Retour au SeuilLes Webmestres, etc...Page PrécédentePage SuivanteMettez ce site dans vos favorisLes Forums concernant le film, Tolkien, la Fantasy, etc...Venez chatter !Venez signer ou lire le livre d' orDécouvrez les dernières parutions livres, Bds et mangas de FantasyTous les évènements Fantasy !
 

Auteurs, E-mail : Gillossen
Numéro ICQ : 72496479
Dernière Mise à jour : 23/11/2001

Retour index Auteurs

Où l'on apprend que la bonne santé physique est une condition à avoir quelque soit son monde d'origine et où Archibald en fait les frais...

Chapitre 02 > Chapitre 03 [PDF] > Chapitre 04

rchibald ne pouvait pas rester sur ce désagrément. Il lui fallait absolument trouver un moyen de rebondir, à moins de perdre une bonne part de ses fragiles acquis. C'était ce à quoi il réfléchissait à toute allure, les bras croisés, dos au mur qui avait pour lui une consistance étrange proche du carton-pâte au cinéma. On était en train d'emmener l'ours sans doute jusqu'à une infirmerie, sous le regard protecteur de la petite Boucle d'Or. Le Doyen avait terminé son sermon, et Miss Indrema avait elle aussi disparu, ne laissant derrière elle que les marques de son fouet de lianes. Ah, la petite… Elle n'allait pas continuer comme ça à lui échauffer les sangs sans que… Mais qu'est-ce qu'il racontait là ?
Le jeune homme secoua la tête, décolla son dos meurtri de son point d'appui, s'engouffra dans la salle de classe d'un pas vif, et en ressortit presqu'aussitôt, mais suivi de ses élèves en rangs par deux. Du moins, lorsque c'était possible : les trois petits cochons ne voulaient pas se séparer, et le loup paraissait nourrir un certain sens de l'indépendance, qui le voyait tenir à fermer seul la colonne qui descendait maintenant en direction du hall d'entrée de la Faculté. Bien qu'il eut préféré continuer à bouder, les penchants naturels du renard était chez lui aussi les plus forts.
" Dîtes, monsieur, qu'allons-nous faire ? Nous ne sortons pas de l'enceinte de la Tour pour étudier d'habitude !
- Eh bien, nous allons changer un peu ça, si tu n'y vois pas d'inconvénients, bien entendu…, siffla Archibald, qui ne savait en réalité pas encore exactement comment il allait réussir sa pirouette.
- Non, non, professeur, loin de moi l'idée de vous…
- Attention, j'ai l'impression que tu es sur le point de déraper… "
Le goupil se tut, penaud.
Ils se retrouvèrent bien vite dehors, dans les sous-bois, sans croiser personne. Les étudiants en étaient bien contents, car c'était ce qu'ils craignaient le plus. Si leur nouveau professeur n'était certes pas aussi embêtant qu'ils l'avaient imaginé, il était par contre tout à fait déroutant, et surtout, les autres élèves ne le connaissaient quant à eux pas du tout, et ne le voyaient donc que comme un intrus. Archibald Bellérophon ne s'en laissait pas compter, et les fit mettre promptement en cercle, dans la première clairière qu'il repéra entre les arbres touffus.
" Bien ! commença-t-il. Nous allons faire du sport maintenant ! "
Regards interloqués dans la petite assemblée, dans laquelle chacun maintenant pouvait voir les réactions des autres sans être obligé de se tordre le cou comme dans le cadre de l'amphithéâtre.
" Du sport ? fit le farfadet. Mais c'est… A quoi ça ressemble, monsieur ?
- Comment ? Vous ne savez pas ce que c'est, le sport ? Courir, sauter, nager… Ce genre de choses, quoi !
- Mais… Nous n'appelons pas ça du… sport, monsieur, c'est pour ça !
- Eh… Eh bien, vous devriez ! répliqua avec hauteur le jeune homme. Sachez que les Humains pratiquent des tas de sports différents avec passion ! C'est très important, et ça l'est donc pour vous aussi, si vous voulez comprendre comment ça se passe chez Mc… Chez nous !
- Et vous-même, monsieur, vous en faîtes du sport, dites ? questionna l'un des cochons à la queue rose en tire-bouchon, comme dans un vrai dessin animé.
- Euh, c'est à dire que… Eh bien… Mais qu'est-ce que ça peut vous faire, d'abord ? se retrouva à maugréer Archibald, ne sachant trop quoi répondre. Disons que… Je pourrais en faire plus ! Et puis, zut, je n'ai rien à vous raconter à ce sujet ! Ceci est un cours sur le comportement humain, pas sur le mien exclusivement ! Alors, évitez de vous montrer si familiers, ce serait une bonne idée, je crois ! "
Dépité d'avoir été pris en défaut si aisément, le jeune homme baissa les yeux malgré le ton de sa remarque. On sait déjà, chers lecteurs, que les activités sportives n'étaient pas des plus prisées pour notre ami, mais ce n'était pas pour le rassurer, car il ne venait que de l'avouer à demi-mots à ses étudiants. Ah, bravo ! Il y avait de quoi les mettre en confiance, en voulant leur faire faire ce que lui-même n'était que très peu souvent disposé à effectuer. Il avait compté leur laver la tête en les faisant suer, mais ce n'était pas gagné d'avance. Visiblement, ils rechignaient de toute façon à lui faire encore entièrement confiance, et cela se comprenait. Mais il avait besoin de réussir ce qu'il avait à faire avec eux, car Archibald n'avait aucune envie de s'éterniser ici pour autant. Ce n'était pas que la vie dans cette forêt enchantée parusse particulièrement désagréable, mais il avait tout de même d'autres obligations.
Et il n'était là que depuis quelques heures, que déjà le jeune homme nourrissait le sentiment d'être sur les lieux depuis des jours… Qu'est-ce qui pouvait bien se passer chez lui ? Est-ce qu'il vivait dans un courant parallèle où le temps s'écoulait différemment, comme il avait pu le voir déjà dans les livres ou à la télévision ? Allait-il revenir comme si rien ne s'était produit, ou trouverait-il un monde qui aurait bondi de deux siècles en avant ? Comment savoir ? Le Doyen ne lui avait rien dit à ce sujet, et c'était la première fois qu'il y songeait. Ce n'était pas vraiment l'état d'esprit le plus évident pour ce qu'il avait à faire pour le moment. Ses féeriques élèves pouvaient toujours craindre d'avoir des problèmes avec lui, ils étaient chez eux, en terrain ami. Mais il allait justement leur faire voir que la configuration du terrain n'était pas toujours des plus agréables et enchanteresses, ça leur apprendrait !
" Toi, viens avec moi ! ordonna-t-il à un petit garçon malingre, qui ne lâchait jamais un sachet rempli d'on ne savait quoi.
- Pourquoi moi ?
- Mais enfin, qu'est-ce que c'est que ces manies de discuter ? Tu m'obéis, et puis c'est tout ! Bon, ajouta-t-il devant l'air apeuré du petit garçon qui avait au contraire de certains tout l'air d'un petit garçon, tu n'es pas Poucet ? Le Petit Poucet ?
- Si, si…
- Alors, tu viens avec moi, poursuivit Archibald d'un ton doucereux en se penchant vers lui. Tu vas m'aider à baliser le parcours avec tes satanés cailloux ! Car j'espère que ce sont des cailloux, et pas de simples morceaux de pain !
- Non, non, des cailloux, des cailloux ! J'ai retenu la leçon, vous savez…
- Eh bien, ça en fait au moins une dans ce cas… "
Le jeune homme suivit du Petit Poucet disparut donc dans les fourrés, ne sachant trop comment organiser son parcours, mais ne voulait de toute manière, comme en toutes choses, rien de trop long ou de trop compliqué. Lorsqu'il eut évalué avoir fait le tour de la Tour ( répétition qui le fit sourire bêtement en y songeant… ) sur à peu près deux kilomètres, Archibald résolut que c'en était assez, et coupa droit à travers le bois pour rejoindre la clairière et ses étudiants, qui n'avaient pas bougé, excepté le loup qui s'était assis, mais qui se redressa sans broncher et sans attendre le moindre rappel.
" Bien, vous êtes prêts ! Nous allons courir, maintenant ! Le départ se tient ici, indiqua-t-il du doigt. Ensuite, c'est à vous de bien suivre les petits cailloux blancs que vous verrez un peu partout. Et attention, pas de tricherie !
- Pfft, fit le loup, comment ferez-vous pour savoir si l'on ne triche pas, hein ? Vous ne croyez quand même pas que vous allez courir plus vite que nous et nous surveiller du coin de l'œil ! On pourra couper n'importe où, n'importe quand en nous éloignant du sentier, et vous n'y verrez que du feu !
- En tous cas, toi, tu courrais certainement plus vite si tu laissais tes lingots d'or à la banque, lui renvoya sans attendre le jeune professeur, désignant les chaînes, colliers et médaillons que le loup portait fièrement autour du cou.
- Il n'y aura pas de tricherie d'aucune sorte ! fit la voix d'une nouvelle venue qu'Archibald commençait néanmoins à bien connaître à présent. Je serais là pour superviser cela.
- Ah, Miss Indrema, c'est vous ! C'est à croire que vous ne pouvez vous passer de moi… sourit benoîtement le jeune homme en découvrant la dryade sauter souplement au pied d'un arbre, depuis lequel elle avait observé toute la scène.
- Je vous ai déjà dit ce que je pensais de ces réactions, lui souffla-t-elle au visage en passant devant lui. Chers étudiants ! "
Les visages mâles s'éclairèrent subitement, comme une tomate qui aurait mûri en cinq secondes après être demeurée verte des semaines. Visiblement, ils prenaient très à cœur chaque apparition de la dame. Même le loup s'était laissé aller à quelques mouvements de langue baveux.
" Non, non, je ne reviens pas prendre la place du Professeur Bellérophon, l'entendit-il répondre à la première question qui fusa de la petite assemblée. Mais comme j'apprécie son initiative, j'ai décidé de courir avec vous. J'espère que cela vous donnera envie de participer, selon les règles imposées.
- Evidemment !
- Oui, oh, oui !
- Tout de suite !
- On part quand ? "
Archibald secoua la tête. Quelle belle image de la jeunesse ! Encore une fois, il les comprenait, de mieux en mieux pour tout dire, mais il n'était pas dans ses cordes d'agir ainsi. Il ne pourrait pas les avoir par le charme, lui. Il réalisa au bout d'un moment de silence qu'on attendait de lui qu'il reprenne la parole.
" Oh…, eh bien… Allons-y, pourquoi patienter plus longtemps ? Donc, nous sommes d'accord ! A trois, vous partez, vous exécutez vos trois tours, et le premier arrivé… aura droit à toute mon estime.
- Et ? glissa Miss Indrema.
- Et ? Hum… Une bonne note ? "
La dryade acquiesça en roulant des yeux. Selon toutes apparences, elle jugeait que le jeune homme était un peu lent à appréhender les bases de la fonction d'enseignant, à savoir distribuer des copies et des notes, et accessoirement, les corriger entre-temps. Pendant ce temps, les disparates étudiants s'étaient préparés à la course, guettant le signal de départ. Ce fut alors qu'Archibald réalisa qu'il ne serait pas forcément très aisé pour lui de courir avec les vêtements qu'il portait. Il haussa les épaules en jetant un coup d'œil à la tortue - mutante sans être ninja - qui se tenait non loin de lui et qu'il n'avait pas vue dans l'amphi. Il irait toujours plus vite qu'elle…
" Attention… Trois… Deux… Un et demi… Un un quart… Un huit…
- Partez ! " l'interrompit Miss Indrema.
Les élèves détalèrent dans tous les sens. Sur quatre ou deux pattes, en courant, en sautillant, en zigzaguant ou tout autre verbe de mouvement qui pouvait convenir dans de telles circonstances… Tous, exceptée la tortue justement. Et la dryade accompagnée du jeune homme.
" Mais… Qu'est-ce que tu attends, toi ? l'interrogea Archibald, surpris, tandis que Miss Indrema procédait à quelques assouplissements que le jeune homme considérait comme plus décent de ne pas regarder. Tu veux finir bonne dernière, tu veux jouer à la rebelle ? " se gaussa-t-il.
Ce à quoi la tortue lui répondit en sortant une cigarette de sous sa carapace et l'allumant prestement.
" Pas de souci, boss. Je les rattraperai bien assez tôt. Mais vous, vous devriez vous dépêchez, la demoiselle est partie sans vous… "
Archibald se retourna. La dryade était effectivement à la suite du peloton…

Lorsque l'on est pas particulièrement sportif, et que l'on rechigne avant tout à courir pour rien, il faut être bien idiot pour s'imposer une telle épreuve, ou bien avoir si peu d'imagination que cela vous retombe dessus. Et dans ces cas-là… La motivation n'aidant pas, il faut avoir recours aux vieilles ruses qui fonctionnent quelles que soient les circonstances… En l'occurrence, le jeune homme avait recours à la méthode qui lui avait permis de franchir avec succès toutes les épreuves d'endurance du collège et lycée, par la force de sa volonté inflexible… Ne jamais perdre de vue le balancement de hanches féminines qui avaient cours en même temps que vous, et leurs propriétaires avec. Evidemment, cela limitait son horizon à une certaine hauteur, mais cela lui convenait très bien comme ça. Et c'était ce qu'il tentait désespérément de faire depuis une bonne vingtaine de minutes à présent, pourchassant des yeux Miss Indrema. Des yeux révulsés, les bras s'agitant dans le vide, la bave aux lèvres, et le cœur au bord. Car il ne se souvenait pas que courir était si pénible, et non pas pour une quelconque autre raison que la pudeur nous interdit de commenter ici…
Heureusement pour lui, il parvenait à rester en vue de la dryade, et de ses charmants attributs ischio-jambiers. A dire vrai, il était même comme hypnotisé par leurs harmonieux mouvements, la cadence imperturbable à laquelle elle maintenait sa course sans la moindre difficulté. La façon qu'elle avait de paraître à peine toucher le sol, comme si la Forêt ne gardait pas la plus infime trace de son passage, et lui ouvrait le chemin, lui évitant toutes racines, pierres, feuilles mortes rendues glissantes par l'humidité ou brusque dénivelé. Ce qui n'était nullement son cas. Archibald n'avait aucune idée de ce que les étudiants pouvaient bien être en train de faire, et il s'en moquait royalement. Le loup pouvait bien avoir attrapé les trois petits cochons, le Petit Poucet pouvait bien avoir pris le raccourci qu'il l'avait vu discrètement baliser pour lui seul un peu plus tôt, l'Ogre pouvait bien avoir ramassé les cailloux pour s'en faire un casse-croûte - riche en calcium -, cela ne le dérangeait plus du tout ! Tout ce qui lui importait, c'était de ne pas s'éloigner de trop de Miss Indrema et son bondissant popotin.
Avouez qu'il y aurait des motivations moins nobles…
Cela faisait longtemps que lui-même ne tenait absolument plus compte des petits cailloux du parcours. Et s'il se fiait à son instinct, ce n'était donc pas un instinct des plus avouables… Le jeune homme y mettait tout son cœur. Il lui était déjà arrivé d'agir ainsi, de temps à autre, dans la rue, dans un café, dans un bus… Cette fois, c'était la seule chose qui lui permettait de s'accrocher à son semblant de dignité, c'était bien malheureux de le dire. Plissant les yeux, la sueur coulant depuis son front en rigoles en épousant les rides soudain creusées par la tension, Archibald se traînait toujours un pas en avant en haletant, ses pieds ayant tendance sans que sa volonté puisse s'y opposer à passer au trot plutôt qu'à un galop effréné. Mon devoir me contraint à préciser que cette métaphore chevaline était dûe au simple fait ( simple mais peu avouable… ) que le jeune homme aimait bien se considérer à l'occasion comme un étalon… Lui-même se trouvait pathétique, ce qui n'était pas peu dire.
Tout à coup, il émergea dans une clairière qu'il n'avait pas vue de prime abord lors de son investigation effectuée avec le Petit Poucet. Avait-il était abusé par la fatigue ? Il devait bien avouer qu'il avait la terrible impression d'être en train de faire un troisième marathon d'affilée alors qu'il n'en avait pas fait le tiers d'un. Pourtant, Archibald était quasiment certain d'avoir vu la dryade s'enfoncer dans cette direction au milieu des buissons d'aubépine. Il passa la tête prudemment pour évaluer la situation. Son soupir fut à la hauteur de la sensation rassurante qu'il connut en apercevant la silhouette maintenant vue et revue de Miss Indrema, qui plus est de dos. Elle s'était arrêtée à l'orée de cet espace circulaire et dégagé. Le jeune homme la rejoignit en tentant de dissimuler son essoufflement patenté.
" Ah, vous voilà… Pour… Pourquoi vous… Pourquoi vous vous êtes arrêtée là ? finit-il tout d'un trait, se retenant à grand peine de rendre à la suite de ces mots.
- J'ai senti… Une présence…, lui répondit-elle distraitement, ses grands yeux noisette aux aguets.
- Un élève égaré ? Tricheur ?
- Non, non, rien à voir. Je crois qu'il est là…
- Qui ? "
La dryade lui fit signe de se taire d'un doigt aux senteurs de jasmin. Si le cœur d'Archibald avait pu battre plus vite qu'il ne le faisait déjà à cause de la course, il l'aurait fait, mais pas en réaction à ce geste. Lui aussi avait perçu quelque chose qui tranchait avec le cadre enchanteur qu'il avait rencontré tout au long de sa découverte de ce monde. Comme un élément discordant… Il se maudit sans même s'en rendre compte d'avoir voulu quitter l'enceinte de la Faculté des Sciences Humaines sur un accès de colère, la considérant désormais comme un refuge et non pas la prison qu'il avait vue de prime abord.
Ce fut alors qu'il apparut, en face d'eux, de l'autre côté de la clairière qui avait l'air si paisible une poignée d'instants auparavant. Jamais le jeune homme n'aurait été en mesure d'imaginer quelque chose comme ça… Une créature d'une horreur abyssale que pas même H.P. Lovecraft n'aurait pu créer dans la plus fiévreuse de ses inspirations dérangées et dérangeantes. Elle exhalait une puanteur venue du fond des âges, de ces Abymes cosmiques où seules des entités désincarnées claquent des dents à n'en plus finir, non pas de froid, mais de folie toute prête à se déverser sur le monde, ou plutôt les mondes ! La chose était recouverte d'un immense manteau d'un noir plus sombre qu'une nuit sans lune et sans bougie, ni même une allumette ou une luciole, et encore moins une montre aux aiguilles fluorescentes, ou tout ce à quoi vous pourriez bien penser… Sachez-le ! Malgré cela, l'horrible antenne qui lui poussait sur la tête était parfaitement visible, transperçant sa capuche, qui elle-même masquait un puits d'ombre sans fin. Toute droite, dressée vers le ciel comme une main stylisée symbole inquisiteur à l'adresse de ceux qui les avaient chassés de l'univers connu, les renvoyant attendre leur retour dans les profondeurs insondables d'une douleur impie et démoniaque. Lentement, il releva la tête, rejetant sa capuche en arrière d'un mouvement ample et suffisant…
Et Archibald le reconnut alors, dans toute la stupeur écœurée d'avoir été trompé durant des années de dévotion matinale.
" Quoi ! Toi, Tinky-Winky, des Teletubbies ! Toi qui a accompagné tant de mes réveils ! Tu es un méchant ! explosa-t-il.
Le Teletubbies, puisque c'était bien lui, afficha un sourire goguenard.
" Eh oui, dit-il d'une voix sépulcrale dont le jeune homme n'avait pas le souvenir d'après ce qu'il savait des épisodes qu'il avait vus. Je suis l'Envoyé du Maître, et bientôt, vous connaîtrez son courroux ! Il a réussi à vous ravir les Objets Sacrés des Contes sans que vous puissiez l'empêcher ! Vous avez été ridicule, depuis le début, cingla-t-il virtuellement Miss Indrema d'un revers de sa main violette et boudinée, qui paraissait brutalement étrangement vivante pour un être de peluche. Et ce n'est pas l'aide de ce gringalet qui pourra vous aider d'aucune façon !
- Gringalet ? sursauta aussitôt Archibald. Non mais, tu t'es vu, avec ton petit sac rouge ! Eh oui, ton accessoire fétiche ! J'ai bien vu que tu le cachais sous ta cape !
- Vas-tu te taire ! trépigna Tinky-Winky. C'est totalement hors de contexte ! Ou sinon, les autres Envoyés vont me rejoindre dès à présent ! Bientôt, nous déferlerons sur le monde !
- Pfff, on croirait entendre Cortex. Et il est où Minus ? " le railla le jeune homme, jamais avare de souvenirs concernant n'importe quel dessin animé qu'il ait pu jamais regarder.
Le Teletubbies masqué, toujours à l'autre bout de la clairière, n'était pas du tout aussi doux et gentil qu'il en donnait l'impression à la télévision, ce qui était le cas pour bon nombre de présentateurs, animateurs et autres vedettes du petit écran… Par contre, il était beaucoup plus grand. Et qui sait, ses fourbes compères étaient peut-être là également : les sinistres Dipsy, Lala, et Po… Et s'ils sortaient sans crier gare du bois ? Que leur arriveraient-ils, à la dryade et lui-même ? Et s'il était en train de traquer les étudiants dispersés sur le parcours ? A dire vrai, ce n'était pas cette question qui le torturait le plus…
" Miss… grogna-t-il entre ses dents à l'adresse de la dryade. Que faisons-nous ?
- Avez-vous une idée ? lui répondit-il tout à fait calmement. Je ne crois pas qu'il soit venu ici pour nous combattre, en tous cas, pas vous…
- Comment ça, pas moi ? Vous me croyez faible, c'est ça ? Je ne pense pas que ce messager des enfers soit bien plus redoutable qu'un ours ! Vous croyez pouvoir faire mieux, peut-être, avec… vos instruments… Miss Indrema, attaque tranche-herbe ! " lança-t-il à mi-voix en se saisissant d'une casquette rouge qu'il retourna sur sa tête.
Un corbeau qui traversa le ciel fut la seule réponse qu'il obtint, mais il faut croire que cela eut de l'effet, car l'Envoyé du Mal qui est Méchant et plus Encore que c'est même pas Permis de l'Imaginer se replia dans sa cape et commença à reculer pas à pas.
" Vous êtes déjà perdus, et vous ne le savez pas encore ! Ah, ah, le monde sera écrasé entre les mains de notre Maître avant que vous n'ayez rien pu faire, misérables reliquats d'une ère qui sombre dans la déliquescence de…
- Eh bien, je ne me souvenais pas que leur vocabulaire ait été aussi étendu dans la série… Ou alors, je n'étais pas assez réveillé pour m'en rendre compte.
- Au-revoir, au-revoir ! " poursuivait le méchant Tinky-Winky, agitant son bras droit et découvrant ainsi le sac en simili cuir rouge que le jeune homme n'avait pas manqué de noter.
Et Archibald s'effondra sur le sol à ces mots, comme frappé par une foudre invisible et silencieuse. Néanmoins fort douloureuse… La dryade patienta quelques secondes, fébrile, ne sachant trop quoi faire, puis, lorsqu'enfin elle fut sûre que l'Envoyé était parti pour de bon, elle s'agenouilla aux pieds du jeune homme, lui prenant la tête à deux mains.
" Ah, non, pas vous ! Vous ne pouvez pas disparaître aussi vite !
- Ah… Je vous remercie de votre sollicitude, articula Archibald. Je savais bien que vous finiriez par voir en moi…
- Mais je ne parle pas de vous ! C'est juste que vous ne nous avez encore rien apporté de ce que nous attendons, et…
- Je vois, d'accord ! "
Et le jeune homme grimaça alors de plus belle.
" Qu'est-ce qu'il vous a fait ? Dîtes, vite ! Si je vous ramène assez vite, nous pourrons certainement vous soigner, vous n'avez pas l'air tellement atteint !
- Atteint de quoi ? s'emporta Archibald. C'est mon point de côté qui m'élance ! Evidemment, vous n'avez pas ça, vous ! "
A ces mots, Miss Indrema le laissa retomber la tête contre le sol, dégoûtée.
" Ce n'était que ça ! "
Un moment plus tard, les élèves du Professeur Bellérophon finissait par le retrouver seul étendu dans l'herbe, endormi. Il était le seul à ne pas avoir terminé la course.
Première place : La Tortue.
Dernier : Loup, qui arrivait en roulant des épaules.

Chapitre 2 > Chapitre 3 > Chapitre 4

Nom et Prénom :
Adresse E-Mail :
Commentaire / Critique :

 

Honnêtement j'ai ri !! Si, si, j'ai ri aux éclats à certains passages... Notamment ce cour magistral sorti de nul part !

Superbe narration, aussi flegmatique que le personnage lui-même. J'adore même le concept de base du caractère d'Archiblad !

Il y a un petit côté guide du routard galactique dans la série de périphrases et métaphores consécutives. Sans compter que la plupart sont extrèmement bien vues.

Et quelle liberté, quelle facilité on sent dans l'écriture... quelque chose de jouissif, vraiment !

Un seul petit regret, pourquoi le personnage n'est-il pas de notre belle vieille France ? Une petite attirance du côté de Fabrice Colin aussi ? Parce que c'est vrai que ça a un petit côté exotique, mais en même temps, là ça aurait été vraiment du jamais vu ! :)

Bref : hilarant et efficace !!
LA SUITE ! ;)

Eolle, le 18/11/2001