Vous êtes ici : Page d'accueil > Blog > L'Association

[MàJ] Conférence “Les dragons dans l’imaginaire : chimère ou lubie ?”

Par Foradan, le mardi 4 septembre 2012 à 00:52:02

Dragon

Dans cette conférence prononcée lors de la 2ème convention de fantasy, j'ai exposé le concept de la légitimité du dragon dans les cultures de l'imaginaire, en rappelant quelques éléments caractéristiques des dragons, l'absence parfois inattendue de dragons en fantasy alors qu'ils apparaissent dans d'autres genres de l'imaginaire, pour enfin regarder de plus près comment les dragons jouent bien -ou pas- leurs rôles.

Pour clore cet essai, un bonus exclusif sur les dragons de plus en plus utilisés et pourtant, certains sont habilement cachés.

Vous pouvez retrouver ci-dessous cette intervention en vidéo, en 5 parties.

Discuter et commenter sur le forum










Le dragon a ceci de particulier qu'il ne s'impose pas avec une image fixe à l'inconscient collectif. Alors que chacun sait faire la différence entre un cheval et une licorne, alors que tous savent reconnaître un tigre d'un petit chat, le terme dragon est à la fois vague et imprécis, porteur de repères contradictoires.

En premier lieu, je distingue les caractéristiques des dragons asiatiques et européens traditionnels : le dragon oriental, lié à l'eau, volant sans ailes, portant barbe et moustache, des bois de cerf sur une tête de chameau,

Shenron

tandis que son homologue européen sera volontiers ailé, crachant le feu, avide de richesses et suffisamment maléfique pour générer l'apparition de héros tueur de dragon.

Smaug

Ceci posé, des auteurs ont joué le mélange des genres et l'exotisme en important, ou hybridant, des caractéristiques de "l'autre dragon".

Souvent considéré comme l'emblème et l'apanage de la fantasy, le dragon est néanmoins absent, ou peu présent, ou caché dans de nombreux titres majeurs du genre : la horde du Contrevent, "Elric des dragons" (version traduite de "Elric of Melniboné"), "la Roue du Temps", "Le Trône de fer", "L'assassin royal", "Conan", "La tour sombre", "Le Seigneur des Anneaux", quoique pour ces deux derniers, nous y reviendrons avant la fin.

Rand

En contrepartie, des dragons apparaissent dans des œuvres typiquement non fantasy, comme le monde de Pern

Pern

, "Le règne du feu"Reign of fire

ou "Godzilla", à sa façon. (Sur l'image suivante, vous verrez une créature capable de détruire une grande métropole...l'autre est Godzilla

Godzilove

la preuve en images)

Catzilla

Fort heureusement, si le dragon est le symbole de l'inconnu, du mystère et du danger (ce n'est pas innocent si les cartographes du 16° siècle remplissaient les terra incognita de mentions sibyllines tel Hic sunt dracones ), il y a tout de même de vrais dragons de fantasy qui jouent pleinement leur rôle.

Ceux de Tolkien (Smaug et Glaurung notamment) sont particulièrement développés et dotés d'une vraie personnalité, distinctes de celles des dragons de "Harry Potter" ou de "Téméraire", mais ceux-ci sont de véritables dragons, on n'imagine pas une autre créature à leur place tenir le même rôle.

Et, hélas, il y a aussi des dragons qui sont moins à la fête, voire mal nommés, utilisés comme bête de somme sans intelligence dans "Lanfeust de Troy", anthropomorphisé comme un peuple de libraires et d'écrivains portant écailles et costumes

Moers

à moins que dans le monde Flash Gordon, "dragon" ne soit synonyme de "créature monstrueuse" pour que le dragon de feu

Fire dragon

le dragon de glace (notez que c'est la femme qui commande à l'homme dans la case ci-dessous)

Ice dragon

et le terrifiant dragon des neiges

Snow dragon

ressemblent à s'y méprendre à tellement d'autres choses que "dragon" n'est pas forcément le premier nom que l'on aurait choisi.

Il reste le cas du dragon qui ne l'est que d'un point de vue : dans la nouvelle éponyme de feu Ray Bradbury, les chevaliers pensent affronter un dragon

Bradbury dragon

et paf le train. A rebours, dans "la Tour sombre" précédemment évoquée, il y a un train, Blaine le mono, chez lequel on retrouve des aspects serpentins et dragonesques très marqués. Mais pour un dragon caché, combien de titres avec un dragon dans un rôle principal, un dragon avec son nom au générique ? Entre Smaug (1937) et Téméraire (2006), presque 70 ans de fantasy et combien de dragons vedettes ? L'usage du dragon s'est considérablement développé, que ce soit comme argument de genre ou facilité de création : considérez qu'il y a eu à peine 20 ouvrages avec des dragons entre 1940 et 1979, contre presque 70 pendant les 30 années suivantes.

Le dragon porte en lui l'imaginaire, il est tentant pour un auteur de fantasy de s'en servir, avec le risque de tomber dans le cliché facile et la difficulté d'en différencier l'image sans trahir un symbole : c'est sans doute une marque de créativité de réussir ce pari.


J'en termine par une enquête menée pour élucider un mystère : pourquoi "Le Seigneur des Anneaux" serait le seul livre de Tolkien sans dragon vivant ? En relevant les citations, descriptions et allusions aux dragons connus que sont Glaurung et Smaug, j'ai cherché s'il n'y avait pas un dragon caché dans "Le Seigneur des Anneaux".

Voici mes indices : le dragon vit longtemps, il est cupide, il est vaniteux et orgueilleux, sa voix est une arme redoutable et venimeuse, il dévaste les alentours de sa résidence, il est maître du feu et -au moins pour Glaurung- il est très fier de son "vêtement" chatoyant brillant de mille lumières.

Vous avez deviné, j'imagine, qu'il s'agit de Saruman, dont la voix est le titre d'un chapitre (livre 3 chapitre 10), voix dont Gandalf dit à Sylvebarbe "il reste cependant à ce serpent-là une dent [...]il avait le poison de sa voix" (livre 6 chapitre 6), serpent et voix que nous retrouvons en son acolyte Langue-de-serpent (Wormtongue), Saruman qui détruit les jardins de Nan Curunír puis la Comté quand il s'y réfugie, Saruman qui a envoyé le feu d'Orthanc contre les murs du Gouffre de Helm, Saruman le multicolore dont la tenue reflétait la lumière comme si elle était faite de gemmes. Sa cupidité s'étend de l'Anneau à l'herbe à pipe puisqu'il en vient à en faire la réclamation auprès des hobbits rentrant au pays.

Et pour ceux qui jugeraient ces conclusions d'un air de doute, voici ce que l'on trouve dans "Les contes et légendes inachevés", Troisième Age, Le désastre des Champs d'Iris, La Mort d'Isildur : sources de la légende :

Car en son avilissement, il semble que Saruman ait cessé de se conduire en dragon, pour se faire pie voleuse !



Parfois bien caché, mais toujours le dragon guette son heure en fin de compte, merci pour votre attention.






Dernières critiques

Derniers articles

Plus

Dernières interviews

Plus

Le héros de la semaine

Retrouvez-nous aussi sur :