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Auteurs, E-mail : Gillossen
Numéro ICQ : 72496479
Dernière Mise à jour : 01/02/2002

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Où l'on apprend qu'il n'est pas toujours aisé de revenir en arrière, et où Archibald comprend qu'être professeur est un véritable métier.

Chapitre 9 > Chapitre 10 [PDF] > Chapitre 11

rchibald avait ressenti une impression étrange lorsque la plus haute citrouille de la Faculté, couronnant son sommet de ses rondeurs orangées, avait émergé des arbres, alors qu'ils abordaient à peine la forêt. Le jeune homme ne pouvait tout de même pas dire qu'elle lui était familière et qu'il se sentait rassuré de la revoir, et c'était pour autant un fait qu'il se devait de considérer comme avéré. La Tour du Savoir Secret Salvateur lui apparaissait bel et bien tel un refuge. Ce qui n'était pas suffisant pour l'empêcher de se faire du souci en imaginant ce qui allait lui arriver. Alors qu'ils pénétraient à l'orée de la clairière les menant à l'entrée de l'immense bâtiment légumineux, il était déjà un peu tard pour s'en faire…
" Princesse ! s'inclina bien bas Archibald. Je vous en prie, descendez, tout le monde vous attend ! "
Le jeune homme se tenait sur la gauche du marche-pied du carrosse qu'il avait dérobé à l'aide de ses amis lupins au Prince Charmant, une main tendue pour recueillir la paume encore tremblante de la Belle au Bois Dormant. La princesse avait été très surprise de le retrouver, puis avait rechigné à le suivre. Toutefois, le confort du véhicule de location - tel que le présentait Archibald - avait été trop tentant. Pas un reproche de sa part… Peut-être que le fait d'avoir entendu dire que les loups mangeaient les enfants qui n'étaient pas sages et d'avoir en réalité des choses à se reprocher l'avaient enclin à se taire, pour une fois… Le jeune homme avait apprécié cela quelle qu'en soit la raison.
Et à présent, il se tenait tous deux dans la cour de la Faculté, de bon matin, alors que personne ne semblait avoir remarqué leur arrivée.
" Vous devez jubiler ! furent ses premiers mots depuis qu'elle s'était terrée dans un angle du carrosse.
- Je devrais ? Et pourquoi cela ?
- Comme si vous ne le saviez pas ! Mais parce que vous avez tout ce dont vous aviez besoin pour rentrer ! Vous avez rendu le traîneau à son propriétaire, les cadeaux qu'il avait à distribuer lui ont été restaurés par la même occasion, et vous m'avez retrouvée, moi ! Tout est parfait pour vous ! Quoique vous ayez fait, vous ne pourrez pas recevoir la punition que vous mériteriez pourtant ! Pour un peu, même si vous aviez dévasté la demeure du Père Noël ou assommé le Prince Charmant en route pour me sauver, personne ne trouverait rien à redire ! s'emportait-elle.
- Ma foi…, répondit prudemment le jeune homme, quelque peu interloqué par cet accès de perspicacité, toutefois involontaire. Je ne suis pas sûr que le Doyen de la Faculté soit du même avis que vous, mais nous n'en sommes pas encore là…
- Ah oui ? et les yeux de la princesse s'éclairèrent brusquement comme une chatte devant une coupelle de lait frais. Vous croyez qu'il pourrait s'en prendre à vous, c'est sûr ?
- Voilà qui vous plairait, n'est-ce pas ? J'en étais certain ! Tu es vraiment une peste, il n'y a pas d'autre mot ! Oui, effectivement, sois rassurée, il y a de fortes chances que le Doyen s'en prenne à moi, et avec la manière encore ! Ah, je n'aurais jamais cru que tu sois toujours comme ça après tout ce temps !
- Tout ce temps ! se récria prestement la Belle au Bois Dormant. Mais enfin, nous nous connaissons à peine depuis quelques jours, si tant est que je puisse employer un tel mot ! Certes non !
- Certes non ! la singea Archibald avec toute la facétie dont il était capable. Peut-être, mais il me semble que nous avons tous les deux vécu plus de choses durant ce peu de temps que vous depuis des années et des années que vous étiez endormie !
- Oui, endormie, et je n'en étais pas plus mal !
- Ah bon ? Ecoute, dormir, c'est très bien, pour tout un tas de raisons physiologiques sur lesquelles je ne reviendrais pas maintenant, mais il y a une limite à tout, princesse ! Si tu me dis que tu aurais préféré rester couchée, alors là, tu es d'une mauvaise foi sans borne !
- Comme vous voulez, mais c'est la vérité ! s'écria-t-elle en tremblant de la tête au pied. Vous ne savez pas ce qui va se passer lorsqu'on nous aura enfin vus ! Vous serez porté en triomphe, vous n'avez pas à vous en faire, quoi qu'en dise votre Doyen ! Je ne sais pas si vous vous rendez bien compte, poursuivit-elle en détachant chaque mot, mais vous avez accompli le plus grand exploit de ce monde, en brisant le charme qui me retenait prisonnière des Limbes !
- Et alors ? De quoi tu te plains dans ce cas ? Toi aussi, tu auras droit à ta part de compliments ! répliqua le jeune homme en reniflant dédaigneusement. Je m'en passe, moi, tu sais. Je ne sais même pas pourquoi je suis ici ! J'étais censé être professeur pour une durée indéterminée, mais que j'osais croire la plus courte possible ! Tu vois, quelque chose comme une vacation ! Eh bien, rien de tout ça ! La seule remarque que je risque d'entendre, c'est que je suis en retard sur mon programme !
- Je ne comprends rien à tout cela ! décréta d'un ton sans appel la Belle au Bois Dormant sans pour autant demander la moindre explication.
- Eh bien, je ne peux pourtant guère rien dire de plus ! Bon, maintenant, tu descends, il faut y aller ! Je n'ai aucune envie d'attendre qu'on nous cueille, si tu vois ce que je veux dire !
- Toujours pas !
- Hum, quelque chose me dit que tu t'es retrouvée endormie pas seulement pour ton sale caractère ! Ce qui te sert de cerveau devait déjà l'être depuis un moment ! maugréa-t-il pour lui-même.
- Vous disiez ?
- Mais rien du tout, voyons… Allez, on avance ! la pria-t-il exagérément.
- C'est vrai, ça, on avance, jolis gigots ! renchérit Loup, que l'on avait pas encore entendu jusqu'ici.
- Surveillez votre langage, vous ! le sermonna alors faussement Archibald, lui adressant un clin d'œil tout en faisant les gros yeux. On ne s'adresse pas ainsi à une princesse ! "
Le loup ricana en claquant des mâchoires, conscient de l'ironie saupoudrant les dires du jeune homme qui lui n'avait toujours pas cessé de tutoyer la Belle au Bois Dormant. Loup était le seul de sa bande à être encore présent, en sa qualité d'élève, évidemment. Les autres étaient partis tour à tour en cour de route, mais cela n'avait que peu rassuré la princesse. Tant qu'il y en avait un auprès d'elle… C'était suffisant pour la faire docilement obtempérer.
" Bon, Loup, je crois que tu devrais tenter de te faufiler discrètement jusqu'à ta chambre, ce serait pour le mieux, suggéra le jeune homme.
- C'est bien ce que je comptais faire. Mais j'attendais que la Miss ait bien voulu poser son petit pied sur le sol, vous comprenez. Et puis, j'ai quelques petites choses à… ranger.
- Ah oui, c'est juste, acquiesça Archibald en repensant à l'impressionnant matériel que le loup et ses camarades avaient déballé au cours de leur expédition au cœur des contrées polaires. Tes… cousins n'ont pas tout emporté avec eux ?
- Hé, et puis quoi encore ? Qu'ils emportent ce qui est à eux ! Mais je n'allais pas leur laisser ce qui m'appartient, même si ça aurait simplifié les choses !
- Tu aurais pu leur laisser tout ton… équipement, proposait à contre-coup le jeune homme en se retenant de prononcer le terme " armement de pointe et de masse destiné aux opérations militaires de grande envergure ". En… location, ou que sais-je…
- Location ? On voit que vous ne les connaissez pas bien ! sourit le loup de tous ses crocs. Avec eux, je risquerais de ne rien retrouver du tout ! Ils auraient tout vendu pour du matos différent.
- Certes, ça n'aurait pas été une bonne solution pour toi.
- Oh, cela n'aurait pas été plus gênant que cela, vous savez. C'est bien d'avoir le sens des affaires, comme c'est le cas dans la famille ! expliqua presque pompeusement Loup. Je suis sûr que je n'aurais pas perdu au change. Mais bon, vous savez, continuait-il encore en se grattant le crâne entre les deux oreilles, il y a des choses auxquelles on tient plus que d'autres, question de souvenirs. Tenez, le premier sec de la première Grand-Mère que j'ai avalé toute crue, eh bien…
- Euh, bon, tu vas peut-être t'interrompre ici, je crois avoir saisi l'idée, l'interrompit Archibald, mal à l'aise, et se souvenant brusquement que cet élève si sympathique par égard n'était pas non plus un caniche sans histoire que l'on se contentait de toiletter une fois par semaine et d'affubler d'un manteau lorsque venait l'hiver. Quoiqu'à la réflexion, il portait bien des blousons de cuir… Et plus chers que ceux qu'aurait pu se payer le jeune homme si cela avait été son style de tenue. La princesse et moi-même, nous allons devoir y aller maintenant, le soleil va bientôt se lever, et je ne voudrais pas manquer l'ami du petit déjeuner…
- Quoi donc ? Enfin, vous vous souvenez de ma présence ! s'enquit la Belle au Bois Dormant.
- Oh, toi, tu ne vas pas te mettre à tapoter du pied, tu me l'as déjà faite, celle-là ! Et tant pis, si tu ne comprends pas, j'y renonce. A présent, suivez-moi, il nous faut rejoindre la Faculté, pour de bon. Nous n'allons pas demeurer dans la cour pendant des heures ! " l'enjoignit encore Archibald en faisant le tour de la clairière toujours aussi bien tondue du coin de l'œil.
- Très bien, je viens. De toutes les manières, je n'ai rien de mieux à faire, je crois bien…, déclama-t-elle d'un ton dont elle ne dissimulait pas le mépris. Et votre carrosse ?
- Le carrosse ? Tiens, quelque chose vous intéresserait ? se gaussa le jeune homme, tout en se maudissant d'avoir été si négligeant qu'il avait fallu que ce soit la Belle qui le rappelle à l'ordre. Eh bien…
- Pas de problème, intervint le loup. Je m'en occuperai aussi. Prenez les devants !
- Une seconde, une seconde, l'apostropha Archibald, le prenant à part, en laissant la princesse bouder au pied du carrosse justement en question. Puis-je savoir ce que tu comptes faire du carrosse de Charmant ?
- Ah, restez tranquille, professeur ! Rien de bien méchant ! Je vous ai déjà dit que Charmant était d'une haute lignée, ce qu'il ne se lasse pas de répéter. Vous avez vu tous ces gadgets ! Je me suis dit… Que… Eh bien, ça serait sûrement pas mal d'en récupérer quelques uns, si cela m'est possible !
- Tu veux… désosser son drôle de véhicule ?
- Désosser, répéta le loup en se pourléchant les babines, oui, je crois que c'est le bon mot ! Si j'ai le temps, glissa-t-il en levant un œil doré vers le ciel qui arborait peu à peu une teinte similaire. Mais je vais d'abord commencer par aller le cacher dans un coin !
- Là, dehors ? Mais si quelqu'un tombe dessus ? Charmant lui-même, lorsqu'il réapparaîtra ? Enfin, je sais que ça te laisse plusieurs jours, mais…
- Voilà, plusieurs jours… Vous inquiétez pas, je vous dis ! J'ai déjà commencé à regarder un peu comment tout ça fonctionnait… Je n'avais jamais vu quelque chose de ce genre, j'l'avoue ! Mais je parviendrai bien à en arracher ce que je veux. Le reste… Voilà qui ferait un beau feu de joie !
- Pour réchauffer le cœur meurtri du Prince Charmant ! fit le jeune homme d'un clin d'œil.
- On mettra ça sur le compte de Lord Funkadelistic, si jamais ça se voyait ! conclut Loup.
- Ah oui, je l'avais totalement oublié, celui-là ! sourit Archibald, les mains dans les poches après avoir recouvré une bonne part de sa sérénité. Dire qu'il est peut-être en train de nous observer… "
Le jeune homme vit aussitôt les poils du loup se dresser jusque sur ses oreilles duveteuses, ses pupilles en amande s'étrécirent, ses chaînes en or prises de tremblements soudains. Tout son être était parcouru de soubresauts, de sa truffe à la pointe de sa queue touffue, dont il semblait qu'elle avait été frappée par la foudre tant ses poils s'étaient écartés les uns des autres, plus encore que s'il s'était servi du dernier shampoing à la mode pour défiler les nœuds.
" Ne dîtes pas des choses comme cela, monsieur le professeur ! se reprit-il de la voix la plus docte qui fût depuis qu'il avait adressé un mot à Archibald. On voit bien que vous ne l'avez jamais rencontré !
- Hum, c'est vrai, admit le jeune homme, troublé, et moins assuré tout à coup. Mais je sais tout de même que c'est un grand méchant ! voulut-il plaisanter.
- Alors ça, vous pouvez le dire ! appuya le loup en enfonçant au plus son bonnet, cachant entièrement ses oreilles, comme s'il ne voulait en fait rien entendre de plus à ce sujet. Il est plus que méchant… Et surtout, il est très puissant… On pourrait l'attaquer avec toute la meute, et par là, j'veux dire, pas seulement les cousins ! Mais les parents, mes bros, mes frangines, mes oncles, mes tantes, les grands-parents, les arrière-grands-parents, les cousins au troisième degré du côté de ma tante de la forêt des trois…
- Je crois que j'ai saisi le principe !
- D'accord, eh bien, même avec tout le monde, nous ne pourrions rien contre lui ! Et pourtant, on peut en faire des dégâts, vous avez vu, se rengorgea-t-il en se frappant le poitrail du plat de la patte.
- Ah, ça, je confirme !
- Le Doyen lui-même a peur de lui, souffla le loup, vous avez vu pourquoi il ne voulait plus de sorties à l'extérieur de la Faculté après votre rencontre avec l'un de ses généraux…
- Oui, ça , je confirme aussi, intervint une nouvelle voix, précédant Archibald.
La Belle au Bois Dormant, Loup, et lui-même sursautèrent malgré eux, la princesse moins que les autres, mais il n'était pas souhaitable de le préciser aux deux mâles. Elle n'était pas au courant de tout ce qui concernait Lord Funkadelistic, la faute à son long sommeil, et sa curiosité était bien réelle. Aussi s'était-elle subrepticement approchée des deux compères de galère pour mieux les entendre chuchoter. Ce que n'avait absolument pas fait la nouvelle venue, qui ne l'était pas tant que cela. En effet, après quelques secondes à lever désespérément les yeux vers les arbres bordant la clairière ou les baisser vers les fourrés qui n'avaient rien trouvé de mieux que de faire de même, le jeune homme tout comme le loup avait identifié le ton fleuri de Miss Indrema, la dryade. Ce qui n'avait fait qu'être confirmé en vision lorsque celle-ci s'était laissée tomber sur le sol depuis une haute branche, aussi souple qu'une liane.
Archibald ne pouvait qu'admettre qu'elle était toujours aussi attirante, et que dans d'autres circonstances, il se serait bien remis à baver, tandis qu'il la regardait venir vers eux de sa démarche chaloupée, sa tunique de houx toujours aussi bien - ou mal - ajustée, selon le point de vue que l'on voulait adopter.
" Princesse, salua-t-elle la Belle au Bois Dormant pour commencer. Je suis ravie de vous revoir, saine et sauve, précisa-t-elle prestement avec un regard noisette aussi dur qu'une noix à l'adresse du jeune homme. Il se prépare d'ores et déjà une grande fête pour célébrer votre réveil ! Vos gens sont immédiatement rentrés avertir tous vos autres serviteurs que vous étiez revenue à la vie, et ils ont même eu le temps de tous venir vous accueillir ! Nous irons les avertir tout à l'heure, si vous le voulez bien. Votre discrète arrivée après cette… escapade tombe à pic. J'imagine que vous souhaitez faire un brin de toilette avant de vous présenter devant tout le monde ?
- Ah, ça, elle en a bien besoin, glosa Archibald, une main devant la bouche, sans se rendre compte que lui aussi ne répandait pas autour de lui une odeur digne des parfums les plus coûteux, quoique chacun ait droit à des goûts et préférences toutes particulières. A leur décharge, le voisinage de loups ne pouvait pas les avoir aidés…
Le princesse approuva vivement et se prépara cette fois avec motivation à entrer dans le bâtiment de citrouilles géantes empilées qui se dressait devant elle, la perspective de prendre un bain l'ayant déjà lavée de toute envie de se faire un peu plus peur… Ce que ne manqua pas de faire Miss Indrema à l'intention du jeune homme et de Loup, les prenant à part durant les quelques secondes qu'elle avait encore à elle avant d'accompagner la princesse.
" Pauvres fous ! Idiots que vous êtes ! Vous ne savez pas que nous avons risqué une guerre à cause de vous ! s'emporta-t-elle contre Archibald, malgré sa volonté préalable de sévir également à l'encontre de son élève. Les serviteurs de la Belle au Bois Dormant étaient devenus fous, tout comme les Sept Nains, tout comme le Père Noël ! Vous avez donc si peu de jugeote ? Si le Père Noël n'avait pas finalement décidé de rentrer chez lui au plus vite pour organiser les recherches de son côté, si les Nains n'avaient pas reçu le double de leur salaire habituel en pierreries ! Ah, vous êtes impossible ! souffla-t-elle avec plus de véhémence qu'une bise d'automne qui aurait voulu s'en prendre aux dernières feuilles d'un platane. Les gens de la Belle au Bois Dormant ont voulu prendre la Faculté d'assaut à leur retour, ni plus, ni moins ! Je ne sais pas si vous vous rendez bien compte ! Ce genre de choses, ça n'existe pas ici ! Jamais la Tour du Savoir Secret Salvateur n'avait risqué une attaque, jamais !
- Risqué une attaque ? Eh bien, installez-lui un pace-maker, rétorqua Archibald en haussant les épaules, agacé de la tournure de la conversation.
- Ne prenez pas ce que je vous dis à la légère ! poursuivit la dryade sans tenir compte de ses paroles, et en le menaçant d'un doigt aux allures de brindille. Si le Doyen et ses pairs n'avaient pas été là, vous seriez peut-être revenus pour rien du tout ! Sans compter que tout n'est pas réglé ! Le Prince Charmant a disparu, et personne ne sait où il se trouve, sauf vous, je suppose, ajouta-t-elle en désignant le carrosse.
- Disons que… On l'a oublié sur l'aire d'autosentier. Vous savez, ces petites choses, on veut leur faire faire leurs besoins, et puis, on les perd de vue, et voilà…
- Oh, mais cessez donc une bonne pour toutes de jouer au plus malin ! le houspilla-t-elle encore. Avez-vous conscience que tous ces bouleversements auraient pu être une bonne occasion pour notre Ennemi de passer à l'action ?
- S'il ne l'a pas fait, c'est qu'il n'était, et n'est toujours pas prêt ! lui renvoya le jeune homme, en s'agitant à son tour, tandis que la princesse était totalement à son affaire, s'imaginant déjà glisser toute nue dans un baquet plein d'une eau chaude et parfumée…
- Mais tel que vous le disait Loup, reprit Miss Indrema, vous ne le connaissez pas ! Lord Funkadelistic a dérobé les Sept Objets Sacrés des Contes de Fée ! Il a rassemblé tout le pouvoir qui peut l'être dans ce monde !
- Je veux bien, mais qui est-il à la fin ? "
La dryade se figea tout à coup, comme un pêcher après une nuit de gel au moment de la floraison. Il lui fallut un certain temps avant de reprendre la parole. Le loup s'était quant à lui éloigné discrètement au fil de la discussion ou plutôt de la remise en place d'Archibald, et était remonté dans le carrosse aux mille gadgets. La Belle au Bois Dormant, toujours aussi peu éveillée, essayait de voir ce qu'il pouvait bien chercher tandis qu'il démontait déjà une manivelle qui actionnait jusqu'à présent l'ouverture d'un porte-gobelet. Si ce n'était Miss Indrema, personne ne paraissait avoir pris conscience de leur retour dans la Tour. A moins qu'elle n'ait été envoyée par le Doyen et qu'ils soient tous prêts à lui tomber dessus dès que les portes seraient franchies. De toute les façons, du moment que les élèves n'étaient pas là pour assister à cela, le jeune homme n'en avait cure. Cela ne le dérangeait pas du tout d'être pris à partie par une bande de fous furieux tout droit sortis de tous les livres de contes de la planète, mais des élèves demeuraient des élèves où que l'on se trouve, et il n'était jamais bon de se ridiculiser devant eux, consigne absolue à garder en mémoire, surtout lorsque l'on débutait dans le métier...
" Eh bien…, reprit alors la dryade. Lord Funkadelistic… C'était quelqu'un comme vous… Un Être venu d'Ailleurs…
- Un extra-terrestre ?
- Un quoi ? Mais tout est dérision pour vous, je n'y crois pas ! Mais en cela…, s'adoucit Miss Indrema. Vous êtes bien différents… Vous avez très bien compris. Lui aussi venait de votre monde. Il devait… Il avait été choisi pour… Une certaine mission… Et… Il a pris tout cela très au sérieux… Trop au sérieux… Il a vite dépassé tous ceux qui étaient présents ici, des élèves pourtant originaires du monde féerique ! Il est devenu le plus brillant élève que la Faculté ait jamais connu. Charmant, que vous déconsidérez tellement, a pourtant beaucoup fait à cette époque. Mais il était… Plus que brillant… Ses talents touchaient au génie le plus absolu… Sans que personne ne veuille se l'avouer, il avait même surpassé la plupart des professeurs de l'Ecole. Le Doyen ne s'en est jamais vraiment inquiété… Il le considérait comme un fils… Et… ce fils l'a trompé… Il a dérobé les quatre objets qui se trouvaient dans la Tour… Avant de s'enfuir en pleine nuit, en massacrant tous les élèves de sa promotion.
- Sans doute une envie d'écourter la cérémonie de remise des diplômes à venir…, maugréa sans même s'en rendre compte Archibald, dansant d'un pied sur l'autre en accumulant les bêtises, alors que la dryade semblait si proche et si fragile…
- Et surtout, ce pourquoi jamais le Doyen ne pourra lui pardonner désormais, achevait-elle ses explications dans un souffle. Il… Lord Funkadelistic a tué…Cendrillon… pour lui dérober ses pantoufles de verre… Et maintenant, il a atteint son premier but, réunir les Sept Objets Magiques. Qui sait ce qu'il peut préparer ? C'est bien parce qu'il n'a encore rien fait, et qu'on ne sait pas ce qu'il veut véritablement, qu'il est si dangereux pour nous ! Tout ce dont on peut être certain, c'est qu'il ne va pas tarder à passer à l'étape supérieure… Qu'il n'ait pas profité de toute l'agitation qui a eu lieu ces derniers jours est une preuve de plus de sa force, ou du moins, de sa confiance en ses moyens ! Alors, maintenant…, ordonna doucement la dryade. Il faut entrer… Professeur Bellérophon, votre premier cours de la journée commence dans une heure… Vous devriez vous dépêcher de passer par la salle des professeurs, lui débita-t-elle de façon anodine. Le Doyen vous… recevra plus tard, après le déjeuner… Cette fois, il ne pourra pas vous cacher toute la vérité. Bien entendu, vous avez vraiment été… recruté pour enseigner, mais… Enfin, vous verrez bien, je vous en ai déjà trop dit moi-même. Princesse Belle… Veuillez me suivre vous aussi…
- Et… Et moi ? se risqua le loup, pointant un bout de son museau par la porte du carrosse.
- Vous ? On va dire que je ne vous ai pas vu, décréta Miss Indrema, lui tournant déjà le dos, ce qui n'était pas du tout déplaisant, il fallait l'admettre. Et suivez les conseils de votre professeur, rejoignez vite vos camarades ! Ce n'est pas parce que les cours sont annulés depuis quatre jours que cela va continuer longtemps ! "
Et ainsi, une autre page des Fabuleuses Aventures d'Archibald Bellérophon venait d'être tournée… Les dernières plaintes à se manifester furent celles du Père Noël, dont le Doyen lui-même ne tint pas compte pour cette fois, étant donné son comportement tout aussi déplorable que celui qu'il accusait. Le Prince Charmant mit les pieds à la Faculté deux jours plus tard, trempé, grelottant, mais surtout, rageant. Pour une fois, sa superbe avait été complètement éteinte. Juste à temps pour les cérémonies célébrant le réveil de la Belle au Bois Dormant. Mais ceci, est une autre histoire…

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Honnêtement j'ai ri !! Si, si, j'ai ri aux éclats à certains passages... Notamment ce cour magistral sorti de nul part !

Superbe narration, aussi flegmatique que le personnage lui-même. J'adore même le concept de base du caractère d'Archiblad !

Il y a un petit côté guide du routard galactique dans la série de périphrases et métaphores consécutives. Sans compter que la plupart sont extrèmement bien vues.

Et quelle liberté, quelle facilité on sent dans l'écriture... quelque chose de jouissif, vraiment !

Un seul petit regret, pourquoi le personnage n'est-il pas de notre belle vieille France ? Une petite attirance du côté de Fabrice Colin aussi ? Parce que c'est vrai que ça a un petit côté exotique, mais en même temps, là ça aurait été vraiment du jamais vu ! :)

Bref : hilarant et efficace !!
LA SUITE ! ;)

Eolle, le 18/11/2001

Je n'ai pas encore lu les 5 premier chapitres...mais alors là...je suis sous le charme...:-)
Humour...légèreté et intrigues...!
Tout ce que j'aime!!!

...A quand la suite???;-)

Atrusya, le 04/01/2002