra ça sur le compte
de Lord Funkadelistic, si jamais
ça se voyait ! conclut Loup.
- Ah oui, je l'avais totalement
oublié, celui-là !
sourit Archibald, les mains dans
les poches après avoir recouvré
une bonne part de sa sérénité.
Dire qu'il est peut-être en
train de nous observer
"
Le jeune homme vit aussitôt
les poils du loup se dresser jusque
sur ses oreilles duveteuses, ses
pupilles en amande s'étrécirent,
ses chaînes en or prises de
tremblements soudains. Tout son
être était parcouru
de soubresauts, de sa truffe à
la pointe de sa queue touffue, dont
il semblait qu'elle avait été
frappée par la foudre tant
ses poils s'étaient écartés
les uns des autres, plus encore
que s'il s'était servi du
dernier shampoing à la mode
pour défiler les nuds.
" Ne dîtes pas des choses
comme cela, monsieur le professeur
! se reprit-il de la voix la plus
docte qui fût depuis qu'il
avait adressé un mot à
Archibald. On voit bien que vous
ne l'avez jamais rencontré
!
- Hum, c'est vrai, admit le jeune
homme, troublé, et moins
assuré tout à coup.
Mais je sais tout de même
que c'est un grand méchant
! voulut-il plaisanter.
- Alors ça, vous pouvez le
dire ! appuya le loup en enfonçant
au plus son bonnet, cachant
entièrement ses oreilles,
comme s'il ne voulait en fait rien
entendre de plus à ce sujet.
Il est plus que méchant
Et surtout, il est très puissant
On pourrait l'attaquer avec toute
la meute, et par là, j'veux
dire, pas seulement les cousins
! Mais les parents, mes bros, mes
frangines, mes oncles, mes tantes,
les grands-parents, les arrière-grands-parents,
les cousins au troisième
degré du côté
de ma tante de la forêt des
trois
- Je crois que j'ai saisi le principe
!
- D'accord, eh bien, même
avec tout le monde, nous ne pourrions
rien contre lui ! Et pourtant, on
peut en faire des dégâts,
vous avez vu, se rengorgea-t-il
en se frappant le poitrail du plat
de la patte.
- Ah, ça, je confirme !
- Le Doyen lui-même a peur
de lui, souffla le loup, vous avez
vu pourquoi il ne voulait plus de
sorties à l'extérieur
de la Faculté après
votre rencontre avec l'un de ses
généraux
- Oui, ça , je confirme
aussi, intervint une nouvelle voix,
précédant Archibald.
La Belle au Bois Dormant, Loup,
et lui-même sursautèrent
malgré eux, la princesse
moins que les autres, mais il n'était
pas souhaitable de le préciser
aux deux mâles. Elle n'était
pas au courant de tout ce qui concernait
Lord Funkadelistic, la faute à
son long sommeil, et sa curiosité
était bien réelle.
Aussi s'était-elle subrepticement
approchée des deux compères
de galère pour mieux les
entendre chuchoter. Ce que n'avait
absolument pas fait la nouvelle
venue, qui ne l'était pas
tant que cela. En effet, après
quelques secondes à lever
désespérément
les yeux vers les arbres bordant
la clairière ou les baisser
vers les fourrés qui n'avaient
rien trouvé de mieux que
de faire de même, le jeune
homme tout comme le loup avait identifié
le ton fleuri de Miss Indrema, la
dryade. Ce qui n'avait fait qu'être
confirmé en vision lorsque
celle-ci s'était laissée
tomber sur le sol depuis une haute
branche, aussi souple qu'une liane.
Archibald ne pouvait qu'admettre
qu'elle était toujours aussi
attirante, et que dans d'autres
circonstances, il se serait bien
remis à baver, tandis qu'il
la regardait venir vers eux de
sa démarche chaloupée,
sa tunique de houx toujours aussi
bien - ou mal - ajustée,
selon le point de vue que l'on voulait
adopter.
" Princesse, salua-t-elle la
Belle au Bois Dormant pour commencer.
Je suis ravie de vous revoir, saine
et sauve, précisa-t-elle
prestement avec un regard noisette
aussi dur qu'une noix à l'adresse
du jeune homme. Il se prépare
d'ores et déjà une
grande fête pour célébrer
votre réveil ! Vos gens sont
immédiatement rentrés
avertir tous vos autres serviteurs
que vous étiez revenue à
la vie, et ils ont même eu
le temps de tous venir vous accueillir
! Nous irons les avertir tout à
l'heure, si vous le voulez bien.
Votre discrète arrivée
après cette
escapade
tombe à pic. J'imagine que
vous souhaitez faire un brin de
toilette avant de vous présenter
devant tout le monde ?
- Ah, ça, elle en a bien
besoin, glosa Archibald,
une main devant la bouche, sans
se rendre compte que lui aussi ne
répandait pas autour de lui
une odeur digne des parfums les
plus coûteux, quoique chacun
ait droit à des goûts
et préférences toutes
particulières. A leur décharge,
le voisinage de loups ne pouvait
pas les avoir aidés
Le princesse approuva vivement et
se prépara cette fois avec
motivation à entrer dans
le bâtiment de citrouilles
géantes empilées qui
se dressait devant elle, la perspective
de prendre un bain l'ayant déjà
lavée de toute envie de se
faire un peu plus peur
Ce
que ne manqua pas de faire Miss
Indrema à l'intention du
jeune homme et de Loup, les prenant
à part durant les quelques
secondes qu'elle avait encore à
elle avant d'accompagner la princesse.
" Pauvres fous ! Idiots que
vous êtes ! Vous ne savez
pas que nous avons risqué
une guerre à cause de vous
! s'emporta-t-elle contre Archibald,
malgré sa volonté
préalable de sévir
également à l'encontre
de son élève. Les
serviteurs de la Belle au Bois Dormant
étaient devenus fous, tout
comme les Sept Nains, tout comme
le Père Noël ! Vous
avez donc si peu de jugeote ? Si
le Père Noël n'avait
pas finalement décidé
de rentrer chez lui au plus vite
pour organiser les recherches de
son côté, si les Nains
n'avaient pas reçu le double
de leur salaire habituel en pierreries
! Ah, vous êtes impossible
! souffla-t-elle avec plus de véhémence
qu'une bise d'automne qui aurait
voulu s'en prendre aux dernières
feuilles d'un platane. Les gens
de la Belle au Bois Dormant ont
voulu prendre la Faculté
d'assaut à leur retour, ni
plus, ni moins ! Je ne sais pas
si vous vous rendez bien compte
! Ce genre de choses, ça
n'existe pas ici ! Jamais la Tour
du Savoir Secret Salvateur n'avait
risqué une attaque, jamais
!
- Risqué une attaque ? Eh
bien, installez-lui un pace-maker,
rétorqua Archibald en haussant
les épaules, agacé
de la tournure de la conversation.
- Ne prenez pas ce que je vous dis
à la légère
! poursuivit la dryade sans tenir
compte de ses paroles, et en le
menaçant d'un doigt aux allures
de brindille. Si le Doyen et ses
pairs n'avaient pas été
là, vous seriez peut-être
revenus pour rien du tout ! Sans
compter que tout n'est pas réglé
! Le Prince Charmant a disparu,
et personne ne sait où il
se trouve, sauf vous, je suppose,
ajouta-t-elle en désignant
le carrosse.
- Disons que
On l'a oublié
sur l'aire d'autosentier. Vous savez,
ces petites choses, on veut leur
faire faire leurs besoins, et puis,
on les perd de vue, et voilà
- Oh, mais cessez donc une bonne
pour toutes de jouer au plus malin
! le houspilla-t-elle encore. Avez-vous
conscience que tous ces bouleversements
auraient pu être une bonne
occasion pour notre Ennemi de passer
à l'action ?
- S'il ne l'a pas fait, c'est qu'il
n'était, et n'est toujours
pas prêt ! lui renvoya le
jeune homme, en s'agitant à
son tour, tandis que la princesse
était totalement à
son affaire, s'imaginant déjà
glisser toute nue dans un baquet
plein d'une eau chaude et parfumée
- Mais tel que vous le disait Loup,
reprit Miss Indrema, vous ne le
connaissez pas ! Lord Funkadelistic
a dérobé les Sept
Objets Sacrés des Contes
de Fée ! Il a rassemblé
tout le pouvoir qui peut l'être
dans ce monde !
- Je veux bien, mais qui est-il
à la fin ? "
La dryade se figea tout à
coup, comme un pêcher après
une nuit de gel au moment de la
floraison. Il lui fallut un certain
temps avant de reprendre la parole.
Le loup s'était quant à
lui éloigné discrètement
au fil de la discussion ou plutôt
de la remise en place d'Archibald,
et était remonté dans
le carrosse aux mille gadgets. La
Belle au Bois Dormant, toujours
aussi peu éveillée,
essayait de voir ce qu'il pouvait
bien chercher tandis qu'il démontait
déjà une manivelle
qui actionnait jusqu'à présent
l'ouverture d'un porte-gobelet.
Si ce n'était Miss Indrema,
personne ne paraissait avoir pris
conscience de leur retour dans la
Tour. A moins qu'elle n'ait été
envoyée par le Doyen et qu'ils
soient tous prêts à
lui tomber dessus dès que
les portes seraient franchies. De
toute les façons, du moment
que les élèves n'étaient
pas là pour assister à
cela, le jeune homme n'en avait
cure. Cela ne le dérangeait
pas du tout d'être pris à
partie par une bande de fous furieux
tout droit sortis de tous les livres
de contes de la planète,
mais des élèves demeuraient
des élèves où
que l'on se trouve, et il n'était
jamais bon de se ridiculiser devant
eux, consigne absolue à garder
en mémoire, surtout lorsque
l'on débutait dans le métier...
" Eh bien
, reprit alors
la dryade. Lord Funkadelistic
C'était quelqu'un comme vous
Un Être venu d'Ailleurs
- Un extra-terrestre ?
- Un quoi ? Mais tout est dérision
pour vous, je n'y crois pas ! Mais
en cela
, s'adoucit Miss Indrema.
Vous êtes bien différents
Vous avez très bien compris.
Lui aussi venait de votre monde.
Il devait
Il avait été
choisi pour
Une certaine mission
Et
Il a pris tout cela très
au sérieux
Trop au
sérieux
Il a vite dépassé
tous ceux qui étaient présents
ici, des élèves pourtant
originaires du monde féerique
! Il est devenu le plus brillant
élève que la Faculté
ait jamais connu. Charmant, que
vous déconsidérez
tellement, a pourtant beaucoup fait
à cette époque. Mais
il était
Plus que brillant
Ses talents touchaient au génie
le plus absolu
Sans que personne
ne veuille se l'avouer, il avait
même surpassé la plupart
des professeurs de l'Ecole. Le Doyen
ne s'en est jamais vraiment inquiété
Il le considérait comme un
fils
Et
ce fils l'a
trompé
Il a dérobé
les quatre objets qui se trouvaient
dans la Tour
Avant de s'enfuir
en pleine nuit, en massacrant tous
les élèves de sa promotion.
- Sans doute une envie d'écourter
la cérémonie de remise
des diplômes à venir
,
maugréa sans même s'en
rendre compte Archibald, dansant
d'un pied sur l'autre en accumulant
les bêtises, alors que la
dryade semblait si proche et si
fragile
- Et surtout, ce pourquoi jamais
le Doyen ne pourra lui pardonner
désormais, achevait-elle
ses explications dans un souffle.
Il
Lord Funkadelistic a tué
Cendrillon
pour lui dérober ses pantoufles
de verre
Et maintenant, il
a atteint son premier but, réunir
les Sept Objets Magiques. Qui sait
ce qu'il peut préparer ?
C'est bien parce qu'il n'a encore
rien fait, et qu'on ne sait pas
ce qu'il veut véritablement,
qu'il est si dangereux pour nous
! Tout ce dont on peut être
certain, c'est qu'il ne va pas tarder
à passer à l'étape
supérieure
Qu'il n'ait
pas profité de toute l'agitation
qui a eu lieu ces derniers jours
est une preuve de plus de sa force,
ou du moins, de sa confiance en
ses moyens ! Alors, maintenant
,
ordonna doucement la dryade. Il
faut entrer
Professeur Bellérophon,
votre premier cours de la journée
commence dans une heure
Vous
devriez vous dépêcher
de passer par la salle des professeurs,
lui débita-t-elle de façon
anodine. Le Doyen vous
recevra
plus tard, après le déjeuner
Cette fois, il ne pourra pas vous
cacher toute la vérité.
Bien entendu, vous avez vraiment
été
recruté
pour enseigner, mais
Enfin,
vous verrez bien, je vous en ai
déjà trop dit moi-même.
Princesse Belle
Veuillez me
suivre vous aussi
- Et
Et moi ? se risqua le
loup, pointant un bout de son museau
par la porte du carrosse.
- Vous ? On va dire que je ne vous
ai pas vu, décréta
Miss Indrema, lui tournant déjà
le dos, ce qui n'était pas
du tout déplaisant, il fallait
l'admettre. Et suivez les conseils
de votre professeur, rejoignez vite
vos camarades ! Ce n'est pas parce
que les cours sont annulés
depuis quatre jours que cela va
continuer longtemps ! "
Et ainsi, une autre page des Fabuleuses
Aventures d'Archibald Bellérophon
venait d'être tournée
Les dernières plaintes à
se manifester furent celles du Père
Noël, dont le Doyen lui-même
ne tint pas compte pour cette fois,
étant donné son comportement
tout aussi déplorable que
celui qu'il accusait. Le Prince
Charmant mit les pieds à
la Faculté deux jours plus
tard, trempé, grelottant,
mais surtout, rageant. Pour une
fois, sa superbe avait été
complètement éteinte.
Juste à temps pour les cérémonies
célébrant le réveil
de la Belle au Bois Dormant. Mais
ceci, est une autre histoire
|