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Auteurs, E-mail : Gillossen
Numéro ICQ : 72496479
Dernière Mise à jour : 29/01/2001

L'errance d'Elbakin...Voici le prologue du Tome 1. Peu de choses à préciser, si ce n'est que le ton est bien donné avec celui-ci. Mais ne croyez pas que l'humour soit absent, au contraire ! Bien que cette introduction soit des plus sérieuses, il ne s'agit que de lancer l'histoire. Bonne lecture !

-> Attention !

La première chose à laquelle on croit, c’est au Mal. On a toutes les preuves de son existence. Alors, pour ne pas sombrer, pour ne pas avoir trop peur, on invente son contraire, et l’on essaie de croire au principe du Bien. Telle était la dernière pensée d’Elbakin.

" M’entends-tu Elbakin ? M’entends-tu ?

- Qui est là ? Qui vient me déranger ? Éloignez-vous !

- N’aie pas peur, tu sais bien qui je suis. Je ne cherche pas à te troubler. Je suis venu pour te ramener parmi les vivants...

- Je vous ai dit de partir ! Je ne veux pas entendre votre voix, partez !

- C’est impossible. Ainsi en ai-je décidé..."

Elbakin se recroquevilla, se faisant aussi petit qu’il en était capable. Il errait seul dans le néant, depuis si longtemps à présent. Mais il en avait pris l’habitude. On finissait par se faire à tout. Tout... Voilà qui correspondait bien à une notion d’infini. Comme le néant, en y réfléchissant bien. Elbakin s’était justement évertué à réfléchir durant les premiers mois passés dans les Limbes. Car, suprême supplice, il avait conservé sa conscience... Mais il n’avait pas eu la force de tenir, comme à chaque fois de toute façon. Et, il avait donc sombré, semblable à chacune des âmes qui demeuraient dans les Limbes. Excepté qu’elles avaient le droit de s’abandonner au désespoir dès leur arrivée. Ce ne fut pas son cas. Sans doute était-il à ce point extraordinaire pour mériter pareil traitement. Il y a bien des manières de détruire un esprit, aussi fort puisse-t-il être. On pouvait le faire sans détour, brimant, usant, poussant vers un inéluctable déclin. Il était presque permis de deviner quand cet esprit allait s’aliéner définitivement. C’était un moyen des plus efficaces, certainement le meilleur. Après le face à face... Le duel avec soi-même. Il suffisait de s’être aperçu que l’on pouvait connaître le remords. Et là, il n’y avait plus d’échappatoire. Un tortionnaire, fut-il un dieu, devait s’acquitter de certaines obligations qui vous procuraient par la même un peu de répit. Votre propre conscience, jamais. Jamais...

Elbakin avait donc été annihilé, par lui-même. Une punition originale, cela il fallait l’admettre, qui l’avait précipité dans les abîmes des Limbes. Enfin, les abîmes, ce n’était pas certain. Il ne savait pas où il se trouvait vraiment, noyé dans l’ombre qu’il était. Depuis des années. Des décennies... Ou peut-être même des siècles. Qui aurait pu savoir ?

" Moi, je sais Elbakin, je sais...

- Mais... Qu’est-ce qui vous fait penser que cela m’intéresse ? "

La question à ne pas poser. Elbakin était pourtant convaincu qu’il ne devait pas. Il avait fini par se faire à cet état. Il ne devait pas, maintenant, écouter celui qui se présentait devant lui ! Il ne savait plus raisonner. Il n’avait pas envie d’y être contraint à nouveau. Après tout, il était plus aisé de ne pas se laisser aller à ce genre d’occupation, au cas où l’on s’apercevrait d’une horrible vérité qu’il était moins contraignant d’ignorer... Ce n’était pas le cas d’Elbakin, lui avait affronté ses travers, l’un après l’autre. Et il avait perdu, à chaque fois. Surtout, ne pas répondre à cet appel, demeurer dans le sommeil. Mais c’était déjà trop tard.

" Tu dois quitter les Limbes pour m’accompagner... J’aurais besoin de toi bientôt.

- Besoin de moi ? Vous devez être un parfait démon !

- Ah, tu as toujours été trop prompt... Ne m’as-tu point reconnu ? Je suis Albédion Den Achion, Prince de la Justice..." Elbakin, ou plutôt son âme prisonnière des Limbes, n’eut pas le temps de soupeser le choc de ces quelques mots, lancés pourtant avec douceur. Quel contraste ! Le Prince de la Justice... Celui-là même, Dieu d’entre les Dieux, qui l’avait enfermé dans les Limbes, il y avait une éternité semblait-il.Que signifiait ces paroles ? Souhaitait-il lui permettre de les quitter ? Pourquoi ? Pour le précipiter dans les Enfers, après avoir considéré que cela constituait un châtiment plus approprié ? Ce n’est pas qu’il ne l’aurait pas mérité : massacrer un village entier, en ayant pris soin au préalable de faire appel aux Forces de la Discorde... Quelles que soient les circonstances plaidant en sa faveur, rien n’aurait pu le sauver de la décision que le Tribunal Céleste avait prise à l’unanimité. Bien sûr, il était né d’un père humain et d’une mère elfe ? Et alors. Tous deux étaient morts en partie par sa faute alors qu’il était encore très jeune ? Pas d’importance. Il avait passé près de dix ans mendiant de ville en ville ? Il n’était pas le seul. Après avoir été recueilli, il avait été trompé par celui qu’il croyait être son ami, un second père ? Cela arrivait tous les jours. Mais peut-être pas tous réunis contre une seule et même personne. Les Dieux n’avaient apparemment pas des valeurs identiques au commun des mortels... Néanmoins, Albédion s’était déplacé jusque dans ce lieu de complète désolation. Au sein du brouillard perpétuel des Limbes.

Mais... Tout à coup... Elbakin crut voir s’entrouvrir cette muraille grisâtre... Un éclat de lumière... Puis il fut parmi les étoiles. Son âme voguait dans une mer d’encre parsemée d’îlots de nacre étincelants... Il croyait apercevoir une énorme sphère d’ambre brûlant briller de mille feux de forge flamboyant, rugissants tandis qu’elle illuminait les cieux d’onyx de sa lueur esseulée. Mue par une force dépassant l’imagination. Au creux de la main du Prince de la Justice. Et Elbakin céda à la curiosité, à ce renouveau qui semblait si proche de lui. Ce fut lui qui parla cette fois en premier:

" Qu’est-ce donc que ceci ? " demanda la voix de son esprit.

Il voulait désigner une énorme boule boursouflée de pierre incandescente. Ce ne pouvait être que ce que l’on nommait communément une planète. Mais certainement pas Alakhebàn, son monde ! Albédion lui répondit alors.

" Ne te préoccupe pas de cela... L’heure de ce monde n’est pas encore venue. Il n’en est qu’aux prémices de sa fondation. Plus tard, peut-être sera-t-il promis à un avenir glorieux... Cependant, pour l’instant, ce n’est pas cette vision qui doit polariser ton attention. Il faut te tourner vers l’astre suivant qui va maintenant croiser notre route... Tu le connais déjà je crois..."

Elbakin détourna un regard qui n’en était pas un puisqu’il ne possédait plus de corps, et se laissa entraîner par cette puissance incroyable qui le guidait désormais à travers ce damier cosmique. La grande planète n’avait plus que la taille d’une bille. Et une autre se présentait face à lui. Une planète plus petite, plus frêle. Lorsqu’il était vivant, il n’aurait jamais pensé qu’elle puisse avoir cette teinte-là vue du ciel. Des terres orangés, parsemées de plaques verdâtres ou bien de plaies bleutées... Son monde, Alakhebàn.

" Tu vois Elbakin, tu vois... Tu reviens vers elle. Je te rappelle à moi... Rejoins-moi dans le Tarr’n bàn, et tu pourras gagner beaucoup. Suis-moi hors des Limbes..."

On apercevait tout d’abord cet immense océan, si calme et si pur. Le sable des plages mordorées de Dolbun. Les riches vergers de Molbodian. Les grasses prairies de Célikalès. Puis d’autres détails, les uns supplantant les autres... Alakhebàn s’étendait maintenant d’un bout à l’autre de l’horizon. Elbakin découvrit alors des choses qu’il n’avait jamais vu: le Mont du Courroux, immense géant de pierre se dressant de toute sa hauteur pour tutoyer les étoiles. Ou la plus grande construction qui n’avait jamais existé, la Muraille d’Opale, barrière défensive démesurée ceignant Alakhebàn afin de séparer les deux hémisphères de la planète. Le sud était en effet interdit depuis bien des siècles déjà lorsque Elbakin était mort. Il n’y avait rien, rien si ce n’était du sable et des créatures dégénérées, les monstres crées par Eldaron, le grand rival d’Albédion... Pour ne pas continuer ainsi à être contraint de demeurer toujours aux aguets, d’être obligé de se préparer constamment aux combats, les Elfes et les Humains, enfin alliés, avaient décidé de bâtir cette gigantesque muraille. Il avait fallu plus de deux siècles et des millions de travailleurs afin de construire une pareille œuvre, tellement extraordinaire, tellement hors de toute vue de l’imagination... Cela avait été la dernière fois aussi que les deux peuples d’Alakhebàn s’étaient ainsi alliés. Ils n’avaient ensuite pas tardé à se déchirer. La paix devenait parfois si lassante qu’il fallait bien trouver quelque occupation pour ne pas avoir à penser qu’à la vie quotidienne, si banale. Au bout d’un certain temps, variable, il n’était plus possible de concevoir une logique de progrès sans passer par l’affrontement. Entre les Elfes et les Humains, cela n’avait pu, n’avait voulu être évité. Les batailles s’étaient succédés au cours des siècles, à chaque fois au désavantage des Elfes, trop peu nombreux. Toujours pour la même raison, conserver, ou se réapproprier des territoires... Et cela s’était poursuivi... Et cette logique guerrière était valable dans les deux camps. Elfes comme Humains, Elbakin le savait bien. Personne n’en aurait été plus conscient que lui. Pour la simple raison qu’il était le fils d’une noble Elfe et d’un humble Humain. Sa mère avait du s’exiler de son peuple, abandonner son clan, par la faute de leur morgue intolérante. Ils ne pouvaient admettre qu’un sang mêlé ait vu le jour, pas maintenant, durant la guerre. Et son père, lui, était déjà mort à ce moment, pendu pour avoir braconné sur les terres de son seigneur afin de les nourrir tous les trois... Ce fut lors de la fuite de sa mère, alors qu’il ne devait pas avoir plus de cinq ans que... que... Non ! Elbakin ne voulait plus y penser. Oublier jusqu’au nom de bâtard dont on le gratifiait si souvent par le passé. Le Demi-Elfe s’éveilla à cet instant, quand la vision d’Alakhebàn se brouilla devant lui, s’effaçant.

" Viens à moi Elbakin... Tu vas devoir protéger ceux qui ont été tes bourreaux..."

Pour tous ceux qui seraient tentés de me voler un lieu, une idée, trop tard ! Mon manuscrit est déjà déposé àla société des gens de lettres, organisme de protection des auteurs ! Et j' ai tous les droits pour moi. Alors, si vous voulez prendre le risque d' aller en procès tout en étant certain de perdre... Tant pis pour vous !