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Auteurs, E-mail : Gillossen
Numéro ICQ : 72496479
Dernière Mise à jour : 25/01/2002

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Où l'on apprend que tout n'est pas que luxe, calme et volupté chez le Père Noël et où Archibald se retrouve dans les tranchées de la campagne de Russie.

Chapitre 08 > Chapitre 09 [PDF] > Chapitre 10

ientôt, ce fut le chaos dans la ville du Père Noël. A présent que chacun avait bien réalisé que le véhicule surgi du sol gelé n'était pas une taupe géante, mais bel et bien en fin de compte un carrosse pas si différent de n'importe quel autre modèle possible, sa milice et lui-même avaient recouvré un peu de contenance, ce qui revenait à dire qu'ils avaient cessé de hurler à tout va, mais pas de traverser les rues en zigzaguant ou de se percher sur les toits des demeures en forme d'appétissantes boules de glace à la vanille. Rapidement, alors que le carrosse n'avait pas encore avancé d'une roue, il se trouva encerclé de tous les côtés par une meute de lutins armés bien entendu de modèles divers et variés de revolvers, fusils et carabines fonctionnant aux balles de neige. Son pauvre occupant risquait de se retrouver brisé en mille morceaux comme un lapin de Pâques en chocolat blanc tout sucré croqué par les enfants de la maison…
" Qui cela pouvait-il d'ailleurs bien être? se dit, plus sérieusement Archibald. Est-ce que quelqu'un voudrait venir le chercher, lui ? En ce cas, ce serait certainement pour le punir comme il se devait, et le jeune homme en vint à supposer que c'était le Doyen en personne qui était là pour réclamer sa tête, ce que le Père Noël s'apprêtait à lui prendre de toute manière… Toutefois, il était hautement improbable que le Doyen de la Faculté des Sciences Humaines, étant donné son respect du protocole et son manque certain d'ouverture d'esprit - remarque qui n'engage que le sieur Bellérophon - se soit permis une telle entrée, quand bien même il serait fort énervé de toute cette histoire. Alors qui dans ce cas ? Qui serait assez fou pour s'inviter de la sorte sur les terres du Père Noël, ce qui n'était en réalité pas pour déplaire au jeune homme ! Voir cette espèce de barbu ventripotent, le visage aussi rouge que son costume à cause de la cirrhose, se prendre pour le maître incontestable de ce domaine de glace ! Ah, que les petits enfants seraient déçus ! Mieux valait encore leur faire croire au bout de quelques années que ce personnage n'existait pas, c'était encore la meilleure chose pour eux…
Parvenu à cette constatation somme toute importante, Archibald décida lui aussi de se mettre à l'abri dans la mesure du possible en attendant mieux… S'éloignant de la majorité des tireurs embusqués, le jeune homme opéra un repli mené à grandes enjambées en direction de la demeure du Père Noël, la fabrique de tous les jouets du monde, ce lieu mythique que chacun avait un jour rêvé d'atteindre. Toutefois, il ne s'agissait pas pour lui d'opter pour une visite guidée de l'endroit, quand bien même on pouvait peut-être trouver des guides sympathiques au courant de toutes les anecdotes à savoir. Archibald courait aussi vite qu'il en était encore capable malgré toute la fatigue accumulée, se disputant la tête de la course avec son haleine, qui s'évacuait plus vite que la fumée d'une locomotive à vapeur lancée à plein régime. Ce qui l'intéressait en fait dans la bâtisse de pierre, c'était justement ses murs des plus épais. Qui pouvait savoir ?
Après tout, une balle de neige, même à bout portant, même en pleine tête ou plein cœur, ça ne vous tuait pas, la preuve en était que tous les lutins avec qui il avait eu cette malheureuse altercation s'étaient tant bien que mal relevés. Certains faisaient d'ailleurs partie de l'escorte qui n'avait pas tardé à le laisser s'enfuir, à présent qu'un nouvel intrus beaucoup plus inattendu que lui-même avait fait un bruyant et fantasque coming-out. Cependant, qu'en était-il de cette machine étrange justement ? Peut-être était-elle en mesure de projeter d'immenses boules de neige, aussi volumineuses que l'avaient été les Neuf Bonhommes du Père Noël ! Archibald frissonna tout à coup, et pas à cause du froid, car sous cette cloche, la température devait à peine descendre en-dessous du zéro. Il espérait simplement que les Bonhommes de neige avaient bel et bien été réduits à néant lors de sa mémorable poursuite en snowboard
La fabrique de jouets du Père Noël devait être une bonne cachette, bien solide, capable de résister à tous les assauts possibles et imaginables… Peut-être aurait-il la chance de trouver un traîneau de rechange ? Avec un peu de chance… En tous cas, mieux valait ne pas compter sur un scooter des neiges magique… Le jeune homme se retourna tout de même à l'abord de la demeure, jetant un coup d'œil en arrière pour comprendre ce qui allait certainement se passer avant de se cacher pour de bon. Il crut alors qu'il allait devoir ramasser ses yeux à ses pieds dans la neige tant il les écarquilla. C'était le Prince Charmant ! Mais… Pourquoi lui ? se désespéra-t-il aussitôt. Que pourrait-il bien accomplir ? Quelle était la raison même de sa venue ? Archibald n'en savait rien, et n'en avait que faire.
Charmant pouvait bien se retrouver enseveli sous un énorme tas de neige, que ce n'était pas lui qui irait lui donner un coup de main, et encore moins un coup de pioche pour le dégager. Et s'il avait eu un tonnelet de rhum autour du coup, il l'aurait gardé pour lui, quand bien même il ne buvait pas, du moins, généralement… Et voilà que ce guignol agitait un mouchoir blanc à travers une vitre qu'il avait péniblement entrouverte, comme s'il n'avait jamais fait ça auparavant de toute sa vie. Archibald eut un sourire torve en voyant la rafale de boules de neige qu'il eut en retour, l'obligeant à capituler à l'intérieur de son véhicule, non sans avoir laissé échapper quelques petits cris bien peu virils.
" Mais enfin, l'entendit-il brailler à dix lieues à la ronde. Je tiens à vous présenter toutes mes excuses, j'insiste ! Il se trouve seulement que je suis en quête d'une jeune princesse de toute beauté, que vous n'avez pas pu manquer ! La Belle au Bois Dormant, voyons ! Qui a été enlevée par le même malotru qui a osé subtiliser votre traîneau, forfait face auquel je compatis avec force contrition ! Je ne veux que la ramener chez elle, c'est pourquoi je me suis présenté chez vous ! Si mes manières vous ont paru audacieuses et inconvenantes, j'en conviens tout à fait ! Sachez que seule la passion et la recherche de la beauté volée ont guidé mes pas, et en cette période de fêtes, montrez-vous cléments, je vous en prie !
- Espèce de misérable pompeux… ", ricana le jeune homme.
De toute évidence, un pareil discours aurait eu plus de poids sur son auditoire si le prince avait osé quitter son abri à quatre roues pour s'expliquer bien en face ave le Père Noël, sans tenir compte de ses sbires. Mais d'une part, Charmant n'y avait pas songé, et d'autre part, son inclination naturelle à la frayeur avait vite fait de le détourner de toute réflexion qui aurait pu le pousser à cela. Et se lancer dans une exhortation qui se voulait selon toutes apparences héroïque et humble à la fois n'était pas à la portée du Prince, surtout s'il demeurait bien assis dans la pile de coussins de ses banquettes.
" Que veux-tu que ça me fasse ? lui rétorqua tout de même le Père Noël au bout de plusieurs minutes, de sa voix chaude comme un four en phase de pyrolyse. Nous ne voulons pas d'étranger dans notre ville, nous avons déjà bien assez à faire comme ça ! Et je ne vois pas du tout de qui tu veux parler, car il n'y a aucune grosse à être venue ici depuis la vieille veuve Mcicicle, alors, tes mensonges, garde-les pour toi !
- Tu m'étonnes que personne ne veuille venir avec un sagouin pareil ! Mais qu'est-ce que c'est ce que caractère ! commenta Archibald, se détendant peu à peu de constater qu'il se tenait à l'écart et que c'était apparemment très bien comme cela pour tout le monde.
- Allons, allons ! s'irritait peu à peu Charmant, retrouvant ses mauvaises manières après avoir fait usage de ce qu'il avait cru être la plus respectueuse des politesses. Il faudrait voir à changer de ton ! Vous êtes peut-être le Père Noël, mais que cela ne vous dispense pas de tous les égards qui me sont dûs ! Sachez que je suis d'une famille on ne peut plus saluée, et que vous ne devriez pas croire que vous puissiez abuser de votre autorité, où que l'on soit ! C'est pourquoi je vous demande simplement de me laisser chercher la princesse ! Vous avez trouvé Bellérophon ?
- Oui, sa tête était placardée un peu partout depuis deux jours déjà ! Je ne voulais pas le rater, et il est venu droit sur nous ! " se rengorgea le Père Noël.
Le jeune homme jeta machinalement un œil au-dessus de lui et aperçut en effet une affichette clouée sur le mur de la bâtisse, et cela en plusieurs exemplaires. Imprimée sur un papier jauni de qualité des plus médiocres, on pouvait y découvrir son portrait grossièrement dessiné, barré de la célèbre mention " Dead or Alive ". Comme de bien entendu, il estima que la récompense promise était bien trop basse pour sa valeur réelle. Qui accepterait d'être considéré comme comparable à cinq cents bâtonnets de réglisse ? Quoi qu'il en soit, la discussion entre le Père Noël et le Prince Charmant n'aboutirait certainement à rien. Ils étaient tous les deux bien trop éloignés l'un de l'autre dans tous les sens du terme pour s'entendre. Sans compter que le Père Noël ne risquait pas, même s'il avait été d'accord, de lui indiquer où trouver la Belle au Bois Dormant. Où le renne avait-il bien pu l'emmener ? Archibald avait d'autres choses à voir en tête pour l'instant, il fallait l'admettre.
" Si je comprends bien ce que vous me dîtes, la princesse que je recherche avec toute l'ardeur de mon cœur enflammé par tant de beauté et qui, et qui…
- Quelque chose ne va pas ? s'enquit le Père Noël, se penchant en avant en espérant voir de plus près le visage diaphane et dissimulé du prince.
- Non, non, veuillez m'excuser, je reprenais simplement mon souffle après cette longue déclamation, l'entendait-on haleter. Donc… La Belle au Bois Dormant n'est pas ici ?
- Affirmatif, gringo ! Alors, je te conseille de déguerpir, puisque tu n'as rien à faire ici !
- Ne soyez pas si brusque, je vous en prie ! répliqua Charmant d'un air pincé. Pourrais… Pourrais-je au moins interroger Bellérophon ? Je pense que lui saura me dire ce qu'il est advenu de la princesse ! Au moins, si jamais je ne peux la ramener elle-même, je ramènerai de ses nouvelles…
- Le moindre mal, acquiesça un Archibald goguenard, profitant du spectacle.
- Non, répliquait le Père Noël d'un ton sans appel. Bellérophon est mon prisonnier ! Il est inculpé de vol de traîneau, de destruction de bonhommes de neige, et de multiples altercations avec nos bons citoyens ! Nous allons le pendre, et puis, c'est tout !
- Mais peu m'importe que cela, faîtes-en ce que vous voulez ! Je veux juste pouvoir lui parler un moment avant son exécution, quelle qu'elle fût ! D'ailleurs, je serais même resté pour y assister avec plaisir, mais le devoir du héros me hèle de son cor vainqueur qui toujours…
- Oui, oui, oui, d'accord, d'accord, accepta finalement le Père Noël, préférant couper court à toute palabre. Nous allons vous conduire à… à… Où est-il passé ? hurla-t-il tout à coup en réalisant que le jeune homme avait profité du chaos ambiant pour se défiler. Plusieurs lutins furent renversés par son souffle. Où est-il passé ? Ah ! se retourna-t-il vers le carrosse qu'il tint à nouveau en joue. Tout cela, c'est votre faute ! Si vous n'étiez pas apparu ainsi ! Je ne vous laisserai pas partir comme cela, cow-boy ! "
Sentant que la tension remontait en trombe malgré le peu de chaleur ambiante, Archibald décida de rejoindre pour de bon sa cachette, le plus discrètement possible. Mais alors qu'il cherchait une entrée de service sans doute réservée aux employés de la gigantesque fabrique de jouets, il tomba nez à nez avec quelqu'un qu'il n'aurait jamais cru retrouver sous ces latitudes.
" Bonjour, professeur ! Besoin d'un coup de main ? "
C'était Loup, toujours vêtu de la même manière malgré les températures plutôt fraîches… Et il n'était pas tout seul. Il paraissait avoir fait venir toute sa famille avec lui…
" Mais qu'est-ce que tu fais là ? trahit-il sa surprise.
- Oh, c'est simple, commença le loup en se taillant une griffe avec une lime à ongles en or massif. Lorsque j'ai vu à quoi vous vous étiez décidé lors de la réception, lorsque j'ai vu que vous aviez réussi à vous échapper… Hé… Je me suis dit que vous auriez par contre à un moment ou un autre des problèmes, vous voyez le genre… Et comme, malgré tout ce que peux dire le Doyen, on a bien besoin de vous… J'ai profité des vacances pour partir discrètement en chasse…Vous voyez…Histoire… de savoir où vous aviez bien pu passer… Il y a pas mal de monde à être parti à votre recherche, et pas qu'en bien. Le Doyen aurait bien voulu rayer la mention " dead " de vos affichettes, mais le Père Noël sait être très influent, je pense que vous l'aurez remarqué… Mais bon, son gang ne vaut pas grand chose face…
- Face ?
- Face à ce que je vous ai ramené ! Les loups aiment les grandes forêts, et bon, après avoir pris quelques contacts avec de la famille éloignée qui a choisi de s'installer dans le coin… Votre piste n'a pas été trop dure à retrouver ! Et nous voilà, pour vous aider…
- Nous ?
- Enfin ! Mes bro et moi-même ! Bon, faut que je vous présente, alors… "
Loup fut immédiatement interrompu par les vociférations tonitruantes du Père Noël, qui avait finalement repéré leur petit rassemblement à l'autre bout de la rue.
" Regardez-le ! Il est là-bas ! Et qui sont ces animaux ! Vite, mes lutins, attrapons-les ! Aux armes, aux armes !
- Pourrais-je, glissa le Prince Charmant.
- Je ne veux pas de vous là-dedans ! Nous l'attrapons, et nous l'étripons, plus d'autre solution, vous pourrez rentrer chez vous ! asséna-t-il d'un revers de main qui aurait pu être une gifle retentissante pour quiconque à portée.
- Oh ! s'offusqua le prince. Personne ne s'est jamais adressé à moi de la sorte, personne, personne sauf… Oh ! s'étouffait-il de honte. Il est hors de question que je tolère tout cela plus longtemps, piailla-t-il en appuyant à nouveau sur le manche de son carrosse, toute son attention à nouveau reportée sur le tableau de bord. Si je ne peux pas avoir la princesse, changea-t-il bien vite de point de mire et oubliant aussitôt sa quête de si haute noblesse, je ramènerai au moins Bellérophon au Doyen ! Ah, ah ! Je savoure d'avance sa punition ! "
Et aussitôt, Charmant embraya à nouveau sur l'accélérateur, son carrosse bondissant en avant, se redressant même quelques secondes sur ses roues arrières, la neige projetée en arrière par grandes brassées qui engloutirent quelques lutins au passage. Puis, il fonça droit à travers la grand rue en direction de la fabrique, sous la glace nourrie de dizaines de snipers embusqués au détour d'un croisement, à l'entrée d'un tunnel, ou au sommet d'un igloo. Cependant, cela ne suffisait pas à l'arrêter, les impacts n'étant pas assez percutants, les plâtras de verglas ne parvenant pas à prendre en défaut les roues cerclées de diamant du véhicule Martin Aston du Prince Charmant. Le périscope avait été rangé, remplacé par une tourelle se terminant en porte-voix. En effet, tout en contrôlant tant bien que mal son carrosse, le prince tentait d'imiter le cri du choucas pour rappeler les siens à l'ordre. Inutile qu'il poursuive ses investigations en ces lieux puisque la princesse n'était pas là… Le fait d'avoir concédé tant d'efforts sans l'ombre d'une récompense en retour était bien entendu pour beaucoup dans la crise de nerfs de Charmant.
" Lutins ! Lutins de Noël ! A moi ! beuglait le grand barbu vêtu de rouge et blanc. Nous sommes attaqués ! Ne laissons pas tomber notre domaine aux mains des étrangers ! Les secrets du Père Noël n'ont jamais été trahis, ce n'est pas aujourd'hui que cela va commencer ! "
Disant cela, il continuait à tirer de son énorme pétoire, la chargeant de boules de neige qui devaient atteindre les vingt livres au bas mot, mais qui ne parvenaient à nul autre résultat que pousser le carrosse un peu plus en avant. Immédiatement, les lutins jaillirent de tous les côtés, se ruant sur le Père Noël, prêts à obéir à la moindre de ses directives.
" Nous devrions plutôt filer ! proposa Archibald d'une voix qui se voulait assurée. Ils ont l'air de tous nous tomber dessus en même temps maintenant !
- Ouais, ouais, répliqua calmement le loup.
- Quand je pense à tous ces igloos, nota le jeune homme pour lui-même, en regardant de tous côtés, désemparé. Nous aurions bien besoin du Cap'tain !
- C'est un costaud de vot'monde ? demanda Loup, sans percevoir l'allusion. Vous inquiétez pas, nous n'avons pas besoin de lui.
- Ah oui ? Et… comment comptes-tu arrêter cette horde sauvage ?
- No problem…
- J'en vois pourtant, moi, des problèmes, et en masse ! "
N'était-ce que le Prince Charmant, qui fonçait droit sur la fabrique de jouets avec plus de frénésie que n'importe quel chasse-neige perdu sur une route des Alpes, et les lutins… Les lutins… C'était à croire qu'ils avaient instantanément déballé tous leurs cadeaux de cette fin d'année, et bien plus encore ! Il fallait le voir pour le croire ! Certains avaient pris place dans des petits trains qui n'avaient visiblement pas besoin de circuits, d'autres étaient montés à bord d'avions télécommandés, d'autres encore avaient pris les commandes de robots tirant de petits missiles de plastique, autant d'indices laissant croire qu'il n'y avait bien qu'un seul et unique Père Noël, mais ce n'était pas vraiment le moment de discuter de cela pour Archibald… Une immense nuée de jouets conduits par une armée de lutins fonçait de toutes parts, encerclant le carrosse du Prince Charmant, ou tentant de le dépasser dans sa course au voleur de traîneau. Le tout dans un tourbillonnant nuage de poussière de flocons, qui donnait l'impression que le blizzard honni avait réussi à forcer l'entrée du dôme du domaine de Santa Claus.
" Eh bien, ça ne va pas être facile… Tu disais, Loup ? J'attends toujours ton brillant exposé…, renâcla le jeune homme.
- Oh, ne le prenez pas comme ça, s'il-vous-plaît ! lui répliqua posément son élève, en prenant note très tranquillement que l'armada de leurs adversaires ne se trouvait plus qu'à moins de six cents pieds.
- Loin de moi cette idée, voyons ! fit ironiquement Archibald en levant les yeux au ciel. Mais cela ne m'apprend pas ce que nous pourrions bien faire ! Je propose de se replier à l'intérieur de cette bâtisse de pierre ! Tout de même, si nous ne trouvons rien pour nous échapper ! A moins que… Comment êtes-vous venus ?
- Je vous l'ai dit, j'ai seulement fait appel à de la famille qui crèche dans la région !
- Qui crèche ?
- Ah, soupira le loup. Si vous préférez monsieur le Professeur, des cousins qui vivent en meute selon une hiérarchie sociale très organisée. Les couples sont formés pour la vie. Les femelles mettent bas au bout de…
- Hum, oui, oui, cela ira comme ça ! Et puis, cela ne me dit pas comment êtes-vous entrés, et comment, nous allons sortir !
- Oh, ça… Eh bien, la famille, toujours la famille… "
Pour la première fois depuis cette rencontre surprise, alors que les hordes de lutins sauvages montés sur leurs fières montures de jouets les plus variés avaient réduit la distance les séparant de l'atelier magique de moitié, Archibald prit alors vraiment conscience du petit groupe à avoir accompagné le loup. Il y avait là quatre autres membres de sa " famille ", mais qu'il n'avait bien évidemment jamais vu en cours. Tous étaient vêtus comme lui, à peu de choses près, ce qui revenait à dire qu'ils portaient de longs manteaux de cuir fort bien coupés, des bonnets aux emblèmes variés, de pesantes chaînes en or qui brillent - ce qui allait de soi - des gourmettes, des bagues, des croix dont le poids devait être vraisemblablement en rapport avec leur position dans le groupe, des piercings divers comme sur la truffe ou l'oreille, voir un monocle pour l'un d'entre eux, qui avait également taillé ses moustaches, sans aucun doute pour se donner un certain style. Et comme de bien entendu, la longueur de la cigarette en forme de cône qu'ils arboraient tous au coin de la gueule était encore et toujours proportionnelle à leur importance…
" Je me suis dit que nous pourrions avoir des ennuis ! En même temps, nous ne sommes pas ici, officiellement… On ne veut pas déclencher de guerre de gangs, avec vous voyez, quoi, les lutins, quoi…, voulait s'expliquer tant bien que mal Loup, se passant une patte sous la truffe. Comme quoi, on va tenter d'être discrets !
- Discrets ? Ce n'est pas parti pour ! Je veux bien croire que vous soyez entrés par un petit trou dans la paroi, après tout, ça doit bien se creuser ce machin-là, mais pour repartir ! Regardez devant vous ! Ils arrivent ! laissa-t-il échapper d'un cri strident, tendant le bras droit sur leurs ennemis.
- Nous aussi, fit l'un des autres loups. Et il déversa au grand jour ce qu'il portait dans son grand sac qu'il avait sur l'épaule, comme chacun de ses compères.
- Mais qu'est-ce que c'est que tout ça au fait ? les interrogea tous Archibald.
- Oh, eh bien, notre nécessaire à survie. On ne part pas comme ça n'importe où, sans rien sur soi…
- Ah, oui, rien… "
Il allait de soi que pour le jeune homme, un nécessaire à survie quel qu'il soit devait avant tout être composé de rations de nourriture déshydratées toujours meilleures que ce que l'on pouvait manger au restaurant universitaire, d'une lampe, d'une couverture chauffante, de compresses en cas de blessures, d'un couteau, et autres petites choses. Pour le couteau, il était bien là. Et il s'agissait d'ailleurs de la seule arme blanche que les loups avaient emmenée avec eux. Mais pour le reste… Archibald avait estimé plutôt ubuesque de tomber sur un revolver parmi les possessions du Père Noël. Désormais, plus rien ne le surprenait.
" Nous n'avons vraiment pris que le strict minimum avec nous, donnait l'impression de s'excuser Loup, en assemblant rapidement ce qui ressemblait ni plus ni moins à une batterie anti-aérienne miniature. Si nous avions eu plus de temps devant nous…
- Pas la peine de t'excuser…, parvint à répondre le jeune homme, bouche bée, tandis que chacun des membres du gang se faisait passer un étui à guitare, ce qui changeait ainsi radicalement de calibre avec ce qu'il avait pu avoir en main, c'était le cas de le dire.
- Tant mieux dans ce cas ! Alors autant faire les présentations pendant que nous avons encore quelques secondes, non ? Alors, voici mes quatre cousins. Ils ont préféré… demeurer dans les affaires familiales, plutôt que de tenter… Enfin, disons que si je ne m'étais pas fait prendre, je n'aurais pas été obligé d'aller à l'Ecole, mais c'est une autre histoire…
- J'imagine…
- Alors, voici Deux Griffes, parce qu'il en a perdu deux dans un combat de forêt, Langue Pendante, hum, il vaut mieux ne pas vous dire pourquoi, Petit Musclé…
- Ah, à cause des yaourts ? voulut se détendre Archibald en posant une question, qui, dans les circonstances données, était plus que stupide, vous en conviendrez.
- Les quoi ? Non, parce qu'il a défié et tué son chef de meute à peine sevré. Un vrai dur, je vous dis ! Et puis, N'a qu'un Croc, parce qu'il ne s'en sert pas souvent. Il préfère… réfléchir, haussa-t-il les épaules, comme s'il s'agissait d'une occupation tout sauf profitable. Donc, on dit qu'il n'a qu'un croc, pour plaisanter, voyez…
- Je vois, je vois, mais là… ", fit le jeune homme, de plus en plus fébrile, tandis qu'une envolée non pas d'oies sauvages, mais de bi-plans modèle en bois à construire entièrement à la main et conduits par une horde de lutins digne du Baron Rouge avait pris les devants et s'apprêtant à les surplomber, avant de piquer du nez.
Derrière l'aviation, la marine ou les forces terrestres étaient également fort bien représentées, entre les équipés de chars d'assaut miniatures, les lutins fantassins qui avaient chipé leur équipement tout en plastique à un Action Man ou au dernier de ces clones, et les maquettes aux 1/1000e du porte-avion Charles de Gaulle qui fonctionnaient mieux que l'original à naviguer dans la neige, voitures, trains et aéroglisseurs se partageant le reste des troupes. La folle équipée était encore précédée par le carrosse du Prince Charmant, lui-même talonné par le Père Noël qui avait réquisitionné le premier renne à passer par là. La grande rue était occupée sur toute sa largeur, pas même la place pour une boule de neige de rouler d'un côté à l'autre à la manière des fétus de paille que l'on croisait toujours dans les westerns. La voûte du gigantesque dôme glacé était maintenant invisible, tant les jouets volants, entre avions, hélicoptères, et même modèles réduits du Faucon Millenium étaient en vol serré, plus nombreux qu'un essaim de sauterelles se préparant à dévorer un champ de sorghos africain.
" Wahou, on se croirait dans le final de Mon nom est personne ! s'exclama malgré lui Archibald. Sauf que j'espère qu'il ne faudra pas les faire tomber un par un, ou bien, nous n'avons pas fini !
- Faut pas vous faire du souci là-dessus ! " le rassura le loup, s'asseyant sur ce qui était bel et bien une batterie anti-aérienne portative, du moins, selon les critères en vigueur dans le monde du jeune homme, avec ses douze tubes de métal fixés sur une armature et une base de bois cerclée de fer.
Un lourd tuyau planté dans la neige aspirait celle-ci au moyen d'un siphon actionné par un complexe mécanisme de roues dentées. Il va sans dire que pour l'occasion, le jeune homme aurait encore préféré entendre la chevauchée des Walkyries de Wagner, ce qui aurait tout à fait été dans l'ambiance, quoique légèrement décalé. Mais le décalage, Archibald avait l'habitude, il n'avait pas attendu de passer dans ce monde pour le pratiquer. Loup s'était installé un peu en retrait, juste devant l'entrée principale de la fabrique, sous les guirlandes resplendissantes, les seules choses à apporter un peu de couleur dans ce décor palot. Puis, ses quatre camarades de gang s'étaient disposés deux par deux sur sa droite et sa gauche, leurs immenses étuis à guitare vrombissant déjà, deux d'entre eux laissant échapper d'inquiétants filets de vapeur… Archibald se demandait encore ce qu'ils pouvaient bien contenir, lorsque le loup lui conseilla de se mettre juste devant lui.
" Bien en vue ? Mais ils vont tout de suite se jeter sur moi !
- On vous a donné de quoi vous défendre au mieux, rétorqua le loup sans appel, tandis que les canons de son montage en kit se pointaient degré par degré vers le ciel de glace.
- Enfin, je suppose que je peux déjà vous dire merci. Euh, à tous, les gars ! précisa le jeune homme, devant les regards tour à tour louvoyant ou éteint des membres de la meute recrutée par Loup.
- Ouais.
- Pour sûr…
- Tant qu'il y a de la bonne bouffe à se faire…
- Plaît-il ?
- D'accord, bon, convint en fin de compte le jeune homme, pas certain qu'il avait mieux à faire que jouer sa carte à fond, qu'il n'avait rien de mieux à espérer que de disparaître dans un flamboyant final, empli de jouets, de ressorts, de boutons en plastique, de peluches, de chevaux à roulettes, et de paâte à modeler de toutes les couleurs. Messieurs, à notre tour de jouer à l'Agence Tout Risque ! "
Les lutins motorisés déchaînés, le Père Noël en furie, et le Prince Charmant jouant cavalier seul dans son étrange carrosse modulable se trouvaient tous maintenant à moins de cent mètres ! Inspirant profondément… Ce fut bien Archibald qui donna le coup d'envoi de cette surprenante aubade à venir, deuxième acte du concerto.
" Let's play ! "
Pour aussitôt rentrer la tête dans les épaules suite à la détonation assourdissante qui lui rugit aux oreilles. Le loup lui aussi était passé à l'action. Une déferlante de neige fusa dans les airs, montant, montant, montant encore, et vint frapper de plein fouet la première ligne de l'aviation du Père Noël, qui adopta immédiatement une formation en V en retour, se scindant en deux fronts pour tenter de prendre notre petit groupe de sauvetage entre deux feux. Mais les autres loups veillaient au poil, leurs étuis révélant enfin leurs embouts percés. Des rafales de balles de neige cueillirent les lutins par dizaines, les plongeant le nez dans la poudreuse, ou les contraignant à un atterrissage en catastrophe sur le toit d'un igloo. Le jeune home se mit au bout de quelques secondes à les imiter du mieux possible, voulant paraître aussi flegmatique que d'habitude, mais il était malgré ses efforts pris d'une furieuse envie de rire en observant les loups du coin de l'œil se répandre en poses toutes plus ridicules - ou osées selon sa perception des choses - que les autres ! Voilà que l'un d'eux pliait une jambe et tendait l'autre, qu'un autre faisait mine de jouer de son instrument à travers l'étui… Leur petit groupe conservait toute sa cohésion, mais à chaque instant se pressait un peu plus autour de l'élève d'Archibald, qui quant à lui ne cessait de descendre tous les OVNIs passant à la portée de sa machine infernale.
" Nous n'arrêterons pas Charmant comme ça ! hurla le jeune homme dans le tumulte, sans oser se retourner de peur de recevoir une salve imprévue pour s'être trop penché. Et encore moins l'autre fou furieux !
- Je vous avais dit que Charmant avait plus de ressources qu'on pourrait le croire ! répondit Loup en claquant des mâchoires.
- Pas la peine d'en faire un gigot ! " fit l'un de ses cousins, Petit Musclé aurait parié Archibald, qui n'était pas certain de bien avoir la mémoire des museaux.
Et il s'avança de quelques pas devant tous les autres, plaça son étui sur l'épaule, tira de toutes ses forces sur la poignée… Jaillit alors une neige au débit si puissant qu'il aurait rendu jaloux un extincteur ou même une lance à incendie, droit sur le Père Noël, qui fut culbuté dans les airs. Il va sans dire que son renne fut bien content d'être débarrassé de ce poids remuant qui ne cessait de lui meurtrir les côtes, lui faire mal aux bois, et agiter bien haut son fusil de sa main de libre. Le prétendument joyeux bonhomme en rouge, à la hotte pourtant bourrée d'explosifs, se retrouva projeté sur le toit du carrosse de Charmant, ce qui ne manqua pas d'arracher un sourire à Archibald, au plaisir alors ravivé de viser les roues du véhicule de son arme bien supérieure au modèle précédent.
" Ne risque-t-on pas d'être engorgés, à ne pas bouger du tout ? s'enquit-il néanmoins.
- On les dégommera tous avant ! " lui affirmèrent en chœur les loups.
Le Prince Charmant perçut une lourde retombée sur le toit de son carrosse, et une brève sortie du périscope lui apprit qu'il s'agissait ni plus ni moins que du Père Noël, toujours aussi aigri. Qu'est-ce que cela devait être en dehors des fêtes ! Sa conduite était assez ardue comme cela au milieu de cette marée de jouets qui ne lui arrivait pourtant pas même à hauteur d'essieu, pour qu'il ait à s'agacer avec ce vieux bougon en plus.
" Faîtes-moi descendre ! bramait-il. Tout de suite ! Descendez-moi ! A moi, mes lutins, venez m'aider ! "
Mais à présent, ses employés étaient bien trop mobilisés sur le front pour tenter quoi que ce soit. Et surtout pas une mission de sauvetage, quand bien même il s'agissait de leur maître. Après tout, ça ne lui ferait pas de mal de connaître un peu ce que pouvaient être les conditions de vie poussées à l'extrême de ses salariés interdits du droit de grève et condamnés à travailler du matin au soir, ce qui sous ces latitudes, revenait à prendre des commandes, classer les jouets, faire les paquets, durant six mois d'affilée… Il n'y aurait pas de Saving Private Santa
" Ah, vous allez descendre, mécréant, se récria le Prince, foi de Charmant ! Vous allez voir ce que vous allez voir, promit-il en battant son poste de pilotage de ses gants crème, grave signe d'énervement chez lui.
" Essaim numéro Un. Lancé ! " exulta-t-il en appuyant sur un bouton avec autant d'empressement qu'il en avait eu à faire éclater ses bubons d'acné.
Le carrosse, dont la route déviait dangereusement sur la droite et raclait des pans entiers de dalles de glaces devenue prêtes à l'emploi sous forme de glaçons pilés, s'ouvrit encore d'un renflement sur le côté, libérant sous la forme d'un éventail se dépliant une volée d'abeilles qui se ruèrent sur la cible la plus proche, le Père Noël. Sa réaction, et celle de son gros derrière pourtant bien moins appétissant qu'un pot de miel, fut exactement celle attendue par le Prince. Il roula en hurlant sur le côté, tentant de chasser les abeilles de ses mains, ne put se retenir, et tomba donc la tête la première dans la rue, sa carabine voltigeant à l'écart.
" Et un de moins ! Tu es à moi Bellérophon ! se réjouit benoîtement Charmant.
Cependant, celui-ci de même que sa brigade des loups étaient loin de s'en laisser compter. Ils avaient vaporisé tant et tant de neige qu'un véritable mur de plusieurs pieds d'épaisseur s'était peu à peu élevé devant eux, les protégeant de toutes les attaques basses tandis qu'ils assuraient toujours la défense anti-aérienne avec frénésie. Mais cette muraille et tous leurs artifices ne retenaient plus leurs adversaires qu'à moins de dix pas estima rapidement Archibald, ce qui n'était pas pour le rassurer malgré l'air sûr de lui qu'il voulait se donner. Déjà, eux-mêmes recevaient en pleine figure divers projectiles, rien de commune mesure avec leurs propres armes à glace, mais tout de même aussi gênant qu'une mouche qui ne cesse de vrombir à vos oreilles sans jamais se poser. Beaucoup de lutins, le visage convulsé de rage, avaient décidé à présent d'abandonner leurs équipements variés, entreprenant l'escalade de ces monticules. Seul le prince tenta une autre approche biaisée alors que les loups et leur jeune protégé ne cessaient de pilonner tout ce qui faisait mine de se rapprocher d'un pouce.
Deux champignons se révélant être des ombrelles géantes aux armes de la famille du Prince apparurent encore une fois sur le toit de son carrosse, puis furent saisies d'un mouvement rotatif.
" Je vais vous avoir, Bellérophon ! Vous êtes fait ! "
Lentement, le carrosse se hissa au-dessus de la masse, quittant même le sol de neige devenu boue, jusqu'à venir se placer lentement presque sous le nez du jeune homme et ses compagnons d'infortune. Qui réagirent plus vivement que lui : Loup se baissa, ramassa une sorte de harpon qu'Archibald ne lui avait pas encore vu, l'attacha à une corde, le disposa dans l'un de ses canons, et tira. L'objet métallique oblong se ficha instantanément sous ce que le jeune homme ne pouvait qu'appeler le châssis du carrosse, pour le plus grand malheur de Charmant qui se réjouissant déjà de hisser son engin plus haut que les igloos environnants.
" Mais qu'est-ce que vous faîtes ? Ce n'est pas du tout comme cela que… Non ! Ne montez pas ! Ne vous accrochez pas à cette corde !
- En voiture ! " fit pourtant Loup, le premier à serrer les pattes sur la corde rêche. Si tu essaies de redescendre, interpella-t-il Charmant, compte sur nous pour te dévorer tout cru !
- Malotrus ! Vous ne perdez rien pour attendre ! Sitôt…
- Sitôt quoi ? se gaussa à son tour Archibald, le dernier à se jeter sur le bout de corde, ses pieds perdant contact avec la neige au moment même où les premiers lutins basculaient du côté de leur camp improvisé et retranché. Je ne crois pas que vous ayez quoi que ce soit qui vous permette de vous vanter en rentrant. Allez, direction la Faculté, et plus vite que cela ! Fouette, cocher ! "
Ruminant une fois de plus sa haine à l'égard du jeune Bellérophon, le Prince ne put que se soumettre à ses facéties. Alternativement, ses deux ombrelles se repliaient pour percer la voûte de glace aux mille reflets, et le carrosse finit par quitter ce lieu, ses solides roues s'inversant pour donner naissance à des skis, dévalant la pente depuis le sommet du dôme sans le moindre écart cette fois, avant de retrouver des chemins plus conformes… Il va s'en dire que les loups ainsi qu'Archibald s'étaient entre-temps confortablement installés sur les douillettes banquettes de l'habitacle à dorures renforcées…
" Eh bien, mes amis, conclut le jeune homme, les jambes étendues et les deux pieds sur le siège qui lui faisait face, j'adore quand un plan se déroule sans accroc ! "
Et sur ce, il tira sur l'une des étranges cigarettes qui tournaient de patte en patte, plus ou moins griffues selon son propriétaire.
Cahin-caha, le surprenant équipage faisait route vers des contrées plus clémentes, à tous les points de vue, le Prince devenu majordome, ce qui ne manqua pas de faire rire aux éclats le sien, lorsque le carrosse passa devant les hommes de main de Charmant, qui en conséquence apprécièrent avec encore plus de saveur le fait de rentrer sans lui… Au détour d'une halte, Archibald assomma le Prince, le ligota, le laissa sur le chemin de ses hommes de main face auxquels ils avaient pris une confortable avance, et le laissa là en plan sous un sapin. Le jeune homme s'était résolu à cela après avoir repéré les traces d'un renne qui ne pouvait être que celui de la Belle au Bois Dormant en panne de carrosse elle aussi…

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Honnêtement j'ai ri !! Si, si, j'ai ri aux éclats à certains passages... Notamment ce cour magistral sorti de nul part !

Superbe narration, aussi flegmatique que le personnage lui-même. J'adore même le concept de base du caractère d'Archiblad !

Il y a un petit côté guide du routard galactique dans la série de périphrases et métaphores consécutives. Sans compter que la plupart sont extrèmement bien vues.

Et quelle liberté, quelle facilité on sent dans l'écriture... quelque chose de jouissif, vraiment !

Un seul petit regret, pourquoi le personnage n'est-il pas de notre belle vieille France ? Une petite attirance du côté de Fabrice Colin aussi ? Parce que c'est vrai que ça a un petit côté exotique, mais en même temps, là ça aurait été vraiment du jamais vu ! :)

Bref : hilarant et efficace !!
LA SUITE ! ;)

Eolle, le 18/11/2001

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