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Auteurs, E-mail : Gillossen
Numéro ICQ : 72496479
Dernière Mise à jour : 03/12/04

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Entraînement

Premier Opus > Deuxième Opus [PDF]

rchibald posa sa petite cuillère à côté de son bol de céréales vide. Il aimait bien d’ordinaire prendre son temps pour petit-déjeuner, comme tout bon paresseux aux fonctions vitales patiemment ralenties. Mais ce n’était pas le bon matin pour croquer ses pétales de chocolat un par un, en prenant bien soin de faire autant de bruit que possible pour pousser Kate à bout.
Aujourd’hui, le jeune homme était tombé du lit, bien aidé par des gesticulations préalables qui avaient également impliqué sa fiancée encore à moitié endormie, du moins, les premières secondes… Toutefois, là n’est point le sujet de cette histoire !
Dans un recoin, une télévision vintage diffusait un match de football, que notre franco-irlandais préféré suivait distraitement :
" Fred Piniok scores another goal for Saint-Etienne, in this friendly match between his team and the Glasgow Rangers ! "
Mais là encore, ce n’était pas le sujet !
Archibald sortait donc de la salle de bains déjà vêtu, prêt à s’échapper sans créer une émeute en ville. De toute façon, cela lui convenait : il n’avait aucune envie de prolonger son grignotage, l’odeur des saucisses grillées de Kate lui révulsant les narines. Etant à demi-français, Archibald avait hérité du bon goût culinaire qui sied à ce pays, et connaissait un minimum les règles de base de la bonne gastronomie… Ce qui ne semblait pas le cas de Kate, qui poussait le vice jusqu’à défier également la diététique, en ne prenant pas un gramme. Malgré une montagne de toasts, d’œufs au plat et de tranches de bacon, qui auraient dû selon toute logique finir leur vie sur ses hanches…
Celle-ci l’apostropha sans même prendre la peine de cesser de mâcher, et le jeune homme n’appréciait pas beaucoup que l’on n’avale pas. Quelles que fussent les circonstances…
" Tu as bien fait ton sac ? Tu es sûr de ne rien avoir oublié dans ton paquetage ? Je sais bien que pour moi, tu seras absent moins d’une semaine, mais…
- Tu crois peut-être que je ne saurais pas me débrouiller sans toi ? maugréa Archibald, qui n’aimait pas avoir l’air d’un mioche de maternelle attendant que sa mère lui donne son goûter avant de partir. Puis d’abord, c’est pas ma faute ! Tu sais très bien que je n’y peux rien du tout !
- Oui, oui, je sais, vous êtes des garçons après tout, il faut vous dépenser, c’est dans vos gènes, répondit la jeune femme, d’un ton qui ne lui plaisait pas vraiment tout bien considéré… Dommage que Cendrillon ne puisse pas venir pendant ce temps et faire le chemin inverse, je suis sûre que nous aurions aussi beaucoup de choses à nous dire, entre filles…
- Ah, oui, entre filles ", répéta Archibald, avec quant à lui toute autre chose en tête.
Evidemment, Kate perçut le sous-entendu, et le menaça d’un pot de gelée qui semblait avoir moisie mais dont la date de conservation indiquait le contraire, vaille que vaille.
" Ne dis pas de bêtises, voyons ! De toute manière, je le lui ai déjà demandé, et elle a répondu par la négative !
— Qu… Quoi ? bégaya le jeune homme.
- Ah, ah, ah, je t’ai bien eu, mon cher ! " ricana-t-elle en retour. Allez, tu es déjà en retard, enfile ton manteau et disparais ! Ca ne se fait pas de faire attendre un petit camarade !
- D’accord, d’accord… "
Histoire de lui rendre la monnaie de sa pièce, Archibald se permit toutefois de lui chiper une tartine, tout en passant son sac de voyage sur le dos. Il pesait son poids, le bougre ! Et pourtant, il ne s’absentait que deux jours, selon le calendrier de Féerie… Mais on aurait cru qu’il en avait pour un mois, et qui plus est, au pôle Nord ou bien au cœur de la jungle amazonienne ! Le bagage typique de ces gens étranges qui déambulaient dans les trains avec des sacs aussi grands qu’eux pour tenter coûte que coûte de les caser au-dessus des sièges. Quand bien même ils n’avaient rien de prestidigitateurs.
Réprimant un grognement qui aurait immédiatement mis en doute ses capacités musculaires, Archibald stabilisa son énorme baluchon d’un coup d’épaule, et s’en alla, sans un regard pour Kate alors qu’il franchissait l’entrée. Ah, il ne lui ferait certainement pas ce plaisir ! Peut-être qu’elle l’observait par le judas, oui, et alors ? Il prendrait même les escaliers, la tête haute !
Bon… Peut-être pas.
Et voilà que Kate se retrouvait seule dans leur appartement, une fois de plus… Elle ne comptait plus les scènes de ce genre. Pour autant, dans ce cas précis, elle n’avait pas le droit de se laisser aller à se plaindre, car le départ de son fiancé était une nécessité. Depuis qu’il s’était " émancipé " question magie, le jeune homme ressentait de temps à autre un besoin irrépressible de retourner se débarrasser de toute cette matière occulte, comme pour expulser un trop plein d’énergie à la façon d’un enfant hyperactif ! Apollon Schopenhauer, bien qu’il ne souhaitât pas l’admettre, souffrait du même syndrome. Entre tout cela et les malaises de Kate… Peut-être que les individus qui n’étaient pas originaires des Terres de Féerie subissaient immanquablement ce genre de désagréments, n’étant pas nés dans un monde où chaque être vivant baignait dans cette atmosphère…
Ou alors…
" Ah, ces garçons, il faut toujours que ça se bagarre pour savoir qui est le plus fort de la cour de récré ! "

Rallier l’Atlantide n’était pas chose facile, même à présent que le continent perdu avait émergé de nouveau de l’océan. Son souverain par défaut tenait à son intimité, et l’accès paraissait plus protégé que n’importe quelle installation infiltrée d’ordinaire en moins de temps qu’il ne fallait à Jack Bauer pour interroger - ou passer à tabac - un suspect.
De son monde d’origine, l’ex Lord Funkadelistic avait importé certains éléments n’ayant rien à voir avec l’Atlantide, tel que le canot pneumatique jaune poussin dans lequel Archibald avait pris place, accompagné d’un nain au crâne dégarni, qui pilotait l’engin.
" Je vous conduis au fort ! " était tout ce qu’il avait daigné prononcer, ce qui la première fois avait plutôt déstabilisé le jeune professeur, qui s’attendait presque à être accueilli par un présentateur télé adepte de la gonflette et ses variantes.
Mais très rapidement, leur destination était apparue à l’horizon. Pas la cité elle-même. Une immense tour, aussi fine qu’elle était haute, aux allures de monumental pilier soutenant les cieux, étincelante de nacre dans le petit matin. L’une des plus incroyables constructions de l’Atlantide, qui n’en manquait pas. A son sommet de dentelle crénelée, patientait Apollon. Pour le rejoindre, Archibald allait devoir monter des milliers de marches, arpentant un monumental escalier en colimaçons, battu par les vents. Inutile de chercher d’une main une rambarde ou bien plus simplement une rampe. Il fallait grimper avec le vide pour seul compagnon. Et lorsque vous aviez dépassé l’altitude de la Tour Eiffel, cela devenait subitement plus compliqué, même pour Archibald, d’ordinaire plutôt insensible. Imaginer que ronde après ronde autour de cette étrange flèche, le vertige le dispute aux étourdissements…
Pas vraiment le genre de réflexions à entretenir en pareils instants ! Le jeune homme gardait une main plaquée sur les aspérités douces de la muraille de pierre, ce contact très important pour lui. Comme pour le contrarier un peu plus, les rayons de soleil s’y réverbéraient chaque seconde plus vivement, miroitant de brique en brique, à mesure que l’astre du jour grimpait lui aussi, dans le ciel. Damn it ! Archibald s’arrêta, le dos contre la pierre, se saisissant de son sac à dos. C’était bien ce qu’il redoutait : il avait égaré ses lunettes de soleil, ne pensant pas en avoir besoin en plein mois de Novembre… Il avait pourtant assuré Kate de n’avoir rien oublié. Elle avait pris la peine de le lui demander ! Et Archibald s’était encore trompé en voulant jouer au plus malin.
Mais ce n’était pas la première fois non plus que le jeune homme effectuait le trajet. Bon gré, mal gré, il gravissait volée après volée, le sommet se rapprochant peu à peu. Par moments néanmoins, Archibald avait presque l’impression que cette ascension pourrait se poursuivre sans fin, ou même qu’à force de se sentir le cœur au bord des lèvres, les escaliers réussiraient bien à le faire redescendre sans qu’il ne s’en rende compte. Le comble ! Non, il avançait toujours… Le ressac était devenu imperceptible à cette distance, et il n’y avait plus que les oiseaux, de magnifiques albatros, pour côtoyer le jeune homme. Avec la chance qui semblait être la sienne aujourd’hui, il pouvait sans doute s’estimer heureux de ne pas avoir été victime de leurs déjections ! Réflexion qui ôtait évidemment sur le champ une bonne partie du charme du cadre de la scène, mais que voulez-vous, notre héros n’affichait pas la plus avenante des mines…
Quelques laborieuses minutes de plus, et…
" Bon, quand y en a marre, y a…, marmonna Archibald, tout en fouillant dans ses poches. Désolé Esméralda, ajouta-t-il avec une pensée émue pour la sémillante sorcière, j’aurais bien voulu économiser le peu de poussière de fée qu’il me reste, mais je n’ai aucune envie d’y passer la nuit ! "
Ce disant, il avait tiré de l’un de ses mystérieux et insondables replis une minuscule fiole luminescente, dont il s’aspergea généreusement avec toute la conviction nécessaire.
L’effet ne se fit pas attendre : Archibald n’eut pas à trépigner très longtemps pour décoller façon feu d’artifice, se permettant même quelques circonvolutions sophistiquées autour de la tour, que Peter Pan lui-même n’aurait pas reniées ! Quel bonheur de voler ! Le jeune homme avait oublié cette sensation, englué depuis quelques mois dans des considérations beaucoup moins aériennes… Et voilà qu’il se libérait enfin, les bras en croix, tourbillonnant à qui mieux mieux, et retrouvant sa bonhomie habituelle tandis qu’il se mettait à rire aux éclats, les vents les emportant aux quatre coins de l’horizon.
Sans guère d’effort, son paquetage soudain aussi léger qu’une plume, - ou du moins c’étaient là ses impressions - Archibald se hissa soudain au sommet dans une ultime pirouette, atterrissant à cloche-pied sur la plate-forme circulaire coiffant la tour, s’asseyant sur un merlon taillé de façon fort gracieuse. Malgré ce détachement affiché, il fallait bien reconnaître que le jeune homme éprouvait le besoin de reprendre son souffle.
Une voix goguenarde l’interrompit en plein labeur, qu’il avait pourtant pensé discret, et non comparable à une locomotive à vapeur à plein tirage.
" Allons, tu ne pourrais pas admirer le magnifique paysage qui s’offre à toi au lieu de lui tourner le dos ?
- Ca te va bien de dire ça ! "
Le ton d’Apollon, car c’était lui bien entendu, était toujours caustique, mais plus aussi acerbe que par le passé… Et comment lui donner tort cette fois ? Ce que l’on avait la chance de découvrir du haut d’un tel point de vue se révélait tout bonnement fabuleux ! L’océan, où que le regard se pose, vagues d’émeraude et de jade entremêlées, et comme l’impression que l’Atlantide elle-même n’existait pas, que cette tour était la seule jetée de terre de tout Féerie, un phare aussi démesuré que solitaire.
" Tu peux te moquer de moi, mais nous sommes là pour les mêmes raisons, répliqua encore Archibald, déposant son sac. Et je suis certain que Cendrillon a dû te faire les mêmes remarques que Kate à mon égard ! "
Le nouveau souverain de l’Atlantide préféra garder le silence, muré dans une posture très raide et une moue à l’avenant, à quelques pas du jeune professeur. Dans sa main droite, il consultait faussement négligemment une montre à gousset à la chaîne en or. Encore plus guindé que le jour de son mariage, ce qui était tout de même étonnant…
" Tu ne lui as toujours pas trouvé un autre nom ? demanda Archibald, préférant toujours discuter un peu avant de passer aux choses plus sérieuses.
- Non… J’aime beaucoup Tower of Gray
- Oui, oui, cette vieille carte de tarot. "
Lorsqu’Apollon s’était installé sur l’île-continent, cette tour se trouvait dans un état de délabrement avancé, qu’il avait tenu à combattre le plus rapidement possible. Secondé par la magie, les travaux s’étaient déroulés de la manière la plus diligente qui soit. La magnifique vigne vierge qui s’enhardissait sur la paroi à l’abri du soleil, aux lianes pareilles à des troncs d’arbres centenaires, donnait l’impression de pousser là depuis des décennies justement, et non pas à peine une poignée de semaines. L’Atlantide recouvrait un visage vierge et sain.
Pour le reste, Archibald préférait ne pas devoir écouter une nouvelle fois toute l’histoire. Ils se retrouvaient tous les deux dans ce nid d’aigles pour la troisième reprise. Et ils savaient très bien ce qui les contraignait à ces étranges rendez-vous.
" Es-tu bientôt prêt ? s’enquit l’ex-Lord Funkadelistic, comme toujours impatient.
- Tu permets ? C’est tout de même une rencontre d’importance, je ne voudrais pas la prendre à la légère !
- A quoi bon ? Tu t’estimes capable de me résister ? "
Archibald lui renvoya un sourire gouailleur, tout en jouant nerveusement avec l’anneau passé à son doigt. Puis, se penchant sur son sac, il en tira une drôle de casquette rouge, à la visière particulièrement longue, qu’il se vissa sur le crâne avec détermination. Puis un blouson sans manche de la même couleur, complétant sa tenue, avec ses converse fatiguées et son jeans élimé.
" J’ai toujours été fan de Terry Bogard… Pas toujours facile d’assumer ça, surtout quand on doit partir au front sans même qu’on nous laisse le temps de dire ouf… Alors que là, cette petite empoignade était prévue de longue date… J’avais tout le temps de me préparer ! Et souviens-toi que nos deux duels précédents se sont terminés par des matches nuls, que tu le veuilles ou non ! "
Schopenhauer endura ses délires vestimentaires ou autres sans broncher. Drapé jusqu’à présent dans un long manteau à la blancheur d’hermine brodé de liserés d’argent, il l’ôta d’un geste ample et calculé, le riche vêtement retombant sur les dalles de pierre dans un bruit sourd…
" La différence, c’est qu’auparavant, je portais des poids ! "
Archibald n’eut pas le temps de laisser l’étonnement lui monter aux lèvres.
" Ikuso ! " lança Apollon, d’un ton sans appel.
Le défi avait débuté !

Le descendant de Bellérophon para l’attaque au dernier instant, les deux poings d’Apollon, comme gantés de diamant, visant son torse, soudain protégé par l’Epée de la Chimère changée en bouclier. Son partenaire d’entraînement ne plaisantait pas le moins du monde. Encore moins que précédemment !
" Bien joué, mais je connais tous les petits tours de ton épée-gadget ! Tu ne résisteras pas longtemps ! "
Pas le temps de répliquer pour Archibald, trop occupé à se débattre avec ce furieux et initial assaut pour songer à lancer une réplique bien sentie. Immédiatement, l’anneau quitta son doigt pour bondir dans sa paume et redevenir la lame qu’il connaissait le mieux. Et le guidait toujours lorsque le besoin se faisait pressant ! A grands coups de taille, le jeune professeur ne cherchait pas d’ouverture, simplement à éloigner le danger au plus vite.
" Ce n’est pas avec une simple épée que tu pourras m’atteindre ! Tu devrais tout de même le savoir depuis le temps !
- C’est que je ne voudrais pas abîmer ta jolie mise en plis ! "
Une lame comme de neige fondant au soleil jaillit dans la main d’Apollon, reniant ses déclarations, par simple plaisir de s’offrir une passe d’armes. Chose qu’il n’avait plus vraiment eu l’occasion de pratiquer depuis la fin des hostilités nées des visées d’Hadès. Archibald, dos au vide et donc à sa peur, bondit entre deux merlons, enjamba prestement un créneau, et se rétablit à la gauche de son adversaire, dont le glaive flamboyant n’avait frappé que le vide, sans même l’effleurer. Mais son propre moulinet n’aboutit à rien, Apollon reculant d’un pas chassé.
Pour un spectateur qui se serait trouvé au pied de la tour ou bien sur une colline environnante, un insolite orage sans nuages noirs paraissait y avoir pris corps. Des tombereaux d’éclairs se déversaient en jets continus depuis les murailles, qui se paraient de reflets de mille feux, rivalisant par instants avec la lueur de l’astre du jour. C’était comme une sphère en formation, un peu à la manière de l’apparition de la forteresse de Diskor, vous aurait expliqué un fan de Jayce et les conquérants de la lumière, mais plus proche d’un disque d’accrétion d’une galaxie miniature naissante. Comme le prolongement des deux lames et de leurs possesseurs, les éclairs continuèrent de s’entrechoquer avec rage durant de longues minutes, l’air prenant un aspect irréel et changeant comme au cœur du désert.
" Tu sais qu’un duel entre deux êtres tels que nous pourrait durer longtemps, souligna Archibald, émergeant de débris de dalles formant peu à peu des tas disparates.
- Il faudrait pour ça que nous soyons à peu près de force égale, ce dont je doute ! "
Et comme pour signifier cette différence, étendant la main, Apollon fit fondre les débris et recréa les dalles, leur aire de combat restaurée sans la moindre brisure, aussi polie que si nul pied ne l’avait jamais foulée.
Le temps de l’escrime s’était achevé. Laissant de côté ces armes aiguisées, Archibald et son hôte se jetèrent l’un sur l’autre dans un mode d’approche qui désormais s’apparentait plus à de la savate. Le jeune professeur tenta d’ailleurs de placer un " fouetté figure ", même si le nom exact du mouvement ne lui était pas réellement connu ! Apollon jouait avant tout l’esquive, reculant et changeant brusquement de direction pour déstabiliser son partenaire. Si bien qu’Archibald, entraîné par sa fougue, se retrouva déséquilibré pour de bon, après qu’un crochet supplémentaire ait manqué sa cible ! Manquant de tomber tête la première, Schopenhauer le retint, mais d’un geste qui n’avait rien d’amical, lui administrant une leçon aussi brève que douloureuse.
A genoux, coupé en deux, Archibald manqua de chanceler tout à fait, une main sur un merlon. Le vent parut soudain jaillir du créneau, froid et piquant, agissant sur le jeune homme tel un entraîneur de boxe entre deux rounds. Prêt à repartir au combat, le jeune professeur se heurta à un mur, littéralement.
Apollon, situé à son opposé, avait dressé une barrière de cristaux de givre, des flocons emportés un à un, sans jamais véritablement se répandre sur le sol. Ils allaient et venaient de haut en bas, tout en formant une paroi infranchissable, quoique capable de vous donner des engelures à moins de trois pas.
" Que dis-tu de cela ? Tu commençais à m’agacer, alors ainsi, tu ne devrais plus pouvoir me tourner autour avec tes petits poings ! Et sache que ce mur est irrésistible, plus solide que pourraient l’être les glaces de Sibérie…
" Et c’est bizarre, mais ça me dit quelque chose, ton bluff neigeux…, grinça Archibald. Et je devrais bien parvenir à briser ça ! Après tout, le zéro absolu, tout ça, ça ne peut pas dépasser une certaine température, et je compte bien… "
Mais le jeune homme fut malheureusement pour lui interrompu dans sa furieuse logorrhée. La paroi avançait droit devant. Et l’ex-Lord Funkadelistic affichait un petit sourire en coin qui n’était absolument pas pour lui convenir. Encore une poignée de grains de sable dans un sablier, et Archibald finirait coincé entre les remparts et ce mur de glace, condamné à être transformé en Mister Freeze géant, au moins une heure de temps, si Apollon ne poussait pas la plaisanterie plus loin encore. Deux heures ? Une journée entière ?
" Une fois encore, Bellérophon, tu parles, tu parles, toujours sans réfléchir au préalable, se gaussa celui-ci. Maintenant, tu as l’honneur de faire les frais de mon Diamond Borealis ! "
Que faire ? Depuis qu’Archibald avait dû apprendre à s’employer pour de bon une fois projeté en Féerie, le jeune homme avait toujours eu l’occasion de faire travailler ses méninges pour vaincre ses adversaires, que ce soit Lord Funkadelistic justement ou même Hadès, et pas simplement se montrer plus fort qu’eux ! Mais désormais…
Précédée d’une nappe de blizzard, la paroi continuait sa progression, lentement mais sûrement. Archibald fit un pas de côté, mais c’était une solution parfaitement inutile : le mur de glace épousait implacablement la circonférence de la tour.
" Il en faudra plus pour m’abattre ! "
Et pour prouver ses dires, Archibald… cabriola en arrière, disparaissant dans le vide ! Le Diamond Borealis de son adversaire se brisa sur les créneaux, comme une avalanche au pied d’une montagne, se heurtant à une forêt de sapins centenaires. Apollon s’avança sans effort, tiquant à peine, mais voilà qu’Archibald réapparaissait déjà dans son dos ! Et d’un coup de coude bien senti entre les omoplates, il lui rendit la monnaie de sa pièce.
" Tu vois, j’étais encore sous l’influence de la poussière de fée, tu aurais pu y penser ! "
Lord Funkadelistic ne se laissa pas déborder, redéployant dans l’instant son champ de force protecteur.
" Alors, ce sera quoi la prochaine fois ? le railla Archibald, une bataille de boules de neige ? J’ai déjà donné à ce sujet ! "
A nouveau, seuls au sommet de cette tour interminable, les deux jeunes gens se ruèrent l’un contre l’autre, s’empoignant sans retenue, les muscles bandés, les mâchoires serrées, le front moite. La plupart de leurs attaques n’aboutissaient à rien, tel que le 720 genoux repliés d’Archibald, une figure que n’aurait pas renié un skatteur underground, et quelque peu hors sujet ! Depuis combien de temps livraient-ils ce duel ? En fin de compte, ils l’avaient pour ainsi dire oublié, la durée n’ayant plus aucune importance. L’unique chose qui comptait maintenant, c’était de pouvoir se débarrasser de toute cette frustration qui les envahissait peu à peu, à force de baigner ou pas dans la magie.
Evacuer ce surplus de puissance était plus que nécessaire s’ils ne voulaient pas entrer dans un état second qui n’avait rien de particulièrement gratifiant. Voilà pourquoi Archibald et son ancien ennemi avaient convenu de ces rencontres un peu spéciales, histoire de trouver une solution faisant d’une pierre deux coups, en leur permettant de ne pas perdre les réflexes acquis au fil des derniers mois… On prenait plus vite goût qu’on ne pourrait le croire à une vie de danger et de mystères ! Ces joutes arrangées et censées demeurer amicales représentaient une occasion appréciable de joindre l’utile à l’agréable, même si aucun des deux jeunes gens n’aurait voulu l’admettre face à son vis-à-vis. Qui a dit que Kate n’avait pas raison à propos des chapelets de caprices des petits garçons ?
" Tu ne peux pas lutter, Bellérophon ! Regarde ! Tu n’as pas vu ce qui arrive à ton bras gauche ! " s’exclama Apollon.
Le jeune professeur effectua bien malgré lui une glissade plus ou moins contrôlée qui manqua de le faire déraper encore. Son équilibre était troublé. Et pour la bonne et simple raison que son bras droit venait effectivement de se rigidifier peu à peu, jusqu’à devenir maintenant un poids mort, pendant lamentablement.
" On ne peut pas échapper à mes techniques secrètes, sache-le ! Tu es la pathétique victime de mon Diamond Borealis, toi qui croyais m’avoir trompé d’un simple bond ! Comment vas-tu procéder ? Tu peux abandonner si tu le souhaites, je sais me montrer magnanime !
" Je suis un fan du One-Armed Swordman, alors tu peux toujours courir, mon vieux ! " rétorqua Archibald du tac au tac.
Phénomène toujours plus surréaliste, un nuage ambré vint s’abîmer sur le faîte de la tour, s’y accrochant paresseusement, recouvrant les dalles de son troupeau de moutons duveteux, supprimant ainsi le périmètre de l’aire de duel. Et si le jeune professeur posait le pied dans le vide, présumant se tenir sur de la pierre ? Il avait utilisé les derniers grammes de poussière de fée en sa possession et n’avait plus vraiment de pensées heureuses en réserve ! Sans compter que lui n’avait pas comme recours l’apparition d’une triple paires d’ailes !
" Ah, voilà qu’Eol se mêle de nos affaires ! ricana Apollon à gorge déployée. Mais n’espère pas son soutien pour autant ! Tu vas seulement…
" Hey, le beau-parleur qui radote ! l’interrompit Archibald. Il faudrait peut-être que je t’apprenne quelque chose, pendant que tu fanfaronnes ! Tu imaginais que je combattais de toutes mes forces ? Mais je n’étais qu’à 60% de mes capacités, tu entends !
" Co… Comment ? "
Et sur ce, repliant son bras valide en fermant le poing, sans même un regard pour ses enjambées et le sillon fragile tracé au cœur du nuage qui aurait pu le conduire à la chute, Archibald se rua sur son vis-à-vis !
L’Epée de la Chimère, redevenue anneau, se mit à briller, d’une lueur aveuglante, tandis qu’Apollon crachait littéralement ses formules ! L’air au devant du poing d’Archibald se mit à trembler, s’échauffa, prit des teintes irisées. Une véritable sphère enflammée se créa soudain, pour finalement que le jeune homme cueille son adversaire d’un direct au menton, les flammèches lui explosant au visage avec encore plus de force que l’impact lui-même !
" Buuuuurn Knuuuuuckle ! "
( A o C pour la manip !)
L’ex-Lord Funkadelistic fut soulevé de terre, pour disparaître dans les remous du nuage. Archibald ne s’en souciait guère, trop satisfait de sa petite mise en scène :
" Ah, tu vois, qui ne réfléchit pas ? Le pouvoir destructeur de la Chimère a ionisé l’air autour de la bague, jusqu’à former une boule de feu épousant ma main ! Bien sûr, inoffensive à mon égard ! Ajoute à cela la vitesse renforçant ses effets… Et tout cela pour finir, dans ta face ! "
D’un doigt, il rajusta sa casquette, et tant pis si ce qu’il racontait n’avait que peu de rapport avec des assertions scientifiques expérimentées et véridiques ! Il semblait même à Archibald que sa main gauche le démangeait un peu plus, comme une crampe qui commence à se dissiper. S’il pouvait récupérer l’usage de son bras dans les minutes à venir… Il ferait regretter à Apollon ses tours de passe-passe !
Toutefois, celui-ci n’avait pas reparu. La technique spéciale d’Archibald ne pouvait pas l’avoir étendu pour le compte. Egaré dans les méandres cotonneuses du nuage, le jeune homme se sentait brusquement sous la menace lancinante d’un squale… Où pouvait-il bien rôder, prêt à surgir de ces étranges flots pour le dévorer de sa démesure ?
" 60 % ! Mais que dis-tu de 65, de 70 ! De 80 ! "
Il était là.
Saisissant Archibald au poignet, évidemment celui qui n’était pas engourdi, Apollon avait surgi de la brume, tout aussi pâle qu’elle, décochant une gifle de revers n’ayant strictement rien à voir avec un timide soufflet. Comme emporté dans une tornade, le jeune professeur s’envola sans la moindre attache, propulsé au-dessus de la tour, pour sans doute y retomber comme un pantin désarticulé. Mais c’était oublier que le prétendu dieu avait la rancune tenace : vexé, il se propulsa d’un bond à la hauteur d’Archibald, pour mieux le renvoyer sur les dalles en le frappant dans le dos des deux poings !
Le jeune professeur, échauffé au-delà des limites, en avait plus qu’assez de subir. Se rétablissant d’une main, il se propulsa en arrière dans le même mouvement, laissant Apollon briser deux dalles précisément à l’endroit où il aurait dû s’écraser comme une masse, pour mieux rebondir des deux pieds contre l’un des créneaux, se projetant maintenant à l’horizontale sur le maître de l’Atlantide !
" Ca, c’est 75% ! "
Dans les ultimes lambeaux de nuage, Archibald, pareil à une torpille humaine, percuta une fois encore sa cible, les deux jeunes gens terminant en roulé-boulé, ricochant sur les murailles comme une bille de flipper ! Le sommet de la tour se mit à trembler, sans que l’édifice en arrive tout de même à vaciller ! Apollon se sentit soudain privé de toute marge, comme pris à la gorge par un chien enragé, ce qu’Archibald avait fini par devenir. Il le martelait de ses phalanges endolories, donnant plutôt l’impression d’avoir trois bras et non un seul.
Mais l’étau se relâcha enfin, la jeune professeur vidé de ses dernières forces, rampant à ses pieds. Leurs assauts sauvages les avaient vus redoubler d’efforts.
" Je crois que c’est la dernière… La dernière attaque possible, grommela Archibald, tentant de se relever mais avec plutôt l’air de peiner dans une série de pompes. Je dois dire que je me suis un peu retenu… Je ne voudrais que ton île finisse sous la mer pour la seconde fois, tu me comprends ! "
Schopenhauer n’avait même plus la force de railler la réplique de son adversaire. Pantelant, il s’appuyait d’une main sur la margelle de l’un des créneaux, ses longs cheveux effilées lui voilant le visage, trempés de sueur.
" Il est temps de cesser ce duel, je le crois, décréta-t-il en soupirant. Pour ce qui est de nous dépenser, nous avons dépassé largement le cap !
" Tu crois ça ? grogna Archibald, comme aboyant. Tu y crois sincèrement ? "
Avec un étonnement certain, Apollon vit Bellérophon se relever lentement, ses deux poings libérés, les yeux exorbités, sa tignasse complètement ébouriffée, ses traditionnels épis plus nombreux que jamais. Agité de soubresauts enfiévrés, ramassé sur ses jambes tel Wolverine, la mâchoire figée, son précieux blouson déchiré sans ménagement, sa casquette disparue depuis longtemps, le jeune homme semblait avoir été littéralement contaminé par la rage !
" Bellérophon ! Arrête ! le mit-il en garde, véritablement alarmé à présent. N’oublie pas qu’il ne s’agit que d’un entraînement ! Tu dois garder tes esprits, ne te laisse pas dominer ainsi ! "
Et voilà ce qui se produisait malgré tout : Féerie, le cadre mythique de l’Atlantide, la passion du combat augmentant petit à petit… Leurs deux précédentes séances avaient été beaucoup moins houleuses, plus mesurées, l’un comme l’autre évitant de se livrer pleinement, à l’image de leur étrange relation. Cette fois, sa quasi perte de connaissance associée à l’excitation du combat avait fait ressurgir la personnalité du héros qui sommeillait dans les tréfonds de son être. Il n’y avait pas d’autre explication envisageable ! Et si Schopenhauer devait lui faire face sérieusement…
" Archibald ! essaya-t-il de l’approcher autrement. Réagis ! Tu sais pertinemment qu’on ne peut pas jouer le jeu plus longtemps ! "
En théorie, les réserves d’énergie du jeune professeur auraient dû se retrouver complètement anéanties, consumées par tout ce qu’il avait accompli depuis son arrivée au sommet de la tour. Et au contraire, voilà que les dalles sous ses pieds se déchaussaient, que la poussière de leur champ de bataille semblait en suspension, chaque particule comme libérée de la gravité. Un long hurlement monta alors à la gorge d’Archibald, une plainte de défi, à la façon d’un chien de troupeau protégeant ses brebis de l’appétit d’un loup affamé.
Apollon Schopenhauer n’avait plus le choix : il allait devoir avoir recours aux grands moyens.
" Il ne faudra pas que ta fiancée s’adresse à moi pour d’éventuels reproches : je ne peux aucunement être tenu pour responsable de ce qui arrive ! "
Et le dieu de lumière déploya ses ailes d’albâtre, des gantelets d’or complétant son armure iridescente.
" Je suis désolé, Bellérophon. Il m’est impossible de te laisser une chance de détruire l’Atlantide, ou ne serait-ce que cette tour, lui lança-t-il par-dessus le tumulte environnant. Je ne sais pas si tu peux m’entendre, mais sache que je regrette. "
D’une main levée, paume ouverte vers le ciel, Apollon parut commander au soleil lui-même, dont les rayons majestueux redoublèrent d’intensité.

Je me souviendrai toujours de l'Archer Apollon,
et je ne l'oublierai jamais, lui que les Dieux eux-mêmes redoutent,
quand il marche dans la demeure de Zeus
et, certes, tous se lèvent de leurs siéges à son approche,
quand il tend son arc illustre.

Etaient-ce les reflets de ces flèches de feu sur la tour, leur scintillement miroitant ? Illusion ou réalité, l’astre du jour sembla faire de lui son héraut, son champion, un Lord transformé en Roi des Hyperboréens, le plus grand d’entre eux, le Roi des Loups. Et pourtant, Archibald n’en avait cure, s’abandonnant à sa furie destructrice. Derek avait bien cherché à le raisonner par le passé, et d’autres après lui. Mais la brèche était là et l’occasion trop belle pour Cuchulainn.
Que ces maudits dieux paient enfin leur dû, à leur tour de pourrir à Mag Mor pour un millier d’éons !
Apollon secoua la tête, tristement.
" Tu seras sonné pour le compte. Tant pis si c’est là la seule manière de te maîtriser. Il n’est plus temps de te dompter ! "
Puis, les yeux mi-clos, ses gestes toujours lents et mesurés malgré la furie déclenchée par Archibald autour de lui, il psalmodia une formule aux accents de sentence.
" Stellar Nova Smash Extinction ! "
Ses mots tonnèrent, faisant vibrer la brise, mais pas autant que la pluie de soleils qui jaillirent sur son adversaire. Archibald ne chercha pas à esquiver, ce qu’il avait néanmoins espéré. Au contraire, il attrapa l’une des sphères brûlantes à pleines mains, pour la dévier, puis une seconde, et encore une autre !
" Tu… Tu ne peux pas faire ça ! glapit Schopenhauer, perdant de sa superbe, tandis qu’Archibald avançait sur lui pas à pas. Il y a quelques semaines encore, je n’étais pas capable de produire une telle magie, et tu la balaies ainsi ! "
Plus qu’une constatation, les paroles d’Apollon n’étaient plus qu’orgueil bafoué. Alors, les deux combattants, unis par le même désir âpre de victoire, se préparèrent pour un dernier assaut, prêts à rivaliser de puissance !
Mais leur petit jeu fut interrompu par deux autres personnes, tout aussi remontées qu’eux, et aux regards assassins les fusillant sans aucune pitié.
" Quelle honte, nous faire monter jusqu’ici ! Viens ici, toi, et tu as intérêt d’être sage ! "
Cuchulainn n’eut que le temps de capituler sans demander son reste, laissant Archibald être le seul à souffrir de se faire tirer l’oreille, ce qui était finalement bien pire que se rouer de coups avec un sparring-partner, aussi étrange soit-il.
" Aïe ! Mais, euh, Kate ! se justifia de façon très élaborée le jeune professeur. C’est lui qui a commencé !
" Je dois admettre que cela ne m’étonnerait qu’à moitié ", murmura une Cendrillon tout aussi contrariée que la fiancée d’Archibald.
Les deux jeunes femmes se tenaient sur la dernière marche du gigantesque serpent aux écailles de marbre, Archibald jugeant que ce n’était pas le moment de leur souffler qu’elles avaient l’air de harpies contrariées… Ne les voyant pas revenir, et ne comptant pas se changer en sœur de la sœur Anne qui ne voit rien venir, Cendrillon avait décidé de faire mander Kate dans son propre monde, avant de prendre avec elle, et une escorte bien entendu, le chemin de la tour. Hors de question d’être laissée à l’écart après tout ce qu’elle avait déjà dû supporter par le passé ! C’était ce qu’elle avait tenu à affirmer dès le départ à Apollon, et pas uniquement sous forme de déclaration d’intention. La preuve était faite une fois de plus !
Schopenhauer lui-même n’affichait plus si belle mise, tentant de s’effacer au second plan. Mais la jeune femme à la longue chevelure de nuit ne l’avait pas oublié et vint se planter devant lui, les mains sur les hanches.
" Alors, qu’est-ce que vous invoquerez pour votre défense, monseigneur ? "
Désorienté, l’ancien Lord se permit un faible sourire, sans pour autant que perce son amusement. Comme les choses pouvaient changer vite en Terres de Féerie ! Une certaine lassitude pesait malgré tout sur ses épaules : de la fatigue à l’état brut !
" Je ne saurais que dire, si ce n’est que mon compère et moi-même sommes fourbus… Nos intentions ont sûrement pâti de nos efforts. J’espère que vous excuserez notre maladresse.
" Quelle jolie pirouette pour signifier retard, le rabroua Kate, absolument pas impressionnée. Bon, nous ne sommes pas en avance pour le dîner ! "
Archibald trouva là son échappatoire.
" Le dernier arrivé au palais a perdu ! "
Et il se jeta dans les airs, bras écartés, sans demander son reste.
" J’avais encore un peu de poudre ! " leur cria-t-il, déjà emporté par un courant ascendant.
Apollon Schopenhauer dévisagea les deux jeunes femmes, son regard passant de l’une à l’autre, indécis.
" Oh, tant pis, au diable la retenue ! "
Et il plongea à la suite d’Archibald !
Figée, Cendrillon n’en croyait pas ses yeux. Leurs compagnons les avaient plantées là sans rien dire, alors qu’elles avaient déjà été contraintes de monter jusqu’au sommet de la tour à cause d’eux ! Cependant, Kate, elle, n’affichait pas la même mine interloquée.
" Ne vous inquiétez pas, j’ai une solution de rechange. Vous pouvez renvoyer vos gens ! "
Et se retournant pour siffler d’un petit air joyeux, la jeune femme eut pour réponse un cri tout aussi inattendu que son attitude, celui du griffon qui les avait sauvés, Archibald et elle, aux Enfers. L’animal mythique, prenant grand soin de ne pas ébouriffer ses deux futures passagères, posa ses énormes pattes sur un perchoir à son échelle, ses ailes déployées en un geste protecteur.
" Avec lui, nous sommes sûres d’arriver à destination avant eux ! " éclata-t-elle de rire.
Archibald dût quant à lui finir à la nage. Panne de poussière de fée.
Too bad !

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