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e
conseil des professeurs se termina
dans une confusion complète.
Archibald n'attendit pas la fin
de celui-ci, ou plutôt, la
fée prit la décision
pour lui, et le conduisit dans ses
appartements pour qu'il puisse trouver
un peu de calme. Pendant ce temps,
le Doyen tempêtait autant
qu'il lui était permis de
le faire pour ne pas attirer d'esclandres,
s'en prenant à tous ceux
qui croisaient son regard. En cette
occasion, on aurait presque trouvé
le fait de loger dans un cercueil
un mal nécessaire. La vérité
était qu'il n'était
parvenu à aucun plan, et
ne savait que faire. Fallait-il
réagir vigoureusement, immédiatement
? L'avertissement donné par
leurs ennemis était-il si
menaçant ? Y aurait-il des
pâtes ce soir au dîner
? Et une tisane de camomille ? Voilà
que son esprit fatigué divaguait
à nouveau et qu'il s'imaginait
chasser la souris
Tout à
l'opposé, le jeune homme
n'en était pas là.
" C'est tout ce que vous avez
trouvé à faire ? s'entendit-il
faire remarquer avec une once de
reproche. L'embrasser, elle ? "
Archibald grimaça et se passa
la main sur le visage, avant de
se risquer à ouvrir les yeux.
Il avait déjà reconnu
la voix de la fée, mais ne
voulait pas avoir à découvrir
autre chose si jamais ses drôles
d'envie la reprenaient
Mais
non, elle n'était pas nue
devant lui. Certes, pour le peu
qu'elle portait, et si près
du corps, c'était la même
chose. Toutefois, techniquement
parlant, elle n'était pas
nue, c'était l'essentiel.
A présent, il lui fallait
s'échapper de chez elle avant
qu'il ne lui arrive malheur
Elle donnait l'impression d'avoir
enfilé une nuisette déjà
transparente sitôt après
avoir pris un bain, et sans même
se sécher, évidemment.
Cela ne facilitait pas le besoin
de réfléchir du jeune
homme qui tentait de voir au-delà
en fixant des yeux les ailes qui
battaient dans son dos, comme une
ligne de mire plus loin que ces
vues bassement charnelles.
Ce fut à peu près
à ce moment-là qu'il
réalisa qu'il était
attaché sur un lit. Pieds
et poings liés. Par de solides
lanières de cuir. A cet instant,
il se demanda fortement si tout
cela n'était pas qu'un rêve
dans lequel il serait entré
maintenant en phase " série
B érotico-coquine ",
ce qui lui était à
son grand dam déjà
arrivé. Et la fée
qui le regardait, goguenarde, l'index
tapotant la fossette de son délicieux
menton comme si elle réfléchissait
encore à ce qu'elle allait
lui faire. Mais qu'était-ce
donc que ce genre de fée
? Dans les contes, c'était
soit de gentilles marraines, ou
bien au contraire des annonciatrices
de malheur, mais jamais des bombes
sexuelles qui semblaient en l'occurrence
prête à tout pour satisfaire
leurs instincts débridés.
Est-ce que l'envers du décors
était toujours ainsi ? En
effet, on disait facilement dans
les légendes les nymphes
des bois comme les dryades peu avares
de leurs charmes, et Miss Indrema
démontrait en permanence
le contraire, à moins qu'il
ne s'agisse seulement d'une aversion
pour lui. Ce qui était bien
moins flatteur et ne pouvait donc
pas décemment entrer en considération,
se persuadait-il.
" Peut-être pourriez-vous
me dire ce qui se passe ? s'enquit-il
finalement, lorsqu'il eut amasser
suffisamment de salive et se fut
préparé au pire.
- Je vous croyais plus perspicace,
messire. Ne vous souvenez-vous pas
de ce que vous a fait cette méchante
dryade ? minauda la fée en
se rapprochant du lit. Je vous ai
simplement trouvé un endroit
bien au calme
Bien au chaud
Tout ce qu'il vous faut pour vous
remettre
- Ma foi, je connais un peu les
hôpitaux, et je n'avais jamais
été attaché.
Du moins, en dehors des établissements
psychiatriques, précisa-t-il
avec un grand sourire faussement
niais, mais selon toutes apparences,
la fée ne savait pas ce que
c'était et n'en parut pas
inquiète.
- Oui, mais vous êtes dans
notre monde, désormais. Laissez-vous
faire
Qu'avez-vous à
perdre
"
Elle était assise au bord
du lit maintenant, et dans cette
position, sa nuisette remonta clairement
trop haut pour que la décence
me permette de vous le confier,
chers lecteurs. Sachez seulement
que même le jeune homme en
rougit, ce qui n'était pas
peu dire dans son cas, étant
donné la grande qualité
de sa documentation personnelle
au sujet des mystères féminins.
Archibald tenta bien de détourner
à nouveau ses yeux, mais
elle s'était penchée
vers lui, un coude appuyé
sur le traversin, et il disposait
maintenant d'une vue avec piscine
sur son avantageuse poitrine.
" Vous
Vous devez être
fière de vous pour dévoiler
comme ça votre corps, hasarda-t-il.
Vous
faîtes du fitness
?
- Non, sourit-elle, ne comprenant
sans doute pas plus ce mot que la
mention des HP. ( Non, lecteurs,
pas Harry Potter, ni Hewlett Packard,
mais les Hôpitaux Psychiatriques.
Il faut suivre. ) Mais si vous me
montrez de quoi il s'agit, je suis
toute disposée
- Eh bien, c'est d'accord, s'écria-t-il
presque joyeusement. Détachez-moi,
et je vous montrerais en quoi cela
consiste. Je suis
- Non, fit-elle de la tête
en agitant ses fines boucles d'argent.
J'ai déjà prévu
autre chose pour commencer. "
Le jeune homme se trémoussait
lentement sur le lit, mais ni poignet
ni cheville ne voulait s'extraire
des liens serrés de la fée,
qui prenait ça pour de l'excitation
mal contrôlée, et en
était d'autant plus satisfaite.
Le pire pour Archibald était
de se sentir à ce point impuissant,
et rien d'autre. Il n'aimait être
sous la coupe de personne, et encore
moins lorsqu'il manquait déjà
de repères comme cela été
le cas depuis le début de
son excursion à la suite
du chat.
" Que se passe-t-il enfin ?
Je ne suis pas à votre goût
? Préfèreriez-vous
les bouts de bois ?
- A dire vrai, dans mon monde, il
existe des choses en plastique qu'il
faut gonfler, et
, voulut-il
détourner la conversation.
- Gonfler ? le ramena immédiatement
où elle le désirait
la fée.
- Aïe
Disons que
"
Il ouvrit de grands yeux lorsqu'il
constata que la fée s'était
redressée de quelques centimètres,
mais pour mieux continuer de lui
parler tout en triturant un barreau
de lit.
" Vous faîtes la poussière
? "
En gloussant, elle continua son
va-et-vient en lui dardant un regard
plus obscène que le pire
qu'il avait pu faire de son existence,
même en évoquant les
souvenirs les plus honteux de sa
jeune vie.
" Pas du tout
Vous n'avez
pas l'air de vous rendre compte
de ce que je vous propose
Alors, écoutez-moi bien
Je ne suis pas aussi étroite,
d'esprit, que Miss Indrema
,
écoutait maintenant Archibald,
comme hypnotisé par la façon
dont elle astiquait son mobilier,
avec une minutie qu'il n'avait jamais
vue chez aucune femme de ménage,
sans parler à nouveau de
la seule tenue. Par contre, je peux
l'être bien plus, ailleurs
Vous n'avez pas conscience de ce
que vous provoquez en moi, messire
Archibald
Vous voyez ce poisson
rouge, dans son bocal, là-bas
?
- Bien sûr, mentit-il, l'horizon
entièrement bouché
par la vue opulente de la fée.
- Eh bien, sortez-le de son bocal,
passez-lui le doigt dessus
Et
Vous aurez une petite idée
de l'état dans lequel je
suis en vous voyant
"
La fée sourit en constatant
qu'il avait pour un peu l'air apeuré.
En effet, le jeune homme n'aurait
jamais imaginé en arriver
jusque là. Bien entendu,
dès son entrée en
scène, il n'y avait pas si
longtemps, on pouvait dire que la
créature ailée avait
fait preuve d'un certain avenant.
Mais c'était tout autre chose
dont il était question maintenant
! Il était proprement convaincu
que la fée n'hésiterait
tout simplement pas à le
contraindre à effectuer la
livraison qu'elle attendait. Mais
comment avait-on pu permettre qu'elle
l'emmène aussi aisément
avec elle ? Ce tempérament
n'avait pas l'air de se limiter
à lui. Et avait-il pu le
porter jusqu'ici toute seule ? C'était
vraiment difficile à imaginer,
même si une fée
Dans ce cas
Avait-elle été
aidé ? Est-ce quelqu'un avait
pu lui apporter son assistance pour
en faire son butin et le laisser
ensuite dans ses filets ? Mais qui
Aussitôt, le Prince Charmant
se vit jour dans son esprit ! D'une
manière ou d'une autre, il
avait dû prendre part à
cela. Pour lui, le mieux était
de le discréditer au plus
vite, avant que les échos
de ses " exploits " se
fassent jour dans la Faculté.
La fée bondit tout à
coup par-dessus lui, s'installant
souplement à hauteur de son
cur, une jambe de chaque côté.
Instantanément, Archibald
leva les yeux au ciel, espérant
qu'il ne lui viendrait pas à
l'idée de se mettre debout
au-dessus de lui
En tous les
cas, il avait eu le temps d'avoir
sa réponse concernant les
strings. Encore un mythe qui s'effondrait,
et qu'il ne faudrait pas raconter
aux petits enfants. Tout comme le
Père Noël
Réflexion
faite, c'était peut-être
quelque chose d'un peu plus
relevé que la question du
bonhomme en hotte. Relevée
comme l'était la nuisette
de la fée, qui ressemblait
maintenant plus à un soutien-gorge
étant donné la façon
dont elle était disposée.
" Félicitations
Vous avez un joli ventre plat
Vous êtes bien certaine de
ne pratiquer d'activité physique
" essaya-t-il une fois de plus
d'être narquois.
- J'ai une façon bien à
moi de me maintenir en forme, dirais-je
Alors, maintenant, passons aux choses
sérieuses, mon beau. Je sais
que l'on dit chez vous que la beauté
est intérieure
Ici,
je vous propose de le vérifier.
Ca vous dit, d'explorer ma beauté
intérieure ? "
Le jeune homme vira au cramoisi
malgré lui et fut surpris
de ne pas voir de la fumée
lui sortir par les oreilles. C'était
lamentable ! Il n'était même
pas capable de se maîtriser,
lui ! Et qu'est-ce que c'était
que ce langage dans la bouche
Non, ne pas employer des formules
comme celle-ci
Archibald tentait
de recouvrer son flegme légendaire.
Il ne devait pas y avoir là
grand chose de tellement difficile.
Il avait connu bon nombre de situations
plus ou moins compromettantes dans
un éventail de domaine plutôt
large, et jusqu'ici, jusqu'ici
Il ne s'était jamais retrouvé
avec une fée à califourchon
sous son torse, le corps aussi tendu
que la corde d'un arc, battant distraitement
des ailes, mais à l'attention
bien plus affirmée. S'il
s'était senti suffisamment
confiant, il se serait presque laissé
aller à la remercier pour
la charmante brise dont elle le
gratifiait de la sorte. Il fallait
dire que cela, la sueur serait venue
s'ajouter à ses inconvenances,
car il n'avait rien moins que chaud,
très chaud. Mais elle était
d'un autre côté la
source de tout cela. Hum
Mais
allait-il en finir avec les mots
malheureux ?
" Je sens que le temps se gâte
- Se gâte ? Il se fait seulement
chaud et humide, n'est-il pas ?
l'interrompit la fée, en
se penchant à quelques centimètres
de son visage, ses avantageux attributs
l'effleurant comme par jeu.
- Oh, certes, certes, le climat
des tropiques ne me convient guère
malencontreusement. Bon
Je
n'y échapperais pas, n'est-ce
pas ?
- Tout à fait
Il est
l'heure pour votre épée
d'aller faire un tour à la
forge. " sourit la fée.
Quelques minutes plus tard
Non, une bonne demi-heure après,
le jeune homme était au cur
d'une tempête dont il n'était
que spectateur, la tête plaquée
contre l'oreiller, les yeux fermés.
Enfin, son délicieux calvaire
fut terminé. La fée
le guida doucement jusqu'à
la porte, tandis qu'il tenait entre
ses mains un paquet de vêtements
chiffonnés. Elle n'eut qu'un
mot avant de refermer le battant
derrière lui.
" Alors, heureux ? "
Archibald la regarda sans donner
l'impression de comprendre quoi
que ce soit. On chuchotait sur son
passage à mesure qu'il se
dirigeait vers l'entrée,
avançant au hasard, car il
ne savait pas où se trouvait
la chambre de la fée et était
totalement incapable de demander
son chemin à quelqu'un. Il
était totalement exténué,
la bouche grande ouverte, les traits
tirés, la respiration troublée,
les cheveux ébouriffés.
A plusieurs reprises, il crut s'évanouir,
prenant misérablement appui
sur les murs. Parviendrait-il à
atteindre un asile suffisamment
accueillant avant de s'effondrer
pour de bon ? Il n'aurait jamais
cru avoir à subir cela. Le
jeune homme préférait
d'ailleurs autant ne plus songé
au tourbillon qui s'était
emparé de lui
Quelle
infamie ! Il avait bien failli ne
pas s'en relever. Cette folle furieuse.
Quoi qu'elle fasse avec lui, elle
n'avait pas cessé de le fixer
droit dans les yeux. Oh, il se vengerait,
oui, il se vengerait !
La chemise qu'il projeta de rage
devant lui retomba sur un étrange
porte-manteau. En bois, certes.
Mais qui se tenait les bras croisés
devant lui dans un estimable déhanché,
d'autant plus que sa robe de houx
semblait se faire plus lâche
à chaque jour qu'il la croisait.
D'un geste tout ce qu'il y avait
de plus las, Archibald récupéra
la chemise, révélant
la figure de Miss Indrema, qui le
regardait de biais la bouche boudeuse.
" Alors, c'est ça, siffla-t-elle.
C'est moi que vous embrassez, et
c'est avec elle que vous couchez
- Excusez-moi ? M'en feriez-vous
le reproche ? répondit sans
réfléchir le jeune
homme. Il apparaît évident
que le fait d'avoir plaqué
vos lèvres contre les miennes
ne vous a pas ravie. A partir de
là, je dois dire que je ne
suis pas particulièrement
responsable de mon sort.
- Peut-être aussi que vous
embrassez mal
, persifla la
dryade, ses petits poings serrés,
se rapprochant de lui à grand
pas.
- Tiens, donc, c'est nouveau ça
Je vous rappelle que ce n'était
qu'une façon de faire une
expérience. Je n'avais aucune
raison d'y mettre
- Vous l'avez mise pourtant
- Les formes
, termina Archibald
avec un pâle sourire tandis
que Miss Indrema verdissait de sa
méprise. N'êtes-vous
auprès du beau Charmant ?
Pourquoi venez-vous donc m'embêter
maintenant ? Ce n'est pas véritablement
le bon moment
- Vous dîtes cela, mais j'ai
bien remarqué que ça
ne vous plaisait pas
Qu'il
soit aussi insistant. Est-ce que
je me trompe ? répliqua la
dryade, soudain revêche.
- Et alors ? fit le jeune homme,
haussant les épaules. Ce
sont ses manières que je
n'apprécie pas. C'est tout.
Vous voyez bien pour qui il se prend,
ce qu'il fait. Déjà,
chez moi, je ne supportais pas les
beaux parleurs tel que lui. Alors,
lorsque je rencontre leur maître
à tous, vous croyez peut-être
que je vais me retenir ? Qu'est-ce
donc que votre prince, sinon qu'un
frimeur ? Il a été
quoi, pendant ces études
? Capitaine de l'équipe de
joute ? Elu meilleur bretteur de
la saison ? cracha-t-il en inventant
au fur et à mesure des titres
lui venant à l'esprit.
- C'est ma foi véridique
,
reconnut doucement Miss Indrema.
- J'en suis fort aise pour lui,
déclara-t-il sombrement.
Maintenant, pourriez-vous avoir
la gentillesse de me laisser passer
? Je crois me souvenir avoir un
cours, dans peu de temps
- J'aurais aimé avoir des
explications
- A quel titre ? Il me semble que
nous n'avons pas de compte à
nous rendre.
- Vous ne savez pas tout, concéda
la dryade d'une toute petite voix,
aussi fragile qu'une écorce
qui casse dans le froid.
- Alors, dîtes-moi vite, et
laissez-moi y aller, retourna Archibald
d'un ton las. Je ne suis pas certain
de demeurer conscient encore longtemps,
vous savez. "
A ces mots, il nota un effort certain
chez Miss Indrema pour ne pas l'attaquer
une fois de plus. Au contraire,
elle finit par lui expliquer.
" Si j'ai été
si fraîche avec vous
Si beaucoup de monde paraît
intéressé par ma personne,
mais sans jamais oser aller plus
loin
C'est pour une raison
bien simple. Pour nous, les dryades
Si nous nous donnons à quelqu'un
- N'allez pas me dire que c'est
pour la vie, l'interrompit le jeune
homme. Je ne veux même pas
entendre un mot allant dans ce sens.
Je vous le répète,
appuya-t-il, se contraignant à
être méchant, sans
savoir pourquoi il tenait à
s'en prendre à elle à
présent. Ce n'était
que pour mieux me moquer de Charmant.
Maintenant, si vous, vous avez cru
que ma démarche était
motivée par autre chose
- Cela n'a rien à voir avec
ce que je crois. J'ai une dette
d'honneur envers vous. Tout ce que
je veux, c'est pouvoir finir dignement.
- Finir ? balbutia Archibald, finalement
décontenancé.
- Oui
Je vois que vous n'êtes
pas au courant, cela ne m'étonne
guère. Alors, apprenez que
les dryades ont deux façons
de terminer leur existence. Si je
ne rencontre pas l'amour
Je
vais dépérir, me dessécher.
Un jour, oh, pas avant des siècles,
on me retrouvera tel un bout de
bois sculpté, et je serais
bonne à jeter au feu, tout
simplement
- Et
Et l'autre solution,
déglutit avec peine le jeune
homme, ne s'estimant pas capable
de croiser directement son regard.
- La seconde, sourit-elle tristement.
Eh bien
Il est dit que si
nous croisons un amour pur et sincère
Un jour, notre mère finit
par nous rappeler à elle.
Nous sommes poussées irrésistiblement
en forêt, et là, nous
savons comme par magie où
se trouve la place qui nous attend
Nos racines se mettent à
pousser
Et nous devenons pour
de bon des arbres, tout ce qu'il
y a de plus banal. Mais des arbres
parmi les plus beaux qu'il puisse
être donné de voir,
toujours vert, toujours couvert
de fleurs
Et nous donnons
la vie à des milliers de
pouces
N'avez-vous jamais
vu un arbre au cur de l'Hiver
demeurer aussi verdoyant qu'en plein
Printemps ?
- A dire vrai, voulut plaisanter
Archibald, je ne crois pas que les
grandes villes soient propices aux
dryades reconverties. On peut trouver
des arbres comme cela, mais ils
profitent plutôt d'engrais
divers que des vertus de l'amour
"
Mais le cur n'y était
pas. Il se sentait réellement
mal à l'aise.
" Vous en riez
, constata
Miss Indrema.
- Je n'en ai pas envie pourtant,
avoua-t-il en réponse. Pourquoi
êtes-vous venus me trouver
pour me raconter tout cela ?
- Vous auriez préféré
que j'aborde le sujet devant tout
le monde ? vitupéra-t-elle.
Mais pour qui vous prenez-vous à
la fin ? Dois-je vous répétez
que ce n'est pas de gaieté
de cur, que je suis venue
? Je ne vous ai jamais demandé
de m'embrasser, allez-vous le comprendre
! Vous vous êtes placé
en candidat sans qu'il ne vous soit
rien demander, et je peux l'ignorer.
Mais à présent
- A présent, rien. Je suis
fatigué, je ne suis toujours
pas au courant de la moitié
des choses que je devrais savoir,
et vous me courez après comme
si vous étiez tombée
enceinte !
- Vous êtes
lamentable,
gronda la dryade, courroucée.
En réalité, j'ai bien
compris votre jeu. Vous avez beau
vous récrier, vous êtes
pire que Charmant ! Lui au moins
a de quoi pavaner ! Vous, vous ne
faîtes qu'user méchamment
de votre langue pour vous mettre
en valeur et ridiculiser ceux que
vous voyez comme des ennemis, c'est
tout ! Je vous le répète
encore ! Vous êtes tout petit,
vraiment. Vous ne supportez pas
de ne pas attirer tous les regards,
il faut que vous puissiez briller
en toutes circonstances. C'est pour
cela que vous vous souciez bien
peu d'accumuler les remontrances
! Elles aussi, elles vous servent
! Vous êtes tellement peu
sûr de vous ! "
De longs instants, ils demeurèrent
interdits, se faisant face à
face dans le couloir désert.
Miss Indrema tremblait des pieds
à la tête, alors que
le jeune homme était muet
de stupeur. Elle n'avait pas tort
Pas entièrement du moins.
Son désintérêt
était en partie feint.
" Vous vous trompez sur un
point, concéda-il dans un
lourd soupir. J'ai
J'ai été
agacé quand j'ai vu que vous
sembliez charmée par
cet imbécile, même
si je le suis tout autant. Voilà
C'est tout ce que je peux vous dire
,
s'excusa-t-il presque. Et arrêtez
avec les leçons de morale,
par pitié, ce n'est pas le
moment !
- Je vous remercie de l'attention.
Quant à moi
Vous auriez
dû vous méfier de Lacyon
plus que cela
- Lacyon ?
- Oui, notre professeur fée.
Vous la connaissez bien maintenant,
je crois. "
Sans doute, pouvait-on dire cela,
admit mentalement Archibald, constatant
par la même qu'il n'était
pas le pire pour les associations
de mots et autres jeux verbaux prêtant
à confusion.
" J'aurais dû vous prévenir,
poursuivit timidement la dryade,
un trait de caractère qu'il
découvrait pour la première
fois chez elle et qui lui plut immédiatement.
Mais j'ai eu peur
J'ai eu
peur que vous interprétiez
cela comme de la jalousie de ma
part.
- J'ai dû supporter les pires
outrages
, se confia avec honte
le jeune homme.
- Oh, j'imagine très bien
Lorsque je repense au sort que m'a
fait subir Charmant
"
Archibald Bellérophon se
redressa brutalement de toute sa
hauteur, le regard enfin complètement
clair, le visage tendu.
" Vous ne voulez quand même
pas dire
, commença-t-il
en hésitant.
- Je vous ai eu, le rassura à
moitié la dryade en riant.
Le pauvre n'a jamais osé
tenter quoi que ce soit avec moi.
Quoique, je suppose que ce n'est
pas l'envie qui lui manque, sans
vouloir me vanter.
- Vous paraissez bien sûr
de vous
, dit le jeune homme
en faisant la moue, l'il pétillant
comme un jeune labrador.
- Vous voulez une mise à
l'épreuve ?
- C'est une invitation ?
- Disons que cela fait partie de
mes études concernant votre
espèce. Et puis, vous devez
être rodé.
- Vous n'avez pas la langue dans
votre poche tout à coup.
- Elle pourrait être ailleurs
encore
"
L'auteur tient là à
rappeler que des filles comme cela,
cela n'existe pas. Ou très
peu. Et généralement,
on leur fait une honteuse mauvais
réputation, pour des prétextes
fallacieux. Encore que dans ce cas
précis, il faut bien avoir
en tête que la dryade n'a
strictement rien à voir avec
la fée
Les élèves du professeur
Bellérophon, rassemblée
en rangs par deux dans un coin de
la vaste entrée de la Faculté
des Sciences Humaines, patientaient
depuis des heures, tandis que leurs
camarades passaient devant eux en
souriant, sur le chemin de la cantine.
Sur qui pouvait-il bien être
tombé pour que non seulement
il les abandonne, mais en plus les
contraigne à être privé
de repas à force de l'attendre
? Mais enfin, ils virent une ombre
apparaître dans l'escalier.
Ou plutôt, se traîner.
C'était bien lui, Archibald.
Avançant à quatre
pattes, se laissant couler de marche
en marche
Qu'avait-il bien
pu encore lui arriver ? Il dévala
les dernières en roulant
en travers, incapable de faire un
mouvement de plus pour agir autrement.
Plus tard, quand après une
heure il eut franchi une cinquantaine
de mètres, ses élèves
constatèrent l'état
de sa tenue. Le renard fut le premier
à réagir.
" Professeur, vous allez bien
? On dirait que vous êtes
tombés dans un buisson d'épines
- Hum, je dirais plutôt un
buisson ardent, croassa le jeune
homme, vidé de ses dernières
forces. Pas de cours maintenant.
Je vous donne quartier libre. J'en
ai bien besoin moi aussi. "
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